{"id":23109,"date":"2011-04-11T19:59:04","date_gmt":"2011-04-11T17:59:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=23109"},"modified":"2017-09-07T18:56:44","modified_gmt":"2017-09-07T16:56:44","slug":"la-reglementation-financiere-permettra-t-elle-de-changer-de-paradigme-par-mathilde-lemoine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/04\/11\/la-reglementation-financiere-permettra-t-elle-de-changer-de-paradigme-par-mathilde-lemoine\/","title":{"rendered":"<b>LA R\u00c9GLEMENTATION FINANCI\u00c8RE PERMETTRA-T-ELLE DE CHANGER DE PARADIGME ?<\/b>, par Mathilde Lemoine"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Le texte que vous allez lire n\u2019est pas r\u00e9cent : il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la <em>Revue de la CFDT<\/em> en 2009 (N\u00b0 93, pages 24 \u00e0 29). Si j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 son autrice (vous avez pu nous voir c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur le plateau de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=22247\">Ce soir (ou jamais !)<\/a>, le 24 mars) l&rsquo;autorisation de le reproduire, c\u2019est parce qu\u2019il explique magistralement en une synth\u00e8se de six pages ce que je n\u2019ai eu l&rsquo;occasion d&rsquo;expliquer que beaucoup plus longuement (La crise du capitaliste am\u00e9ricain \u2013 2007, L\u2019implosion \u2013 2008, La crise \u2013 2008). Vous noterez j\u2019en suis s\u00fbr, qu\u2019alors qu\u2019il existe aujourd\u2019hui une multitude d\u2019interpr\u00e9tations des origines de la crise, nous en offrons, Mathilde Lemoine et moi, la m\u00eame exactement.<\/p><\/blockquote>\n<p><b>L&rsquo;ampleur de la crise actuelle rend indispensable la mise en \u0153uvre d&rsquo;une nouvelle r\u00e9gulation financi\u00e8re et bancaire. <\/p>\n<p>Mais elle ne suffira pas \u00e0 limiter la \u00ab d\u00e9rive mon\u00e9taire \u00bb et les dysfonctionnements observ\u00e9s. <\/p>\n<p>Bilan et perspectives d&rsquo;action.<\/b> <\/p>\n<p>La crise financi\u00e8re est intervenue apr\u00e8s une \u00abp\u00e9riode enchanteresse\u00bb caract\u00e9ris\u00e9e par une forte croissance, 4,3% en moyenne de 2000 \u00e0 2007, une faible inflation, 2,5% en moyenne par an, et par des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat longs tr\u00e8s limit\u00e9s, 4,7% en moyenne. S&rsquo;affranchissant du caract\u00e8re instable de la croissance et des d\u00e9s\u00e9quilibres macro-\u00e9conomiques, certains pensaient que ce \u00abmonde merveilleux\u00bb \u00e9tait durable et que tous les salari\u00e9s y auraient acc\u00e8s un jour.<\/p>\n<p>Le r\u00e9veil est douloureux. En r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait le cr\u00e9dit qui avait permis la construction de ce monde de croissance. Or \u00ab toutes les crises impliquent une dette devenue, d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, dangereusement disproportionn\u00e9e aux moyens de paiements sous-jacents \u00bb disait d\u00e9j\u00e0 J.K Galbraith [1]. La v\u00e9rit\u00e9 a donc fini par \u00e9clater. L\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit est alors devenu plus difficile, pr\u00e9cipitant le d\u00e9sendettement des m\u00e9nages et des entreprises. L\u2019investissement a cess\u00e9, la demande s&rsquo;est repli\u00e9e, ce qui a entra\u00een\u00e9 une diminution brutale de l&rsquo;utilisation des capacit\u00e9s de production. Le taux de ch\u00f4mage a commenc\u00e9 \u00e0 remonter, limitant encore la demande et retardant le moment o\u00f9 les entreprises se mettront \u00e0 r\u00e9investir et \u00e0 augmenter leurs capacit\u00e9s de production.<\/p>\n<p><!