{"id":2698,"date":"2009-04-07T19:44:46","date_gmt":"2009-04-07T18:44:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=2698"},"modified":"2009-04-08T06:35:06","modified_gmt":"2009-04-08T05:35:06","slug":"entretien-avec-simon-johnson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/04\/07\/entretien-avec-simon-johnson\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise : Comment le FMI verrait la crise financi\u00e8re aux USA, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Cette fois-ci encore, Fran\u00e7ois Leclerc et moi proc\u00e9derons en deux temps : dans un premier temps, son billet, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019entretien-choc que Simon Johnson a accord\u00e9 \u00e0 \u00ab The Atlantic \u00bb et dans un second temps, mon propre billet, plus proche dans son style de la chronique. L\u2019un d\u2019entre vous travaille en ce moment \u00e0 une traduction fran\u00e7aise de ce long texte, qu\u2019il en soit remerci\u00e9 : il est indispensable que chacun puisse lire les propos de Johnson, Fran\u00e7ois vous fera d\u00e9j\u00e0 comprendre pourquoi.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>COMMENT LE FMI VERRAIT LA CRISE FINANCIERE AUX USA <\/strong> <\/p>\n<p>La v\u00e9n\u00e9rable revue bostonienne \u00ab The Atlantic \u00bb, publie dans son num\u00e9ro dat\u00e9 de mai 2009 un article qui risque de faire du bruit, sous la signature de Simon Johnson, ancien chef \u00e9conomiste du FMI (mars 2007-ao\u00fbt 2008), professeur de la Sloan School of Management du MIT. Il est titr\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.theatlantic.com\/doc\/200905\/imf-advice\">\u00ab Le coup d\u2019Etat feutr\u00e9 \u00bb<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est au nom de son exp\u00e9rience pass\u00e9e au FMI, ainsi qu\u2019en s\u2019appuyant sur ses \u00e9tudes approfondies des crises financi\u00e8res pass\u00e9es, dont il est un des experts reconnus, qu\u2019il adopte pour cet article un angle tr\u00e8s percutant : si c\u2019\u00e9taient les USA qui frappaient \u00e0 la porte du FMI, comme tant de pays l\u2019ont fait une fois qu\u2019ils avaient \u00e9puis\u00e9 tous les autres recours, que lui aurions-nous dit ? <\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 la situation actuelle en Russie, endett\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame pour avoir cru que son secteur \u00e9nerg\u00e9tique pourrait soutenir une croissance continue de la consommation, il explique que le FMI dirait \u00e0 Poutine, le premier ministre, qu\u2019il ne pourrait obtenir un pr\u00eat qu\u2019\u00e0 condition de faire le m\u00e9nage dans son oligarchie et avoir fait un choix afin de ne conserver en son sein que les meilleurs repr\u00e9sentants, ne pouvant pr\u00e9tendre assumer les dettes de tous. <\/p>\n<p>D\u2019in\u00e9vitables fortes r\u00e9actions de d\u00e9fense de cette m\u00eame oligarchie ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 chaque fois rencontr\u00e9es, d\u00e8s qu\u2019une telle politique \u00e9tait appliqu\u00e9e. Simon Johnson en donne des exemples, pour conclure que cela n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 les mesures pr\u00e9conis\u00e9es de produire leurs effets b\u00e9n\u00e9fiques. On voit que l\u2019int\u00e9r\u00eat de cet article n\u2019est pas son point de vue critique sur la politique men\u00e9e par le FMI, ce n\u2019est pas son sujet. <\/p>\n<p>Sous le sous-titre assez ravageur \u00ab devenir une r\u00e9publique banani\u00e8re \u00bb, il en vient \u00e0 la crise actuelle, pour l\u2019analyser comme le r\u00e9sultat direct de l\u2019action de \u00ab l\u2019\u00e9lite des milieux d\u2019affaires \u00bb am\u00e9ricains, avec le soutien implicite du gouvernement US. Une situation qu\u2019il a en r\u00e9alit\u00e9 rencontr\u00e9e lors de chacune des autres crises \u00e9conomiques et financi\u00e8res qu\u2019il \u00e9voque, en Cor\u00e9e du sud, en Malaisie, en Russie ou en Argentine. Plus alarmant encore, pr\u00e9cise-t-il, cette \u00e9lite fait obstacle aux mesures qu\u2019il serait n\u00e9cessaire de prendre, et le gouvernement semble incapable de sauter l\u2019obstacle qu\u2019elle repr\u00e9sente. <\/p>\n<p>Revenant sur les 25 derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019auteur examine comment les Etats-Unis en sont progressivement arriv\u00e9s l\u00e0, sous les diff\u00e9rentes administrations successives, comment \u00ab l\u2019oligarchie bancaire \u00bb est mont\u00e9e en puissance au fur et \u00e0 mesure que la participation au PIB du secteur financier augmentait. Les raisons profondes de ce double essor ne sont pas analys\u00e9es, pour s\u2019en tenir \u00e0 leurs cons\u00e9quences, qui font aujourd\u2019hui probl\u00e8me. A la constitution de ce qu\u2019il appelle \u00ab l\u2019axe Wall Street \u2013 Washington \u00bb. Avec cette formule redoutable, qui rend compte du caract\u00e8re proprement corrosif de l\u2019ensemble de son article : \u00ab Bien sur, les Etats-Unis sont uniques. A un point tel si que nous avons l\u2019\u00e9conomie, la force militaire et la technologie les plus avanc\u00e9s du monde, nous avons aussi l\u2019oligarchie la plus d\u00e9velopp\u00e9e de celui-ci \u00bb.