{"id":20788,"date":"2011-01-25T17:16:42","date_gmt":"2011-01-25T16:16:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=20788"},"modified":"2013-01-02T14:47:53","modified_gmt":"2013-01-02T13:47:53","slug":"lactualite-de-la-crise-deux-poids-deux-mesures-par-francois-leclerc-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/01\/25\/lactualite-de-la-crise-deux-poids-deux-mesures-par-francois-leclerc-2\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>DEUX POIDS, DEUX MESURES<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Nous avons deux petits mois devant nous pour r\u00e9ussir \u00bb : voil\u00e0 ce que doivent se dire les hauts fonctionnaires et <i>sherpas<\/i> qui n\u00e9gocient actuellement la pr\u00e9paration du Conseil europ\u00e9en des 23 et 24 mars prochains, par ailleurs veille d\u2019une importante \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale allemande dans le Bade Wurtemberg. Voil\u00e0 le r\u00e9pit qu\u2019ils souhaitent se voir accord\u00e9 par <i>les march\u00e9s<\/i>, qui t\u00e9moignent d\u2019une relative expectative tant qu\u2019ils croient possible une heureuse issue \u00e0 cette \u00e9ch\u00e9ance. <\/p>\n<p>De quoi s\u2019agit-il ? D\u2019aboutir \u00e0 un compromis conjuguant un renforcement du dispositif de sauvetage financier europ\u00e9en &#8211; qui suppose une implication allemande plus pouss\u00e9e &#8211; et une <i>coh\u00e9rence fiscale<\/i> plus affirm\u00e9e, n\u00e9cessitant que le gouvernement fran\u00e7ais s\u2019engage dans une rigueur que &#8211; fin politique &#8211; il a jusqu\u2019\u00e0 maintenant cherch\u00e9 \u00e0 repousser \u00e0 plus tard.<\/p>\n<p>Ces deux mois vont \u00eatre longs \u00e0 tenir, le succ\u00e8s \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e n\u2019\u00e9tant pas garanti, les lib\u00e9raux allemands du FDP tentant de se refaire une petite sant\u00e9 \u00e9lectorale en jouant la carte de l\u2019intransigeance. <i>Les march\u00e9s<\/i>, \u00e0 qui beaucoup a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 racont\u00e9, n\u2019entendant pas cette fois s\u2019en laisser conter. Aujourd\u2019hui, ils viennent de donner deux signaux clairs, en se pr\u00e9cipitant massivement pour souscrire \u00e0 l\u2019\u00e9mission obligataire du fonds de stabilit\u00e9 et en retendant parall\u00e8lement les taux des pays de la zone des temp\u00eates. Favorables \u00e0 des euro-obligations qui diminueraient leur risque, ils craignent que les Europ\u00e9ens ne se mettent finalement pas d\u2019accord. La signature de l\u2019Europe est confort\u00e9e, mais il reste \u00e0 ce qu\u2019elle soit appos\u00e9e&#8230; <\/p>\n<p><!--more-->Rencontrant tant de difficult\u00e9s et d\u2019obstacles dans la mise au point d\u2019un nouveau m\u00e9canisme op\u00e9rationnel de sauvetage des Etats en p\u00e9ril, les dirigeants europ\u00e9ens n\u2019en sont pas moins \u00e0 la t\u00e2che pour tenter d\u2019en faire autant pour les banques les plus malades. L\u2019un ne va pas sans l\u2019autre, il a fallu des mois et bien des rebondissements pour que cette v\u00e9rit\u00e9 soit enfin admise, bien qu\u2019\u00e0 mi-mot. Mais ils s\u2019y prennent avec aussi peu de bonheur, faisant l\u00e0 aussi les choses \u00e0 moiti\u00e9 et reculant devant l\u2019obstacle comme un cheval qui sait qu\u2019il ne parviendra pas \u00e0 le franchir. Aiguillonn\u00e9s par une BCE qui n\u2019a de cesse que de se d\u00e9sengager et ne veut plus jouer les pompiers au risque d\u2019y perdre ce qu\u2019elle revendique \u00eatre son \u00e2me, cette ind\u00e9pendance formelle qui n\u2019est que fa\u00e7ade tout en \u00e9tant son principal viatique. <\/p>\n<p>La situation des banques les plus malades r\u00e9clament en effet des mesures qui ne peuvent attendre, car elles atteignent la cr\u00e9dibilit\u00e9 du reste. Les Espagnols ne peuvent plus affirmer que leur syst\u00e8me bancaire est sain, comme ils l\u2019ont longtemps effront\u00e9ment fait. Les Irlandais continuent de peiner \u00e0 la t\u00e2che avec le leur, les Grecs et les Portugais ne devraient pas tarder \u00e0 reconna\u00eetre plus ouvertement les m\u00eames difficult\u00e9s. C\u2019est