{"id":26513,"date":"2011-07-22T19:27:45","date_gmt":"2011-07-22T17:27:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=26513"},"modified":"2013-01-02T14:37:41","modified_gmt":"2013-01-02T13:37:41","slug":"lactualite-de-la-crise-lart-du-trompe-loeil-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/07\/22\/lactualite-de-la-crise-lart-du-trompe-loeil-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>L&rsquo;ART DU TROMPE-L&rsquo;OEIL<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il en est du diable perdu dans les d\u00e9tails comme de la concierge dans l\u2019escalier\u00a0: il faut les d\u00e9nicher ! Dans le flot de d\u00e9clarations qui nous inonde \u00e0 propos du <i>plan de sauvetage de la Gr\u00e8ce<\/i>, comme dans l\u2019analyse circonspecte des mesures adopt\u00e9es, on pourrait s\u2019y perdre un peu. <\/p>\n<p>Du mou a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 la Gr\u00e8ce, et accessoirement au Portugal et \u00e0 l\u2019Irlande, car la corde allait se rompre. Mais cela ne donne pas pour autant quitus \u00e0 une strat\u00e9gie qui, m\u00eame un peu assouplie, reste inchang\u00e9e. La charge du remboursement de la dette est \u00e9tal\u00e9e, la dette elle-m\u00eame est &#8211; dans le cas de la Gr\u00e8ce seule &#8211; un peu r\u00e9duite, mais la r\u00e9duction des d\u00e9ficits continue d\u2019impliquer une extr\u00eame rigueur budg\u00e9taire, ainsi que de lourdes cons\u00e9quences sociales. <\/p>\n<p>Le paquet de mesures adopt\u00e9 n\u2019est pas encore connu dans ses d\u00e9tails et son d\u00e9cryptage final reste en suspens, mais il peut en \u00eatre d\u00e9j\u00e0 tir\u00e9 deux enseignements. Les banques s\u2019en sortent \u00e0 tr\u00e8s bon compte en faisant la part du feu\u00a0; les Etats europ\u00e9ens prennent le relais de la BCE &#8211; dont c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019objectif &#8211; et doivent se pr\u00e9parer \u00e0 assumer, via le Fonds de stabilisation financi\u00e8re europ\u00e9en (FSFE), une lourde charge qui n\u2019est pas financ\u00e9e.  <\/p>\n<p><!--more-->S\u2019il fallait une illustration parlante de la premi\u00e8re de ces propositions, elle serait trouv\u00e9e dans l\u2019affirmation cat\u00e9gorique de Jean-Claude Trichet, Fran\u00e7ois Baroin (nouveau ministre fran\u00e7ais des finances) et de la f\u00e9d\u00e9ration allemande des banques priv\u00e9es (BdB). La participation des banques priv\u00e9es \u00e0 ce plan est unique, ont-ils tous affirm\u00e9, elle n\u2019est en aucun cas destin\u00e9e \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 d\u2019autres pays. Les banques s\u2019attendent en effet \u00e0 ce que leur <i>geste<\/i> ait valeur de solde de tout compte. Sans plus attendre, des analystes expriment leur crainte du contraire, car rien ne le garantit vraiment. <\/p>\n<p>S\u2019il en fallait une d\u00e9monstration, elle r\u00e9siderait dans le montant estim\u00e9 des pertes que les banques <i>volontaires<\/i> devraient subir, chiffr\u00e9e \u00e0 20% de la valeur faciale des obligations grecques qu\u2019elles d\u00e9tiennent, alors que le prix du march\u00e9 enregistre une d\u00e9cote d\u2019au moins 50%. Devant le risque de perdre encore davantage, voire 100%, le calcul a \u00e9t\u00e9 vite fait, les banquiers savent compter. <\/p>\n<p>Le montant global de la participation des banques au nouveau <i>sauvetage<\/i> est l\u2019occasion d\u2019une valse \u00e9tourdissante de chiffres. Tout le monde, banques comprises, essaie de s\u2019y retrouver et de faire ses calculs, qui ne concordent pas. A l&rsquo;arriv\u00e9e, on annonce que la dette grecque devrait \u00eatre diminu\u00e9e de 26 milliards d&rsquo;euros, sur un total de 350 milliards, un calcul qui extrapole les d\u00e9cisions des banques et dont le d\u00e9tail n&rsquo;est pas donn\u00e9. M\u00eame s&rsquo;il se r\u00e9v\u00e8le juste, l&rsquo;impact sera donc limit\u00e9 pour la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p>Les chiffres estimatifs mirobolants donn\u00e9s par l\u2019Institute of International Finance sont \u00e0 prendre avec des pincettes, reposant sur des hypoth\u00e8ses qui demandent \u00e0 se concr\u00e9tiser, selon lesquelles les banques choisiraient \u00e0 part \u00e9gale (25%) chacune des quatre options qui leur sont propos\u00e9es et sont d\u00e9crites dans leurs grandes lignes.  