--more-->Cet encha\u00eenement \u00e0 la hausse comme \u00e0 la baisse est bien connu puisqu&rsquo;il a engendr\u00e9 de nombreuses crises bancaires et financi\u00e8res. Laeven et Valencia (2008) [2] en ont d\u00e9nombr\u00e9 124 depuis 1970 et seules celles ayant n\u00e9cessit\u00e9 une recapitalisation quasi g\u00e9n\u00e9rale des banques sont comptabilis\u00e9es. Les plus embl\u00e9matiques sont celles subies par les pays \u00e9mergents (pays asiatiques ou d&rsquo;Am\u00e9rique latine). Les pays d\u00e9velopp\u00e9s ne sont pas en reste: la Finlande, la Su\u00e8de, la Norv\u00e8ge, l&rsquo;Espagne, le Japon et les \u00c9tats-Unis, mais aussi la France en 1994-1995 ont eux aussi connu ce genre de crises. <\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le d\u00e9clencheur et l&rsquo;ampleur de la crise actuelle diff\u00e8rent, ce qui rend n\u00e9cessaire la mise en \u0153uvre d&rsquo;une nouvelle r\u00e9glementation financi\u00e8re et bancaire. Elle ne permettra toutefois pas de limiter la \u00ab d\u00e9rive mon\u00e9taire \u00bb ni l&rsquo;instabilit\u00e9 de la croissance. L&rsquo;enregistrement des transactions de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 am\u00e9liorera incontestablement la transparence. Le contr\u00f4le du fonctionnement des agences de notation, de la liquidit\u00e9 r\u00e9elle des produits financiers et du lien entre les fonds propres des banques et les cr\u00e9dits permettra une meilleure \u00e9valuation du risque. Mais cela n&rsquo;\u00e9loignera pas suffisamment la tentation du \u00ab dopage mon\u00e9taire \u00bb. Quand la croissance du pouvoir d&rsquo;achat est trop faible, il est plus facile de faire appel au cr\u00e9dit que de modifier les r\u00e8gles de d\u00e9termination du partage de la richesse cr\u00e9\u00e9e chaque ann\u00e9e. De 2002 \u00e0 2007, p\u00e9riode pourtant \u00abenchanteresse\u00bb, les salari\u00e9s am\u00e9ricains ayant une r\u00e9mun\u00e9ration moyenne l&rsquo;ont vue cro\u00eetre de 0,3 % seulement par an, et les Fran\u00e7ais de 0,1 %. Nous ne devons donc pas nous focaliser sur les seuls amplificateurs financiers de la crise. Il faut \u00e9galement limiter l&rsquo;ampleur des \u00ab booms \u00e9conomiques \u00bb en am\u00e9liorant le partage des richesses. L\u2019\u00e9conomie de sortie de crise doit \u00eatre diff\u00e9rente du \u00abmonde merveilleux\u00bb dop\u00e9 au cr\u00e9dit de ces derni\u00e8res ann\u00e9es mais demande de changer de paradigme de croissance. <\/p>\n<h3>Les produits de dopage de la croissance \u00e9conomique : la titrisation&#8230; <\/h3>\n<p>La croissance par habitant, c&rsquo;est-\u00e0-dire notre niveau de vie moyen, d\u00e9pend de notre capacit\u00e9 productive. Au fur et \u00e0 mesure que la population augmente, il faut produire plus en \u00e9conomisant les ressources naturelles. L\u2019efficacit\u00e9 productive est am\u00e9lior\u00e9e gr\u00e2ce au progr\u00e8s technique mais toutes les g\u00e9n\u00e9rations r\u00eavent de s&rsquo;affranchir du \u00abmur de la raret\u00e9\u00bb en recourant \u00e0 des produits \u00abdopant\u00bb la croissance. R\u00e9cemment, la plupart des pays ont ainsi utilis\u00e9 \u00e0 cette fin la masse mon\u00e9taire et le cr\u00e9dit. Les gouvernements am\u00e9ricains ont facilit\u00e9 l&rsquo;accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 des moins riches sans attendre que leur salaire augmente. Les autorit\u00e9s chinoises ont, par la sous-\u00e9valuation de leur monnaie, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le d\u00e9veloppement \u00e9conomique sans avoir \u00e0 r\u00e9former leur syst\u00e8me financier et leur syst\u00e8me social. Les Europ\u00e9ens ont ainsi pu r\u00e9pondre en partie \u00e0 des citoyens qui revendiquaient des augmentations de pouvoir d&rsquo;achat alors que la croissance de la productivit\u00e9 \u00e9tait faible. <\/p>\n<p>Le recours au cr\u00e9dit a en cons\u00e9quence \u00e9t\u00e9 massif dans les trois continents, le faible co\u00fbt de l&#8217;emprunt permis par la titrisation ayant encore facilit\u00e9 le processus d&rsquo;endettement. La titrisation consistait \u00e0 c\u00e9der des cr\u00e9ances comme les dettes hypoth\u00e9caires \u00e0 une institution sp\u00e9cifique. Cette derni\u00e8re les finan\u00e7ait en \u00e9mettant des titres \u00e9changeables. Les \u00e9tablissements bancaires n&rsquo;avaient donc pas \u00e0 provisionner de fonds propres en fonction des risques de ces produits puisqu&rsquo;ils c\u00e9daient les cr\u00e9ances pour qu&rsquo;elles soient vendues sous forme de titres. La tra\u00e7abilit\u00e9 des produits financiers est alors devenue plus