{"id":2470,"date":"2009-03-24T17:03:47","date_gmt":"2009-03-24T16:03:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2470"},"modified":"2009-03-24T17:25:00","modified_gmt":"2009-03-24T16:25:00","slug":"une-constitution-pour-l%e2%80%99economie-ii-la-gestion-de-la-crise-des-annees-2010-grand-retour-de-letat-ou-utopie-post-politique-par-jean-claude-werrebrouck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/03\/24\/une-constitution-pour-l%e2%80%99economie-ii-la-gestion-de-la-crise-des-annees-2010-grand-retour-de-letat-ou-utopie-post-politique-par-jean-claude-werrebrouck\/","title":{"rendered":"Une constitution pour l\u2019\u00e9conomie (II) : Grand retour de l&rsquo;Etat ou utopie post politique ?, par Jean-Claude Werrebrouck"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.lacrisedesannees2010.com\/\">La gestion de la crise des ann\u00e9es 2010 : Grand retour de l&rsquo;Etat ou utopie post politique ?<\/a> <\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est semble t-il la question pos\u00e9e par Pierre Dardot et Christian Laval dans leur essai sur la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale : \u00ab La nouvelle raison du monde \u00bb (La D\u00e9couverte , Janvier 2009). La question est sans doute dans l&rsquo;air du temps et dans la plupart des pays on ne parle plus que du grand retour de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>Et cette interrogation est essentielle pour qui veut comprendre en profondeur ce qui nous attend dans la gestion de la crise des ann\u00e9es 2010 et son issue. Le diagnostic de la crise est maintenant assez bien \u00e9tabli. Ce qui l&rsquo;est moins est le point de d\u00e9part. S&rsquo;est &lsquo;elle d\u00e9clench\u00e9e dans un univers d\u00e9r\u00e9glement\u00e9, ou, au contraire, dans un univers encore tr\u00e8s largement keyn\u00e9sien ?<\/p>\n<p>Utilisons la grille classificatoire de F Hayek pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question. Comme on le sait, ce prix Nobel de sciences \u00e9conomiques a construit une th\u00e9orie des ordres sociaux dans laquelle il oppose classiquement les ordres o\u00f9 le mode de coop\u00e9ration dominant entre les hommes est la hi\u00e9rarchie, d&rsquo;une part , et les ordres o\u00f9 ce m\u00eame mode de coop\u00e9ration est le march\u00e9, d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 des ordres purs. <\/strong><\/p>\n<p>Ce sont les r\u00e8gles fondamentales du jeu social qui distinguent ce qu&rsquo;il d\u00e9signe par les expressions \u00ab d&rsquo;ordre organis\u00e9 \u00bb et \u00ab d&rsquo;ordre spontan\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le premier cas, celui de \u00ab l&rsquo;ordre organis\u00e9 \u00bb ces r\u00e8gles fondamentales sont finalis\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire charg\u00e9es de sens, et sont invitation, \u00e0 construire un monde jug\u00e9 souhaitable (construire l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, la paix universelle, le socialisme etc.). C&rsquo;est dire aussi que constructrices d&rsquo;ordre qui est lui m\u00eame une finalit\u00e9 pr\u00e9cise, un souhaitable, voire un devoir, ces r\u00e8gles fondamentales seront aussi tr\u00e8s prescriptives : elles pr\u00e9cisent ce qu&rsquo;il faut faire et comment il faut faire. Sans doute le droit est-il codification des gestes des hommes, mais ici ces derniers sont pris par la main et les r\u00e8gles les conduisent sur le chemin de la construction de l&rsquo;ordre. Et puisqu&rsquo;il y a un but, ces r\u00e8gles sont probablement \u00e9mises par un pouvoir qui connait l&rsquo;objectif \u00e0 atteindre. L&rsquo;ordre est ainsi probablement \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un capitaine, qui sait o\u00f9 il va, et qui sait adapter les r\u00e8gles pour atteindre les objectifs. Ainsi ces r\u00e8gles ont t&rsquo;-elles probablement \u00e9t\u00e9 \u00e9mises par un v\u00e9ritable centre de commandement qui contr\u00f4le leur application et qui est capable de les changer, ou de les faire \u00e9voluer, en fonction de la conjoncture.