{"id":25142,"date":"2011-06-09T12:18:14","date_gmt":"2011-06-09T10:18:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=25142"},"modified":"2013-01-02T14:40:19","modified_gmt":"2013-01-02T13:40:19","slug":"la-dette-americaine-pilier-vacillant-dun-systeme-financier-mondial-aux-abois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/06\/09\/la-dette-americaine-pilier-vacillant-dun-systeme-financier-mondial-aux-abois\/","title":{"rendered":"<b>LA DETTE AM\u00c9RICAINE, PILIER VACILLANT D&rsquo;UN SYST\u00c8ME FINANCIER MONDIAL AUX ABOIS<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><i>Par Fran\u00e7ois Leclerc et Paul Jorion<\/i><\/p>\n<p><b>(<a href=\"http:\/\/owni.fr\/2011\/06\/06\/dette-americaine-pilier-vacillant-dun-systeme-financier-mondial\/\">Cet article<\/a> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par le magazine en ligne <a href=\"http:\/\/owni.fr\/#aujourd-hui\">OWNI<\/a>)<\/b><\/p>\n<p>Le 16 mai dernier, la dette publique am\u00e9ricaine a atteint son plafond, fix\u00e9 par le l\u00e9gislateur aux Etats Unis. N\u2019ayant pu obtenir du Congr\u00e8s qu\u2019il augmente ce maximum actuellement fix\u00e9 \u00e0 14.294 milliards de dollars, le Tr\u00e9sor US avait auparavant annonc\u00e9 \u00eatre en mesure de jouer les prolongations jusqu\u2019au 2 ao\u00fbt prochain, dernier d\u00e9lai, en stoppant certaines op\u00e9rations afin de pouvoir poursuivre ses \u00e9missions obligataires sans augmenter le d\u00e9ficit net.\u00a0<\/p>\n<p>Histoire de permettre aux \u00e9lus d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains, qui s\u2019opposent tr\u00e8s durement sur ce sujet, de parvenir \u00e0 un compromis sur un ensemble de mesures permettant une r\u00e9duction du d\u00e9ficit. En les adjurant m\u00eame d\u2019y parvenir, en raison des cons\u00e9quences incalculables qu\u2019un d\u00e9faut de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral sur sa dette pourrait avoir. A cet effet, une commission \u00ab\u00a0bipartisane\u00a0\u00bb de parlementaires si\u00e8ge sous la pr\u00e9sidence de Joe Biden, le vice-pr\u00e9sident am\u00e9ricain. Ce qui \u00e9tait ces derni\u00e8res ann\u00e9es pure routine &#8211; une n\u00e9gociation au finish assortie \u00e0 chaque fois d\u2019un accord de derni\u00e8re minute &#8211; n\u2019est cependant pas garanti d&rsquo;\u00eatre renouvel\u00e9 dans le contexte actuel.\u00a0<\/p>\n<h3>Les r\u00e9publicains \u00e0 l&rsquo;offensive<\/h3>\n<p>Le d\u00e9cor ne serait en effet pas enti\u00e8rement plant\u00e9 sans la toile de fond\u00a0des prochaines \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, en novembre 2012 prochain. Suite aux \u00e9lections de mi-mandat de novembre dernier (les \u00ab\u00a0midterms\u00a0\u00bb), les r\u00e9publicains sont en effet devenus majoritaires \u00e0 la Chambre des repr\u00e9sentants et entendent d\u00e9sormais pousser leur avantage afin d\u2019emp\u00eacher \u00e0 tout prix Barack Obama d\u2019accomplir un second mandat. La bataille politique est f\u00e9roce, dans le contexte d\u2019une crise sociale rampante.