{"id":26353,"date":"2011-07-18T11:36:49","date_gmt":"2011-07-18T09:36:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=26353"},"modified":"2013-01-02T14:38:13","modified_gmt":"2013-01-02T13:38:13","slug":"lactualite-de-la-crise-organiser-ou-subir-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/07\/18\/lactualite-de-la-crise-organiser-ou-subir-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>ORGANISER OU SUBIR<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>La simultan\u00e9it\u00e9 de la crise de la dette en Europe et aux \u00c9tats-Unis est spectaculaire, mais elle n\u2019est pas \u00e9tonnante. Dans les jours qui viennent, des solutions de fortune permettront-elles d\u2019\u00e9viter que la crise financi\u00e8re bascule et rentre dans son second acte, le premier ayant d\u00e9but\u00e9 avec la d\u00e9gringolade de Lehman Brothers ? Si des ouvertures sont finalement trouv\u00e9es, quel r\u00e9pit donneront-elles\u00a0? Si ce n\u2019est pas le cas &#8211; soit aux \u00c9tats-Unis, soit en Europe, pour ne pas adopter le pire sc\u00e9nario selon lequel les deux plongeraient ensemble &#8211; que peut-il en r\u00e9sulter\u00a0? Autant de questions et pas de r\u00e9ponses&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9normit\u00e9 de ce qui surviendrait d\u00e9fie toute description et conduit les esprits avis\u00e9s \u00e0 se rassurer en pensant que le pire n\u2019est jamais s\u00fbr. Qu\u2019ici et l\u00e0 les n\u00e9gociateurs parviendront au final \u00e0 s\u2019entendre, parce que tout simplement ce n\u2019est pas pensable autrement. Ces m\u00eames esprits se r\u00e9fugient en attendant \u00e0 des niveaux d\u2019analyse insatisfaisants, s\u2019appuyant sur les personnalit\u00e9s des intervenants, ou bien les jeux politiques, ou encore les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats entre pays.<\/p>\n<p><!--more-->Ces r\u00e9alit\u00e9s sont pourtant subalternes, car nous sommes en train d\u2019assister en direct \u00e0 une nouvelle phase de l\u2019implosion du syst\u00e8me financier. Un syst\u00e8me qui reposait sur la fabrication d\u2019une nouvelle marchandise\u00a0: la dette, celle des particuliers comme celle des entreprises et des \u00c9tats. Il fallait la produire, mais le constat s\u2019impose\u00a0: il n\u2019est plus possible de l\u2019honorer. Le gigantesque \u00e9chafaudage qu\u2019elle repr\u00e9sente ne trouve plus son \u00e9quilibre, ceux qui l\u2019on b\u00e2ti en venant \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 son principal point d\u2019appui. Le syst\u00e8me mettant en cause les \u00c9tats, garants en dernier ressort de son bon fonctionnement, sciant la branche sur lequel il est assis.<\/p>\n<p>Dans les <em>pays \u00e9mergents<\/em>, o\u00f9 tout se fait tr\u00e8s vite dans une soci\u00e9t\u00e9 dont la base reste fig\u00e9e, des bulles financi\u00e8res, notamment immobili\u00e8res, ont gonfl\u00e9 outre mesure en tr\u00e8s peu de temps. L\u2019acc\u00e8s des <em>classes moyennes<\/em> aux produits de la consommation de masse occidentale repose largement sur le cr\u00e9dit aux particuliers, qui enfle lui aussi. Tout cela a un air de d\u00e9j\u00e0 vu. Le syst\u00e8me reproduit l\u00e0 ce qu\u2019il ne peut plus poursuivre ailleurs. Ces bulles devront un jour ou l\u2019autre, elles aussi, crever. Le syst\u00e8me financier y a engag\u00e9 un remake de son film qui vient pourtant de mal tourner.<\/p>\n<p>La crise financi\u00e8re actuelle se manifeste donc par une crise de l\u2019endettement, et dans un second temps du d\u00e9sendettement. Cette d\u00e9licate op\u00e9ration rencontre d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s, comme on peut le constater, car il n\u2019y a pas de marche arri\u00e8re de pr\u00e9vue par le constructeur de ce moteur et chacun veut se d\u00e9fausser sur l\u2019autre. Il n\u2019y a \u00e0 cette \u00e9chelle ni tribunal de commerce, ni r\u00e8glement financier, ni proc\u00e9dure de liquidation judiciaire.