{"id":25651,"date":"2011-06-30T16:05:29","date_gmt":"2011-06-30T14:05:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=25651"},"modified":"2013-01-02T14:39:21","modified_gmt":"2013-01-02T13:39:21","slug":"comment-les-programmes-dausterite-mis-en-place-dans-la-zone-euro-compromettent-la-sortie-de-la-crise-par-jean-pierre-page","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/06\/30\/comment-les-programmes-dausterite-mis-en-place-dans-la-zone-euro-compromettent-la-sortie-de-la-crise-par-jean-pierre-page\/","title":{"rendered":"<b>COMMENT LES PROGRAMMES D&rsquo;AUST\u00c9RIT\u00c9 MIS EN PLACE DANS LA ZONE EURO COMPROMETTENT LA SORTIE DE LA CRISE<\/b>, par Jean-Pierre Pag\u00e9"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Communication au S\u00e9minaire franco-russe sur les probl\u00e8mes mon\u00e9taires et financiers, 20-22 juin 2011. Jean-Pierre Pag\u00e9 \u00e9crit ci-dessous que la taxe Tobin \u00ab\u00a0est la seule mani\u00e8re de r\u00e9sorber les exc\u00e8s cr\u00e9\u00e9s par la sp\u00e9culation\u00a0\u00bb. Je suis comme on le sait d&rsquo;un autre avis : je suis convaincu que toute taxe financi\u00e8re sera in fine pay\u00e9e par le consommateur et je propose quant \u00e0 moi, l&rsquo;interdiction des paris sur les fluctuations de prix, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en France, la remise en vigueur de l&rsquo;article 421 du Code p\u00e9nal.<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Les programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, mis en place simultan\u00e9ment dans les pays de la zone euro, s&rsquo;ils ne sont pas accompagn\u00e9s de mesures en vue de relancer la croissance \u00e9conomique et d\u00e9velopper la solidarit\u00e9 dans la zone, risquent de s&rsquo;av\u00e9rer tr\u00e8s contreproductifs et mettent en question les strat\u00e9gies de sortie de la crise.<\/em><\/p>\n<p>Rappelons, tout d&rsquo;abord, que la crise financi\u00e8re a conduit de nombreux Etats \u00e0 mettre en \u0153uvre des plans de relance pour \u00e9viter l&rsquo;asphyxie \u00e9conomique (aspect keyn\u00e9sien), ainsi qu&rsquo;\u00e0 alimenter en liquidit\u00e9s les banques victimes de leur pr\u00eats inconsid\u00e9r\u00e9s et rem\u00e9dier au blocage du march\u00e9 interbancaire.<\/p>\n<p>Ceci a provoqu\u00e9 un fort gonflement de la dette publique des Etats en question. M\u00eame si la conduite laxiste de l&rsquo;\u00e9conomie peut porter une responsabilit\u00e9 majeure\u00a0dans la situation critique de certains pays comme la Gr\u00e8ce,\u00a0 c&rsquo;est, dans l&rsquo;ensemble, le ph\u00e9nom\u00e8ne dominant. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un pays comme l&rsquo;Irlande, qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 avant la crise comme un mod\u00e8le de gestion des finances publiques, s&rsquo;est retrouv\u00e9 dans une situation difficile quand il a vu son d\u00e9ficit public exploser en raison des versements qu&rsquo;il a du consentir \u00e0 ses banques, aujourd&rsquo;hui nationalis\u00e9es, pour les sauver de la faillite. Ceci est aussi le cas de l&rsquo;Islande. D&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, la grande majorit\u00e9 des pays occidentaux ont vu leurs d\u00e9ficits publics se creuser sous l&rsquo;effet des mesures prises pour combattre la crise sans que l&rsquo;on puisse imputer cela \u00e0 leur gestion ant\u00e9rieure.<\/p>\n<p><!