\u00a0La polarisation est extr\u00eame, certaines composantes de l\u2019opposition r\u00e9publicaine s\u2019exprimant avec une rare violence verbale, avec pour celle-ci le handicap de ne pas pouvoir rassembler pour l\u2019instant pour les primaires du parti r\u00e9publicain une liste cr\u00e9dible de candidats potentiels \u00e0 la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<p>R\u00e9duire le d\u00e9ficit, mais comment\u00a0dans ce contexte de surench\u00e8res r\u00e9publicaines ? Ces derniers n\u2019y vont pas par quatre chemins et, fid\u00e8les \u00e0 leur credo de toujours, r\u00e9clament que l\u2019Etat poursuive sa cure d\u2019amaigrissement, en coupant dans le programme Medicare d\u2019assurance-sant\u00e9 des plus \u00e2g\u00e9es et d\u00e9munis, et en diminuant les imp\u00f4ts. Recette magique garantissant selon eux une am\u00e9lioration des affaires, et donc de l\u2019emploi. De leur c\u00f4t\u00e9, les d\u00e9mocrates n\u2019entendent pas toucher \u00e0 Medicare et consid\u00e8rent que couper dans les d\u00e9penses ne r\u00e9glera pas le probl\u00e8me si les recettes fiscales ne sont pas \u00e9galement augment\u00e9es. Ils proposent de supprimer les plafonnements d\u2019imp\u00f4ts pour les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s institu\u00e9s sous l\u2019administration Bush, et revenir sur les avantages fiscaux accord\u00e9s aux compagnies p\u00e9troli\u00e8res qui croulent sous les b\u00e9n\u00e9fices.\u00a0<\/p>\n<p>Il s\u2019agit en effet de trouver rien moins que 2.400 milliards de dollars minimum d\u2019\u00e9conomie afin de tenir jusqu\u2019\u00e0 la fin 2012 si l\u2019on ne veut pas augmenter la dette, le d\u00e9ficit devant atteindre 1.600 milliards de dollars cette ann\u00e9e. Les positions en pr\u00e9sence sont diam\u00e9tralement oppos\u00e9es et rendent difficile de pr\u00e9dire une issue \u00e0 des n\u00e9gociations qui se poursuivent \u00e0 un rythme tr\u00e8s soutenu. Le 1er juin dernier, Barack Obama recevait des dizaines de parlementaires r\u00e9publicains \u00e0 la Maison Blanche, dans une mise en sc\u00e8ne destin\u00e9e \u00e0 montrer sa bonne volont\u00e9 et son \u00e9coute. Il avait auparavant mis en garde, au cas o\u00f9 un accord ne pourrait pas \u00eatre trouv\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Nous pourrions subir une r\u00e9cession encore plus grave que celle que nous venons de traverser. Une crise financi\u00e8re mondiale plus grave encore.\u00a0\u00bb Peut-on \u00eatre certain que cet alarmisme n&rsquo;\u00e9tait fait que de calcul ?\u00a0<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3>La fin programm\u00e9e du r\u00eave am\u00e9ricain<\/h3>\n<p>L&rsquo;affrontement politique tient le devant imm\u00e9diat de la sc\u00e8ne. Mais le pire se pr\u00e9sente derri\u00e8re, annon\u00e7ant pour qui veut l\u2019avouer la fin du \u00ab\u00a0r\u00eave am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, car un ressort et ciment de la soci\u00e9t\u00e9 est bris\u00e9, quoi qu\u2019il se passe le 2 ao\u00fbt prochain. Une machine a \u00e9t\u00e9 cass\u00e9e, \u00e0 la r\u00e9paration improbable, qui permettait de suppl\u00e9er par l\u2019endettement la baisse des revenus des classes moyennes afin de pr\u00e9server leur niveau de vie et mode de consommation. Les innombrables saisies des maisons et la persistance d\u2019un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 de ch\u00f4mage illustrent la nouvelle donne.<\/p>\n<p>La longue audition de Robert Reich, ancien secr\u00e9taire d\u2019Etat au Travail sous l\u2019administration Clinton et professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berkeley, qui eut lieu le 12 mai dernier devant la commission sur la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation et le travail du S\u00e9nat est \u00e0 cet \u00e9gard tr\u00e8s \u00e9loquente. Revenant sur l\u2019histoire du pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il a montr\u00e9 comment s\u2019est constitu\u00e9 puis a \u00e9t\u00e9 ensuite bris\u00e9 le cercle vertueux qui a durant une longue p\u00e9riode assur\u00e9 une croissance \u00e9conomique reposant sur le plein emploi et la r\u00e9mun\u00e9ration des ouvriers d\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019augmentation de la production et de la consommation de l\u2019autre. Le tout contribuant au d\u00e9veloppement d\u2019une classe moyenne num\u00e9riquement importante.