<\/p>\n<p>Plus expos\u00e9s sur le devant de la sc\u00e8ne, les \u00c9tats n\u2019y parviennent pas. En premier lieu parce que les gouvernements ne peuvent s\u2019appuyer ni sur une croissance \u00e9conomique qui am\u00e9liorerait leurs comptes, ni sur une inflation prohib\u00e9e par le syst\u00e8me, car elle ferait fondre la valeur de ses actifs. En second, car cela suppose des atteintes au financement du <em>Welfare State<\/em>, dans tous ses compartiments, dont ils craignent le retour de flamme.<\/p>\n<p>La Fed fournit un magnifique exemple d\u2019une machine qui tourne \u00e0 vide. Elle a financ\u00e9 la dette am\u00e9ricaine par deux programmes successifs d\u2019achats obligataires directs, et continue de le faire suivant d\u2019autres modalit\u00e9s \u00e0 un niveau plus modeste, mais tout cela en pure perte du point de vue \u00e9conomique et de l\u2019emploi, avec pour seul effet d\u2019alimenter le syst\u00e8me financier. Comme les r\u00e9sultats des m\u00e9gabanques am\u00e9ricaines vont le montrer, sans m\u00eame pouvoir \u00e9viter une baisse du rendement de leurs activit\u00e9s financi\u00e8res sur les march\u00e9s des taux, de change et des mati\u00e8res premi\u00e8res (\u00e0 l\u2019exception de JP Morgan).<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 est que si les banques centrales peuvent s\u2019accrocher vaille que vaille \u00e0 leur mission de lutte contre l\u2019inflation, les instruments dont elles disposent ne leur permettent pas de relancer la machine \u00e9conomique. Pouvant encore pr\u00e9tendre d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats du syst\u00e8me financier, elles ne peuvent venir au secours des \u00c9tats, bien qu\u2019appartenant au m\u00eame monde.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que la distinction dette publique-dette priv\u00e9e est en train de perdre tout son sens, tellement les deux fonctionnent suivant le principe des vases communicants (mais dans un seul sens), celle qui pr\u00e9tend distinguer les \u00c9tats et les banques centrales des \u00e9tablissements priv\u00e9s finit par ne pas en avoir davantage. Pour paraphraser les dirigeants chinois\u00a0: \u00ab\u00a0un syst\u00e8me, deux entit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avan\u00e7ant plus masqu\u00e9 et se r\u00e9fugiant dans son opacit\u00e9, le syst\u00e8me financier n\u2019y parvient pas non plus, quoique b\u00e9n\u00e9ficiant du transfert de sa dette vers les \u00c9tats (notamment la dette publique retourn\u00e9e \u00e0 ses \u00e9metteurs europ\u00e9ens). Aux \u00c9tats-Unis, la Fed, Fannie Mae et Freddie Mac jouent les amortisseurs et tentent de lentement la dig\u00e9rer, tandis qu\u2019en Europe, la BCE veut accentuer le mouvement en refusant de continuer \u00e0 faire de m\u00eame.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats sont cens\u00e9s proc\u00e9der \u00e0 leur d\u00e9sendettement avec un lance-pierre pour que les banques puissent \u00e9taler le leur dans le temps. Il est accord\u00e9 aux unes ce qui est refus\u00e9 aux autres. Principe dont une autre application spectaculaire a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e quand on compare le co\u00fbt que les premiers doivent accepter pour se financer et ceux dont les secondes b\u00e9n\u00e9ficient via les banques centrales. Expression m\u00eame du transfert priv\u00e9-public qui s\u2019op\u00e8re \u00e0 la faveur du douloureux d\u00e9sendettement en cours.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019on explore les arcanes de la m\u00e9thodologie des stress tests europ\u00e9ens ou de la r\u00e9glementation du Comit\u00e9 de B\u00e2le, ou bien encore lorsque l\u2019on plonge dans la loi de r\u00e9gulation financi\u00e8re Dodd-Frank et ses prolongements r\u00e9glementaires qui tardent \u00e0 venir, bloqu\u00e9s par les banques, on entre dans un monde dont la complexit\u00e9 n\u2019a de pair que les ouvertures qu\u2019il laisse b\u00e9antes. Le d\u00e9ficit public est calcul\u00e9 au centime pr\u00e8s, les r\u00e9sultats d\u2019un \u00e9tablissement financier r\u00e9sultent de chinoiseries sans fin.