<\/p>\n<p><!--more-->Toute autre est la nature des r\u00e8gles fondamentales de l&rsquo;ordre spontan\u00e9. Les r\u00e8gles n&rsquo;ont pas \u00e0 dire ce qu&rsquo;il faut faire, mais \u00e0 l&rsquo;inverse elles procurent des espaces de libert\u00e9 : elles ne sont pas prescriptives, mais simplement limitatives et prohibitives. Limitation et prohibition qui ne sont que les espaces de libert\u00e9 de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9. Et puisque la libert\u00e9 est au centre du syst\u00e8me, les r\u00e8gles ne sauraient \u00eatre finalis\u00e9es : l&rsquo;ordre n&rsquo;a pas de fin, et n&rsquo;est que moyen pour des fins particuli\u00e8res, c&rsquo;est-\u00e0-dire celles de ses acteurs. Maintenant l&rsquo;ordre connait un capitaine qui n&rsquo;est que le serviteur des r\u00e8gles : il ne les dominent pas et ne sont pas l&rsquo;outil de son pouvoir. C&rsquo;est la raison pour laquelle lesdites r\u00e8gles, sont probablement intangibles et qu&rsquo;il ne peut les changer. On comprendra enfin que ces r\u00e8gles de l&rsquo;ordre spontan\u00e9 disposent d&rsquo;un socle commun : le droit de propri\u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme l&rsquo;un des tous premiers droits de l&rsquo;homme. La propri\u00e9t\u00e9 est ainsi bouclier protecteur et r\u00e8gle constitutive de libert\u00e9.<\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment les ordres hay\u00e9kiens sont des types purs que l&rsquo;on ne rencontre dans la r\u00e9alit\u00e9 que sous des formes b\u00e2tardes. Concr\u00e8tement, une nation ou un continent est une combinaison des deux types avec dominante de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. La mondialisation, en particulier financi\u00e8re, est t&rsquo;-elle une forme d&rsquo;ordre proche de l&rsquo;ordre spontan\u00e9 ? Si tel est le cas, on pourrait interpr\u00e9ter la th\u00e8se \u00e0 la mode du grand retour de l&rsquo;Etat, comme le passage de l&rsquo;ordre spontan\u00e9 vers un ordre organis\u00e9. Et partout, depuis le d\u00e9clenchement de la crise, on entend le m\u00eame discours : on ne peut faire confiance au march\u00e9 qui ne peut- d\u00e9sormais- que fonctionner sous la f\u00e9rule de ce grand architecte qu&rsquo;est l&rsquo;Etat. Et, simultan\u00e9ment ,on entend les lib\u00e9raux dire \u00e0 quel point nous sommes dans l&rsquo;erreur : le catalyseur de la crise, est historiquement le trop grand interventionnisme de l&rsquo;Etat am\u00e9ricain, notamment dans la question des pr\u00eats hypoth\u00e9caires. Et donc, il ne faut pas en rajouter, en demandant le grand retour d&rsquo;un l&rsquo;Etat qui aurait ainsi, d\u00e9j\u00e0 suffisamment pollu\u00e9 l&rsquo;ordre spontan\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9alit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 : la complexit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>De fait l&rsquo;humanit\u00e9 n&rsquo;a probablement jamais connu d&rsquo;ordre spontan\u00e9 relativement pur. M\u00eame les ultra lib\u00e9raux, sont oblig\u00e9s d&rsquo;admettre que nombre de r\u00e8gles, furent g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par une instance dont on explique qu&rsquo;elle est issue du march\u00e9, mais qu&rsquo;elle est elle-m\u00eame un ordre organis\u00e9 : l&rsquo;Etat. Ce dernier, selon la pens\u00e9e ultralib\u00e9rale n&rsquo;est que le r\u00e9sultat involontaire de la coop\u00e9ration volontaire, et marchande, entre les hommes. De ce point de vue les ultralib\u00e9raux sont proches de Marx : cet ordre organis\u00e9 qu&rsquo;est la soci\u00e9t\u00e9 incorporant un Etat, rel\u00e8ve