difficile. Cette opacit\u00e9 a amplifi\u00e9 la crise financi\u00e8re. <\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2007, la r\u00e9\u00e9valuation du risque a abouti \u00e0 la baisse de la valeur de ces produits. Les fonds mon\u00e9taires ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ticents \u00e0 renouveler le financement des institutions sp\u00e9cifiques ayant pour objet de d\u00e9tenir le portefeuille d&rsquo;actifs sous-jacents et d&rsquo;\u00e9mettre des titres repr\u00e9sentatifs de ce portefeuille. La titrisation s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e. La progression des taux de d\u00e9faut des m\u00e9nages am\u00e9ricains ayant emprunt\u00e9 gr\u00e2ce aux pr\u00eats subprime a entra\u00een\u00e9 un accroissement de l&rsquo;incertitude qui s&rsquo;est rapidement diffus\u00e9e \u00e0 tous les produits financiers. Il \u00e9tait devenu impossible de localiser les produits gag\u00e9s sur ces cr\u00e9ances hypoth\u00e9caires car elles avaient \u00e9t\u00e9 titris\u00e9es puis m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 d&rsquo;autres cr\u00e9ances. <\/p>\n<p>Les subprimes ont \u00e9t\u00e9 les d\u00e9clencheurs de la crise mais c&rsquo;est la sous-appr\u00e9ciation du risque qui en a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;amplificateur. Les vendeurs de titres gag\u00e9s sur les cr\u00e9dits immobiliers ont sous-estim\u00e9 le risque en supposant que les prix immobiliers grimperaient indefiniment. Par ailleurs, la faiblesse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat a conduit \u00e0 sous-estimer le risque et \u00e0 rechercher de meilleurs rendements. La faiblesse des taux d\u2019emprunt n\u2019\u00e9tait donc que le reflet resteraient d&rsquo;une sous-\u00e9valuation du risque g\u00e9n\u00e9rant des d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques et non pas la cons\u00e9quence du meilleur fonctionnement des march\u00e9s financiers. Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour l&rsquo;admettre ? D&rsquo;une part, le d\u00e9veloppement des march\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;\u00e9changeaient certains produits titris\u00e9s a rendu moins identifiables les gages du cr\u00e9dit et donc les risques. D&rsquo;autre part, les r\u00e8gles mises en place pour limiter l&rsquo;expansion du cr\u00e9dit ont \u00e9t\u00e9 contourn\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la titrisation. Ainsi, la hausse des fonds propres n&rsquo;\u00e9tait plus indispensable en cas de progression des cr\u00e9dits car les banques ne gardaient pas le cr\u00e9dit qu&rsquo;elles avaient accord\u00e9. Par ailleurs, la liquidit\u00e9 des produits \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme automatique m\u00eame quand ils n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e9chang\u00e9s sur un march\u00e9 organis\u00e9. Le risque de liquidit\u00e9 \u00e9tait alors clairement sous-\u00e9valu\u00e9. Enfin, certains op\u00e9rateurs comme les banques d&rsquo;investissement n&rsquo;\u00e9taient pas soumis \u00e0 la m\u00eame r\u00e9glementation alors qu&rsquo;ils faisaient peser un risque syst\u00e9mique. Au final, l&rsquo;endettement a explos\u00e9. <\/p>\n<p>Les r\u00e9formes doivent donc permettre une meilleure \u00e9valuation du risque et une surveillance de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;endettement. Plusieurs ont d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre aux \u00c9tats-Unis et en Europe comme l&rsquo;enregistrement des transactions de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 par une chambre de compensation. D&rsquo;autres sont plus longues \u00e0 intervenir comme la r\u00e9forme des agences de notation qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9es pour avoir mal \u00e9valu\u00e9 les risques li\u00e9s aux produits titris\u00e9s. Pourtant, la France ou l&rsquo;Europe pourrait tout \u00e0 fait cr\u00e9er une telle agence. Les investisseurs qui paieraient pour obtenir ces \u00e9valuations disposeraient ainsi de plusieurs analyses, ce qui limiterait le risque d&rsquo;interpr\u00e9tation. <\/p>\n<p>La