{"id":2315,"date":"2009-03-16T15:37:13","date_gmt":"2009-03-16T14:37:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2315"},"modified":"2009-03-16T15:37:13","modified_gmt":"2009-03-16T14:37:13","slug":"lactualite-de-la-crise-des-peines-a-leur-juste-valeur-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/03\/16\/lactualite-de-la-crise-des-peines-a-leur-juste-valeur-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise : Des peines \u00e0 leur juste valeur, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong> DES PEINES A LEUR JUSTE VALEUR <\/strong><\/p>\n<p>Je poursuis volontiers sur le th\u00e8me des r\u00e8glements de compte qui s\u2019op\u00e8rent \u2013 ou vont le faire &#8211; abord\u00e9 par Paul Jorion avec <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2307\">Le calvaire des malheureux gouvernants<\/a>, son dernier billet sur AIG. Non pas en \u00e9voquant encore une fois les ventes \u00e0 d\u00e9couvert qui se poursuivent et sp\u00e9culent en bourse \u00e0 la baisse des actifs, ni en cherchant \u00e0 d\u00e9nombrer les poursuites judiciaires engag\u00e9es ou annonc\u00e9es \u00e0 propos de l\u2019affaire Madoff, qui risquent de d\u00e9voiler des dessous scabreux car la recherche des complicit\u00e9s ne devrait pas s\u2019arr\u00eater \u00e0 la famille. Ni m\u00eame en esp\u00e9rant des retomb\u00e9es au cas Stanford, car celui-l\u00e0 semble d\u00e9j\u00e0 enfoui. La loi du silence du monde des patrons de la drogue \u00e9tant encore plus impitoyable que celle de ceux de la finance. Mais en m\u2019appuyant, tout simplement, sur l\u2019actualit\u00e9. <\/p>\n<p>Sans doute faut-il d\u2019abord remonter le cours de celle-ci de quelques jours, une \u00e9ternit\u00e9 en ces temps, et parler de General Electric, ce conglom\u00e9rat embl\u00e9matique des transformations de l\u2019industrie am\u00e9ricaine, ce fleuron de la bourse qui ne l\u2019est plus. Pour avertir qu\u2019il ne faut pas faire de mauvais diagnostics. Les ventes \u00e0 d\u00e9couvert sont incrimin\u00e9es \u00e0 propos de sa chute, les managers protestent pour leur part de la bonne sant\u00e9 de leur entreprise. Un sc\u00e9nario devenu habituel. Mais si l\u2019on y regarde d\u2019un tout petit peu plus pr\u00e8s, on voit vite que la sant\u00e9 n\u2019est pas si excellente que cela, et que les ventes \u00e0 d\u00e9couvert ne sont pas seules en cause. On s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019une filiale de GE, la GEC, contribuait \u00e0 son chiffre d\u2019affaires \u00e0 hauteur de 35%, selon ses derniers r\u00e9sultats, d\u00e9veloppant depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es une activit\u00e9 purement financi\u00e8re. La GE subit donc simultan\u00e9ment, selon l\u2019expression consacr\u00e9e, deux sanctions du march\u00e9, deux r\u00e8glements de compte. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019activit\u00e9 de sp\u00e9culation des plus forts, ou des plus habiles, de l\u2019autre le contrecoup de son ancienne bonne fortune, comme pour toute \u00ab l\u2019industrie financi\u00e8re \u00bb, pour reprendre ce vocabulaire d\u00e9voy\u00e9. Tout du moins si l\u2019on se souvient que l\u2019industrie est \u00ab l&rsquo;ensemble des activit\u00e9s humaines tourn\u00e9es vers la production en s\u00e9rie de biens \u00bb (Wikipedia). Comme si on avait \u00e9largi le sens d\u2019 \u00ab industriel \u00bb pour escamoter la d\u00e9sindustrialisation profonde du pays. Industrie depuis devenu synonyme d\u2019activit\u00e9 ; une activit\u00e9 industrielle \u00e9tant de ce fait un pl\u00e9onasme. <\/p>\n<p><!--more-->Le travestissement des mots est certes de rigueur dans le discours politique. On parle d\u00e9sormais aux Etats-Unis de \u00ab guerre \u00e9conomique \u00bb, apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de celle des \u00e9toiles et de celle du bien contre le mal. Une mani\u00e8re de dire \u00ab fermez les yeux et serrez les coudes ! \u00bb et d\u2019annoncer qu\u2019il va y avoir des morts et qu\u2019il faut s\u2019y r\u00e9soudre, en esp\u00e9rant ne pas \u00eatre parmi les victimes. <\/p>\n<p>Dimitri Medvedev, le pr\u00e9sident russe, en conna\u00eet dans ce domaine un rayon. Il a annonc\u00e9 la poursuite des r\u00e8glements de compte au sein de