d&rsquo;un processus d&rsquo;ali\u00e9nation. L&rsquo;Etat reste fondamentalement une entit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re aux hommes. L&rsquo;Etat n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9sir\u00e9 : il est arriv\u00e9 comme r\u00e9sultante inattendue de la coop\u00e9ration marchande. Au c\u0153ur de l&rsquo;humanit\u00e9 il y aurait le march\u00e9 auto- r\u00e9gulateur, malheureusement cette autor\u00e9gulation, a d\u00e9bouch\u00e9 historiquement sur une mutation g\u00e9n\u00e9tique engendrant l&rsquo;Etat. L&rsquo;objet du pr\u00e9sent texte n&rsquo;est pas de critiquer la th\u00e9orie ultralib\u00e9rale et d&rsquo;en proposer une autre. Il est \u00e0 l&rsquo;inverse, de voir en quoi une telle vision du monde a pu devenir une fausse proph\u00e9tie auto r\u00e9alisatrice qui anime encore nombre de th\u00e9ories \u00e9conomiques, lesquelles sont pr\u00e9sentement candidates au statut d&rsquo;outil providentiel de gestion de la crise.<\/p>\n<p>La mutation g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 provoqu\u00e9 la naissance de l&rsquo;ordre mixte : spontan\u00e9\/organis\u00e9. Dans la sph\u00e8re juridique, sur un plan empirique, cela donne par exemple en France le dualisme droit priv\u00e9\/droit public. La majorit\u00e9 des \u00e9coles de pens\u00e9es \u00e9conomiques &#8211; et ce m\u00eame en dehors de la pens\u00e9e ultralib\u00e9rale, a largement mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart le p\u00f4le organis\u00e9 de l&rsquo;ordre mixte : th\u00e9orie de la main invisible ; th\u00e9orie de la faillite des march\u00e9s, public choice et anticipations rationnelles , etc. Niant ainsi, ou minimisant, ou \u00e0 tout le moins critiquant, la r\u00e9alit\u00e9 empirique : l&rsquo;Etat n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 le compl\u00e9ment du march\u00e9 ; il \u00e9dicte des r\u00e8gles \u00e0 l&rsquo;encontre du plein \u00e9panouissement de l&rsquo;\u00e9change marchand et intervient sur nombre de march\u00e9s avant m\u00eame la naissance de Keynes ; il limite le champ des droits de propri\u00e9t\u00e9 et se trouve au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9change en utilisant son pouvoir mon\u00e9taire ; etc. Il faut d&rsquo;ailleurs reconnaitre qu&rsquo;ici, la pens\u00e9e ultralib\u00e9rale jouit d&rsquo;une capacit\u00e9 explicative du r\u00e9el, plus cons\u00e9quente que celle d&rsquo;autres \u00e9coles de pens\u00e9e: l&rsquo;Etat est une instance qui permet \u00e0 certains groupes de briguer des objectifs priv\u00e9s, plus difficiles \u00e0 atteindre en respectant le march\u00e9. Le politique devient un substitut du march\u00e9, et les groupes les plus divers utilisent la contrainte publique (les r\u00e8gles de l&rsquo;ordre organis\u00e9) \u00e0 des fins priv\u00e9es (fins jug\u00e9es inaccessibles par le jeu des r\u00e8gles de l&rsquo;ordre spontan\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire les r\u00e8gles du march\u00e9). De ce point de vue, la France f\u00fbt et reste un magnifique exemple de cette demande d&rsquo;Etat, voire de son accaparement, par des groupes qui par ailleurs n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 le vilipender en d\u00e9ifiant le march\u00e9 autor\u00e9gulateur. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, il est des situations o\u00f9 l&rsquo;ordre, qu&rsquo;il soit spontan\u00e9 ou organis\u00e9 se nourrit de son contraire. Nous reviendrons ci-dessous sur cette derni\u00e8re id\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ordre de la mondialisation : l&rsquo;inversion de la fable du p\u00eacheur et du phare. <\/strong><\/p>\n<p>Dans cette vision des choses, le passage \u00e0 la mondialisation financi\u00e8re est la nouvelle forme d&rsquo;utilisation du politique \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;objectifs priv\u00e9s : les r\u00e8gles de l&rsquo;ordre organis\u00e9 sont devenues trop \u00e9troites, et si l&rsquo;Etat de droit \u00e9tait devenu un monopole \u00e0 conqu\u00e9rir pour conqu\u00e9rir des avantages priv\u00e9s, il faut aujourd&rsquo;hui casser le monopole devenu trop \u00e9troit : le march\u00e9 mondial, est devenu pour certains groupes, plus avantageux que le confinement dans l&rsquo;ordre organis\u00e9 ant\u00e9rieur. C&rsquo;est, par exemple, la fin du capitalisme \u00e0 la fran\u00e7aise et le passage \u00e0 l&rsquo;internationalisation des entreprises du CAC40.<\/p>\n<p>C&rsquo;est probablement de cette fa\u00e7on qu&rsquo;il faut lire, au cours des ann\u00e9es 80, le d\u00e9mant\u00e8lement des espaces mon\u00e9taires nationaux ,avec des march\u00e9s des changes, qui deviennent d&rsquo;authentiques march\u00e9s de la marchandise monnaie, qu&rsquo;il faut assurer par la finance ; avec la libre circulation du capital ; avec la fin de toute forme de contr\u00f4le des changes. Mais la mondialisation ne peut n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une \u0153uvre de d\u00e9structuration des Etats. R\u00e9p\u00e9tons que l&rsquo;ordre organis\u00e9, qui n&rsquo;est selon la vision ultralib\u00e9rale qu&rsquo;un lieu o\u00f9 chacun est \u00e0 la fois voleur et vol\u00e9 , est \u00e0 la fois travaill\u00e9 par les groupes qui veulent plus de march\u00e9 libre ou r\u00e9put\u00e9 libre, et les groupes qui exigent le maintien, o\u00f9 la production de nouvelles r\u00e8gles organisatrices de protection , et d&rsquo;avantages de toutes nature. Il est \u00e9galement tout aussi clair que des ordres organis\u00e9s vont utiliser les r\u00e8gles de cet ordre spontan\u00e9 naissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire &#8211; la mondialisation- pour ne pas jouer clairement le jeu des droits de propri\u00e9t\u00e9 (refus de la compl\u00e8te lib\u00e9ralisation des mouvements de capitaux en Chine par exemple). C&rsquo;est la raison pour laquelle, nous disions que la gestion de la mondialisation \u00e9tait aussi difficile que de construire un cercle carr\u00e9. En effet, beaucoup d&rsquo;acteurs, voire et surtout ces ordres organis\u00e9s de plein exercice que sont les Etats, voudront go\u00fbter aux d\u00e9lices de la d\u00e9r\u00e9glementation (l&rsquo;ordre spontan\u00e9) plan\u00e9taire, tout en conservant les avantages de l&rsquo;ordre organis\u00e9 qu&rsquo;est l&rsquo;Etat-nation. C&rsquo;est probablement vrai du couple \u00ab Chim\u00e9rique \u00bb d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9.<\/p>\n<p>Nous retrouvons du reste ici une nouvelle version de la th\u00e9orie des march\u00e9s d\u00e9faillants ( ordre spontan\u00e9) illustrant la n\u00e9cessit\u00e9 des biens publics (ordre organis\u00e9). Ainsi celle de la fable- que l&rsquo;on trouve dans les manuels de sciences \u00e9conomiques- du phare (bien public \u00e9mergent) et du p\u00eacheur press\u00e9 de rentrer au port . Parce que l&rsquo;ordre spontan\u00e9 est d\u00e9faillant- les caract\u00e9ristiques du produit emp\u00eachent de faire na\u00eetre la marchandise lumi\u00e8re- un phare ne sera jamais construit, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;irruption de l&rsquo;ordre organis\u00e9 pour le construire sans passer par le march\u00e9. Simplement, la probl\u00e9matique est ici renvers\u00e9e : ce sont des Etats qui sont \u00e0 la place des p\u00eacheurs pour demander non pas de l&rsquo;ordre organis\u00e9 (la r\u00e9glementation de la mondialisation) mais pour exiger plus de march\u00e9 (plus de libert\u00e9) . Et de la m\u00eame fa\u00e7on que les p\u00eacheurs veulent continuer \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;ordre spontan\u00e9, malgr\u00e9 l&rsquo;irruption du phare en tant que bien public, des Etats nations et