question de l&rsquo;effet de levier et du \u00absurendettement\u00bb est plus difficile \u00e0 r\u00e9gler tant pour les entreprises que pour les particuliers, car leur niveau d&rsquo;\u00e9quilibre d\u00e9pend des \u00e9volutions futures de l&rsquo;activit\u00e9 ou de revenu, qui par d\u00e9finition ne sont pas connues. Limiter le recours \u00e0 l&rsquo;endettement peut tout aussi bien casser la croissance ou permettre d&rsquo;\u00e9viter une crise financi\u00e8re mais \u00e9galement g\u00e9n\u00e9rer des in\u00e9galit\u00e9s. Par exemple, r\u00e9duire l&rsquo;effet de levier dans le cas des pr\u00eats immobiliers implique que l&#8217;emprunteur ait un niveau de revenu relativement \u00e9lev\u00e9. Les autres sont \u00e9cart\u00e9s et ne peuvent ajuster leur consommation \u00e0 leurs revenus futurs. Quelle est alors la solution ? Supprimer tout effet de levier ou diff\u00e9rencier les taux d&#8217;emprunt en fonction du risque ? Chacun exprimera un point de vue en fonction de sa situation mais quel est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral : ne prendre aucun risque ou un risque limit\u00e9 ? Et comment d\u00e9finir ce dernier alors que chaque individu a une aversion au risque diff\u00e9rente ? La solution pourrait consister \u00e0 r\u00e9tablir, parall\u00e8lement aux r\u00e9formes de transparence, la r\u00e8gle liant l&rsquo;augmentation du cr\u00e9dit et des fonds propres tout en laissant une libert\u00e9 d&rsquo;appr\u00e9ciation des situations personnelles sans oublier le r\u00f4le que peuvent jouer les banques centrales. <\/p>\n<h3>&#8230;mais aussi la politique mon\u00e9taire<\/h3>\n<p>Les pistes \u00e9voqu\u00e9es ci-avant sont des r\u00e9ponses aux insuffisances et aux dysfonctionnements mis en lumi\u00e8re par la crise financi\u00e8re actuelle. Mais l&rsquo;instabilit\u00e9 financi\u00e8re d\u00e9passe le seul probl\u00e8me de la r\u00e9glementation bancaire et financi\u00e8re dans la mesure o\u00f9 elle est aussi d\u00e9termin\u00e9e par la conduite de la politique mon\u00e9taire. Les crises de surendettement se pr\u00e9parent quand tout va bien. Les faibles taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat directeurs ont facilit\u00e9 l&rsquo;endettement des m\u00e9nages comme des entreprises, dans un contexte de reprise de la croissance apr\u00e8s la bulle technologique et les \u00e9v\u00e9nements du 11 septembre 2001. Les m\u00e9nages am\u00e9ricains, mais aussi europ\u00e9ens, ont alors emprunt\u00e9 pour finaliser leurs projets immobiliers, et les entreprises ont pu racheter des actions ou s&rsquo;endetter, leur valorisation boursi\u00e8re \u00e9tant record. Au total, la masse mon\u00e9taire des pays d\u00e9velopp\u00e9s, des pays \u00e9mergents et des pays p\u00e9troliers a augment\u00e9 de plus de 13 000 milliards de dollars entre 2002 et fin 2007, soit de 66%. Si les BRIC (Br\u00e9sil, Russie, Inde et Chine) et les pays p\u00e9troliers ont contribu\u00e9 \u00e0 hauteur de 41% \u00e0 cette hausse, les \u00c9tats-Unis, la zone euro, le Royaume-Uni et le japon y ont particip\u00e9 \u00e0 hauteur de 59%. Et la zone euro n&rsquo;a rien \u00e0 envier aux \u00c9tats-Unis. <\/p>\n<p>Habituellement, l&rsquo;utilisation de ce produit de dopage qu&rsquo;est le cr\u00e9dit, contrepartie de la masse mon\u00e9taire, est limit\u00e9e par l&rsquo;apparition de l&rsquo;inflation qui engendre un resserrement de la politique mon\u00e9taire, une hausse des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et un refroidissement de l&rsquo;\u00e9conomie. Mais cette fois-ci, l&rsquo;alerte n&rsquo;a pas fonctionn\u00e9 puisque les tensions se sont d&rsquo;abord port\u00e9es sur les prix des actifs, actions, mati\u00e8res premi\u00e8res, immobilier. La Banque centrale europ\u00e9enne aurait d\u00fb \u00eatre la plus r\u00e9active car elle a pour objectif de suivre la stabilit\u00e9 des prix, mais aussi M3, c&rsquo;est-\u00e0-dire la croissance de la masse mon\u00e9taire. Or, cette derni\u00e8re a augment\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 12% par an quand sa croissance d&rsquo;\u00e9quilibre est de 4,5% ! Il