--more-->C&rsquo;est donc souvent \u00e0 tort que l&rsquo;on stigmatise le comportement irresponsable des gouvernements qui auraient laiss\u00e9 \u00ab\u00a0filer\u00a0\u00bb leurs d\u00e9ficits publics et gonfler la dette publique, alors que, dans plusieurs cas, il faudrait plut\u00f4t incriminer les banques priv\u00e9es qui ont pouss\u00e9 leurs clients \u00e0 s&rsquo;endetter de fa\u00e7on irresponsable. C&rsquo;est, par exemple, le cas en Europe de l&rsquo;Est o\u00f9, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les gouvernements ont \u00e9t\u00e9 vertueux, mais o\u00f9 les banques priv\u00e9es ont laiss\u00e9 (quand elles ne les ont pas encourag\u00e9s) les agents \u00e9conomiques s&rsquo;endetter en devises \u00e9trang\u00e8res. Notons, au passage, que, dans l&rsquo;ensemble, la situation en Europe de l&rsquo;Est est bien meilleure qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est en Europe de l&rsquo;Ouest et du Sud.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette situation, les agences de notation ont d\u00e9grad\u00e9 la note des Etats sans tenir compte de ces ph\u00e9nom\u00e8nes, rendant ainsi m\u00e9caniquement de plus en plus en plus co\u00fbteux le financement de leurs dettes. Les difficult\u00e9s de remboursement de ces dettes se sont accrues conduisant les march\u00e9s \u00e0 s&rsquo;interroger sur la solvabilit\u00e9 des pays en question.<\/p>\n<p>On conna\u00eet la suite. En Europe, la situation critique de plusieurs pays a conduit \u00e0 inventer \u00e0 leur intention des m\u00e9canismes nouveaux de financement de leurs\u00a0 dettes, avec, en contrepartie, l&rsquo;adoption de mesures d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 destin\u00e9es \u00e0 r\u00e9sorber leurs d\u00e9ficits et r\u00e9duire leur endettement. Le FMI, qui n&rsquo;a pas autant chang\u00e9 sa doctrine qu&rsquo;il l&rsquo;affirme, a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 la rescousse, apportant sa m\u00e9thodologie bien connue pour mettre en \u0153uvre ce que l&rsquo;on peut appeler des \u00ab programmes d&rsquo;ajustement \u00bb, \u00e0 base de coupes dans les d\u00e9penses publiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet de ce processus a \u00e9t\u00e9 la multiplication de \u00ab programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais, ce faisant, on a m\u00e9connu l&rsquo;effet macro\u00e9conomique de la concomitance de ces programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;on retrouve l&rsquo;effet keyn\u00e9sien \u00e0 l&rsquo;envers\u00a0: les coupes dans les d\u00e9penses publiques ont in\u00e9vitablement un effet n\u00e9gatif sur la croissance \u00e9conomique et viennent en contradiction avec les strat\u00e9gies de sortie de la crise financi\u00e8re mondiale qui \u00e9taient fond\u00e9es sur l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une reprise progressive de la croissance qui est ainsi remise en question.<\/p>\n<p>En effet, faut-il rappeler que l&rsquo;effet primaire des mesures d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 est, non seulement, bien s\u00fbr, de r\u00e9duire le d\u00e9ficit public ex-ante, mais aussi de diminuer ex-post les recettes publiques assises sur l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique, elle-m\u00eame fonction d&rsquo;une demande globale amput\u00e9e par les coupes budg\u00e9taires. L&rsquo;effet r\u00e9sultant de ce processus est donc loin d&rsquo;\u00eatre celui qui \u00e9tait attendu. La Russie connait bien ces effets pervers, elle qui a \u00e9t\u00e9, durant les ann\u00e9es 90, \u00e0 la recherche de budgets introuvables et qui a cherch\u00e9 \u00e0 combler un d\u00e9ficit public se creusant sans cesse, jusqu&rsquo;\u00e0 parvenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de cessation de paiement. L&rsquo;ironie du sort veut que pour rembourser les dettes insolvables, on retrouve aujourd&rsquo;hui des m\u00e9canismes de pr\u00eats conduisant \u00e0 un cumul de ceux-ci et des int\u00e9r\u00eats dont ils sont assortis qui n&rsquo;est pas sans analogie avec le m\u00e9canisme des GKO de triste m\u00e9moire\u00a0!