l\u2019oligarchie russe. Remarquant que \u00ab des gens sont devenus tr\u00e8s riches sur une p\u00e9riode de temps tr\u00e8s courte \u00bb (\u00e0 la suite des privatisations-cadeaux des ann\u00e9es 90), il en a tir\u00e9 la conclusion que \u00ab maintenant il est temps de rembourser les dettes, les dettes morales \u00bb, mani\u00e8re de dire que les parrains dont il est le porte-parole reprenaient les choses en main, mettant \u00e0 leur profit la crise. <\/p>\n<p>Larry Summers a \u00e9t\u00e9 moins inspir\u00e9. Suite \u00e0 un examen que l\u2019on suppose approfondi de la situation, il a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019 \u00ab il y a une le\u00e7on de l&rsquo;histoire des crises financi\u00e8res que personne ne peut nier: elles ont toutes une fin. Celle-ci aussi \u00bb. Cherchant \u00e0 rassurer les dirigeants chinois sur le fait que les USA continuent d\u2019\u00eatre un bon risque, et \u00e0 les inciter \u00e0 continuer de massivement acheter ses bons du Tr\u00e9sor, il a poursuivi \u00ab Il s&rsquo;agit d&rsquo;actifs de choix pour des gens dans le monde entier (\u2026) Du moment que nous g\u00e9rons notre \u00e9conomie de mani\u00e8re saine (&#8230;) les march\u00e9s financiers am\u00e9ricains vont s&rsquo;en sortir, malgr\u00e9 une p\u00e9riode de difficult\u00e9s \u00bb. On ne peut argumenter de mani\u00e8re plus convaincante. <\/p>\n<p>On ne sait pas encore, par contre, ce que va plaider Cherie Blair, la femme de l&rsquo;ancien Premier ministre britannique, qui va d\u00e9poser une plainte devant un tribunal de New York. Des fonds de pension britanniques vont en effet poursuivre la banque Royal Bank of Scotland (RBS), afin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9dommag\u00e9s pour les pertes massives enregistr\u00e9es lorsque celle-ci a \u00e9t\u00e9 renflou\u00e9, le cours de son action effondrant. Si l\u2019on comprend bien, c\u2019est l\u2019Etat, devenu actionnaire \u00e0 70% de la banque, qui pourrait \u00eatre tenu pour responsable de la situation, du fait d\u2019\u00eatre entr\u00e9 au capital de celle-ci pour \u00e9viter sa faillite (et la ruine totale des fonds de pension). Un r\u00e8glement de compte que n\u2019aurait pas d\u00e9savou\u00e9 Tony Blair. <\/p>\n<p>Puisque nous en sommes aux banques britanniques, il ne serait pas tr\u00e8s fair-play d\u2019oublier le cas de l\u2019orgueilleuse Barclays, qui avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 payer tr\u00e8s cher une aide priv\u00e9e que de consentir \u00e0 accepter celle de l\u2019Etat. Toute honte \u00e0 moiti\u00e9 bue, elle envisage maintenant d\u2019utiliser le programme de garantie des actifs douteux du gouvernement, mais elle a fait savoir qu\u2019elle entendait y mettre ses conditions. \u00ab Sa d\u00e9cision de le faire ou non, et dans quelle mesure, sera bas\u00e9e sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique pour les actionnaires d&rsquo;une telle participation \u00bb, indique-t-elle, en parlant d\u2019elle m\u00eame \u00e0 la troisi\u00e8me personne comme certaine stars. Il ne faudrait pas, en effet, que les actionnaires puissent \u00eatre p\u00e9nalis\u00e9s. Dans ce cas, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un refus de r\u00e9gler les comptes. <\/p>\n<p>Les humeurs des capitaines de l\u2019industrie financi\u00e8re (puisqu\u2019il faut donc dire ainsi), un instant abattus, ne peuvent plus \u00eatre ignor\u00e9es depuis quelques temps. Jamie Dimon, CEO de JPMorgan Chase &#038; Co, a ainsi d\u00e9clar\u00e9 sans vergogne que le syst\u00e8me bancaire pourrait \u00eatre sauv\u00e9 d\u2019ici la fin de l\u2019ann\u00e9e, \u00ab si les officiels se d\u00e9cidaient \u00e0 coop\u00e9rer et arr\u00eataient de d\u00e9nigrer le monde am\u00e9ricain de l\u2019entreprise (\u2026) Si nous agissons comme une famille d\u00e9sunie, on finira jamais ce que nous avons commenc\u00e9 et on en discutera \u00e9ternellement \u00bb. Il faudrait citer dans son int\u00e9gralit\u00e9 la conf\u00e9rence du 11 mars de Jamie (call me Jamie !) devant la Chambre de commerce \u00e0 Washington et la garder pour une anthologie. <\/p>\n<p>Cette m\u00eame impatience se fait sentir dans de larges secteurs de ce monde financier, qui souffre et dont la peine n\u2019est pas reconnue \u00e0 sa juste valeur. Richard Kovacevich, pr\u00e9sident de Wells Fargo &#038; Co, a ainsi critiqu\u00e9 l\u2019administration Obama, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un discours prononce le 13 mars \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Stanford, pour avoir r\u00e9troactivement rajout\u00e9 des contraintes au TARP (litt\u00e9ralement, le programme de soulagement des actifs \u00e0 probl\u00e8mes), ce qui a oblig\u00e9 les banques \u00e0 couper dans les dividendes. La maladie, doit-on h\u00e9las constater, est malheureusement incurable.