leurs repr\u00e9sentants voudront conserver leur ordre organis\u00e9 tout en b\u00e9n\u00e9ficiant de l&rsquo;ordre spontan\u00e9 de la mondialisation. Il est des situations o\u00f9 l&rsquo;ordre organis\u00e9 se nourrit de son contraire. <\/p>\n<p>On comprend mieux pourquoi la mondialisation consistait \u00e0 faire \u00e9merger un cercle carr\u00e9 : elle est assez bien peupl\u00e9e de \u00ab free riders \u00bb qui peuvent se d\u00e9clarer par ailleurs tr\u00e8s keyn\u00e9siens. On comprend aussi pourquoi la gestion de la crise financi\u00e8re verra l&rsquo;irruption de nouvelles r\u00e9glementations : il s&rsquo;agit, \u00e0 tout le moins, de faire reculer ce que l&rsquo;on croit \u00eatre l&rsquo;ordre spontan\u00e9 plan\u00e9taire. De quoi faire en sorte que l&rsquo;on puisse construire un cercle sans trop passer par le carr\u00e9.<\/p>\n<p>Gestion inacceptable de la crise, diront les lib\u00e9raux et ultralib\u00e9raux, rejoints en cela par les tenants de certains ordres organis\u00e9s, qui se lovaient dans les d\u00e9lices de l&rsquo;ordre spontan\u00e9 plan\u00e9taire .Comme le p\u00eacheur qui ,satisfait que le phare soit finalement construit , exigeait aussi le report des charges fiscales correspondantes , sur des citoyens non p\u00eacheurs . Concr\u00e8tement, un certain nombre d&rsquo;Etats, parfois tr\u00e8s keyn\u00e9siens verront tr\u00e8s mal un recul de la mondialisation lib\u00e9rale. Ce colossal ordre organis\u00e9 qu&rsquo;est la Chine, est-il pr\u00eat \u00e0 revoir s\u00e9rieusement son taux de change ? Ce non moins colossal ordre organis\u00e9, rev\u00eatu des habits des ordres spontan\u00e9s, que sont les USA, est- il pr\u00eat \u00e0 diminuer, s\u00e9rieusement, ses d\u00e9penses militaires partiellement financ\u00e9es par la Chine ?<\/p>\n<p><strong>Retour triomphal de Keynes ou banal maintien de l&rsquo;ordre public ? <\/strong><\/p>\n<p>Les lib\u00e9raux croyaient voir dans la mondialisation le plein \u00e9panouissement de la libert\u00e9 et suivaient en cela l&rsquo;utopie h\u00e9gelienne de la fin de l&rsquo;histoire ch\u00e8re \u00e0 Fukuyama. Ils voyaient surtout la fin du politique, et de ce qu&rsquo;il repr\u00e9sentait : l&rsquo;ordre organis\u00e9. Ils souffrent sans doute aujourd&rsquo;hui de voir, ceux d&rsquo;entre-deux en charge de la gestion de la crise, c&rsquo;est-\u00e0-dire des gouvernements, se transformer en dociles m\u00e9caniciens keyn\u00e9siens. Souffrance accrue du fait que leur propre explication de la crise, ne semble gu\u00e8re \u00e9cout\u00e9e des nouveaux m\u00e9canos de la tuyauterie keyn\u00e9sienne. Pour autant, qu&rsquo;ils se rassurent : le grand retour de l&rsquo;Etat n&rsquo;est pas celui de keynes et les m\u00e9canos ne cherchent pour le moment, qu&rsquo;\u00e0 maintenir l&rsquo;ordre public partout o\u00f9 c&rsquo;est encore possible. Le processus de deleveraging est loin d&rsquo;\u00eatre termin\u00e9 et pouvait mal se terminer : l&rsquo;effondrement mon\u00e9taire plan\u00e9taire. Par les garanties prises dans la h\u00e2te , par les recapitalisations&#8230;peut-\u00eatre par les nationalisations partielles ou totales, partout dans le monde, les m\u00e9canos ont r\u00e9ussis , et continuent de r\u00e9ussir , \u00e0 emp\u00eacher le retour de la barbarie. Qu&rsquo;ils en soient remerci\u00e9s. Il est d&rsquo;ailleurs \u00e9tonnant, que la litt\u00e9rature n&rsquo;ait jusqu&rsquo;ici jamais \u00e9voqu\u00e9 le risque de retour de la barbarie d\u00e8s l&rsquo;automne 2008. Les choses sont pourtant \u00e9videntes : que se passe-t-il dans un ordre spontan\u00e9, donc un ordre marchand quand l&rsquo;outil assurant l&rsquo;\u00e9change paisible, c&rsquo;est-\u00e0-dire la monnaie disparait ? L&rsquo;effondrement du syst\u00e8me bancaire signifiait, sans les m\u00e9canos, la fermeture des banques&#8230; et les \u00e9meutes