{"id":2203,"date":"2009-03-06T03:12:26","date_gmt":"2009-03-06T02:12:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2203"},"modified":"2009-03-06T03:12:26","modified_gmt":"2009-03-06T02:12:26","slug":"lactualite-de-la-crise-petits-calculs-d%e2%80%99une-crise-sans-fin-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/03\/06\/lactualite-de-la-crise-petits-calculs-d%e2%80%99une-crise-sans-fin-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise : Petits calculs d\u2019une crise sans fin, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong> PETITS CALCULS D\u2019UNE CRISE SANS FIN<\/strong><\/p>\n<p>De l\u2019art de ne pas appeler les choses par leur nom. Les banques centrales se sont lanc\u00e9es, ou \u00e9tudient la possibilit\u00e9 de s\u2019y engager, dans une politique d\u2019 \u00ab assouplissement quantitatif \u00bb, mesure consistant dans un langage plus imag\u00e9 \u00e0 \u00ab faire tourner la planche \u00e0 billets \u00bb. Selon un sc\u00e9nario qui \u00e9tait pr\u00e9visible, la Fed a commenc\u00e9, la BoE a annonc\u00e9 la suivre et la BCE en \u00e9tudie la possibilit\u00e9. <\/p>\n<p>Il faut dire qu\u2019il y a le feu au lac. Mais rien n\u2019indique que cette mesure de dernier ressort soit efficace. Les banques vont b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019argent frais, en \u00e9change d\u2019actifs qu\u2019elles vont c\u00e9der \u00e0 leur banque centrale, la qualit\u00e9 de ceux-ci pouvant varier d\u2019obligations d\u2019Etat \u00e0 actifs non valorisables. Comment vont-elles l\u2019utiliser, c\u2019est la grande inconnue ? Le pr\u00e9c\u00e9dent japonais (premi\u00e8re illustration de la \u00ab trappe \u00e0 liquidit\u00e9s \u00bb de Keynes) n\u2019est pas l\u00e0 pour nous rassurer. La v\u00e9rit\u00e9 est que cette politique sera d\u2019autant plus efficace que les banques centrales r\u00e9cup\u00e9reront, plus ou moins subrepticement, des actifs non valorisables (pourris) et non de qualit\u00e9. Car sinon, cela laissera les banques dans une situation encore plus inconfortable qu\u2019actuellement, en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec leurs actifs toxiques et d\u00e9lest\u00e9es de leurs actifs de qualit\u00e9. Encore plus fragilis\u00e9es, elles n\u2019ouvriront pas les vannes du cr\u00e9dit. D\u2019autant que la crise \u00e9conomique n\u2019am\u00e9liore pas la solvabilit\u00e9 des emprunteurs et que cela va en empirant. <\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, la BoE a annonc\u00e9 acqu\u00e9rir des obligations d\u2019Etat. A tout prendre, ce n\u2019est peut-\u00eatre pas la chose la plus prudente qu\u2019elle puisse faire &#8211; paradoxalement. <\/p>\n<p>Si cette politique d\u2019assouplissement quantitatif devait ne pas fonctionner, ce qui est possible, cela sonnerait le glas de toutes les d\u00e9risoires tentatives auxquelles nous assistons de ne pas aller droit au but en nationalisant les banques. <\/p>\n<p><!--more-->Il y a comme un v\u00e9ritable d\u00e9ni dans l\u2019attitude des d\u00e9cideurs \u00e0 ce propos. Pour les psychiatres, le d\u00e9ni est essentiellement de l\u2019ordre de la psychose, ce qui n\u2019est pas rassurant pour la suite des \u00e9v\u00e9nements. Il repose sur le principe de plaisir. Lorsque la r\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un d\u00e9plaisir, elle est ni\u00e9e, sa prise en charge est refus\u00e9e pour cause d\u2019insatisfaction. Tapi derri\u00e8re ce d\u00e9ni, dans l\u2019inconscient freudien du portefeuille, on peut aussi voir la manifestation beaucoup plus terre \u00e0 terre du cat\u00e9gorique refus de se voir \u00ab