<\/p>\n<p>Pour sortir du pi\u00e8ge, il faudrait que la demande priv\u00e9e prenne le relai de la demande publique. Mais il ne peut pas en aller ainsi, surtout lorsque la politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, s&rsquo;attaquant comme aujourd&rsquo;hui aux m\u00e9canismes de protection sociale, touche les citoyens de base dans leurs possibilit\u00e9s de consommer et contribuer \u00e0 la croissance. On ne dira jamais assez combien la politique de d\u00e9mant\u00e8lement de la protection sociale que m\u00e8nent certains pays (notamment la Grande Bretagne) est, non seulement, injuste, mais aussi une aberration \u00e9conomique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi, par exemple, que l&rsquo;attitude de la Commission europ\u00e9enne imposant au Portugal, en \u00e9change de son aide, un programme encore plus drastique que le pr\u00e9c\u00e9dent, causant ainsi la chute du Gouvernement, a rendu encore plus difficile le sauvetage qu&rsquo;elle pr\u00e9tend vouloir financer.<\/p>\n<p>L&rsquo;exemple le plus \u00e9loquent de l&rsquo;\u00e9chec des programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 sans accompagnement pour soutenir l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique est toutefois fourni aujourd&rsquo;hui par la Gr\u00e8ce. Les premiers programmes se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s incapables de faire sortir le pays du pi\u00e8ge de sa dette, rendant plus exigeants les pr\u00eateurs appel\u00e9s \u00e0 augmenter leur contribution et r\u00e9clamant des programmes toujours plus s\u00e9v\u00e8res. Un cercle vicieux s&rsquo;est enclench\u00e9. L&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, s&rsquo;appliquant essentiellement aux classes moyennes et aux plus pauvres, alors que les plus riches parvenaient \u00e0 y \u00e9chapper, ne serait-ce que par la fraude fiscale et la fuite des capitaux dans une Europe tenue de pratiquer la libert\u00e9 de mouvement en la mati\u00e8re, n&rsquo;a eu aucun effet sensible sur le probl\u00e8me qu&rsquo;elle \u00e9tait cens\u00e9e r\u00e9soudre et n&rsquo;a fait que plonger davantage le pays dans la r\u00e9cession, ce qui a rendu encore plus probl\u00e9matique sa solution. Telle est la situation inextricable dans laquelle se d\u00e9battent en ce moment les dirigeants grecs et europ\u00e9ens. L&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, comme rem\u00e8de aux d\u00e9s\u00e9quilibres, ne suffit pas. Elle doit \u00eatre combin\u00e9e avec des mesures permettant de relancer la croissance \u00e9conomique. Dans une zone mon\u00e9taire ne permettant pas la d\u00e9valuation, ceci ne peut se faire qu&rsquo;avec l&rsquo;appoint et l&rsquo;acceptation de m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 et de transferts des r\u00e9gions les plus riches vers les plus pauvres. Faute de cela, il est absurde de demander \u00e0 un pays d\u00e9j\u00e0 exsangue de continuer \u00e0 se saigner. C&rsquo;est comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de demander \u00e0 un malade d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s affaibli de faire des efforts d\u00e9mesur\u00e9s pour se gu\u00e9rir. On conna\u00eet bien les issues politiques auxquelles cela peut conduire.<\/p>\n<p>Tout ceci renvoie \u00e0 un malentendu fond\u00e9 sur l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la sortie de la crise financi\u00e8re exigerait de sacrifier le \u00ab\u00a0social\u00a0\u00bb pour r\u00e9tablir la \u00ab\u00a0confiance\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0march\u00e9s\u00a0\u00bb suppos\u00e9e faire repartir l&rsquo;\u00e9conomie apr\u00e8s l&rsquo;assainissement financier. Cette id\u00e9e conduit m\u00eame certains, de plus en plus nombreux, \u00e0 demander le d\u00e9mant\u00e8lement des m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 et de protection sociale mis en place apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale en vue d&rsquo;att\u00e9nuer les exc\u00e8s du syst\u00e8me capitaliste, afin de \u00ab\u00a0lib\u00e9rer\u00a0\u00bb l&rsquo;\u00e9conomie et faire jouer \u00e0 plein les m\u00e9canismes de la concurrence cens\u00e9e relancer la croissance.