{"id":2080,"date":"2009-02-22T17:50:46","date_gmt":"2009-02-22T16:50:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2080"},"modified":"2009-02-22T18:04:02","modified_gmt":"2009-02-22T17:04:02","slug":"le-leurre-de-la-conscience","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/02\/22\/le-leurre-de-la-conscience\/","title":{"rendered":"Le leurre de la conscience"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Comme notre d\u00e9bat sur la m\u00e9canique quantique se d\u00e9place en ce moment vers la conscience, je vous signale que j\u2019ai publi\u00e9 en 1999, dans la revue <i>L\u2019Homme<\/i>, un texte consacr\u00e9 \u00e0 la conscience : <strong>Le secret de la chambre chinoise<\/strong>. On peut <a href=\"http:\/\/pauljorion.com\/index-article-3.html\">le trouver ici<\/a>.<\/p>\n<p>En gros, comme vous le verrez, la conscience est pour moi un m\u00e9canisme en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s accessoire qui nous informe apr\u00e8s-coup de ce qui nous arrive et dont l\u2019int\u00e9r\u00eat principal r\u00e9side dans l\u2019illusion de libre-arbitre qu\u2019il nous laisse (la caverne de Platon). Si la chose vous int\u00e9resse, j\u2019y reviendrai plus longuement. Voici en tout cas la conclusion de cet article : <\/p><\/blockquote>\n<p>Pourquoi deux mille cinq cents ans de r\u00e9flexion se sont-ils r\u00e9v\u00e9l\u00e9s impuissants \u00e0 remettre en cause le pouvoir d\u00e9cisionnel de la conscience ? Il me semble qu&rsquo;il y a, sur cette question, quelque chose de l&rsquo;ordre du pr\u00e9jug\u00e9, de ce qui ne se modifie qu&rsquo;en tout dernier recours dans l&rsquo;organisation conceptuelle (ce que j&rsquo;ai appel\u00e9 ailleurs <i>noyau de croyance<\/i>), quelque chose de l&rsquo;ordre d&rsquo;un <i>tabou<\/i>. <\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des sciences nous est peut-\u00eatre ici d&rsquo;un certain secours. Lorsque Max Planck pose les jalons de la m\u00e9canique quantique, il nous est ais\u00e9ment loisible d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs : il b\u00e2tit sur les fondations pos\u00e9es par Clausius, Maxwell et Boltzmann. Lorsque Darwin met au point sa th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces ou lorsque Freud d\u00e9veloppe la m\u00e9tapsychologie freudienne, on aurait au contraire bien du mal \u00e0 d\u00e9terminer leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs (l&rsquo;\u0153uvre parall\u00e8le de Wallace est contemporaine de celle de Darwin). On peut toutefois leur trouver ici et l\u00e0 dans l&rsquo;histoire (et parfois quelques ann\u00e9es auparavant seulement), des <i>pr\u00e9curseurs<\/i>, des penseurs qui exprim\u00e8rent des vues o\u00f9 l&rsquo;on retrouve en germe, sous forme \u00e9bauch\u00e9e et le plus souvent d&rsquo;id\u00e9e isol\u00e9e, ce qui ne prendra tout son sens que dans la th\u00e9orie compl\u00e8te que Darwin ou Freud d\u00e9velopp\u00e8rent ensuite. Lorsque des <i>pr\u00e9d\u00e9cesseurs<\/i> existent, comme c&rsquo;est le cas pour Planck, la qu\u00eate de <i>pr\u00e9curseurs<\/i> appara\u00eetrait bien vaine puisqu&rsquo;une ligne continue de <i>pr\u00e9d\u00e9cesseurs<\/i> conduirait jusqu&rsquo;\u00e0 eux. <\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui distingue alors les d\u00e9couvertes de Darwin ou de Freud, sinon leur r\u00e9elle nouveaut\u00e9 ? \u00ab Qu&rsquo;elles ne constituent pas des th\u00e9ories \u00e0 proprement parler \u00bb disent aujourd&rsquo;hui certains, \u00ab du fait qu&rsquo;elles ne sont pas falsifiables, qu&rsquo;elles ne se pr\u00eatent pas \u00e0 la contr\u00e9preuve \u00bb. L&rsquo;argument est sans m\u00e9rite : leurs th\u00e9ories sont falsifiables, au m\u00eame titre que le <i>Big bang<\/i>par exemple, m\u00eame si cela exigerait davantage d&rsquo;argumentation discursive que de recours \u00e0 la v\u00e9rification exp\u00e9rimentale pure. Ce qui distingue leurs constructions, c&rsquo;est qu&rsquo;il est difficile, au sens de \u00ab dur \u00bb psychologiquement, pour un auteur de les formuler. Il existe ici, comme je l\u2019ai dit, un <i>tabou<\/i> \u00e0 surmonter, quelque chose qui provoque la crainte ou la col\u00e8re si l&rsquo;on y touche : il y a aussi une <i>conversion<\/i> \u00e0 r\u00e9aliser, en