et pillages r\u00e9sultant de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9changer. Aujourd&rsquo;hui, m\u00eame si le syst\u00e8me bancaire s&rsquo;effondre partout, les guichets des banques resteront ouverts, et au moins pour ce qui est du court ou moyen terme , la vie continuera. Les lib\u00e9raux \u00e0 la t\u00e2che, ceux de nombre gouvernements, ont dans la h\u00e2te veill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;essentiel : le maintien de l&rsquo;ordre public, par le maintien &#8211; m\u00eame artificiel- de la ronde des \u00e9changes. Ils ne sont pas n\u00e9cessairement keyn\u00e9siens et r\u00eavent encore du passage mythique des ordres organis\u00e9s aux ordres spontan\u00e9s. En cela Ils sont fid\u00e8les \u00e0 la sagesse de Montesquieu et de son doux commerce, et savent que le maintien de la ronde des \u00e9changes, est le plus s\u00fbr moyen de maintenir les hommes dans une posture relativement paisible. Le march\u00e9, lorsqu&rsquo;il fonctionne bien est un bon lieu de dressage des hommes : ils y perdent une partie de la violence naturelle qui les anime.<\/p>\n<p>Simplement, les lib\u00e9raux \u00e0 la t\u00e2che , viennent de se rendre compte que l&rsquo;ordre spontan\u00e9 peut connaitre des d\u00e9faillances et que le politique tant vilipend\u00e9 car trop englu\u00e9 \u00e0 leur go\u00fbt dans le keyn\u00e9sianisme, \u00e9tait aussi le fil invisible qui pouvait maintenir l&rsquo;ordre spontan\u00e9. <\/p>\n<p>Le retour de l&rsquo;Etat n&rsquo;est donc que le maintien de l&rsquo;ordre public, et la nationalisation des banques ne sera l\u00e0 que pour rassurer les acteurs : convertir les titres pr\u00e9f\u00e9rentiels du tr\u00e9sor US chez Citigroup en actions ordinaires, ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;un projet \u00e9conomique, mais de la volont\u00e9 d&rsquo;ajuster un simple ratio de solvabilit\u00e9 jug\u00e9 trop risqu\u00e9 car pouvant alimenter une \u00e9ventuelle panique. Il ne s&rsquo;agit pas de donner du sens mais de maintenir l&rsquo;ordre.<\/p>\n<p><strong> L&rsquo;utopie post-politique comme d\u00e9passement des ordres hay\u00e9kiens. <\/strong> <\/p>\n<p>La logique du maintien de l&rsquo;ordre comme simple \u00e9vitement d&rsquo;un d\u00e9sordre, aboutit, dans le monde des apparences, \u00e0 extirper les dimensions id\u00e9ologiques des ordres hay\u00e9kiens . L&rsquo;ordre spontan\u00e9, quoiqu&rsquo;automatique, car reposant sur les ressorts du march\u00e9, et moins charg\u00e9 de sens que l&rsquo;ordre organis\u00e9, b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;une base id\u00e9ologique solide : la libert\u00e9, en tant que premier des droits de l&rsquo;homme, est un projet qu&rsquo;il faut assurer avec cet outil essentiel qu&rsquo;est la propri\u00e9t\u00e9. Et seul l&rsquo;individu est en charge de construire son propre projet de vie.<\/p>\n<p>Il semble pourtant, que si l&rsquo;on continue de vilipender le keyn\u00e9sianisme comme version civilis\u00e9e des ordres organis\u00e9s, la dimension id\u00e9ologique des ordres spontan\u00e9es disparait &#8211; ou se cache- d\u00e9sormais derri\u00e8re les apparences de la rationalit\u00e9. Il ne s&rsquo;agit plus de dire que le march\u00e9 libre est sup\u00e9rieur \u00e0 la tyrannie administrative, il s&rsquo;agit de rendre obligatoire le bon fonctionnement du march\u00e9 : une injonction \u00e0 rester libre en quelque sorte. Ce que Dardot et Laval appellent \u00ab l&rsquo;ordo lib\u00e9ralisme \u00bb. L&rsquo;\u00e9conomie politique s&rsquo;\u00e9tait faite sciences \u00e9conomiques, elle se fait aujourd&rsquo;hui simple injonction comportementale.