<\/p>\n<p>Il y a l\u00e0 un contresens dramatique. Ce raisonnement ignore les v\u00e9ritables causes de la crise \u00e9conomique que nous vivons et qui tiennent \u00e0 l&rsquo;effet d\u00e9flationniste de la mont\u00e9e des in\u00e9galit\u00e9s et de l&rsquo;\u00e9cr\u00e8mage de la richesse par une minorit\u00e9 conduisant \u00e0 d\u00e9velopper, avec le recours au cr\u00e9dit, les formes d&rsquo;endettement priv\u00e9 les plus absurdes et les plus scandaleuses comme les \u00ab\u00a0subprimes\u00a0\u00bb. On en arrive \u00e0 ce paradoxe selon lequel, pour tirer le capitalisme des d\u00e9sordres cr\u00e9\u00e9s par ses d\u00e9bordements, en imposant une aust\u00e9rit\u00e9 drastique \u00e0 la majorit\u00e9 des agents \u00e9conomiques, on brise les m\u00e9canismes qui, seuls, sont susceptibles de faire repartir l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique. Au contraire, ce ne peut \u00eatre qu&rsquo;en regonflant le pouvoir d&rsquo;achat des populations lamin\u00e9 par la crise et en donnant \u00e0 tous les agents \u00e9conomiques les moyens de vivre d\u00e9cemment, c&rsquo;est \u00e0 dire en \u00ab\u00a0faisant du social\u00a0\u00bb, que l&rsquo;on pourra r\u00e9alimenter la demande, condition d&rsquo;un bon fonctionnement de la machine \u00e9conomique<\/p>\n<p>On est donc en pr\u00e9sence d&rsquo;une contradiction flagrante dans la conception de la politique \u00e9conomique qui est men\u00e9e.<\/p>\n<p>Ceci est particuli\u00e8rement visible aux Etats-Unis o\u00f9 le Pr\u00e9sident Obama, \u00e9paul\u00e9 par la Fed, cherche \u00e0 maintenir une activit\u00e9 \u00e9conomique chancelante, limite en cons\u00e9quence les coupes budg\u00e9taires et les atteintes \u00e0 ses programmes sociaux, et se trouve en prise avec les attitudes suicidaires des r\u00e9publicains qui, si on les laissait faire, risqueraient de pousser le pays dans une situation dramatique.<\/p>\n<p>Le m\u00eame cas risque de se produire en Grande Bretagne o\u00f9 le Gouvernement Cameron poursuit une politique dangereuse. Dans le reste de l&rsquo;Europe, la multiplication des programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 ne suffit pas et risque de conduire \u00e0 l&rsquo;impasse.<\/p>\n<p>Si les pays ne sont pas en mesure, en raison des contraintes budg\u00e9taires auquelles ils sont soumis, de soutenir leur activit\u00e9 \u00e9conomique, il convient d&rsquo;urgence de mobiliser des ressources au niveau europ\u00e9en\u00a0 (sous la forme, par exemple, d&rsquo;eurobonds ou de taxes europ\u00e9ennes, sur le CO2 ou sur les op\u00e9rations financi\u00e8res) en vue de financer des programmes d&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique permettant de relancer la croissance.<\/p>\n<p>Les march\u00e9s eux-m\u00eames ne sont pas dupes et, au lieu d&rsquo;\u00eatre rassur\u00e9s par la multiplication des plans d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 comme l&rsquo;imaginent na\u00efvement les responsables politiques, voient leurs craintes renforc\u00e9es par l&rsquo;\u00e9valuation des cons\u00e9quences de la concomitance de tels plans. Le cycle pervers se poursuit\u00a0: les agences de notation d\u00e9gradent la note des pays, rendant plus difficile le fnancement des d\u00e9ficits et le remboursement des dettes, ceci conduisant \u00e0 de nouvelles d\u00e9gradations&#8230;.. A cet \u00e9gard, il est proprement scandaleux que, comme le rapportait le journal Lib\u00e9ration du lundi 13 juin, S&amp;P se soit permis d&rsquo;\u00e9crire, dans un rapport rendu public le vendredi 10 juin, que \u00ab\u00a0si les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ne poursuivent pas la r\u00e9forme des retraites, ne continuent pas de modifier la S\u00e9curit\u00e9 Sociale [\u2026], il est incertain que [cette agence] maintienne la note AAA de la France.