spolier \u00bb, de la part des actionnaires du syst\u00e8me bancaire et des poss\u00e9dants en g\u00e9n\u00e9ral. La volont\u00e9 farouche de tenir bon jusqu\u2019\u00e0 ce que, par miracle, ou plut\u00f4t gr\u00e2ce aux fonds publics, la machine puisse \u00eatre remise en marche. On lit, dans les commentaires \u00e0 propos de l\u2019assouplissement mon\u00e9taire de la BoE des commentaires du genre : les banques ne pr\u00e9f\u00e9reront-elles pas, plut\u00f4t que d\u2019utiliser ces nouveaux fonds qui vont \u00eatre mis \u00e0 leur disposition par la BoE, les conserver par devers elles ? Rien que l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ce risque devrait inciter les \u00ab d\u00e9cideurs \u00bb \u00e0 trancher dans le vif. Il n\u2019en est toujours \u00e9videmment rien. <\/p>\n<p>D\u2019autant que ce ne sont pas seulement les banques qui sont assaillies en bourse. Les compagnies d\u2019assurance britanniques commencent elles aussi \u00e0 chuter brutalement, de l\u2019ordre de 15 \u00e0 25% \u00e0 Londres aujourd\u2019hui jeudi, alors que les banques poursuivent leur descente aux enfers. Tout le syst\u00e8me financier britannique est en train de s\u2019\u00e9crouler, comme ces immeubles dynamit\u00e9s et qui s\u2019effondrent sur eux-m\u00eames, lentement d\u2019abord, puis de plus en plus rapidement. Depuis le d\u00e9but de la crise, la chute brutale des cours d\u2019une banque ou d\u2019une compagnie d\u2019assurance a toujours \u00e9t\u00e9 le signe avant-coureur de difficult\u00e9s majeures amenant l\u2019Etat \u00e0 intervenir. Mais, feignant d\u2019\u00eatre imperturbables, nos d\u00e9cideurs campent sur leurs positions ; \u00ab Augmenter le capital dans les conditions actuelles, pour une entreprise qui n&rsquo;en a absolument pas besoin, revient \u00e0 appauvrir inutilement ses propres actionnaires \u00bb vient de d\u00e9clarer au journal Le Figaro Claude B\u00e9b\u00e9ar, PDG d\u2019Axa, dont l\u2019action a tout de m\u00eame chut\u00e9 de 54% depuis le 1er janvier. Axa est victime, reconna\u00eet-il \u00ab des comportements gr\u00e9gaires des investisseurs mais aussi d&rsquo;op\u00e9rateurs de march\u00e9, d&rsquo;arbitragistes et autres hedge funds, qui appuient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur ce titre comme sur d&rsquo;autres \u00bb. Dans son aveuglement, Claude B\u00e9b\u00e9ar conserve une part de lucidit\u00e9 mais ne propose aucune alternative. <\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomiste Nouriel Roubini, que l\u2019on s\u2019arrache d\u00e9sormais, poursuit dans le monde entier et dans tous les m\u00e9dias sa croisade en faveur d\u2019une nationalisation sans discrimination des banques zombies. Paul Krugman et Ambrose Evans-Pritchard, parmi d\u2019autres, continuent leur pr\u00eache dans leurs chroniques respectives du New York Times et du Daily Telegraph. Le 2 mars dernier, Paul Krugman \u00e9crivait : \u00ab Le sentiment d\u00e9sagr\u00e9able que les choses partent \u00e0 la d\u00e9rive, le sentiment que les responsables politiques refusent de faire face \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 et s\u2019agitent vainement alors que l\u2019incendie gagne l\u2019\u00e9conomie mondiale, ne cesse de se renforcer \u00bb.