premier lieu pour son auteur, au moment o\u00f9 il formule sa th\u00e9orie, en second lieu pour son lecteur au moment o\u00f9 celui-ci doit se laisser convaincre, au moment o\u00f9 certains remparts dress\u00e9s par son affect doivent s&rsquo;effondrer pour faire place \u00e0 la conception nouvelle. <\/p>\n<p>Ce qui caract\u00e9rise le darwinisme ou le freudisme, c&rsquo;est que s&rsquo;ils sont vrais, le m\u00e9rite de Darwin et de Freud, en tant qu&rsquo;ils en sont les auteurs en est automatiquement diminu\u00e9. Si nous ne sommes que les descendants de grands singes, alors le darwinisme lui-m\u00eame a pour auteur le descendant d&rsquo;un grand singe (les caricaturistes de l&rsquo;\u00e9poque s&rsquo;en sont d&rsquo;ailleurs donn\u00e9 \u00e0 c\u0153ur joie), de m\u00eame, si toute \u0153uvre humaine est un moyen d\u00e9tourn\u00e9 de satisfaire une pulsion d&rsquo;ordre sexuel, alors la m\u00e9tapsychologie freudienne elle-m\u00eame est un moyen d\u00e9tourn\u00e9 pour son auteur de satisfaire une telle pulsion. <\/p>\n<p>La th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9volution de Darwin ainsi que la psychanalyse \u2013 on l&rsquo;a \u00e9crit \u2013 impliquent une d\u00e9valuation, un <i>rabaissement<\/i> de l&rsquo;image que se fait la race humaine d&rsquo;elle-m\u00eame. La vanit\u00e9 de l&rsquo;esp\u00e8ce en prend un mauvais coup, car il s&rsquo;agit de bien plus que d&rsquo;une th\u00e9orie nouvelle, il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;une le\u00e7on d&rsquo;humilit\u00e9. Copernic en avait fait autant lorsqu&rsquo;il d\u00e9pla\u00e7a la terre du centre vers la p\u00e9riph\u00e9rie ou lorsque Linn\u00e9 le premier classa l&rsquo;homme au rang des mammif\u00e8res. <\/p>\n<p>Alors qu&rsquo;est-ce qui nous emp\u00eachait de comprendre la distribution r\u00e9elle des responsabilit\u00e9s entre le corps et l&rsquo;\u00e2me ? Probablement un m\u00e9canisme psychologique du m\u00eame ordre que celui que je viens d&rsquo;\u00e9voquer \u00e0 propos de Darwin et de Freud : si tel est bien le cas, alors composer la Neuvi\u00e8me Symphonie ou peindre <i>La ronde de nuit<\/i>, sont sans aucun doute des r\u00e9alisations <i>personnelles<\/i> ayant leur fondement dans un \u00eatre biologique model\u00e9 par une histoire, mais qui ne sont pas davantage li\u00e9es \u00e0 un <i>sujet<\/i> humain ma\u00eetre de ses actions, que le fait pour quiconque d&rsquo;entre nous d&rsquo;ouvrir une fen\u00eatre <i>machinalement<\/i>. Quant \u00e0 celui qui attacherait son nom \u00e0 la d\u00e9couverte que les fonctions de l&rsquo;\u00e2me et du corps doivent \u00eatre simplement invers\u00e9es, il <i>rabaisserait<\/i> d&rsquo;autant sa propre d\u00e9couverte : elle aurait \u00e9t\u00e9 tout aussi <i>machinale<\/i>, selon l&rsquo;automatisme qu&rsquo;il aurait mis en \u00e9vidence. Il serait l&rsquo;auteur de sa d\u00e9couverte par un m\u00e9canisme dont \u2013 il l&rsquo;aurait prouv\u00e9 \u2013 sa personne n&rsquo;est le support que pour des raisons parfaitement fortuites au regard de l&rsquo;histoire. Tout ce qu&rsquo;il pourrait affirmer quant au fait qu\u2019elle ne pouvait avoir lieu que par lui se trouverait automatiquement disqualifi\u00e9 : ce ne pouvait \u00eatre que lui sans doute mais sans pour autant que la paternit\u00e9 en revienne \u00e0 ce \u00ab moi, je \u00bb dont il aime ponctuer son discours. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 en quelques mots ce qui expliquerait pourquoi les penseurs qui se sont pench\u00e9s sur le myst\u00e8re de la chambre chinoise se sont arr\u00eat\u00e9s au bord de son \u00e9lucidation, puisque ce qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de d\u00e9couvrir les aurait priv\u00e9s de la satisfaction de mettre en avant leur propre personne \u2013 satisfaction qui guide de tout temps le processus de la d\u00e9couverte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Comme notre d\u00e9bat sur la m\u00e9canique quantique se d\u00e9place en ce moment vers la conscience, je vous signale que j\u2019ai publi\u00e9 en 1999, dans la revue <i>L\u2019Homme<\/i>, un texte consacr\u00e9 \u00e0 la conscience : <strong>Le secret de la chambre chinoise<\/strong>. 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