\u00a0<\/p>\n<p>Il voit cette \u00e8re de grande prosp\u00e9rit\u00e9 prendre fin en 1977, suite \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration progressive de la situation de la classe moyenne am\u00e9ricaine. Attribuant celle-ci \u00e0 la baisse de la r\u00e9mun\u00e9ration du travail, amenant les femmes \u00e0 travailler afin d\u2019apporter un second salaire et voyant les horaires de travail augmenter, tandis que les cr\u00e9dits publics affect\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 l\u2019aide des ch\u00f4meurs et \u00e0 la protection sociale diminuaient et l\u2019endettement des m\u00e9nages augmenter afin de maintenir un niveau de vie menac\u00e9. On conna\u00eet la suite. \u00a0<\/p>\n<h3>Des pr\u00e9curseurs aux \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb europ\u00e9ens<\/h3>\n<p>Les Am\u00e9ricains en font quotidiennement l\u2019exp\u00e9rience, qui constatent d\u00e9sormais que l\u2019Am\u00e9rique est un pays de pauvres o\u00f9 vit une petite minorit\u00e9 de tr\u00e8s riches et une classe moyenne dont les moins favoris\u00e9s sont en voie de paup\u00e9risation. Avant les Portugais, les Espagnols et les Grecs, ils ont eu leurs \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb. C\u2019\u00e9tait en mars dernier, \u00e0 Madison, capitale du Wisconsin. Des dizaines de milliers de manifestants ont d\u00e9fil\u00e9 durant des jours et des jours dans les rues, afin de s\u2019opposer \u00e0 un projet de loi du nouveau gouverneur r\u00e9publicain de l\u2019Etat, qui voulait limiter les droits des syndicats des fonctionnaires, avec le projet de r\u00e9duire leurs pensions pour diminuer le d\u00e9ficit de l&rsquo;Etat. Car le probl\u00e8me du d\u00e9ficit public se pose aussi au niveau local, et dans certains cas de mani\u00e8re cruciale. Le march\u00e9 des \u00ab\u00a0munis\u00a0\u00bb, les obligations \u00e9mises pour se financer par les diff\u00e9rentes autorit\u00e9s locales am\u00e9ricaines, dont les Etats, est \u00e9galement atteint.\u00a0<\/p>\n<p>Finalement adopt\u00e9e le 10 mars dans des conditions rocambolesques par les repr\u00e9sentants r\u00e9publicains de l\u2019Etat barricad\u00e9s dans le parlement, apr\u00e8s que les d\u00e9mocrates eurent quitt\u00e9 l\u2019Etat pour que le quorum ne soit pas atteint et furent recherch\u00e9s par la police pour les ramener manu militari, la loi vient d\u2019\u00eatre annul\u00e9e par un juge. Mais une d\u00e9monstration de cette ampleur et avec une telle d\u00e9termination, c\u2019est du jamais vu dans l\u2019histoire am\u00e9ricaine r\u00e9cente\u00a0! L\u2019affaire n\u2019est pas finie, non seulement parce que le gouverneur a fait appel de la d\u00e9cision, mais parce que la situation financi\u00e8re des Etats am\u00e9ricains, souvent d\u00e9sastreuse, va in\u00e9vitablement aboutir \u00e0 la mise en cause des pensions des employ\u00e9s de l\u2019Etat, enseignants, personnels de sant\u00e9, pompiers et policiers, etc. <\/p>\n<p>Moins spectaculaire mais tout aussi parlant, une candidate