{"id":23857,"date":"2011-05-03T17:10:35","date_gmt":"2011-05-03T15:10:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=23857"},"modified":"2013-01-02T14:42:21","modified_gmt":"2013-01-02T13:42:21","slug":"lactualite-de-la-crise-un-heritage-a-refuser-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/05\/03\/lactualite-de-la-crise-un-heritage-a-refuser-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>UN H\u00c9RITAGE \u00c0 REFUSER<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Par petites touches successives, ce qui \u00e9tait impensable devient admis du bout des l\u00e8vres. Devant une \u00e9vidence fort tardivement reconnue &#8211; la r\u00e9duction du d\u00e9ficit est tout simplement impossible sans croissance, et celle-ci ne peut pas red\u00e9marrer si l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e y fait obstacle &#8211; une r\u00e9duction de la peine des Grecs commence \u00e0 \u00eatre ouvertement envisag\u00e9e sous forme d\u2019une restructuration de leur dette (estim\u00e9e \u00e0 globalement 340 milliards d\u2019euros). Ces premiers craquements au sein d\u2019un univers b\u00e9tonn\u00e9 de certitudes en annoncent d\u2019autres.<\/p>\n<p>Wolfgang Scha\u00fcble, le ministre des finances allemand, avait tir\u00e9 le premier en sugg\u00e9rant la possibilit\u00e9 d\u2019envisager \u00ab\u00a0de nouvelles mesures\u00a0\u00bb, lan\u00e7ant un ballon d\u2019essai. Klaus Regling, pr\u00e9sident du Fonds de stabilit\u00e9 financi\u00e8re europ\u00e9en, faisait ensuite un pas de plus en estimant qu\u2019une restructuration pouvait \u00eatre envisag\u00e9e \u00ab en dernier recours\u00a0\u00bb. Nout Welling, pr\u00e9sident de la Banque centrale des Pays-Bas et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a depuis admis l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un rallongement de la maturit\u00e9 des obligations grecques, tout en excluant une d\u00e9cote.<\/p>\n<p><!--more-->Enfin, dans une interview accord\u00e9e au quotidien grec To Vima, Lars Feld, l\u2019un des conseillers \u00e9conomiques d\u2019Angela Merkel, d\u00e9clarait que \u00ab\u00a0la BCE pourrait intervenir comme m\u00e9diateur entre l\u2019\u00c9tat grec et ses cr\u00e9anciers pour obtenir un allongement du remboursement de la dette\u00a0\u00bb, mentionnant \u00e9galement l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 du rachat d\u2019obligations grecques par le Fonds de stabilit\u00e9 europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9clarations tr\u00e8s politiques n\u2019ont toutefois qu\u2019un poids limit\u00e9 compar\u00e9es avec la r\u00e9action des <em>march\u00e9s<\/em>, les taux grecs atteignant 16 % \u00e0 10 ans et, plus significatif encore, 25 % \u00e0 deux ans. De l&rsquo;insoutenable excluant le retour dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus de la Gr\u00e8ce sur les march\u00e9s.<\/p>\n<p>Pimco, le fonds g\u00e9ant am\u00e9ricain qui fait la pluie et le beau temps sur les places financi\u00e8res &#8211; et ne m\u00e2che pas ces derniers temps ses mots \u00e0 propos du march\u00e9 obligataire, dont il est le premier acteur mondial priv\u00e9 &#8211; s\u2019en est m\u00eal\u00e9 publiquement, pour consid\u00e9rer indispensable une restructuration.<\/p>\n<p>Par la voix de leur gouvernement, les Grecs continuent \u00e0 demander que leur soit consenti une diminution du taux de leurs emprunts \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne (\u00e0 son Fonds de stabilit\u00e9 financi\u00e8re) et au FMI. Mais cela pose probl\u00e8me \u00e0 ces derniers, car cela conduirait les Grecs \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un taux inf\u00e9rieur \u00e0 celui que les Espagnols doivent actuellement payer sur le march\u00e9, depuis qu\u2019il a grimp\u00e9. Inconcevable, puisqu\u2019il faut \u00e9viter tout al\u00e9a moral, les plans de sauvetage devant renforcer l\u2019obligation de faire des efforts et non pas la diminuer&#8230;<\/p>\n<p>Dans ces conditions, une seule issue reste disponible\u00a0: restructurer d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre la dette. C\u2019est d\u00e9sormais la question qui agite le Landerneau. Les uns voudraient que celle-ci se limite \u00e0 un simple rallongement des d\u00e9lais de payement, sans d\u00e9cote, les autres estiment que cela ne r\u00e9glera rien et que ce sera reculer pour mieux sauter.