est vrai qu&rsquo;une action unilat\u00e9rale europ\u00e9enne aurait g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une forte appr\u00e9ciation de l&rsquo;euro difficilement supportable. <\/p>\n<p>Les banques centrales ont donc tard\u00e9 \u00e0 remonter leur taux de refi-nancement et \u00e0 briser cette \u00abcroissance enchanteresse\u00bb. La flamb\u00e9e des prix immobiliers aurait pu servir d&rsquo;avertisseur mais elle \u00e9tait justifi\u00e9e par les observateurs par une forte demande alors m\u00eame que les salaires augmentaient peu, que les mises en chantier \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es et que les loyers progressaient faiblement ! Quant \u00e0 la hausse des prix des mati\u00e8res premi\u00e8res, elle \u00e9tait due \u00e0 la Chine dont l&rsquo;activit\u00e9 ne cesserait de cro\u00eetre \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9. <\/p>\n<p>Il me semble donc inefficace de limiter les r\u00e9formes au seul syst\u00e8me bancaire et financier, il faut \u00e9galement red\u00e9finir le r\u00f4le de la politique mon\u00e9taire. Tout d&rsquo;abord, elle doit assurer la stabilit\u00e9 des prix. Cela passe bien s\u00fbr par la surveillance de l\u2019inflation mais aussi des prix des actifs. Le suivi de la progression des prix \u00e0 la consommation ne suffit pas puisque les prix des mati\u00e8res premi\u00e8res, de l\u2019immobilier ou des autres actifs r\u00e9agissent avant d&rsquo;influer sur les prix \u00e0 la consommation et donc le pouvoir d&rsquo;achat. Il faudrait donc ajouter le suivi de la masse mon\u00e9-taire et des cr\u00e9dits au secteur priv\u00e9. Une r\u00e9cente \u00e9tude publi\u00e9e dans la s\u00e9rie \u00abResearch bulletin\u00bb de la BCE montre d&rsquo;ailleurs que l&rsquo;\u00e9volution des cr\u00e9dits bancaires au secteur priv\u00e9 est un bon indicateur avanc\u00e9 d&rsquo;une crise financi\u00e8re. Les banques centrales pourraient prendre exemple sur la BCE et avoir pour objectif de suivre la masse mon\u00e9taire. Sa croissance pourrait \u00eatre limit\u00e9e par une fourchette haute plut\u00f4t que par le chiffre de 4,5% comme c&rsquo;est le cas actuellement. Cette limite serait d\u00e9termin\u00e9e par la progression potentielle du PIB nominal de chaque pays. Ensuite, il faut accepter que la politique mon\u00e9taire ne soit qu&rsquo;un volet de la politique \u00e9conomique et non plus sa pierre angulaire. Son objet n&rsquo;est pas de pallier le manque de croissance tendancielle d&rsquo;une \u00e9conomie ni de suppl\u00e9er \u00e0 la stagnation du pouvoir d&rsquo;achat. Le seul moyen de s&rsquo;enrichir sans manipuler les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat consiste \u00e0 produire plus en \u00e9conomisant les facteurs de production et \u00e0 am\u00e9liorer la redistribution des richesses. Une telle politique n\u00e9cessite d&rsquo;accepter un rendement de son \u00e9pargne plus faible quand le risque est limit\u00e9 et d&rsquo;inciter \u00e0 l&rsquo;investissement en \u00e9ducation, formation, innovation plut\u00f4t qu&rsquo;au rachat d&rsquo;actions. <\/p>\n<h3>R\u00e9glementation financi\u00e8re, mais aussi discipline mon\u00e9taire<\/h3>\n<p>La crise financi\u00e8re est le r\u00e9sultat de la sous-\u00e9valuation des risques li\u00e9e \u00e0 la titrisation et \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les institutions bancaires de g\u00e9n\u00e9rer des cr\u00e9dits sans lien avec leurs fonds propres. Le d\u00e9veloppement des march\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 n&rsquo;a fait qu&rsquo;amplifier l&rsquo;opacit\u00e9 et la difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer les risques. Il est donc bien s\u00fbr n\u00e9cessaire de mettre en place rapidement des chambres de compensation afin d&rsquo;enregistrer les transactions ayant lieu auparavant sur des march\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 pour plus de transparence et pour limiter l&rsquo;incertitude. Par ailleurs, les fonds d&rsquo;investissement doivent \u00eatre surveill\u00e9s par les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes car ils