d\u00e9mocrate vient d\u2019\u00eatre \u00e0 sa grande surprise \u00e9lue \u00e0 la Chambre des repr\u00e9sentants dans une circonscription de l\u2019Etat de New York habitu\u00e9e \u00e0 donner ses votes aux r\u00e9publicains. Pour y parvenir, Kathy Hochul a tout simplement fait campagne en faveur du maintien de Medicare et sur la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir les protections destin\u00e9es aux personnes \u00e2g\u00e9es. <\/p>\n<h3>A nouveau, la stagnation \u00e9conomique menace<\/h3>\n<p>Rien dans la conjoncture \u00e9conomique am\u00e9ricaine n\u2019est source d\u2019optimisme. Selon le D\u00e9partement du Commerce, la croissance am\u00e9ricaine continue de d\u00e9cro\u00eetre de trimestre en trimestre, passant de 3,1% au dernier trimestre 2010 \u00e0 1,8% au premier trimestre 2011. Est particuli\u00e8rement en cause la baisse de la consommation des m\u00e9nages, le moteur de la croissance am\u00e9ricaine. En tenant compte de l\u2019inflation, elle n\u2019a progress\u00e9 que de 0,1% en avril dernier, \u00e0 l\u2019identique de mars.\u00a0<\/p>\n<p>Plus mal v\u00e9cu encore \u00e0 Wall Street, les nouvelles inscriptions au ch\u00f4mage sont reparties \u00e0 la hausse, selon le D\u00e9partement du Travail. D\u00e9jouant les pr\u00e9visions, les embauches ont consid\u00e9rablement ralenti en mai, et le taux de ch\u00f4mage officiel est remont\u00e9 de 0,1 point, progressant \u00e0 9,1%. Un taux consid\u00e9r\u00e9 par de nombreux analystes comme tr\u00e8s minor\u00e9 par rapport celui du ch\u00f4mage r\u00e9el. Avec un taux de croissance de 2,2% sur les quatre derniers trimestres, il ne peut en tout \u00e9tat de cause pas \u00eatre r\u00e9sorb\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Enfin, apr\u00e8s avoir connu un plateau, le prix de l\u2019immobilier est reparti \u00e0 la baisse, pour retrouver aujourd\u2019hui son niveau de 2002. Quant au march\u00e9 immobilier commercial (grandes surfaces commerciales, h\u00f4tels, etc.), il rencontre \u00e9galement de grandes difficult\u00e9s, annonc\u00e9es pour s\u2019aggraver l\u2019an prochain. Le fonds d\u2019investissement Whitehall, filiale de Goldman Sachs, vient ainsi de restructurer la dette d\u2019un de ses plus gros portefeuilles h\u00f4teliers gr\u00e2ce \u00e0 un apport de l\u2019Abu Dhabi Investment Authority, le fonds souverain de l\u2019Emirat. Ce n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019une longue s\u00e9rie de refinancements qui s\u2019annonce.\u00a0<\/p>\n<p>Le spectre d\u2019un \u00ab\u00a0double dip\u00a0\u00bb &#8211; une rechute de la croissance qui \u00e9tait repartie &#8211; avait \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9, mais il r\u00e9appara\u00eet et la bourse en fait \u00e0 nouveau les frais apr\u00e8s avoir connu une embellie du \u00e0 l&rsquo;abondance des liquidit\u00e9s distribu\u00e9es par la Federal Reserve. <\/p>\n<p>Dans sa causerie hebdomadaire du samedi \u00e0 la radio et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, Barack Obama a reconnu que l&rsquo;\u00e9conomie devait affronter \u00ab\u00a0de forts vents contraires\u00a0\u00bb.  dont l&rsquo;origine serait selon lui \u00e0 trouver dans le prix \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;essence, le s\u00e9isme au Japon et la situation financi\u00e8re europ\u00e9enne&#8230; N&rsquo;ayant pas de rem\u00e8des \u00e0 proposer pour les contrarier, il a faute de mieux termin\u00e9 par une p\u00e9roraison : \u00ab\u00a0Nous sommes un peuple qui n&rsquo;abandonne pas, nous faisons de grandes choses, nous fa\u00e7onnons nos destin\u00e9es. Et je suis persuad\u00e9 que si nous conservons cette \u00e9tat d&rsquo;esprit, le meilleur est devant nous\u00a0\u00bb.  <\/p>\n<h3>La dette sur la corde raide<\/h3>\n<p>Les milieux financiers am\u00e9ricains ont publiquement fait part de leur profonde inqui\u00e9tude \u00e0 propos de la perspective d\u2019un d\u00e9faut sur la dette. Fait sans pr\u00e9c\u00e9dent, le Comit\u00e9 consultatif du Tr\u00e9sor pour les questions d\u2019emprunt (TBAC), qui regroupe les dirigeants des principales m\u00e9gabanques et fonds d\u2019investissement intervenant sur le march\u00e9 de la dette, a pris sa plume pour \u00e9crire \u00e0 Tim Geithner, le secr\u00e9taire d\u2019Etat au Tr\u00e9sor. \u00ab\u00a0Les risques qu\u2019un d\u00e9faut de paiement ferait peser \u00e0 long terme sont si \u00e9lev\u00e9s que tout retard dans le rel\u00e8vement du plafond de la dette est susceptible d\u2019avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives sur les march\u00e9s, bien avant que le dit d\u00e9faut ne se produise r\u00e9ellement\u00a0\u00bb. Pr\u00e9cisant en mettant les points sur \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb\u00a0que cela pourrait d\u00e9clencher \u00ab\u00a0une autre crise financi\u00e8re catastrophique, apr\u00e8s celle de 2007-2009 dont le monde ne s\u2019est pas encore remis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avant m\u00eame la date butoir redout\u00e9e du 2 ao\u00fbt prochain, la fin du mois de juin est attendue par les analystes financiers am\u00e9ricains. Vient en effet \u00e0 cette date \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance le programme de la Federal Reserve d\u2019\u00ab\u00a0assouplissement quantitatif\u00a0\u00bb, lui ayant permis par le biais d\u2019une cr\u00e9ation mon\u00e9taire intense (la planche \u00e0 billet) d\u2019acheter pour 600 milliards de dollars d\u2019obligations publiques am\u00e9ricaines et de maintenir les taux de celles-ci \u00e0 un faible niveau.<\/p>\n<p>Que va-t-il alors se passer sur le march\u00e9 obligataire ? A quel taux le Tr\u00e9sor va-t-il placer ensuite ses \u00e9missions, leur principal\u00a0 acheteur faisant d\u00e9faut, s\u2019il ne relance pas un nouveau programme d\u2019achat\u00a0? A l\u2019occasion d\u2019une audition devant le S\u00e9nat, Tim Geithner a affect\u00e9 une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 toute professionnelle \u00a0: \u00ab\u00a0Le monde \u2013 a-t-il affirm\u00e9 &#8211; per\u00e7oit toujours les Etats-Unis et le syst\u00e8me politique am\u00e9ricain comme \u00e9tant \u00e0 la hauteur pour faire aboutir des r\u00e9formes, renforcer l\u2019\u00e9conomie et revenir \u00e0 une situation budg\u00e9taire plus viable.\u00a0\u00bb Ajoutant, pour remporter l\u2019adh\u00e9sion\u00a0: \u00ab\u00a0 Si vous regardez le co\u00fbt auquel nous empruntons aujourd\u2019hui, vous voyez qu\u2019il y a toujours une confiance \u00e9norme dans le monde dans la capacit\u00e9 de ce syst\u00e8me politique\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n<p>Les analystes financiers, tout en reconnaissant l\u2019absence de tension actuelle sur le march\u00e9, sont plus perplexes. L\u2019arr\u00eat des achats de la Federal Reserve et de la distribution abondante de liquidit\u00e9s pourrait cr\u00e9er des situations de retournement rapide sur les march\u00e9s des actions et des mati\u00e8res premi\u00e8res, et affecter \u00e9galement