le moment que choisit la BCE pour menacer de retirer son filet de protection, les Etats \u00e0 nouveau en premi\u00e8re ligne. Le jeu de la patate chaude continue. <\/p>\n<p>Ses r\u00e8gles sont toutefois en train d\u2019\u00e9voluer, sous la pression des faits. Pas encore en Espagne, o\u00f9 le gouvernement espagnol cherche \u00e0 s\u00e9parer le bon grain de l\u2019ivraie, en donnant \u00e0 ses Cajas jusqu\u2019\u00e0 septembre prochain pour se recapitaliser, faut de quoi il les nationalisera partiellement. Ce qui reviendra \u00e0 emprunter le chemin d\u00e9j\u00e0 parcouru par les Irlandais, avec le succ\u00e8s que l\u2019on sait. Il esp\u00e8re au final ne devoir recapitaliser que le moins possible de Cajas, et \u00e0 moindre frais. <\/p>\n<p>Mais <i>les march\u00e9s<\/i> n\u2019ont pas attendu longtemps pour faire savoir qu\u2019ils ne croyaient pas \u00e0 l\u2019enveloppe de 20 milliards d\u2019euros pr\u00e9vue \u00e0 cet effet par la ministre des finances, largement sous-estim\u00e9e par rapport aux analyses convergentes des m\u00e9gabanques qui s\u2019y sont int\u00e9ress\u00e9es. S\u00e9ance tenante, les valeurs financi\u00e8res ont chut\u00e9 \u00e0 la Bourse de Madrid. Le probl\u00e8me du gouvernement sera de trouver les ressources financi\u00e8res n\u00e9cessaires, dans ce contexte de contraction obligatoire du d\u00e9ficit. Les estimations du march\u00e9 tournent autour de 80 milliards d\u2019euros de besoin de recapitalisation. <\/p>\n<p>Le cas de l\u2019Irlande est plus prometteur de renouveau, tout en \u00e9tant tr\u00e8s scabreux. La BCE a utilis\u00e9 une disposition intitul\u00e9e <i>Emergency Liquidity Assistance<\/i>, qui autorise les banques centrales nationales de la zone euro \u00e0 aider financi\u00e8rement leurs banques, en faisant tourner la planche \u00e0 billets. Elle permet \u00e0 la banque centrale irlandaise de financer les siennes en prenant la succession de la BCE qui le souhaitait ardemment. <\/p>\n<p>Willem Buiter, chef \u00e9conomiste de Citigroup, a mis en \u00e9vidence le flou qui entoure cette op\u00e9ration. La disposition en question vise en effet, comme son nom l\u2019indique, \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de liquidit\u00e9, alors que les banques sont en pleine crise caract\u00e9ris\u00e9e de solvabilit\u00e9. Les aides ne peuvent \u00eatre que provisoires, ce qui pose le probl\u00e8me de la suite. Enfin, si la p\u00e9nurie de collat\u00e9raux \u00e9ligibles par la BCE \u00e9tait bien \u00e0 l\u2019origine de cette d\u00e9cision, on peut s&rsquo;inqui\u00e9ter sur la nature des garanties apport\u00e9es par les banques irlandaises \u00e0 leur banque centrale. Une interrogation qui en am\u00e8ne une autre : la banque centrale irlandaise a d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat\u00e9 aux banques 49 milliards d\u2019euros, soit la valeur d\u2019un quart de son bilan, \u00e0 comparer avec le montant de son capital et r\u00e9serves : 1,5 milliards d\u2019euros. Si l\u2019Etat irlandais se r\u00e9v\u00e9lait incapable de la renflouer, comme cela pourrait en prendre vite le chemin, c\u2019est l\u2019Eurozone qui devrait y pourvoir, c\u2019est \u00e0 dire la BCE et les banques centrales de l\u2019Union europ\u00e9enne qui en sont membres. On  reviendrait au point de d\u00e9part. <\/p>\n<p>Parler d\u2019exp\u00e9dients n\u2019est donc pas forcer le trait. Dire que les dirigeants europ\u00e9ens ont autant de difficult\u00e9 \u00e0 colmater les br\u00e8ches de la dette priv\u00e9e que celles de la dette publique, ainsi qu\u2019\u00e0 trouver des m\u00e9canismes de soutien tant aux Etats qu\u2019aux banques, ce n\u2019est en rien exag\u00e9rer. <\/p>\n<p>Un tabou avait commenc\u00e9 \u00e0 vaciller, \u00e0 l\u2019initiative des Allemands, qui ne font pas preuve d\u2019audace sur tous les fronts. Un processus de restructuration de la dette souveraine \u00e9tait lanc\u00e9 par eux, qui a \u00e9t\u00e9 pour l\u2019instant remis\u00e9 dans les tiroirs. Que va-t-il se passer pour la Gr\u00e8ce, dont la situation \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de cette r\u00e9flexion qui a