<\/p>\n<p>Lui faisant involontairement \u00e9cho, Michael Geoghegan, directeur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019HSBC, a expliqu\u00e9 mardi sur CNN que \u00ab c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je vois une crise mondiale qui s&rsquo;entretient \u00bb, alors qu\u2019il vient de lancer un appel de fonds priv\u00e9s \u00e0 des tarifs d\u00e9fiant toute concurrence, afin de ne pas faire appel aux capitaux publics. Il a poursuivi : \u00ab nous n&rsquo;avons pas touch\u00e9 le fond. Les choses empirent parce qu&rsquo;il y a un manque de financement pour les banques dans le monde et certains march\u00e9s, particuli\u00e8rement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. C&rsquo;est moins le cas en Asie, au Moyen-Orient et en Am\u00e9rique Latine \u00bb.<\/p>\n<p>Ben Bernanke, pr\u00e9sident de la Fed, assurait mardi dernier au S\u00e9nat, et contre toute vraisemblance : \u00ab Je ne pense pas qu&rsquo;une quelconque grande banque am\u00e9ricaine soit actuellement un \u00e9tablissement zombie. Elles pr\u00eatent toutes. Elles sont toutes viables \u00bb. Reconnaissant tout de m\u00eame que \u00ab m\u00eame si des progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 faits sur le front financier depuis l&rsquo;automne, il faut en faire plus \u00bb. Ben Bernanke avait retrouv\u00e9 son calme, apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 le dernier renflouement en date d\u2019AIG, portant l\u2019ensemble des concours de l\u2019Etat \u00e0 la somme de 180 milliards de dollars : \u00ab Je pense que s&rsquo;il y a un seul \u00e9v\u00e9nement depuis les 18 derniers mois qui m&rsquo;a mis en col\u00e8re, je ne peux penser \u00e0 aucun autre plus qu&rsquo;\u00e0 AIG \u00bb. Cela fait effectivement cher la col\u00e8re. <\/p>\n<p>La Fed a par ailleurs annonc\u00e9 le lancement de son plan de relance du cr\u00e9dit \u00e0 la consommation (TALF), lui permettant de pr\u00eater jusqu&rsquo;\u00e0 200 milliards de dollars aux investisseurs achetant des titres adoss\u00e9s \u00e0 ce type de cr\u00e9dit. L\u2019effet levier potentiel serait de 1.000 milliards de dollars, a expliqu\u00e9 dans un communiqu\u00e9 la Fed, en ajoutant ce commentaire : \u00ab les march\u00e9s de ces titres ont \u00e9t\u00e9 historiquement une composante cruciale du pr\u00eat dans notre syst\u00e8me financier, mais ont \u00e9t\u00e9 pratiquement \u00e9teints depuis l&rsquo;aggravation de la crise financi\u00e8re en octobre \u00bb. Enfin, elle a dress\u00e9 un bilan calamiteux de l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, reconnaissant que le secteur financier ne se sortait pas de ses probl\u00e8mes : \u00ab Ce qu&rsquo;ont rapport\u00e9 les banques et d&rsquo;autres institutions financi\u00e8res a montr\u00e9 de nouveaux reculs de la demande des pr\u00eats de la part des entreprises, une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9t\u00e9rioration de la qualit\u00e9 du cr\u00e9dit chez les entreprises et les m\u00e9nages, et un niveau de cr\u00e9dit disponible toujours restreint \u00bb.<\/p>\n<p>En attendant, le projet de structure de d\u00e9faisance publique-priv\u00e9e annonc\u00e9e par le Tr\u00e9sor prend lentement tournure, si l\u2019on en croit le Wall Street Journal. \u00ab L&rsquo;administration Obama envisagerait de cr\u00e9er des fonds d&rsquo;investissement afin de reprendre les pr\u00eats et actifs douteux qui empoisonnent le bilan des banques am\u00e9ricaines \u00bb a \u00e9crit lundi dernier le journal. La mise en place de fonds dirig\u00e9s par des gestionnaires priv\u00e9s serait dans les cartons, en application de ce dogme selon lequel le priv\u00e9, qui vient de faire ses preuves, serait seul capable de r\u00e9gler les probl\u00e8mes, une fois financ\u00e9s sur fonds publics. L&rsquo;action de la banque am\u00e9ricaine Citigroup, ex-num\u00e9ro un mondial de la finance, est tomb\u00e9e jeudi sous un dollar Wall Street et cela augure mal de cette cohabitation de capitaux publics et