le cr\u00e9dit. Mais si, de surcro\u00eet, les acheteurs am\u00e9ricains de la dette se mettaient \u00e0 la bouder &#8211; comme le principal d\u2019entre eux, le fonds d\u2019investissement Pimco, a annonc\u00e9 le faire &#8211; une augmentation des taux obligataires et du co\u00fbt de la dette deviendrait in\u00e9vitable. La conjonction d\u2019une telle situation avec un d\u00e9faut sur cette derni\u00e8re, au cas o\u00f9 aucun accord ne serait possible au Congr\u00e8s, pourrait cr\u00e9er un v\u00e9ritable s\u00e9isme.\u00a0<\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, les investisseurs ont r\u00e9agi diff\u00e9remment, prenant \u00e0 contre-pied ceux qui ont cru devoir anticiper une hausse des taux obligataires et la baisse correspondante de leur valeur faciale. R\u00e9agissant au tir group\u00e9 d\u2019ex\u00e9crables nouvelles \u00e9conomiques qui vient d\u2019intervenir, ils se sont malgr\u00e9 tout r\u00e9fugi\u00e9s sur le march\u00e9 de la dette obligataire, aboutissant \u00e0 son soutien. Entre deux maux, il faut choisir le moindre. <\/p>\n<p>Les pressions sont fortes sur la Federal Reserve pour que ne soit pas lanc\u00e9 un nouveau programme d\u2019\u00ab\u00a0assouplissement quantitatif\u00a0\u00bb avec pour objet de poursuivre les achats d\u2019obligations du Tr\u00e9sor. La tentation est grande pour ses dirigeants de renvoyer la balle au gouvernement, \u00e0 la mani\u00e8re de la Banque Centrale Europ\u00e9enne qui multiplie les pressions pour que les gouvernements multiplient les mesures de r\u00e9duction des d\u00e9ficits publics. Ben Bernanke, son pr\u00e9sident, para\u00eet m\u00eame y avoir succomb\u00e9, au nom de la lutte contre l\u2019inflation qu\u2019une relance de la planche \u00e0 billet pourrait favoriser et dont les milieux d\u2019affaire ne veulent \u00e0 aucun prix, car elle \u00e9roderait leurs avoirs. Mais ce n&rsquo;est peut-\u00eatre que partie remise, si le ralentissement \u00e9conomique se confirme et se poursuit. Plus souterraine, une autre bataille non moins d\u00e9cisive se poursuit parall\u00e8lement \u00e0 celle qui se d\u00e9roule au Congr\u00e8s. <\/p>\n<h3>Il n\u2019y a plus d\u2019\u00e9chappatoire<\/h3>\n<p>Le rel\u00e8vement in extremis du plafond de la dette, \u00e0 la faveur d\u2019un compromis sans lendemain entre les d\u00e9mocrates et les r\u00e9publicains, ainsi que l\u2019attentisme de la Federal Reserve sont l&rsquo;hypoth\u00e8se la plus probable, car elle permettait de diff\u00e9rer encore des choix douloureux de tous c\u00f4t\u00e9s. Pour d\u00e9finir sa ligne de conduite,  la Federal Reserve est ballott\u00e9e entre le risque de l\u2019inflation et celui de la stagnation. Si les deux devaient intervenir simultan\u00e9ment, les Etats-Unis entreraient en stagflation, suivant en cela les Britanniques qui semblent s&rsquo;y diriger. <\/p>\n<p>Au del\u00e0 de la bataille permanente \u00e0 propos de la r\u00e9duction du d\u00e9ficit budg\u00e9taire qui va se poursuivre ces prochains mois, l\u2019\u00e9volution de la structure de la dette est une donn\u00e9e alarmante. La maturit\u00e9 moyenne de la dette se raccourcit, rendant celle-ci plus sensible \u00e0 une augmentation des taux, car devant plus vite \u00eatre \u00ab roul\u00e9e\u00a0\u00bb, c\u2019est \u00e0 dire refinanc\u00e9e par de nouvelles \u00e9missions. Une rapide augmentation du service de la dette pourrait \u00eatre \u00e0 la cl\u00e9, pesant encore plus sur le budget de l\u2019Etat alors qu\u2019il faut d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duire son d\u00e9ficit.