<\/p>\n<p>Les Europ\u00e9ens sont pris au pi\u00e8ge de leur strat\u00e9gie de gestion de la dette priv\u00e9e-publique. Ne voulant, en premier lieu, reconna\u00eetre que la premi\u00e8re de ses composantes, puis en tentant de la circonvenir aux pays de sa zone mon\u00e9taire, \u00e9l\u00e9gamment d\u00e9nomm\u00e9s les PIGS (PIIGS si l&rsquo;on y ajoute l&rsquo;Italie), inspir\u00e9s dans doute par l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils ne voulaient pas \u00eatre les cochons de payeurs. Toutes les formules possibles et imaginables sont depuis des semaines discut\u00e9es, afin de trouver le mod\u00e8le miracle qui permettrait de partager le fardeau du financement de la dette grecque entre les \u00c9tats et les \u00e9tablissements financiers.<\/p>\n<p>Pourquoi ces interminables palabres n\u2019aboutissent-elles pas ? Parce qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la Gr\u00e8ce, mais de l\u2019Europe toute enti\u00e8re, et que le probl\u00e8me continue d\u2019\u00eatre pris par le petit bout de la lorgnette. A ce jeu, la zone euro est aujourd\u2019hui menac\u00e9e d\u2019\u00e9clatement &#8211; \u00e0 court terme &#8211; comme elle ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains sont pris dans une autre nasse. Parvenus au bout de leur chemin, ils ne peuvent plus financer leurs splendeurs et doivent \u00e9taler leurs mis\u00e8res. Devant descendre du podium, ils voudraient au moins ne pas louper une marche. Tent\u00e9s par la fuite en avant et la poursuite d\u2019un r\u00eave qui va pourtant s\u2019arr\u00eater, aiguillonn\u00e9s par leurs vieux d\u00e9mons porteurs de dangereuses aventures. A ce jeu, ce n\u2019est pas d\u2019une marche qu\u2019ils risquent de d\u00e9gringoler, mais d\u2019entra\u00eener une seconde fois le syst\u00e8me financier dans leur chute.<\/p>\n<p>Les \u00e9ch\u00e9ances sont d\u00e9sormais \u00e0 tr\u00e8s court terme. Le 21 juillet &#8211; dans trois jours &#8211; un sommet europ\u00e9en doit boucler le second plan de sauvetage de la Gr\u00e8ce. Le 2 ao\u00fbt au plus tard &#8211; dans deux semaines &#8211; les Am\u00e9ricains vont faire face \u00e0 un d\u00e9faut sur leur dette s\u2019ils ne parviennent pas \u00e0 un accord sur son rel\u00e8vement au Congr\u00e8s. Si des accommodements sont in extremis trouv\u00e9s avec le ciel, on sait par avance dans les deux cas que cela sera reculer pour mieux sauter.<\/p>\n<p>\u00c9ponger toute cette dette dont le remboursement se r\u00e9v\u00e8le impossible est la seule solution, mais il faut le mettre en musique et en assumer les cons\u00e9quences. Il est clair que cela serait d\u2019une autre port\u00e9e que cette inflation dont le syst\u00e8me ne veut pas et dans laquelle il sera peut-\u00eatre de toute fa\u00e7on entra\u00een\u00e9. S\u2019engager dans cette r\u00e9duction ordonn\u00e9e, c\u2019est r\u00e9duire la taille d\u2019un monde financier hypertrophi\u00e9, dont le poids m\u00eame le fait tomber. Un bon d\u00e9but pour la remise \u00e0 plat que cela induira.<\/p>\n<p>Somme toute, il y a le choix entre deux solutions\u00a0: tailler dans la finance ou laisser l\u2019inflation y proc\u00e9der dans le plus grand d\u00e9sordre. Organiser ou subir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La simultan\u00e9it\u00e9 de la crise de la dette en Europe et aux \u00c9tats-Unis est spectaculaire, mais elle n\u2019est pas \u00e9tonnante. Dans les jours qui viennent, des solutions de fortune permettront-elles d\u2019\u00e9viter que la crise financi\u00e8re bascule et rentre dans son second acte, le premier ayant d\u00e9but\u00e9 avec la d\u00e9gringolade de Lehman Brothers ? 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