tourn\u00e9 court, devant la vive r\u00e9action <i>des march\u00e9s<\/i> ? L\u2019issue des d\u00e9bats sur le nouveau m\u00e9canisme de sauvetage en d\u00e9cidera. <\/p>\n<p>Tout est sur la table, sauf pr\u00e9cis\u00e9ment une restructuration de dette, qu\u2019il semble maintenant falloir \u00e0 tout prix \u00e9viter. Rien n\u2019est d\u00e9cid\u00e9, mais on ne parle que de r\u00e9\u00e9chelonnement des pr\u00eats accord\u00e9s par l\u2019Union europ\u00e9enne et le FMI, de baisse des taux \u00e9lev\u00e9s auxquels ils ont \u00e9t\u00e9 accord\u00e9s, ou bien encore de possibilit\u00e9 d\u2019achats obligataires sur le march\u00e9 secondaire, par le fonds de stabilit\u00e9 ou par le pays lui-m\u00eame, en l\u2019occurrence la Gr\u00e8ce. Cela revient \u00e0 tenter de se faufiler par le chas de l\u2019aiguille. <\/p>\n<p>Qu\u2019apprend-on \u00e9galement, de Paul Taylor de Reuters ? Que la sensibilit\u00e9 des banques \u00e0 une \u00e9ventuelle d\u00e9cote de la dette souveraine est \u00e0 analyser finement. En premier lieu parce que la BCE en d\u00e9tient beaucoup, soit pour l\u2019avoir achet\u00e9e sur le march\u00e9 secondaire, soit pour l\u2019avoir prise en pension dans le cadre de ses distributions de liquidit\u00e9 (sur ce sujet, aucune donn\u00e9e n\u2019est disponible). En second parce que les banques d\u00e9tentrices auraient comptablement imput\u00e9 la valeur de 80% de leurs obligations souveraines dans leur <i>Banking Book<\/i>, ce qui les dispense de les d\u00e9valuer tant qu\u2019elles ne sont pas arriv\u00e9es \u00e0 maturit\u00e9. Cela ne r\u00e8gle rien, mais permet de voir venir. <\/p>\n<p>Il ressort de toutes ces nouvelles d\u00e9couvertes que la loi n\u2019est pas la m\u00eame pour tous. Les bilans des banques sont plus permissifs que ne l\u2019est la comptabilit\u00e9 des Etats. Et, comme cela est d\u00e9sormais largement d\u00e9nonc\u00e9, que les conditions dans lesquelles les premi\u00e8res peuvent se financer ne sont pas sym\u00e9triques avec celles r\u00e9serv\u00e9es aux secondes. Deux poids, deux mesures. <\/p>\n<p>La situation prend une dr\u00f4le de tournure. Le retrait annonc\u00e9 de la BCE &#8211; menace ou bien prochaine r\u00e9alit\u00e9  ? &#8211; aurait pour cons\u00e9quence de reporter sur les \u00e9paules des Etats le poids du sauvetage de leur syst\u00e8me bancaire. Est-ce bien tenable, comme l\u2019exemple irlandais est l\u00e0 pour montrer le contraire ? Pour en justifier l\u2019\u00e9ventualit\u00e9, Jean-Claude Trichet s\u2019appuie sur la menace de l\u2019inflation, refusant de s\u00e9parer la hausse des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res de celle des autres produits mesur\u00e9s. Il pers\u00e9v\u00e8re aussi en affirmant de mani\u00e8re p\u00e9remptoire qu\u2019une rigueur budg\u00e9taire sans faiblesse est \u00e0 la base de la relance de l\u2019\u00e9conomie. <\/p>\n<p>La BCE joue un jeu dangereux, amenant \u00e0 se demander si elle ne consid\u00e8re pas d\u00e9sormais que pour sauver l\u2019euro, il faut retailler les fronti\u00e8res de la zone euro en faisant ainsi la part du feu. A moins qu\u2019elle ne se contente d\u2019exercer une pression maximum pour obtenir plus de rigueur budg\u00e9taire, une <i>cure<\/i> d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re des saign\u00e9es d\u2019autrefois. C\u2019est dire l\u2019\u00e9tat de l\u2019art de cette <i>science \u00e9conomique<\/i> l\u00e0.   <\/p>\n<p>Pendant ce temps, l&rsquo;inflation grimpe au Royaume-Uni et la croissance baisse, tandis que la dette en fait autant. Un autre monstre est aux portes, reconna\u00eet-on ouvertement : la <i>stagflation<\/i>. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab Nous avons deux petits mois devant nous pour r\u00e9ussir \u00bb : voil\u00e0 ce que doivent se dire les hauts fonctionnaires et <i>sherpas<\/i> qui n\u00e9gocient actuellement la pr\u00e9paration du Conseil europ\u00e9en des 23 et 24 mars prochains, par ailleurs veille d\u2019une importante \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale allemande dans le Bade Wurtemberg. 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