Deux d\u2019entre elles, assorties de d\u00e9cotes, feraient l\u2019objet de garanties apport\u00e9es par le FSFE, les deux autres \u00e9tant \u00e0 valeur faciale et sans d\u00e9cote. Dans le cas d\u2019un \u00e9change, les int\u00e9r\u00eats des nouvelles obligations, \u00e0 15 ans ou 30 ans suivant les cas, ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9s. Tous les \u00e9l\u00e9ments de calcul n\u2019ont donc pas \u00e9t\u00e9 fournis, permettant notamment de comprendre si, le montant du remboursement annuel de la dette \u00e9tant diminu\u00e9 du fait de l\u2019allongement de sa maturit\u00e9, le co\u00fbt total du cr\u00e9dit est ou non augment\u00e9. <\/p>\n<p>L&rsquo;agence Fitch vient dans l\u2019imm\u00e9diat de constater un d\u00e9faut partiel sur la dette grecque. Nul doute que <i>les march\u00e9s<\/i> et ceux qui les conseillent vont regarder de plus pr\u00e8s les conditions des deals propos\u00e9s et les engagements pr\u00e9cis des banques, au-del\u00e0 de leurs d\u00e9clarations d\u2019intention, g\u00e9n\u00e9rales et favorables.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences de ce d\u00e9faut n\u2019auront rien \u00e0 voir avec l\u2019apocalypse pr\u00e9dite, un montage financier allant permettre \u00e0 la BCE de continuer \u00e0 tenir hors de l\u2019eau les banques grecques, gr\u00e2ce \u00e0 une garantie de 35 milliards d\u2019euros du Fonds de stabilisation financi\u00e8re europ\u00e9en (FSFE), dont elle va b\u00e9n\u00e9ficier, en contrepartie de laquelle elle va continuer d\u2019accepter la dette grecque des banques nationales comme collat\u00e9ral. Par contre, aucun \u00e9v\u00e9nement de cr\u00e9dit ne devrait \u00eatre constat\u00e9 demain vendredi par l\u2019International Swaps and Derivatives Association (Isda), si l\u2019on en croit Jean-Claude Trichet. Il aurait comme cons\u00e9quence, pour les \u00e9metteurs de CDS, de devoir rembourser les d\u00e9tenteurs de la dette grecque qui se sont assur\u00e9s aupr\u00e8s d\u2019eux. Les d\u00e9g\u00e2ts financiers sont donc limit\u00e9s au strict in\u00e9vitable\u00a0: les pertes pr\u00e9visibles et limit\u00e9es des banques.<\/p>\n<p>A contrario de la cl\u00e9mence qui b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 ces derni\u00e8res, la barque des finances publiques des Etats europ\u00e9ens a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9e. Les dispositifs retenus sont flatteusement pr\u00e9sent\u00e9s et comment\u00e9s comme l\u2019amorce d\u2019un <i>Fonds mon\u00e9taire europ\u00e9en<\/i> et un retour au f\u00e9d\u00e9ralisme. Ceux qui s\u2019en r\u00e9jouissent oublient que ce dernier est construit sur la base de la mutualisation de la dette, dans le cadre de son transfert du priv\u00e9 au public, pr\u00e9figurant pour toute politique de nouvelles mesures contraignantes de r\u00e9duction des d\u00e9ficits publics, europ\u00e9ennes de pr\u00e9f\u00e9rence et nationales par d\u00e9faut. <\/p>\n<p>La question essentielle n\u2019est pas pos\u00e9e, et il y est encore moins r\u00e9pondu\u00a0: quels sont les gisements possibles du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, comment celui-ci peut-il \u00eatre financ\u00e9 et peut-il contribuer au r\u00e9\u00e9quilibrage \u00e9conomique n\u00e9cessaire au sein de la zone euro, combin\u00e9 \u00e0 la mise sur pied d\u2019une <i>Europe sociale<\/i>, ce volet qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 construit\u00a0? <\/p>\n<p>La dynamique qui vient d\u2019\u00eatre cr\u00e9e est toute autre. Elle va avoir comme cons\u00e9quence de devoir abonder le FSFE, dont les moyens actuels ne suffiront pas aux nouvelles t\u00e2ches qui lui sont imparties, au fur et \u00e0 mesure que la crise europ\u00e9enne va se poursuivre et impliquer de nouveaux plans de sauvetage. L\u2019all\u00e9gement de la charge de remboursement des pays qui en b\u00e9n\u00e9ficient d\u00e9j\u00e0 n\u2019y