<\/p>\n<p>Simon Johnson d\u00e9crit ensuite comment l\u2019industrie financi\u00e8re am\u00e9ricaine a abandonn\u00e9 les m\u00e9thodes exp\u00e9ditives et violentes utilis\u00e9es dans les syst\u00e8mes politiques primitifs, ainsi que les pratiques classiques de corruption, pour constituer son influence politique en s\u2019appuyant sur une sorte de capital culturel, de syst\u00e8me de croyance. Il donne aussi les exemples des allers-retours syst\u00e9matiques op\u00e9r\u00e9s par de nombreux grands noms de la finance am\u00e9ricaine, entre l\u2019administration de l\u2019Etat et le priv\u00e9. Pour estimer qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re d\u2019homme politique a finalement \u00e9t\u00e9 \u00ab hypnotis\u00e9e \u00bb par Wall Street. De longues et pr\u00e9cises \u00e9vocations de cette situation viennent illustrer le propos de l\u2019auteur, qui n\u2019a pas de mal \u00e0 l\u2019\u00e9tayer en s\u2019appuyant sur son propre v\u00e9cu. Avant de d\u00e9crire les points d\u2019appui sur la base desquels l\u2019industrie financi\u00e8re a pu se d\u00e9velopper, apr\u00e8s avoir conquis en quelque sorte le pouvoir sans esclandre. D\u2019o\u00f9 le titre de son article. <\/p>\n<p><!--more-->Sous le sous-titre \u00ab les oligarques am\u00e9ricains et la crise financi\u00e8re \u00bb, Simon Johnson en vient aux causes les plus imm\u00e9diates de cette crise et montre en quoi les autorit\u00e9s comme les acteurs m\u00eame de cette crise \u00e9taient aveugl\u00e9s par leurs propres croyances, d\u2019autant plus convaincus que tout allait bien que cela allait particuli\u00e8rement bien pour eux. La critique qui s\u2019en suit des mesures prises par les administrations successives Bush et Obama est sans appel, expression selon lui de la combinaison d\u2019int\u00e9r\u00eats qu\u2019elles cherchent \u00e0 pr\u00e9server, sans autre justification que ce sont les seules possibles et qu\u2019il faut les accepter sans discussion. L\u2019auteur montre ensuite comment le gouvernement a soigneusement \u00e9vit\u00e9 de porter atteinte aux int\u00e9r\u00eats des institutions financi\u00e8res, appuyant son propos sur un d\u00e9cryptage des mesures qui ont \u00e9t\u00e9 prises.<\/p>\n<p>Comment sortir de cette situation ? Deux situations \u00e9troitement connect\u00e9s entre elles doivent \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es. Celle du syst\u00e8me financier, qui fait obstacle \u00e0 la r\u00e9ussite des plans de relance. Et celle qui donne au secteur financier un droit de veto sur la politique men\u00e9e par les pouvoirs publics. Simon Johnson consid\u00e8re que la nationalisation des banques est la seule issue, il explique aussi le pourquoi et le comment de cette mesure radicale, selon lui indispensable. Il estime \u00e9galement qu\u2019une l\u00e9gislation antitrust est n\u00e9cessaire pour le secteur financier, et qu\u2019il faut d\u00e9manteler les grands groupes financiers : \u00ab tout ce qui est trop important pour chuter est trop important pour exister \u00bb. Et quant \u00e0 l\u2019oligarchie financi\u00e8re, le conseil que donnerait, selon lui le FMI, \u00e0 la lumi\u00e8re des exp\u00e9riences qu\u2019il \u00e9voquait en t\u00eate de son article, ne fait pas dans le d\u00e9tail : \u00ab cassez-les ! \u00bb<\/p>\n<p>La puissance des Etats-Unis leur permettant de survivre dans une situation de crise, en tr\u00e9buchant sans arr\u00eat sans pour autant tomber, celle-ci peut durer. Deux sc\u00e9narios sont alors possibles. Le premier consisterait dans la poursuite de la confusion actuelle, un chaos dans lequel les fronti\u00e8res entre la l\u00e9galit\u00e9 et l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 seraient brouill\u00e9es, instaurant pour \u00ab les puissants \u00bb une grande impunit\u00e9, une installation dans la crise, avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 une forte inflation et de l\u2019autre un syst\u00e8me de cr\u00e9dit sous perfusion. L\u2019auteur fait r\u00e9f\u00e9rence, \u00e0 titre d\u2019exemple, \u00e0 la situation de la Russie de ces derni\u00e8res vingt ann\u00e9es. <\/p>\n<p>L\u2019autre sc\u00e9nario s\u2019appuie sur la spirale descendante que d\u00e9crit la crise mondiale, touchant tous les continents, mettant les Etats-Unis \u00e0 genoux, pouvant cr\u00e9er en retour les conditions d\u2019un sursaut. Des actions d\u00e9cisives seraient enfin prises et les vieilles \u00e9lites se briseraient.<\/p>\n<p>Comme on le peut constater, l\u2019analyse sans concession de Simon Johnson ne brille pas par l\u2019optimisme, mais elle est d\u00e9capante. Elle d\u00e9crit un monde, qu\u2019il a fr\u00e9quent\u00e9, qui laisse peu de place \u00e0 l\u2019espoir car il est arc-bout\u00e9 sur son pouvoir, ce qui n\u2019est pas en soi une nouveaut\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Cette fois-ci encore, Fran\u00e7ois Leclerc et moi proc\u00e9derons en deux temps : dans un premier temps, son billet, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019entretien-choc que Simon Johnson a accord\u00e9 \u00e0 \u00ab The Atlantic \u00bb et dans un second temps, mon propre billet, plus proche dans son style de la chronique. 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