priv\u00e9s qui est envisag\u00e9e. Apr\u00e8s l&rsquo;avoir renflou\u00e9e de 45 milliards de dollars en fin d\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le Tr\u00e9sor a annonc\u00e9 en f\u00e9vrier qu&rsquo;il allait convertir des actions pr\u00e9f\u00e9rentielles, sans droit de vote, en actions ordinaire. Cons\u00e9quence une mont\u00e9e au capital pouvant atteindre 36%. Les investisseurs se sont depuis d\u00e9tourn\u00e9s de la banque. <\/p>\n<p>Sans vouloir \u00eatre cruel avec Joaquin Almunia, commissaire europ\u00e9en espagnol aux Affaires \u00e9conomiques, qui a souvent le m\u00e9rite de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas, il faut relever ses derni\u00e8res d\u00e9clarations sur un autre grand sujet de pr\u00e9occupation, la crise dans les pays d\u2019Europe de l\u2019Est et le risque d\u2019une d\u00e9faillance financi\u00e8re d&rsquo;un pays de la zone euro. Il a affirm\u00e9 qu&rsquo;un m\u00e9canisme d&rsquo;aide \u00e9tait pr\u00e9vu, et a plaid\u00e9 pour des emprunts \u00e9mis en commun par plusieurs pays, une formule souvent envisag\u00e9e ces derniers temps mais toujours pas mise en place. Joaquin Almunia s&rsquo;est refus\u00e9 \u00e0 en d\u00e9voiler les d\u00e9tails car \u00ab il ne serait pas intelligent d&rsquo;en parler en public \u00bb. Il a ajout\u00e9, afin de persuader son auditoire d\u2019un think tank bruxellois : \u00ab Ne redoutez pas un tel moment, nous sommes \u00e9quip\u00e9s intellectuellement, politiquement et \u00e9conomiquement pour faire face \u00e0 un sc\u00e9nario de crise \u00bb. Qui en douterait ? <\/p>\n<p>Un autre acteur, soumis \u00e0 d\u2019encore plus grandes r\u00e9serves diplomatiques, qui s\u2019est tardivement r\u00e9veill\u00e9 au d\u00e9but de cette crise, vient de d\u00e9clarer de son c\u00f4t\u00e9 \u00ab \u2026 je suis un peu inquiet quant \u00e0 la mise en \u0153uvre des bonnes politiques, particuli\u00e8rement en mati\u00e8re de restructuration des banques \u00bb. Il s\u2019agit de Dominique Strauss-Kahn, directeur g\u00e9n\u00e9ral du FMI, qui n\u2019avait pas l\u2019audace de parler ainsi de la politique am\u00e9ricaine, mais de celle des Europ\u00e9ens. Evoquant la derni\u00e8re r\u00e9union des chefs d\u2019Etat europ\u00e9ens, il a ajout\u00e9 \u00ab Les Europ\u00e9ens n&rsquo;\u00e9taient pas au mieux. Ils ont \u00e9t\u00e9 presque incapables de trouver quelque solution commune que ce soit \u00bb. <\/p>\n<p>Le FMI a par ailleurs publi\u00e9 mardi une \u00e9tude au terme de laquelle il estime les pays \u00e0 \u00ab faible revenu \u00bb expos\u00e9s \u00e0 une \u00ab troisi\u00e8me vague \u00bb de la crise, apr\u00e8s celles qui ont touch\u00e9 les pays avanc\u00e9s puis les \u00e9mergents. \u00ab Cela remet en question les progr\u00e8s consid\u00e9rables accomplis par de nombreux pays \u00e0 faible revenu au cours de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e, qui ont rehauss\u00e9 leur croissance \u00e9conomique, fait reculer la pauvret\u00e9 et sont parvenus \u00e0 une plus grande stabilit\u00e9 politique \u00bb, a soulign\u00e9 Dominique Strauss-Kahn. \u00ab Je suis profond\u00e9ment inquiet du co\u00fbt humanitaire potentiel de cette crise [&#8230;] Le co\u00fbt social va \u00eatre immense et, bien entendu, cela provoque des inqui\u00e9tudes quant \u00e0 la stabilit\u00e9 politique \u00bb, a-t-il ajout\u00e9, \u00e9voquant \u00ab pour certains pays le risque de conflits et de guerre \u00bb.