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr on veut, avec beaucoup de rigueur, maintenir ce bouclier de la libert\u00e9 qu&rsquo;est la propri\u00e9t\u00e9. En la mati\u00e8re, la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire est, et reste, fondamentale. Bien s\u00fbr, comme nous le disions, partout dans le monde, la planche \u00e0 billets quitte d\u00e9j\u00e0 son grenier, mais tout est entrepris pour nier le risque d&rsquo;inflation. La stabilit\u00e9 mon\u00e9taire, est le garant essentiel du respect des contrats, et s&rsquo;est historiquement annonc\u00e9e comme la victoire du lib\u00e9ralisme sur un keyn\u00e9sianisme honni, un keyn\u00e9sianisme qui, justement, n&rsquo;a jamais respect\u00e9 la rigueur des contrats. La stabilit\u00e9 mon\u00e9taire est l&rsquo;axiome de base de la grammaire lib\u00e9rale. Et si un jour &#8211; jour fort probable- se manifeste une nouvelle \u00ab euthanasie des rentiers \u00bb, elle ne sera qu&rsquo;un fort regrettable effet pervers.<\/p>\n<p>Mais la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire, premi\u00e8re annonce du dressage comportemental, n&rsquo;est pas encore l&rsquo;ordo lib\u00e9ralisme. Il y aura ordo lib\u00e9ralisme lorsqu&rsquo;on l\u00e9gif\u00e9rera sur les cons\u00e9quences, souvent constat\u00e9es, du fonctionnement des march\u00e9s libres, \u00e0 savoir les ententes mais surtout les monopoles. Le monopole acquis, en respectant les droits de propri\u00e9t\u00e9s des acteurs , sur les march\u00e9s, n&rsquo;est jamais condamn\u00e9 par les lib\u00e9raux traditionnels qui savent que, de fait, le monopole sera toujours contest\u00e9 par le march\u00e9. Et chacun sait, que beaucoup de monopoles sont aujourd&rsquo;hui au cimeti\u00e8re. Les ordo lib\u00e9raux vont plus loin, et imposent la concurrence, comme nagu\u00e8re l&rsquo;Etat pouvait imposer son monopole public. C&rsquo;est \u00e9videmment le cas de la commission europ\u00e9enne, qui sous ses apparences lib\u00e9rale, impose la concurrence et plus encore impose de jouer au meccano, avec autant d&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des politiques industrielles. L&rsquo;industrie de l&rsquo;\u00e9nergie en est un bel exemple.<\/p>\n<p>Il y a ordo lib\u00e9ralisme, et donc obligation de respecter les lois du march\u00e9, lorsque, constatant une rationalit\u00e9 trop limit\u00e9e, des comportements opportunistes, des contrats incomplets, des asym\u00e9tries d&rsquo;informations, des relations d&rsquo;agences troubles etc., se trouve mis en place tout une s\u00e9rie d&rsquo;outils propres \u00e0 faire \u00e9merger la maximisation des gains \u00e0 l&rsquo;\u00e9change, telle que pr\u00e9vue dans les manuels de th\u00e9orie \u00e9conomique. Dans le monde des apparences, ces outils n&rsquo;ont d&rsquo;autre ambition que celle de la mise en \u0153uvre de l&rsquo;efficacit\u00e9 comportementale : qui pourrait raisonnablement s&rsquo;opposer au projet d&rsquo;aller plus loin dans la rationalit\u00e9 ? Et ces outils, sont \u00e9videmment des r\u00e8gles qui viennent s&rsquo;ajouter aux libres n\u00e9gociations qui, elles, s&rsquo;appuient en th\u00e9orie sur des r\u00e8gles simplement prohibitives, limitatives et intangibles, celles de l&rsquo;ordre spontan\u00e9. Ces r\u00e8gles issues de la rationalit\u00e9 venant surplomber celles des ordres spontan\u00e9s, n&rsquo;ont-elles m\u00eames rien de spontan\u00e9es. Elles ont un sens, celui d&rsquo;une injonction, alors que les autres en sont d\u00e9pourvues, puisqu&rsquo;en th\u00e9orie simple espace de libert\u00e9. Elles sous tendent par cons\u00e9quent un v\u00e9ritable dressage des comportements, et correspondent parfois, \u00e0 ce qu&rsquo;on appelle le d\u00e9veloppement de la \u00ab soft law \u00bb face \u00e0 la \u00ab hard law \u00bb en recul. Certaines de ces r\u00e8gles sont sans doute l\u00e9gitimes, notamment celles concernant les possibles passagers clandestins, les possibles externalit\u00e9s, etc. D&rsquo;autres, sans doute les plus nombreuses, posent la question de la