{"id":27550,"date":"2011-08-15T07:44:57","date_gmt":"2011-08-15T05:44:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=27550"},"modified":"2013-01-02T14:35:47","modified_gmt":"2013-01-02T13:35:47","slug":"lactualite-de-la-crise-les-colosses-les-plus-imposants-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/08\/15\/lactualite-de-la-crise-les-colosses-les-plus-imposants-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LES COLOSSES LES PLUS IMPOSANTS<\/b> par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le syst\u00e8me financier a beau \u00eatre secou\u00e9 par de nouvelles bouff\u00e9es d\u00e9lirantes, le monde occidental au bord de la r\u00e9cession, il ne perd pas le Nord pour autant. Manifestant contre vents et mar\u00e9es la m\u00eame constance dans la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats que ses laudateurs dans la promotion de leur vision biais\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n<p>Un m\u00eame discours p\u00e9remptoire est martel\u00e9, qui n\u2019emprunte qu\u2019un seul mot \u00e0 un vocabulaire\u00a0ne se renouvelant pas : celui de la rigueur. L\u2019appliquant aux d\u00e9penses de l\u2019Etat et non au fonctionnement du syst\u00e8me financier, qui en est lui dispens\u00e9. Contribuant \u00e0 une campagne d\u2019intoxication destin\u00e9e \u00e0 faire admettre que les coupes budg\u00e9taires sont r\u00e9demptrices et que le salut de tous est \u00e0 ce prix. Faisant appel \u00e0 des r\u00e9flexes enfouis de bonne m\u00e9nag\u00e8re, ou de bon p\u00e8re de famille, selon lequels on ne d\u00e9pense que ce que l&rsquo;on poss\u00e8de, assimilant faussement le budget de l\u2019Etat \u00e0 celui de chacun d&rsquo;entre nous. <\/p>\n<p>Un mot magique a d\u00e8s lors fait flor\u00e8s\u00a0: restructuration. Pas de la dette ni des finances, mais de l&rsquo;\u00e9conomie ! Car l&rsquo;\u00e9conomie doit changer pour que la finance se porte bien, curieux retournement. A la faveur des plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 qui envahissent le paysage comme chardons et \u00e9pineux au printemps, ce mot se d\u00e9cline dans tous les pays occidentaux. Avec pour unique traduction la privatisation de ce qui peut encore l\u2019\u00eatre, la suppression des \u00ab\u00a0rigidit\u00e9s\u00a0\u00bb du march\u00e9 du travail, l&rsquo;\u00e9tranglement financier des collectivit\u00e9s locales et leurs services, et la diminution des prestations sociales&#8230; Ainsi que, pour accr\u00e9diter le partage des sacrifices, des mesures toutes symboliques affectant les d\u00e9tenteurs de revenus les plus \u00e9lev\u00e9s, quand c&rsquo;est le cas, afin de faire passer le rago\u00fbt. Le plan italien qui vient d\u2019\u00eatre adopt\u00e9 est de ce point de vue un cas d\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p><!--more-->Dans cette m\u00eame veine, le ministre lib\u00e9ral de l\u2019\u00e9conomie allemand, Philippe R\u00f6sler, vient d\u2019innover en sugg\u00e9rant la cr\u00e9ation en Gr\u00e8ce de \u00ab\u00a0zones \u00e9conomiques sp\u00e9ciales\u00a0\u00bb, destin\u00e9es \u00e0 relancer l\u2019\u00e9conomie, au sein desquelles les entreprises b\u00e9n\u00e9ficieraient de mesures fiscales d\u00e9rogatoires.  