<\/p>\n<p>Gordon Brown, premier ministre britannique, a quant \u00e0 lui essay\u00e9 de r\u00e9gler ses probl\u00e8mes \u00e9lectoraux \u00e0 Washington, en se faisant adouber par Barack Obama, et accessoirement d\u2019avancer sur la pr\u00e9paration du G20 de Londres. \u00ab Un new deal mondial impliquant tous les pays de la plan\u00e8te dans l&rsquo;entreprise consistant \u00e0 remettre en ordre et \u00e0 nettoyer le syst\u00e8me bancaire est possible dans les tout prochains mois \u00bb, a-t-il dit \u00e0 la presse devant la Maison Blanche, aux c\u00f4t\u00e9s de Barack Obama. Mais il n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 en quoi il pourrait bien consister, sauf \u00e0 mettre en cause, comme il \u00e9tait pr\u00e9visible, les paradis fiscaux, qui sont d\u00e9sormais une cible facile d\u00e9tournant l\u2019attention des autres probl\u00e8mes qui restent sans solution. Nous sommes mont\u00e9s d\u2019un cran, apr\u00e8s la r\u00e9mun\u00e9ration des banquiers et les dividendes de leurs actionnaires, arriv\u00e9s maintenant \u00e0 la mise en cause des \u00ab centres non coop\u00e9ratifs \u00bb. \u00ab Vous \u00eates en train de restructurer vos banques. Nous aussi. Mais les placements de tous ne seraient-ils pas beaucoup plus s\u00fbrs si le monde entier se mettait d&rsquo;accord pour interdire les syst\u00e8mes bancaires parall\u00e8les et les paradis fiscaux \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 dans une envol\u00e9e Gordon Brown, tr\u00e8s acclam\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un discours solennel devant les deux chambres du Congr\u00e8s. <\/p>\n<p>A la proposition de New Deal, la r\u00e9ponse publique de Barack Obama a \u00e9t\u00e9 de dire qu\u2019il fallait \u00ab coordonner \u00bb les efforts, fa\u00e7on polie de dire qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de suivre une autre politique que la sienne. L\u2019id\u00e9e d\u2019un axe anglo-saxon faisant pivot lors du G20 ne semble pas avoir re\u00e7u un accueil enthousiasme. Les rapprochements entre Fran\u00e7ais et Allemands, afin d\u2019en \u00eatre le pendant, vont-ils dans ces conditions se poursuivre ? <\/p>\n<p>Toujours \u00e0 propos des paradis fiscaux, Hans-Rudolf Merz, le ministre suisse des Finances a annonc\u00e9 une rencontre, dimanche \u00e0 Luxembourg, avec ses homologues autrichien et luxembourgeois, pour discuter de la menace que repr\u00e9sente pour ces trois pays l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une liste noire des paradis fiscaux. \u00ab Elle aura principalement pour but d&rsquo;harmoniser les int\u00e9r\u00eats communs des places financi\u00e8res dans le contexte international \u00bb, indique le communiqu\u00e9. On va peut-\u00eatre assister \u00e0 la constitution d\u2019une sorte de \u00ab front du refus \u00bb d\u00e9fensif, qui augure d\u2019une belle et souterraine partie de bras de fer \u00e0 venir. Car, du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, l\u2019offensive se pr\u00e9cise, tout en laissant de la marge aux n\u00e9gociations. Christine Lagarde, ministre fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9conomie, a annonc\u00e9 que la France et l&rsquo;Allemagne souhaitaient que \u00ab le Gafi (Groupe d&rsquo;action financi\u00e8re), le forum de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (FSF) et l&rsquo;OCDE, proposent pour le G20 des crit\u00e8res et des listes des pays qui refusent la coop\u00e9ration internationale dans ces domaines. \u00bb Les deux gouvernements proposeront \u00e9galement \u00e0 cette occasion que les pays membres \u00ab mettent fin \u00e0 leurs conventions bilat\u00e9rales avec les pays qui refusent d&rsquo;incorporer les meilleurs standards de l&rsquo;OCDE et des Nations unies \u00bb.