{"id":21708,"date":"2011-03-04T16:50:46","date_gmt":"2011-03-04T15:50:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=21708"},"modified":"2013-01-02T14:45:47","modified_gmt":"2013-01-02T13:45:47","slug":"lactualite-de-la-crise-la-bce-donjon-du-systeme-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/03\/04\/lactualite-de-la-crise-la-bce-donjon-du-systeme-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LA BCE, DONJON DU SYST\u00c8ME<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Fort \u00e0 propos, la chanceli\u00e8re Angela Merkel vient d\u2019avouer \u00eatre impliqu\u00e9e dans \u00ab\u00a0une multitude de discussions pour pouvoir envoyer un signal fort le 11 mars\u00a0\u00bb. Une mani\u00e8re de d\u00e9crire la situation de grande confusion qui pr\u00e9vaut actuellement en Europe, qui n\u2019est pas pr\u00eate de se r\u00e9sorber, amenant la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) a passer \u00e0 l\u2019offensive. <\/p>\n<p>Constatant que les gouvernements ne parviennent pas ou ne se r\u00e9signent pas \u00e0 assez serrer les boulons, et \u00e0 faire prendre en charge le payement de l\u2019addition par les contribuables comme elle l\u2019estime primordial &#8211; ce n\u2019est pas faute de l\u2019avoir soulign\u00e9 &#8211; elle entend d\u00e9sormais peser de tout son poids pour les amener \u00e0 r\u00e9sipiscence. Disons-le simplement, elle sort de son mandat officiel &#8211; la lutte contre l\u2019inflation &#8211; pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du syst\u00e8me financier envers et contre tout. Voici comment. <\/p>\n<p><!--more-->La BCE peut certes s\u2019appuyer, et ne s\u2019en prive pas, sur la mont\u00e9e des prix de l\u2019\u00e9nergie et des mati\u00e8res premi\u00e8res, ainsi que sur ses cons\u00e9quences sur les prix \u00e0 la consommation, pour brandir opportun\u00e9ment l\u2019\u00e9tendard de la lutte contre l\u2019inflation, camouflant ses v\u00e9ritables intentions, sauvant ainsi les apparences. Mais qu\u2019en est-il r\u00e9ellement\u00a0? La menace d\u2019un rel\u00e8vement de son taux, ou sa r\u00e9alisation, peut elle bloquer ces hausses des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res et les emp\u00eacher de se r\u00e9pandre plus largement ?  <\/p>\n<p>Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Par contre, il est certain qu\u2019une telle mesure, assortie d\u2019un \u00e9ventuel arr\u00eat de ses facilit\u00e9s \u00e0 trois mois, va atteindre les banques europ\u00e9ennes fortement d\u00e9pendantes de ses liquidit\u00e9s. Faisant pression sur celles-ci, ce sont les Etats o\u00f9 elles sont install\u00e9es qui sont vis\u00e9s par ricochet, afin qu\u2019ils rentrent dans le rang et adoptent de nouvelles mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 afin de diminuer leurs d\u00e9ficits. <\/p>\n<p>La BCE n\u2019entend pas en rester l\u00e0 et cherche \u00e0 \u00e9galement stopper la mise en oeuvre de la seconde de ses mesures <i>non conventionnelles<\/i>\u00a0: ses achats obligataires sur le march\u00e9 secondaire. Apr\u00e8s avoir lourdement insist\u00e9 pour que le fonds de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (EFSF) prenne son relais dans ce domaine, elle en est venue \u00e0 proposer qu\u2019il transf\u00e8re dans ses livres les obligations d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tenues par la BCE, pour un montant \u00e0 ce jour de 77 milliards d\u2019euros. Ce qui reviendrait \u00e0 en faire porter la charge financi\u00e8re aux Etats qui garantissent le fonds. Avec comme objectif de les emp\u00eacher d\u2019envisager une restructuration de la dette souveraine qui les atteindrait au premier chef. A ce jour, les Allemands qui seraient en premi\u00e8re ligne s\u2019y opposent farouchement. <\/p>\n<p>La BCE n\u2019a en effet pas cess\u00e9 de faire preuve d\u2019une grande clart\u00e9 \u00e0 ce propos\u00a0: une restructuration de la dette grecque est hors de question, comme le serait toute mise \u00e0 contribution des banques europ\u00e9ennes si les cr\u00e9anciers <i>seniors<\/i> des banques