Excellente id\u00e9e pour am\u00e9liorer les recettes fiscales de l&rsquo;Etat et diminuer son d\u00e9ficit ! <\/p>\n<p>La fracture sociale a pris la succession de l\u2019ascenseur du m\u00eame nom, en panne de longue dur\u00e9e comme affich\u00e9. Loin d\u2019\u00eatre r\u00e9duite, elle s\u2019\u00e9largit : les in\u00e9galit\u00e9s de revenu et de patrimoine se creusent, la pr\u00e9carit\u00e9 s\u2019\u00e9largit. Le pire est que l\u2019ensemble se banalise et que la lutte contre la marginalisation sociale est devenue synonyme de cause perdue. S&rsquo;y oppose, en haut de l\u2019\u00e9chelle, un monde qui cultive son propre enfermement pour mieux prot\u00e9ger ses privil\u00e8ges. <\/p>\n<p>Des \u00e9meutes soudaines, pr\u00e9sent\u00e9es sous un jour purement criminel en profitant des pillages, sont l\u2019occasion pour la coalition gouvernementale de s\u2019affirmer comme le parti de l\u2019ordre en jouant sur la peur et en appelant \u00e0 la d\u00e9lation, sa compagne de toujours. David Cameron, le premier ministre, est all\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9voir de faire appel \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. En attendant, il impose des couvre-feu locaux, tous les quartiers surveill\u00e9s par un r\u00e9seau m\u00e9galomane de cam\u00e9ras. Le ministre des finances lib\u00e9ral, George Osborne, r\u00e9affirme plus que jamais n\u00e9cessaire la poursuite du plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 britannique, sur l\u2019air connu qu\u2019il faut gratter jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os. Est-ce que ce mod\u00e8le britannique cauchemardesque est lui aussi destin\u00e9 \u00e0 faire \u00e9cole ? <\/p>\n<p>Tout semble se passer comme si les repr\u00e9sentants qualifi\u00e9s du capitalisme financier voulaient profiter de la crise en cours pour accentuer la <i>financiarisation<\/i> de l\u2019\u00e9conomie, justifiant une nouvelle <i>cure d\u2019amaigrissement de l\u2019Etat<\/i>, ne retenant de la crise financi\u00e8re globale que le seul endettement public. Dissimulant la monstruosit\u00e9 de la bulle financi\u00e8re derri\u00e8re l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 de la d\u00e9pense publique. Allant chercher, comme des parasites, leurs b\u00e9n\u00e9fices sur de nouveaux terrains de jeu, dans les <i>pays \u00e9mergents<\/i> prometteurs de merveilles, sans n\u00e9gliger ce qui peut encore \u00eatre glan\u00e9 sur les anciens. Sp\u00e9culant sur la r\u00e9signation quand ce n&rsquo;est pas sur la peur, sur le d\u00e9sir d&rsquo;ordre rassurant quand tout va mal, sur la crainte de perdre ce que l&rsquo;on poss\u00e8de encore, dont d&rsquo;autres plus d\u00e9munis pourraient s&#8217;emparer. Un tr\u00e8s mauvais terreau. <\/p>\n<p>Ces mauvaises intentions ne sont pas sans susciter des r\u00e9actions spectaculaires. A tout seigneur, tout honneur, les premiers <i>indign\u00e9s<\/i> furent portugais, avant d\u2019\u00eatre espagnols puis grecs. D\u2019autres relais ont depuis \u00e9t\u00e9 pris, le plus inattendu, en Isra\u00ebl, \u00e0 la fois au contact des r\u00e9volutions arabes et des protestations occidentales. Sans n\u00e9gliger celui &#8211; de grande ampleur \u00e9galement &#8211; qui se poursuit tout au loin, au Chili. En n\u2019oubliant pas non plus les Am\u00e9ricains de Madison, dans le Wisconsin, qui ont renou\u00e9 avec l\u2019histoire protestataire oubli\u00e9e de leur pays. Cela fait beaucoup et peu \u00e0 la fois. <\/p>\n<p>Les formes de mobilisation comme les cris de l\u2019indignation sont propres \u00e0 chaque pays, mais ils expriment tous une protestation sociale identique, le refus d\u2019une pr\u00e9carit\u00e9 montante devenue destin partag\u00e9 de classes moyennes habitu\u00e9es aux bienfaits des <i>Trente