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du futur organisme ind\u00e9pendant europ\u00e9en de supervision financi\u00e8re, un autre bras de fer est engag\u00e9. Alistair Darling, le ministre des Finances britannique a envoy\u00e9 mercredi une lettre \u00e0 ses homologues \u00e0 propos des propositions du groupe d&rsquo;experts r\u00e9unis sous la responsabilit\u00e9 de Jacques de Larosi\u00e8re, et l\u2019assassine en y mettant les formes, le consid\u00e9rant \u00ab une bonne base pour des discussions ult\u00e9rieures \u00bb. Il d\u00e9plore la coexistence de trois comit\u00e9s diff\u00e9rents de superviseurs nationaux (banques, assurances, march\u00e9s boursiers) et propose \u00ab qu&rsquo;avec le temps, on r\u00e9unisse ces comit\u00e9s en un organe unique \u00bb. Il estime n\u00e9cessaire qu\u2019il \u00ab soit dot\u00e9 d&rsquo;un statut ind\u00e9pendant, s\u00e9par\u00e9 de la Commission, mais avec des r\u00e8gles claires de responsabilit\u00e9 devant le Conseil europ\u00e9en \u00bb. Une mani\u00e8re tr\u00e8s britannique de tenir \u00e0 distance la Commission de Bruxelles. <\/p>\n<p>Les britanniques sont d\u00e9cid\u00e9ment \u00e0 la man\u0153uvre, afin de pr\u00e9parer ce G2O \u00e0 leur main. Peter Mandelson, le ministre britannique du commerce a annonc\u00e9 jeudi la tenue \u00e0 Londres d&rsquo;une conf\u00e9rence internationale consacr\u00e9e aux entreprises et au commerce, le 18 mars, pr\u00e9lude au sommet du 2 avril. Cette \u00ab\u00a0G20 Business Conference\u00a0\u00bb r\u00e9unira des repr\u00e9sentants d&rsquo;entreprise du monde entier, en vue de rejeter encore plus les tentations protectionnistes et de relancer les n\u00e9gociations men\u00e9es au sein de l&rsquo;OMC et qui ont \u00e9chou\u00e9 en juillet dernier. Une r\u00e9union des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du G20 se d\u00e9roulera \u00e9galement le 14 mars pr\u00e8s de la capitale britannique.<\/p>\n<p>Tout porte \u00e0 penser que les grands d\u00e9cideurs, qui privil\u00e9gient chacun leur propre cocktail de mesures et ne veulent pas s\u2019en laisser compter par les autres, exprimant ainsi et \u00e0 leur mani\u00e8re le \u00ab protectionnisme \u00bb qu\u2019ils condamnent avec v\u00e9h\u00e9mence, sont d\u2019accord sur une m\u00eame id\u00e9e qui a de bonnes chances de se r\u00e9v\u00e9ler fausse. Ils attendent de la future relance de l\u2019\u00e9conomie, pour laquelle ils font les v\u0153ux les plus fervents, la remise en forme du march\u00e9 hypoth\u00e9caire, et plus g\u00e9n\u00e9ralement du cr\u00e9dit sous toutes ses formes, de telle sorte que les actifs titris\u00e9s qui empoisonnent les bilans des institutions financi\u00e8res et paralysent le syst\u00e8me puissent retrouver in fine une valeur sur le march\u00e9. Alors, tout pourra recommencer, mais en mieux. <\/p>\n<p>C\u2019est cela leur calcul, rien d\u2019autre En attendant que la cloque soit r\u00e9sorb\u00e9e, se disent-ils, il faut tenir. Quitte \u00e0 d\u00e9pr\u00e9cier l\u2019avenir pour ne pas d\u00e9pr\u00e9cier le pr\u00e9sent. A accro\u00eetre d\u00e9mesur\u00e9ment la dette publique mondiale, cr\u00e9ant ainsi une nouvelle bulle financi\u00e8re encore plus redoutable. A se r\u00e9soudre, quand ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait, \u00e0 jouer avec la cr\u00e9ation mon\u00e9taire et \u00e0 d\u00e9clencher plus tard une inflation dont le contr\u00f4le n\u2019est pas garanti. D\u2019abord en proc\u00e9dant sagement, nous verrons bien comment par la suite. A accueillir dans les bilans des banques centrales le mistigri des actifs toxiques pour le refiler, comme il en a \u00e9t\u00e9 question dans certains