irlandaises devaient l\u2019\u00eatre. Elle reste envers et contre tout cramponn\u00e9e \u00e0 ce que l\u2019on pourrait appeler le plan A de r\u00e9solution de la crise europ\u00e9enne, en d\u00e9pit du fait qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 failli dans les faits. <\/p>\n<p>Compl\u00e9mentaire, son propre plan est de se d\u00e9charger sur les Etats, en leur faisant assumer tous les faux-frais de la crise qu\u2019elle a jusqu\u2019\u00e0 maintenant \u00e9pong\u00e9s. Afin de les enfermer dans une situation encore plus sans issue. La gouvernance fiscale de fer que le gouvernement allemand ne parvient pas \u00e0 imposer, et que le Parlement europ\u00e9en est encore moins d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 accepter, la BCE pr\u00e9tend l\u2019obtenir ainsi. <\/p>\n<p><i>Les march\u00e9s<\/i> ne sont bien entendu pas en reste. Standard &#038; Poor\u2019s vient d\u2019annoncer qu\u2019elle pourrait abaisser ses notes de la Gr\u00e8ce et du Portugal, si les dirigeants europ\u00e9ens se dirigeaient \u00e0 l\u2019occasion de leur prochain sommet vers un m\u00e9canisme de stabilisation financi\u00e8re europ\u00e9enne qui permettrait des restructurations de dette de ces pays. Il faut dire que l\u2019agence de notation \u00e9value le taux de recouvrement des d\u00e9tenteurs des obligations grecques \u00e0 entre 30 et 50% de leur valeur initiale, ce qui donne la mesure de l\u2019\u00e9tendue du probl\u00e8me que devraient affronter les banques europ\u00e9ennes qui la d\u00e9tiennent. <\/p>\n<p>L\u2019agence de notation Fitch intervient sur le m\u00eame registre. Dans une note qu\u2019elle vient de publier, elle avertit que 2011 pourrait \u00eatre \u00ab\u00a0le d\u00e9but de la fin\u00a0\u00bb de la crise de la dette publique. Sauf si, pr\u00e9cise-t-elle, \u00ab\u00a0les objectifs des politiques men\u00e9es et les attentes des march\u00e9s financiers ne sont pas satisfaits\u00a0\u00bb. Ce qui pourrait alors mener \u00e0 \u00ab\u00a0une accentuation ou une intensification de la crise\u00a0\u00bb. Les investisseurs, fait-elle valoir, veulent savoir\u00a0si l\u2019Europe est capable d\u2019arr\u00eater \u00ab\u00a0une strat\u00e9gie claire pour pr\u00e9server sa stabilit\u00e9 financi\u00e8re\u00a0\u00bb. Ce qui devrait se traduire par l\u2019adoption de mesures \u00ab\u00a0concr\u00e8tes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0cr\u00e9dibles\u00a0\u00bb pour r\u00e9sorber la crise des d\u00e9ficits publics et \u00ab\u00a0renforcer la gouvernance et fiscale en zone euro\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Tout commentaire est superflu. <\/p>\n<p>Dans ce contexte, quels signaux avons-nous en provenance des gouvernements\u00a0? La nouvelle autorit\u00e9 europ\u00e9enne de supervision des banques, l\u2019EBA, vient de rendre public de premi\u00e8res informations \u00e0 propos des futurs stress tests des banques. De tout point de vue, cela reste tr\u00e8s flou, tant en ce qui concerne la m\u00e9thodologie, les param\u00e8tres des sc\u00e9narios test\u00e9s ou la liste des banques qui vont l\u2019\u00eatre. Ou bien encore \u00e0 propos de ce qui sera publi\u00e9 ou ne le sera pas. Mais tout indique que l\u2019on s\u2019oriente, en d\u00e9pit des assurances les plus cat\u00e9goriques, vers une r\u00e9\u00e9dition de la farce qu\u2019a repr\u00e9sent\u00e9 la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9dition des tests. En particulier, il semble av\u00e9r\u00e9 que l\u2019exposition des banques aux obligations souveraines europ\u00e9ennes, ainsi que le risque qui pourrait r\u00e9sulter d\u2019une d\u00e9cote de celles-ci dans le cadre d\u2019une op\u00e9ration de restructuration, ne seront pas analys\u00e9s. L\u2019analyse de leurs <i>liquidit\u00e9s<\/i>, autre point crucial, serait effectu\u00e9e mais gard\u00e9e confidentielle, ind\u00e9niable signe qu&rsquo;elle fait probl\u00e8me. <\/p>\n<p>Deux explications peuvent \u00eatre avanc\u00e9es pour expliquer cette \u00e9poustouflante d\u00e9robade. En premier lieu, il n\u2019est pas politiquement envisageable