<\/p>\n<p>Mohammed El-Erian, le Pdg de Pimco, est dubitatif\u00a0: \u00ab\u00a0Auparavant, un allongement du d\u00e9lai de remboursement aurait pu avoir des r\u00e9sultats. Maintenant, il est moins probable que cela marche (&#8230;) \u00e0 ce stade, un certain type de coupe appara\u00eet in\u00e9vitable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Plus sophistiqu\u00e9, Patrick Artus, chef \u00e9conomiste de Natixis,  propose une restructuration s\u00e9lective, qui \u00e9pargnerait les cr\u00e9anciers grecs &#8211; banques et caisses de retraite, tr\u00e8s expos\u00e9es &#8211; \u00e9vitant ainsi d\u2019avoir \u00e0 les renflouer \u00e0 leur tour. Car l\u2019\u00c9tat grec n\u2019en ayant pas les moyen, cela renverrait la patate chaude \u00e0 la BCE et \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, qui n\u2019ont pas du tout l\u2019intention de s\u2019y br\u00fbler en la recueillant\u00a0! R\u00e9fugi\u00e9 dans l\u2019anonymat mais clairvoyant (ceci expliquant peut-\u00eatre cela), un \u00ab\u00a0haut responsable europ\u00e9en\u00a0\u00bb cit\u00e9 par l\u2019AFP explique : \u00ab\u00a0Si les banques du pays s&rsquo;effondrent, l&rsquo;\u00c9tat doit renflouer le syst\u00e8me bancaire. C&rsquo;est comme quand on creuse un trou pour en boucher un autre !\u00a0\u00bb. Une image qui ne concerne pas uniquement l&rsquo;\u00c9tat et les banques grecques, mais n&rsquo;allons pas trop vite pour notre haut responsable&#8230;<\/p>\n<p>Une autre crainte traverse tous les esprits. En agitant le spectre d\u2019un nouveau Lehman Brothers &#8211; si une restructuration de dette \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e &#8211; la BCE a tout \u00e0 la fois utilis\u00e9 un \u00e9pouvantail destin\u00e9 \u00e0 jouer les repoussoirs et exprim\u00e9 la crainte d\u2019un irr\u00e9sistible effet syst\u00e9mique au sein du syst\u00e8me financier europ\u00e9en, face auquel elle serait aux premi\u00e8res loges.<\/p>\n<p>Certes, juge et partie, elle ne voudrait pas avoir \u00e0 assumer la d\u00e9cote des quelques 50 milliards d\u2019euros d\u2019obligations grecques qu\u2019elle est estim\u00e9e avoir achet\u00e9. Elle tient par ailleurs \u00e0 ne pas d\u00e9vier de ce qu\u2019elle consid\u00e8re depuis le d\u00e9but de la crise comme sa mission essentielle\u00a0: pr\u00e9server les banques et le syst\u00e8me financier \u00e0 tout prix et faire par cons\u00e9quent supporter le poids de la crise aux \u00c9tats.<\/p>\n<p>Mais la BCE n\u2019est pas la seule a exprimer ses inqui\u00e9tudes devant une telle perspective. La r\u00e9surgence probable d\u2019une crise de liquidit\u00e9 aigu\u00eb affectant les banques &#8211; qui ne se feraient \u00e0 nouveau plus confiance entre elles &#8211; est largement \u00e9voqu\u00e9e. Prenant la question sous un autre angle, il est par contre analys\u00e9 que l\u2019onde de choc qui r\u00e9sulterait d\u2019une restructuration pourrait \u00eatre contenue et serait un moindre mal par rapport \u00e0 un \u00e9clatement de la zone euro, cons\u00e9cutive \u00e0 une sortie de la Gr\u00e8ce, dont c\u2019est l\u2019option de dernier ressort si tout le reste lui est refus\u00e9.<\/p>\n<p>Abonn\u00e9 aux combats d\u2019arri\u00e8re garde, le commissaire europ\u00e9en aux affaires \u00e9conomiques, Olli Rehn, a \u00e9t\u00e9 une nouvelle fois des plus cat\u00e9goriques \u00e0 propos des sp\u00e9culations sur la restructuration\u00a0: \u00ab\u00a0Je r\u00e9p\u00e8te, \u00e7a ne fait pas partie de notre strat\u00e9gie et \u00e7a n\u2019en fera pas partie\u00a0\u00bb. Il a repris \u00e0 son compte l\u2019argumentaire d\u00e9j\u00e0 entendu \u00e0 propos des \u00ab\u00a0implications potentiellement d\u00e9vastatrices pour le pays lui-m\u00eame et pour la zone euro dans son ensemble\u00a0\u00bb. Pr\u00e9cisant : \u00ab\u00a0Le but de notre strat\u00e9gie a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord d\u2019emp\u00eacher que se r\u00e9p\u00e8te un arr\u00eat cardiaque sur les march\u00e9s, comme celui qui s\u2019est produit apr\u00e8s la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 la d\u00e9fense et illustration de cette brillante strat\u00e9gie &#8211; qui a le m\u00e9rite pour une fois de la clart\u00e9, mais dont l\u2019expos\u00e9 est suspect lorsqu\u2019il est mis au service de la poursuite d\u2019une politique qui a failli &#8211; Olli Rehn s\u2019est ensuite \u00e0 nouveau embarqu\u00e9 dans des pr\u00e9dictions, qui ne lui r\u00e9ussissent pas en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale : \u00ab\u00a0Nous avons r\u00e9ussi &#8211; a-t-il affirm\u00e9 &#8211; \u00e0 largement contenir la d\u00e9tresse sur les march\u00e9s de la dette souveraine aux trois pays les plus vuln\u00e9rables\u00a0: la Gr\u00e8ce, l\u2019Irlande et le Portugal\u00a0\u00bb. On appr\u00e9ciera le <em>largement<\/em>.<\/p>\n<p>Il effleure ainsi un dernier probl\u00e8me, que tout le monde se garde bien d\u2019\u00e9voquer ouvertement. Le risque d\u2019une nouvelle crise aigu\u00eb du syst\u00e8me financier europ\u00e9en peut \u00eatre diversement appr\u00e9ci\u00e9. Il est aussi possible de penser que son \u00e9ventualit\u00e9 est finalement un moindre mal et qu\u2019il faut le prendre. Mais quid du pr\u00e9c\u00e9dent que cr\u00e9erait cette restructuration de la dette grecque, auquel les Irlandais, et demain les Portugais, pourraient se r\u00e9f\u00e9rer ?<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me financier va devoir d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre prendre un relais qu&rsquo;il a tent\u00e9 d&rsquo;esquiver. Des montages typiques de banquier ne vont pas tarder \u00e0 appara\u00eetre, afin de lisser les pertes \u00e0 supporter, si l&rsquo;\u00e9tape illusoire d&rsquo;un rallongement des d\u00e9lais de remboursement est saut\u00e9e. Les pertes que va devoir dans ce cas supporter la BCE impliqueront un renforcement de ses fonds propres, vu la faiblesse de son capital. Les \u00c9tats devant alors r\u00e9pondre \u00e0 un appel de fonds. C&rsquo;est \u00e0 en avoir le tournis.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quilibre financier europ\u00e9en va continuer \u00e0 \u00eatre min\u00e9 par une dette qui ne peut \u00eatre que partag\u00e9e &#8211; une nouveaut\u00e9 &#8211; et r\u00e9sorb\u00e9e tr\u00e8s lentement, au prix de l\u2019application de plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 plus ou moins s\u00e9v\u00e8res et durables suivant les pays. Car cet itin\u00e9raire ne sera pas modifi\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 l\u2019h\u00e9ritage qui est propos\u00e9, qu\u2019il est toujours possible de refuser. En attendant, les paris \u00e0 propos de la restructuration de la dette grecque sont ferm\u00e9s !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par petites touches successives, ce qui \u00e9tait impensable devient admis du bout des l\u00e8vres. Devant une \u00e9vidence fort tardivement reconnue &#8211; la r\u00e9duction du d\u00e9ficit est tout simplement impossible sans croissance, et celle-ci ne peut pas red\u00e9marrer si l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e y fait obstacle &#8211; une r\u00e9duction de la peine des Grecs commence \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[80,142,4479,160,681],"class_list":["post-23857","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","tag-bce","tag-dette-publique","tag-europe","tag-grece","tag-restructuration-de-la-dette"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23857","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23857"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23857\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47483,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23857\/revisions\/47483"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23857"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23857"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23857"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}