cercles am\u00e9ricains, au Tr\u00e9sor, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 les faire supporter par le budget de l\u2019Etat, qui prendra tous les risques si le petit calcul de la relance \u00e9conomique et de leur r\u00e9\u00e9valuation cens\u00e9e s\u2019ensuivre ne fonctionnait pas bien comme pr\u00e9vu. <\/p>\n<p>Nous reviendrons ensuite, se disent-ils aussi, aux bienfaits de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019endettement, c\u2019est \u00e0 dire dans leur esprit de la r\u00e9partition in\u00e9gale de la richesse, et nous prendrons bien garde \u00e0 ne pas toucher \u00e0 ses m\u00e9canismes essentiels. Ils ont \u00e9t\u00e9 pervertis, mais sont indispensables, nous allons y mettre bon ordre en les r\u00e9gulant. L\u00e0 commence la discussion et les d\u00e9saccords entre eux. Ils prennent leur temps pour les r\u00e9soudre. Mais plus les solutions tardent, plus elles vont se r\u00e9v\u00e9ler on\u00e9reuses, voire d\u2019un co\u00fbt extravagant quand on empilera les plans successifs. Plus les moyens de les financer vont \u00eatre probl\u00e9matiques. Moins le petit calcul de d\u00e9part pourr se trouver v\u00e9rifi\u00e9. <\/p>\n<p>Deux derniers \u00e9l\u00e9ments dans l&rsquo;actualit\u00e9. Albert Rupprecht, responsable du fonds de soutien aux banques (Soffin), a appel\u00e9 l\u2019Etat allemand, dans une interview \u00e0 Handelsblatt, \u00e0 trouver rapidement une solution concr\u00e8te \u00e0 propos des actifs toxiques dans les bilans des banques, qui doivent passer, dit-il, des d\u00e9pr\u00e9ciations \u00e9normes. Il a propos\u00e9 la cr\u00e9ation de bad banks, le Soffin fournissant des garanties publiques. Le gouvernement allemand a marqu\u00e9 sa pr\u00e9f\u00e9rence pour une autre solution. Que les banques d\u00e9pr\u00e9cient leurs actifs toxiques avant que l&rsquo;Etat les recapitalise. Elle ne convient pas \u00e0 Albert Rupprecht, pr\u00e9cise-t-il, car elle conduirait \u00e0 une nationalisation rampante des banques. Toujours la m\u00eame probl\u00e9matique, prendre sans rien c\u00e9der en \u00e9change. <\/p>\n<p>Selon une \u00e9tude de Hedge Fund Intelligence, une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e \u00e0 Londres, la valeur des actifs des hedge funds a chut\u00e9 de 32% fin 2008, et est estim\u00e9e dor\u00e9navant \u00e0 1.808 milliards de dollars. Cette chute r\u00e9sulte des retraits massifs des fonds de ses clients et de la baisse de la valeur boursi\u00e8re de leurs actifs. Une minorit\u00e9 de fonds a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9gager des performances positives. La chute pourrait se poursuivre, suivant cette \u00e9tude estimative, d\u2019encore au moins 20% dans les mois \u00e0 venir. La cloque est donc loin d\u2019\u00eatre r\u00e9sorb\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong> PETITS CALCULS D\u2019UNE CRISE SANS FIN<\/strong><\/p>\n<p>De l\u2019art de ne pas appeler les choses par leur nom. Les banques centrales se sont lanc\u00e9es, ou \u00e9tudient la possibilit\u00e9 de s\u2019y engager, dans une politique d\u2019 \u00ab assouplissement quantitatif \u00bb, mesure consistant dans un langage plus imag\u00e9 \u00e0 \u00ab faire tourner la planche \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,18],"tags":[],"class_list":["post-2203","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monde-financier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2203"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2205,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2203\/revisions\/2205"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}