d\u2019admettre que des restructurations puissent intervenir. En second, une telle analyse montrerait l\u2019extr\u00eame vuln\u00e9rabilit\u00e9 de banques pr\u00e9sent\u00e9es comme des plus florissantes. Mettant en \u00e9vidence qu\u2019il faut \u00e0 tout prix &#8211; encore une fois &#8211; les prot\u00e9ger. <\/p>\n<p>Ces stress tests sont mal nomm\u00e9s, puisqu\u2019ils ne sont pas faits pour mesurer la r\u00e9sistance des banques \u00e0 des d\u00e9t\u00e9riorations de la situation, mais pour montrer qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 voir. On pourrait donc les appeler <i>blind tests<\/i> (tests en aveugle). Rendez-vous, pour les r\u00e9sultats officiels, en juin prochain ! Etape interm\u00e9diaire, le 18 mars, date \u00e0 laquelle nous devrions en savoir un peu plus, une fois que les conciliabules entre l\u2019EBA et les banques seront termin\u00e9es. <\/p>\n<p>Au chapitre des bonnes nouvelles &#8211; puisqu\u2019il y en a quand m\u00eame \u00a0! &#8211; Nouriel Roubini \u00e9tait aujourd&rsquo;hui vendredi invit\u00e9 \u00e0 un colloque \u00e0 la Banque de France, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 droit au but. \u00c9num\u00e9rant les diff\u00e9rentes options envisageables pour r\u00e9duite le poids de la dette publique, il a \u00e9cart\u00e9 la croissance &#8211; dont les effets seront mod\u00e9r\u00e9s du fait m\u00eame des mesures d\u2019ajustement budg\u00e9taires &#8211; ainsi que la hausse du taux d\u2019\u00e9pargne, qui ne pourrait que diminuer encore la croissance. Quant \u00e0 l\u2019inflation, il l\u2019a \u00e9galement \u00e9cart\u00e9e, pour en venir \u00e0 la solution qu\u2019il pr\u00e9conise comme \u00e9tant la meilleure\u00a0: la restructuration de la dette. En pr\u00e9cisant que cela devait concerner non seulement les Etats, mais \u00e9galement les banques et les m\u00e9nages. Il a conclu en affirmant que \u00ab\u00a0la restructuration de la dette des Etats est un sujet qui doit \u00eatre mis sur la table\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Il n\u2019est pas le seul \u00e0 penser ainsi. Barry Eichengreen, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berkeley (Californie) a accord\u00e9 une longue interview \u00e0 Der Spiegel, int\u00e9gralement reproduite en anglais <a href=\"http:\/\/www.spiegel.de\/international\/world\/0,1518,748239,00.html\">ici<\/a>. Un choix significatif pour les deux parties. Il estime que le plan A ayant \u00e9chou\u00e9 en Europe, il faut passer au plan B. \u00ab Le sauvetage en cours n\u2019a jamais eu de sens. L\u2019objectif poursuivi par l\u2019Allemagne et la France est de prot\u00e9ger de l\u2019effondrement leurs propres banques. On commence \u00e0 r\u00e9aliser que le r\u00e9\u00e9chelonnement de la dette grecque ne m\u00e8ne nul part et qu\u2019il faut impliquer les banques. Il n\u2019y a qu\u2019une seule solution : les renforcer\u00a0!\u00a0\u00bb  Il estime que 180 milliards d\u2019euros devraient y \u00eatre consacr\u00e9s, rien que pour les banques allemandes et fran\u00e7aises, dans le cadre des restructurations de dette n\u00e9cessaires. Mais il craint que cette voie ne soit pas choisie, que seules des demi-mesures soient prises, ne faisant que faire perdre du temps pour r\u00e9soudre la crise. <\/p>\n<p>L\u2019actualit\u00e9 ne semble pas devoir lui donner tort. Le probl\u00e8me est que personne ne peut demander des comptes \u00e0 la BCE, qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une sorte de statut d\u2019extra-territorialit\u00e9. Que l&rsquo;on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de rapprocher de celui des <i>inatteignables<\/i> paradis fiscaux. Sans zones d&rsquo;ombre et sans r\u00e9v\u00e9lations qui se multiplient de tripatouillages, que serait la finance ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fort \u00e0 propos, la chanceli\u00e8re Angela Merkel vient d\u2019avouer \u00eatre impliqu\u00e9e dans \u00ab\u00a0une multitude de discussions pour pouvoir envoyer un signal fort le 11 mars\u00a0\u00bb. 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