\u00a0\u00bb Il n&rsquo;appartient pas aux agences de notation de dicter aux pays leurs choix politiques en les mena\u00e7ant de d\u00e9cha\u00eener les march\u00e9s\u00a0!<\/p>\n<p>Notons que tout ceci renvoie, une fois de plus, \u00e0 l&rsquo;effet pernicieux des d\u00e9rives de la finance et, plus particuli\u00e8rement, \u00e0 l&#8217;emprise absolue des banques soucieuses de ne pas \u00eatre p\u00e9nalis\u00e9es dans l&rsquo;effort de remise en ordre. Comme le fait remarquer, un universitaire am\u00e9ricain, Michael Hudson, le refus en Europe de toute restructuration de la dette qui p\u00e9naliserait les banques d\u00e9tentrices de celle-ci et, corr\u00e9lativement, la multiplication des pr\u00eats avec le gonflement des int\u00e9r\u00eats qui en r\u00e9sulte, ne font que profiter \u00e0 la sph\u00e8re financi\u00e8re. Il en va aussi ainsi du rem\u00e8de de la privatisation des actifs publics exig\u00e9 par les organismes pr\u00eateurs qui ne peut qu&rsquo;alimenter les app\u00e9tits sp\u00e9culatifs des interm\u00e9diaires financiers. Tant que la sp\u00e9culation perturbera de fa\u00e7on malsaine la sph\u00e8re financi\u00e8re, rien ne sera possible et il serait plus qu&rsquo;injuste de vouloir en faire financer les d\u00e9g\u00e2ts par la masse des plus pauvres. Il convient donc de revenir \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e, plusieurs fois \u00e9voqu\u00e9e sans suite, d&rsquo;une taxe sur les profits de la sp\u00e9culation (taxe Tobin ou autre) pour faire rentrer dans sa bouteille le mauvais g\u00e9nie que les apprentis sorciers de Wall Street et des banques occidentales en ont fait sortir. C&rsquo;est la seule mani\u00e8re de r\u00e9sorber les exc\u00e8s cr\u00e9\u00e9s par la sp\u00e9culation, m\u00eame si cela ne peut que susciter les protestations les plus farouches et les oppositions les plus d\u00e9termin\u00e9es des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi, la mani\u00e8re dont sont appliqu\u00e9s et cumul\u00e9s les programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 dans la zone euro, non seulement ne garantit pas la r\u00e9alisation de l&rsquo;objectif de la r\u00e9sorption des dettes des pays consid\u00e9r\u00e9s, mais, en fait, rend probl\u00e9matique la sortie de crise et plus que vraisemblable la retomb\u00e9e durable dans la r\u00e9cession.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on n&rsquo;y prend garde, on risque de se retrouver en Occident dans une situation analogue \u00e0 celle du d\u00e9but des ann\u00e9es 30 lorsque les pays concern\u00e9s, cherchant \u00e0 restaurer les \u00e9quilibres mis \u00e0 mal par la crise en 1929, n&rsquo;ont r\u00e9ussi qu&rsquo;\u00e0 plonger l&rsquo;ensemble dans la d\u00e9flation. S&rsquo;il en \u00e9tait ainsi, les efforts r\u00e9alis\u00e9s en 2008-2009 pour \u00e9viter le blocage de l&rsquo;\u00e9conomie occidentale par des plans de relance, salu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme extr\u00eamement salutaires, auront \u00e9t\u00e9 vains.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Communication au S\u00e9minaire franco-russe sur les probl\u00e8mes mon\u00e9taires et financiers, 20-22 juin 2011. Jean-Pierre Pag\u00e9 \u00e9crit ci-dessous que la taxe Tobin \u00ab\u00a0est la seule mani\u00e8re de r\u00e9sorber les exc\u00e8s cr\u00e9\u00e9s par la sp\u00e9culation\u00a0\u00bb. 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