\u00a0<\/p>\n<p>Depuis le temps qu&rsquo;il est annonc\u00e9 que les Etats-Unis ne pourront pas \u00e9ternellement accro\u00eetre leur gigantesque dette publique, l&rsquo;administration am\u00e9ricaine est sans conteste arriv\u00e9e au moment o\u00f9 elle ne peut plus d\u00e9sormais tergiverser ind\u00e9finiment. Ne pas r\u00e9duire le d\u00e9ficit reviendra \u00e0 prendre le risque d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer brutalement une chute du dollar qui contribuerait \u00e0 pr\u00e9cipiter une r\u00e9forme du syst\u00e8me mon\u00e9taire international que les Etats-Unis veulent repousser au plus tard possible, car elle sanctionnerait la fin du statut privil\u00e9gi\u00e9 du dollar et la possibilit\u00e9 de financer \u00e0 bas prix leur d\u00e9ficit. S\u2019y r\u00e9soudre, malgr\u00e9 la difficult\u00e9 de l\u2019exercice et le contexte politique qui ne s\u2019y pr\u00eate gu\u00e8re, ce sera reconna\u00eetre sans attendre et sans plus de mani\u00e8res la fin du r\u00eave am\u00e9ricain et sanctionner le d\u00e9clin irr\u00e9versible de la premi\u00e8re puissance mondiale.\u00a0<\/p>\n<p>Il n\u2019y a plus d\u2019\u00e9chappatoire. Aucun de ces deux choix possibles n\u2019est exaltant, les deux sont porteurs d\u2019une accentuation de la crise sociale et de la d\u00e9gringolade des classes moyennes. Seule la Federal Reserve pourrait retarder ce choix en relan\u00e7ant la planche \u00e0 billet, mais \u00e0 quel prix ? L\u2019inflation n\u2019est plus une solution acceptable pour un monde financier qui en serait la premi\u00e8re victime et en craint les effets, ni pour tous les d\u00e9tenteurs d&rsquo;avoirs en dollars, car le pouvoir d&rsquo;achat de ceux-ci seraient rogn\u00e9. <\/p>\n<h3>Publique et priv\u00e9e, la crise de la dette est mondiale<\/h3>\n<p>Aux Etats-Unis comme en Europe, la crise de la dette publique rejoint celle de la dette priv\u00e9e. Les deux s\u2019additionnent et ne font qu&rsquo;une en raison de leur \u00e9troite interconnexion, expression d\u2019un syst\u00e8me au bout de son rouleau. L\u2019accroissement brutal de la dette publique ayant comme principale origine les effets de sa crise, d\u00e9but\u00e9e en 2007 et dont il ne parvient pas \u00e0 sortir. L\u2019hypertrophie du syst\u00e8me financier le condamne sans r\u00e9mission, car cette dette gigantesque sur laquelle il est b\u00e2ti n\u2019est ni remboursable ni extensible \u00e0 l&rsquo;envi et cr\u00e9e une grande instabilit\u00e9 structurelle, telle une pyramide reposant sur sa pointe. <\/p>\n<p>La Federal Reserve a achet\u00e9 2.000 milliards de dollars de bons du Tr\u00e9sor et d\u2019obligations hypoth\u00e9caires, sans compter celles dont Fannie Mae et Freddie Mac sont gorg\u00e9es. Jusqu\u2019o\u00f9 est-il possible de ne pas aller ? L\u2019agence de notation Moody\u2019s vient de frapper deux des trois coups. Dans un premier temps, elle a menac\u00e9 d\u2019abaisser la note des trois principales banques am\u00e9ricaines &#8211; Citigroup, Bank of America et Wells Fargo &#8211; car elles risquent selon elle de ne plus b\u00e9n\u00e9ficier dans l\u2019avenir d\u2019un m\u00eame soutien du gouvernement. Dans un second, elle a annonc\u00e9 \u00ab\u00a0placer la dette de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain sous surveillance, en vue d\u2019un \u00e9ventuel abaissement en cas d&rsquo;absence de progr\u00e8s sur le rel\u00e8vement du plafond de la dette dans les semaines \u00e0 venir\u00a0\u00bb. Les banques centrales, heureusement pour elles, ne sont pas soumises \u00e0 la notation&#8230;<\/p>\n<p>Ce qui est en cause aux Etats-Unis et d\u00e9borde de ses fronti\u00e8res, c\u2019est l\u2019affaiblissement du dollar et des obligations d\u2019Etat, car celles-ci sont l\u2019actif refuge par excellence du syst\u00e8me financier, le collat\u00e9ral de dernier ressort. Ne plus pouvoir compter sur celles-ci comme pilier, c\u2019est perdre un point d\u2019appui que rien ne peut remplacer, aboutissant \u00e0 d\u00e9s\u00e9quilibrer encore l\u2019ensemble du syst\u00e8me. <\/p>\n<p>La dette US est am\u00e9ricaine par ses causes et mondiale par ses effets. <\/p>\n<p><i> [Depuis que cet article a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9, l&rsquo;agence de notation financi\u00e8re Fitch a \u00e9crit dans un rapport: \u00ab\u00a0Dans le cas hautement improbable o\u00f9 le Tr\u00e9sor manquerait un remboursement de principal ou un r\u00e8glement d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur une de ses obligations not\u00e9es, cette d\u00e9faillance sera reconnue par un abaissement de la note de l&rsquo;\u00e9mission touch\u00e9e de AAA \u00e0 B+\u00a0\u00bb. B+ est la note que l&rsquo;agence attribue actuellement \u00e0 la Gr\u00e8ce. <\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est que \u00ab\u00a0si la d\u00e9faillance persiste ou rend &lsquo;improductive&rsquo; une part importante des obligations du Tr\u00e9sor que la note de solvabilit\u00e9 des Etats-Unis serait abaiss\u00e9e de AAA \u00e0 &lsquo;d\u00e9faillance limit\u00e9e&rsquo; (RD)\u00a0\u00bb. Cela arriverait dans le cas o\u00f9 le Tr\u00e9sor n&rsquo;honorerait pas le 15 ao\u00fbt prochain \u00ab\u00a025 milliards de dollars de paiements d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur un montant nominal d&rsquo;obligations du Tr\u00e9sor de plus de 1.000 milliards de dollars\u00a0\u00bb repr\u00e9sentant environ 10% de la dette publique am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Moody&rsquo;s a de son c\u00f4t\u00e9 annonc\u00e9 qu&rsquo;elle commencerait \u00e0 envisager d&rsquo;abaisser la note de solvabilit\u00e9 des Etats-Unis faute d&rsquo;un accord de rel\u00e8vement du plafond de la dette \u00ab\u00a0dans les semaines \u00e0 venir\u00a0\u00bb.]<\/p>\n<p><\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><i>Par Fran\u00e7ois Leclerc et Paul Jorion<\/i><\/p>\n<p><b>(<a href=\"http:\/\/owni.fr\/2011\/06\/06\/dette-americaine-pilier-vacillant-dun-systeme-financier-mondial\/\">Cet article<\/a> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par le magazine en ligne <a href=\"http:\/\/owni.fr\/#aujourd-hui\">OWNI<\/a>)<\/b><\/p>\n<p>Le 16 mai dernier, la dette publique am\u00e9ricaine a atteint son plafond, fix\u00e9 par le l\u00e9gislateur aux Etats Unis. N\u2019ayant pu obtenir du Congr\u00e8s qu\u2019il augmente ce maximum actuellement fix\u00e9 \u00e0 14.294 milliards de dollars, le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[142,4475,1254],"class_list":["post-25142","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance","tag-dette-publique","tag-etats-unis","tag-le-capitalisme-a-lagonie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25142"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25142\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47380,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25142\/revisions\/47380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}