<\/p>\n<p>Les tests de stress des 19 plus importantes banques am\u00e9ricaines qui ont lieu en ce moment \u00e0 l\u2019initiative du Tr\u00e9sor, sont selon des propres termes \u00ab des \u00e2neries \u00bb. Sans doute faut-il voir dans la tenue de ces derniers les raisons d\u2019un certain \u00e9nervement, ainsi que l\u2019intention, en le manifestant, de peser sur leurs r\u00e9sultats. Ce n\u2019est certainement pas par hasard si l\u2019on retrouve dans la liste des artisans de cette s\u00e9dition, qui menacent de rendre les fonds du TARP au Tr\u00e9sor si ces restrictions ne sont pas lev\u00e9e, dans un m\u00eame chantage pas tr\u00e8s cr\u00e9dible car peu susceptible d\u2019\u00eatre men\u00e9 \u00e0 son terme, des grands noms tels que Bank of America, Goldman Sachs ou US Bancorp\u2026 Rappelons aussi que les banques recevant des fonds publics doivent limiter \u00e0 la modeste somme de 500.000 dollars annuel la r\u00e9tribution de leurs dirigeants. Quant aux tests de stress, il leur est simplement reproch\u00e9 de ne pas \u00eatre effectu\u00e9s par les banques elles-m\u00eames, selon les usages en vigueur, qui ont fait comme chacun sait leurs preuves. On peut appeler cela comme on veut, autor\u00e9gulation ou consanguinit\u00e9. Ou bien ind\u00e9cence. <\/p>\n<p>Je rappelle l\u2019information donn\u00e9e dans un commentaire d\u2019hier, et qui faisait \u00e9tat d\u2019une lettre envoy\u00e9e au Comit\u00e9 des services financiers de la Chambre des repr\u00e9sentants, en vue d\u2019une audition qui se tiendra demain mardi. Trente et une institutions financi\u00e8res am\u00e9ricaines viennent en effet de demander que soient prises \u00ab imm\u00e9diatement \u00bb des dispositions afin que cesse la spirale baissi\u00e8re des pertes financi\u00e8res dans les bilans. Avec rien de moins que l\u2019American Bankers Association, l\u2019Independent Community Bankers of America, la Mortgage Bankers Association et l\u2019U.S. Chamber of Commerce comme signataires de la lettre ouverte. L\u2019id\u00e9e est d\u2019op\u00e9rer un v\u00e9ritable tour de passe-passe, en modifiant la r\u00e8gle comptable d\u2019\u00e9valuation au prix du march\u00e9 des actifs. Le tour serait ainsi jou\u00e9, les actifs pourris reviendraient verts, en attendant qu\u2019ils m\u00fbrissent le plus tard possible. \u00ab Soyons clairs \u00bb, disent nos \u00e9diles (ce qui g\u00e9n\u00e9ralement signifie que l\u2019on ne va pas l\u2019\u00eatre), \u00ab les pertes \u00e9conomiques r\u00e9elles doivent \u00eatre prises en compte dans un march\u00e9 ordonn\u00e9. Toutefois, reconna\u00eetre des pertes qui ne reposent pas sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle est intenable en toutes circonstances \u00bb. Encore une mani\u00e8re de ne pas r\u00e9gler les comptes, de faire appel \u00e0 un \u00ab r\u00e9el \u00bb incertain pour mieux fuir un imaginaire douloureux, \u00e0 moins que ce ne soit le contraire. <\/p>\n<p>Walter Cronkite, \u00e0 qui je ne saurais me comparer pour d\u2019\u00e9videntes et multiples raisons, concluait toujours par la m\u00eame phrase ses journaux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s : \u00ab Ainsi allait le monde aujourd\u2019hui\u2026 \u00bb (de m\u00e9moire). <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong> DES PEINES A LEUR JUSTE VALEUR <\/strong><\/p>\n<p>Je poursuis volontiers sur le th\u00e8me des r\u00e8glements de compte qui s\u2019op\u00e8rent \u2013 ou vont le faire &#8211; abord\u00e9 par Paul Jorion avec <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2307\">Le calvaire des malheureux gouvernants<\/a>, son dernier billet sur AIG. 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