glorieuses<\/i> et des d\u00e9cennies qui suivirent. En Isra\u00ebl et en Espagne, ce sont les jeunes des classes moyennes qui vont au contact avec les plus d\u00e9favoris\u00e9s pour qu&rsquo;ils se joignent \u00e0 la mobilisation. En Grande-Bretagne, \u00e0 l&rsquo;image initiale de la \u00ab\u00a0racaille\u00a0\u00bb des communaut\u00e9s \u00e9migr\u00e9es s&rsquo;est substitu\u00e9e celle de la population m\u00e9lang\u00e9e des quartiers d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, non sans contradictions en son sein. <\/p>\n<p>Si des cris retentissent en surface, un grondement provient des profondeurs. Celui d\u2019une implosion du syst\u00e8me qui se poursuit, impr\u00e9visible dans ses manifestations et dans son rythme, alternant des phases aigu\u00ebs et d&rsquo;autres sourdes. La crise d\u00e9butant en septembre 2007, puisqu\u2019il faut une date et que la chute de Lehman Brothers s\u2019y pr\u00eate, nous allons entrer dans un mois dans sa cinqui\u00e8me ann\u00e9e, sans m\u00eame y pr\u00eater attention, comme si nous y \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 accoutum\u00e9s.[<b>ERRATA: c&rsquo;\u00e9tait en 2008 et nous entrons dans la quatri\u00e8me ann\u00e9e !<\/b>] Au moment m\u00eame o\u00f9 elle conna\u00eet une nouvelle phase spectaculaire et peut-\u00eatre plus redoutable. <\/p>\n<p>On n&rsquo;en a d\u00e9cid\u00e9ment pas fini avec l\u2019effondrement du syst\u00e8me financier, qui s&rsquo;est cru tir\u00e9 d\u2019affaire en \u00e9cartant toute menace d\u2019une stricte r\u00e9gulation de son activit\u00e9, annonc\u00e9e exemplaire pour se terminer ces temps-ci en queue de poisson. <\/p>\n<p>Quel avenir a, dans ces conditions, la \u00ab\u00a0strat\u00e9gie du choc\u00a0\u00bb dont il poursuit la mise en oeuvre, pour reprendre le titre de l\u2019ouvrage de Naomi Klein qui analyse le \u00ab\u00a0capitalisme du d\u00e9sastre\u00a0\u00bb\u00a0? Une question de rapport de force, bien s\u00fbr. De quoi est-il fait\u00a0? De la r\u00e9sistance opini\u00e2tre des oligarchies ainsi que des indignations qui se multiplient, du rejet qui s\u2019insinue dans les esprits. Mais aussi, et peut \u00eatre surtout, de l\u2019auto-destruction d\u2019un syst\u00e8me arriv\u00e9 au bout de son rouleau. Ce qui \u00e9tait inconcevable avant-hier survient aujourd\u2019hui. <\/p>\n<p>Les colosses les plus imposants s\u2019effondrent au bout du compte. Le cinquanti\u00e8me anniversaire de la construction du Mur de Berlin, n&rsquo;est-il pas l\u2019occasion de se rappeler combien la Deutsche Demokratische Republik (la RDA), paraissait devoir durer \u00e9ternellement ? Et de se souvenir avec quelle soudainet\u00e9 le r\u00e9gime qui usurpait la d\u00e9nomination de \u00ab\u00a0sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb s\u2019est lui aussi \u00e9croul\u00e9, ce qu&rsquo;il en \u00e9tait advenu n&rsquo;ayant pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur des espoirs qu&rsquo;il avait suscit\u00e9. <\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une analogie, mais elle est puissante. Hier comme aujourd\u2019hui, les dissidents ne pr\u00eachent pas dans le d\u00e9sert, s\u2019il est toutefois permis de se comparer \u00e0 eux. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le syst\u00e8me financier a beau \u00eatre secou\u00e9 par de nouvelles bouff\u00e9es d\u00e9lirantes, le monde occidental au bord de la r\u00e9cession, il ne perd pas le Nord pour autant. 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