suffira pas, d\u2019autres  pays importants sont d\u00e9j\u00e0 sur le pas de la porte. <\/p>\n<p>Du faisceau de raisons qui vont les rendre n\u00e9cessaires en \u00e9merge une principale, \u00e9l\u00e9mentaire dans sa simplicit\u00e9\u00a0: les mesures de rigueur qui se g\u00e9n\u00e9ralisent et s\u2019accentuent plongent l\u2019Europe globalement dans la r\u00e9cession. L\u2019Allemagne constate d\u2019ailleurs que sa croissance a commenc\u00e9 \u00e0 diminuer, en raison du recul de ses exportations en Europe, de loin son premier client. Rien n\u2019est pr\u00e9vu pour s\u2019y opposer, sauf une \u00e9ventuelle simplification de l\u2019acc\u00e8s aux fonds structurels europ\u00e9ens pour les pays de la zone des temp\u00eates, pas chiffr\u00e9e et pour cause\u00a0: le budget europ\u00e9en fait d\u00e9j\u00e0 l\u2019objet d\u2019une bataille de chiffonniers en ces temps de disette.  <\/p>\n<p>Que les apports des pays membres du FSFE soient en cash ou sous forme de garanties, ils vont alourdir le poids de la dette de ceux qui y contribuent. Fran\u00e7ois Fillon, vient d\u2019annoncer que la dette fran\u00e7aise allait augmenter d\u2019ici 2014 de 15 milliards d\u2019euros, sans affecter le d\u00e9ficit, en raison des engagements pris dans le cadre de ce nouveau plan. Comme d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9, les pays entr\u00e9s dans la zone des temp\u00eates ne pourront plus participer \u00e0 l\u2019effort, laissant \u00e0 un nombre de plus en plus restreint de pays une charge de plus en plus lourde. Par ailleurs, le taux de 3,5% auquel le FSFE va pr\u00eater aux pays en difficult\u00e9 &#8211; ainsi que dor\u00e9navant pour des <i>pr\u00eats de pr\u00e9caution<\/i>, destin\u00e9s \u00e0 anticiper les crises &#8211; est \u00e0 peine sup\u00e9rieur \u00e0 celui dont il b\u00e9n\u00e9ficie actuellement sur le march\u00e9 obligataire, rendant de ce second point de vue \u00e9galement fragile tout l\u2019\u00e9difice financier. <\/p>\n<p>Enfin, le FSFE va devoir assumer ce dont la BCE s\u2019est d\u00e9lest\u00e9e afin d\u2019am\u00e9liorer son bilan et <i>affirmer son ind\u00e9pendance<\/i> et proc\u00e9der \u00e0 des achats obligataires sur le march\u00e9 secondaire, afin si n\u00e9cessaire de tenter de stabiliser les cours. Pour m\u00e9moire, la BCE y a consacr\u00e9 \u00e0 ce jour 74 milliards d&rsquo;euros. <\/p>\n<p>Pour renvoyer \u00e0 une probl\u00e9matique ch\u00e8re aux \u00e9conomistes, il y a donc une grande asym\u00e9trie de traitement entre les banques et les Etats. Ce qui n\u2019est pas franchement nouveau, mais s\u2019intensifie. Derri\u00e8re son apparence <i>\u00e9quilibr\u00e9e<\/i>, mettant en avant la participation des banques, le nouveau plan est en r\u00e9alit\u00e9 un v\u00e9ritable trompe-l\u2019oeil. Il est destin\u00e9 \u00e0 justifier la poursuite de la strat\u00e9gie de la rigueur, apr\u00e8s l\u2019avoir ajust\u00e9e. <\/p>\n<p>Quant au temps qu&rsquo;il va permettre de gagner, cela d\u00e9pendra de l&rsquo;utilisation des outils qui viennent d&rsquo;\u00eatre d\u00e9cid\u00e9s, du calibrage qui va en \u00eatre effectu\u00e9 et va demander des semaines. Dans un premier temps, <i>les march\u00e9s<\/i> ont signifi\u00e9 que l&rsquo;insolvabilit\u00e9 de la Gr\u00e8ce devait \u00eatre reconnue, et non pas ni\u00e9e. Mais, dans un second, ils vont attendre, mais pas longtemps, que les paroles se traduisent en actes, que les Etats r\u00e9duisent comme promis leurs d\u00e9ficits et r\u00e9alisent leurs <i>r\u00e9formes structurelles<\/i>. <\/p>\n<p>Quant \u00e0 ce qui pourrait permettre d\u2019\u00e9viter que l&rsquo;Espagne et l&rsquo;Italie &#8211; \u00e0 propos desquels Fran\u00e7ois Baroin vient de reconna\u00eetre que \u00ab\u00a0l&rsquo;on est pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du pr\u00e9cipice\u00a0\u00bb- rejoignent la zone des temp\u00eates, ils restent sur leur faim. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en est du diable perdu dans les d\u00e9tails comme de la concierge dans l\u2019escalier\u00a0: il faut les d\u00e9nicher ! 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