influencent la stabilit\u00e9 finan-ci\u00e8re. En ce qui concerne les agences de notation, il serait possible de changer les choses rapidement en cr\u00e9ant une agence europ\u00e9enne. Les comp\u00e9tences existent et il serait utile d&rsquo;avoir une autre analyse des risques. Quant au caract\u00e8re procyclique du cr\u00e9dit, il est toujours envisageable de faire en sorte que l&rsquo;offre de cr\u00e9dit des banques soit plus fortement contrainte par leurs besoins en fonds propres mais il faut \u00e9galement que les objectifs des politiques mon\u00e9taires soient compl\u00e9t\u00e9s par le suivi de la masse mon\u00e9taire et des cr\u00e9dits au secteur priv\u00e9. La politique mon\u00e9taire ne doit pas \u00eatre utilis\u00e9e pour doper la croissance. <\/p>\n<p>Mais mettre fin \u00e0 la d\u00e9rive mon\u00e9taire impliquera un ajustement de la consommation et du niveau de vie aux salaires. Le roi sera \talors nu. Il faut donc, parall\u00e8lement \u00e0 la mise en place d&rsquo;une r\u00e9glementation et d&rsquo;une surveillance financi\u00e8re et mon\u00e9taire plus strictes, accepter de r\u00e9duire la rentabilit\u00e9 des placements et des investissements sans risque pour accro\u00eetre l&rsquo;incitation \u00e0 l&rsquo;investissement productif ou en capital humain. Il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de former les salari\u00e9s \u00e0 un autre m\u00e9tier avant m\u00eame que l&rsquo;entreprise soit en situation difficile. L\u2019am\u00e9lioration de l&rsquo;investissement en p\u00e9riode de croissance, et donc de la productivit\u00e9, pourrait justifier de r\u00e9tablir l&rsquo;interdiction du rachat par les entreprises de leurs actions propres, sauf cas particuliers. <\/p>\n<p>La crise \u00e9conomique va probablement \u00eatre longue et profonde mais elle ne peut se r\u00e9soudre par un simple retour en arri\u00e8re. Les d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques sont aussi importants que le manque de r\u00e9glementation financi\u00e8re dans la gen\u00e8se de la crise des subprimes, mais ils sont beaucoup plus difficiles \u00e0 r\u00e9sorber. En effet, ils demandent de ne plus utiliser la politique mon\u00e9taire comme une pierre angulaire de la politique \u00e9conomique mais comme un outil auxiliaire au service de l&rsquo;investissement productif et humain. Le pouvoir d&rsquo;achat de demain en d\u00e9pend mais c&rsquo;est plus difficile \u00e0 mettre en place que de r\u00e9former les agences de notation.<\/p>\n<p>======================<br \/>\n1> Cit\u00e9 par Andr\u00e9 lcard in <em>L\u2019Ann\u00e9e des professions financi\u00e8res<\/em>, p. 33, vol 4, Centre des professions financi\u00e8res, 2009. <\/p>\n<p>2> Base de donn\u00e9es \u00ab Systemic Banking Crisis: a new database \u00bb, Site<br \/>\ndu FMI (Fonds mon\u00e9taire international) <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Le texte que vous allez lire n\u2019est pas r\u00e9cent : il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la <em>Revue de la CFDT<\/em> en 2009 (N\u00b0 93, pages 24 \u00e0 29). Si j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 son autrice (vous avez pu nous voir c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur le plateau de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=22247\">Ce soir (ou jamais !)<\/a>, le 24 mars) [&hellip;]<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307,12],"tags":[25,877],"class_list":["post-23109","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","category-subprime","tag-crise","tag-la-crise-du-capitalisme-americain"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23109","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23109"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23109\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":98770,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23109\/revisions\/98770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23109"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23109"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23109"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}