libert\u00e9 : peut-on forcer les hommes \u00e0 \u00eatre rationnels ? Surtout si l&rsquo;on envisage le niveau politique que l&rsquo;on voudrait aussi changer en march\u00e9 forc\u00e9. Ainsi peut-on adh\u00e9rer aux th\u00e8ses de l&rsquo;\u00e9cole du \u00ab lib\u00e9ralisme paternaliste \u00bb qui avec Thaler et Sunstein propose de remplacer \u00ab le \u00bb politique par la politique des \u00ab nudges \u00bb ( les coups de pouce ou incitations) qui aurait l&rsquo;avantage d&rsquo;orienter les hommes, ces hommes parfois irrationnels, pulsionnels, anim\u00e9s de passions et affects divers, etc., vers les bonnes d\u00e9cisions ? L&rsquo;Etat peut-il se transformer en dompteur bienveillant, sanctionnant et r\u00e9compensant les bonnes d\u00e9cisions des citoyens ? Peut-on adh\u00e9rer \u00e0 nombre de th\u00e8ses qui ,bien qu&rsquo;aur\u00e9ol\u00e9es du prestige du prix Nobel (Hurwicz, Maskin et Myerson), en viennent \u00e0 repenser le fonctionnement des march\u00e9s politiques, afin que les hommes respectent davantage les lois fondamentales de l&rsquo;\u00e9conomie ? A-t-on le droit d&rsquo;interdire la politique \u00e9conomique soup\u00e7onn\u00e9e de polluer l&rsquo;efficience des march\u00e9s ? A-t-on le droit au nom de la rationalit\u00e9, d&rsquo;envisager des dispositifs constitutionnels, rendant impossible le vote de budgets d\u00e9ficitaires par des gouvernements ? A un moment o\u00f9 certains- tr\u00e8s peu nombreux- veulent encadrer le march\u00e9 par une constitution \u00e9conomique (Paul Jorion) la majorit\u00e9 des adeptes de la micro \u00e9conomie veulent encadrer le politique par r\u00e9duction du champ de sa constitutionnalit\u00e9, donc de sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Les th\u00e8ses se fondant sur une th\u00e9orie plus g\u00e9n\u00e9rale des incitations, qui peuvent parfois rejoindre aujourd&rsquo;hui les sciences cognitives, sont en vogue et constituent aujourd&rsquo;hui un axe essentiel de la recherche \u00e9conomique, recherche \u00e0 vocation- on l&rsquo;a compris- normative. Nul besoin de pr\u00e9ciser qu&rsquo;elles sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00c5\u2019uvre , dans la recomposition du paysage financier d&rsquo;apr\u00e8s le d\u00e9sastre de la crise :les nouvelles r\u00e9glementations du G20 seront largement d\u00e9duites de ce nouveau paradigme. Elles sont discutables, car v\u00e9hiculent l&rsquo;id\u00e9ologie d&rsquo;un espace humain post-politique. Les hommes n&rsquo;auraient plus \u00e0 d\u00e9battre, effectuer des choix sur des modes d&rsquo;organisation, ne seraient plus des sujets citoyens, etc. et seraient simplement des acteurs, dont le comportement- gr\u00e2ce \u00e0 un bon cocktail d&rsquo;incitations- s&rsquo;av\u00e8re pr\u00e9dictible. M\u00eame les gouvernements se feraient dociles sous la f\u00e9rule d&rsquo;une constitution simplement confectionn\u00e9e de \u00ab nudges \u00bb.<\/p>\n<p>La gestion de la crise des ann\u00e9es 2010 ne sera pas ais\u00e9e : le keyn\u00e9sianisme ne fait plus recette et ses nouveaux supporters manquent de conviction. L&rsquo;ordo lib\u00e9ralisme peut-il pr\u00e9tendre \u00e0 la nouvelle r\u00e9gulation du syst\u00e8me, en invitant l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9ployer dans un espace post-politique ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.lacrisedesannees2010.com\/\">La gestion de la crise des ann\u00e9es 2010 : Grand retour de l&rsquo;Etat ou utopie post politique ?<\/a> <\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est semble t-il la question pos\u00e9e par Pierre Dardot et Christian Laval dans leur essai sur la soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olib\u00e9rale : \u00ab La nouvelle raison du monde \u00bb (La D\u00e9couverte , Janvier 2009). 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