{"id":27945,"date":"2011-08-24T07:39:04","date_gmt":"2011-08-24T05:39:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=27945"},"modified":"2013-12-16T11:17:56","modified_gmt":"2013-12-16T10:17:56","slug":"decroissance-de-la-democratie-par-jerome-grynpas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/08\/24\/decroissance-de-la-democratie-par-jerome-grynpas\/","title":{"rendered":"<b>D\u00c9CROISSANCE DE LA D\u00c9MOCRATIE<\/b>, par J\u00e9r\u00f4me Grynpas"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>De part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique, on assiste \u00e0 la m\u00eame danse du ventre destin\u00e9e \u00e0 amadouer un monstre polyc\u00e9phale pr\u00eat \u00e0 tout d\u00e9vorer\u00a0: les march\u00e9s. Certes, n\u2019\u00e9tant pas \u00e9conomiste, je ne veux pas entrer dans une\u00a0 pol\u00e9mique assez sotte pour expliquer, soit que les march\u00e9s\u00a0ont tort de s\u2019effrayer car nous faisons ce qu\u2019il faut pour les apaiser\u00a0; soit que nous mettons en \u0153uvre des \u00ab\u00a0r\u00e9gulateurs\u00a0\u00bb pour\u00a0 ma\u00eetriser \u00ab\u00a0<em>l\u2019exub\u00e9rance des march\u00e9s\u00a0<\/em>\u00bb tout en faisant des efforts, toujours plus d\u2019efforts, car \u00ab\u00a0<em>on ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0; soit que, port\u00e9sr par une sorte de m\u00e9canisme pervers, les march\u00e9s et nous courrons droit dans\u00a0 le mur.<\/p>\n<p>Mais on peut encore penser sans se comporter en \u00e9conomiste-amateur discourant dans le syst\u00e8me \u00e0 propos du syst\u00e8me. On peut, on doit s\u2019interroger politiquement. R\u00e9tablir la pleine souverainet\u00e9 <em>du politique<\/em> en tant qu\u2019il est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de <em>l\u2019oligarchique<\/em> (la domination du petit nombre) que toutes les formes du pouvoir tentent d\u2019imposer. Hier, c\u2019\u00e9tait le f\u00e9odalisme, l\u2019institution religieuse, l\u2019absolutisme monarchique, la bourgeoisie du XIX\u00b0s., les d\u00e9rives bureaucratique du sovi\u00e9tisme&#8230; Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019\u00e9conomie capitaliste dans son stade actuel\u00a0: l\u2019industrie financi\u00e8re-priv\u00e9e internationale, activit\u00e9 <em>hors loi<\/em> qui impose sa loi \u00e0 tous. Le politique aujourd\u2019hui consiste, donc, dans la\u00a0 reprise de la marche-avant du progr\u00e8s, toujours plus\u00a0 intens\u00e9ment, toujours pour plus de femmes et d\u2019hommes.<\/p>\n<p>Ce qui doit focaliser notre attention et nous pousser \u00e0 l\u2019action ce sont trois aspects qui confirment ce d\u00e9clin du politique.<\/p>\n<p><!--more-->Primo, c\u2019est le statut qu\u2019on reconna\u00eet <em>a priori<\/em> aux march\u00e9s, tels qu\u2019ils sont <em>aujourd\u2019hui<\/em> inscrits dans\u00a0 l\u2019imaginaire des gouvern\u00e9s et des gouvernants et rendus tout puissants par cette unanimit\u00e9. Les march\u00e9s, pens\u00e9s comme incontournables, se pr\u00e9sentent \u00e0 nous comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de nature. On ne lutte pas contre cela, on fait avec. Mieux on accr\u00e9dite l\u2019id\u00e9e que la politique n\u2019a qu\u2019un but\u00a0: obtenir leur confiance. M\u00eame en se bouchant le nez, tous s\u2019y emploient\u00a0: nos hommes politiques, leurs experts asserment\u00e9s et la presque totalit\u00e9 de la \u00ab\u00a0classe des causeurs\u00a0\u00bb. Quant au public, \u00e0 force d\u2019\u00eatre chapitr\u00e9, il ne peut qu\u2019en convenir. Certes, on parle de les r\u00e9guler, ou plus exactement leurs enfants trop turbulents\u00a0: les sp\u00e9culateurs, mais rien de tr\u00e8s pr\u00e9cis, rien de concret, car, Dieu nous garde, si une de ces mesures venait \u00e0 d\u00e9plaire aux march\u00e9s.<\/p>\n<p>Secundo, l\u2019attitude des responsables politiques montre qu\u2019ils renoncent ouvertement \u00e0 d\u00e9cider en fonction du mandat qu\u2019ils ont re\u00e7u de leurs \u00e9lecteurs. Ils officient en deux temps\u00a0: \u00e9laborer et faire appliquer les d\u00e9cisions r\u00e9clam\u00e9es par les march\u00e9s et, ensuite, les faire avaliser par leurs mandants, d\u00fbment avertis de l\u2019aspect inexorable de ces exigences. Ce faisant, ils avouent que cette part de la fonction d\u00e9mocratique qui r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de modifier le pr\u00e9sent par une action concert\u00e9e des citoyens est une fable. Il ne reste plus que le rituel. A tout prendre, cela n\u2019int\u00e9resse que ceux qui en vivent. Quant au public, il suit en spectateur d\u00e9sempar\u00e9 un sc\u00e9nario qui reste inchang\u00e9 m\u00eame quand on change les acteurs qui se d\u00e9m\u00e8nent sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Tertio, l\u2019esprit d\u00e9mocratique s\u2019estompe. Il est, entre autres, d\u00e9voy\u00e9 par un populisme qui pourrit sur pied la politique. Il ne parle pas de progr\u00e8s, se contentant de d\u00e9signer \u00ab\u00a0l\u2019ennemi\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 la d\u00e9croissance, derni\u00e8re trouvaille d\u2019une certaine gauche, elle fait pendant \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les grands d\u00e9bats actuels se limitent au soci\u00e9tal. On pr\u00e9sente sans rire le tri des d\u00e9chets comme une valeur civique et on accorde une part de son temps, de son argent \u2013 et toute son admiration \u2013 aux \u00ab\u00a0bonnes \u0153uvres\u00a0\u00bb. Sans compter une des formes les plus graves de ce d\u00e9clin d\u00e9mocratique\u00a0: la transformation de bon nombre de partis en machine \u00e0 faire carri\u00e8re comme dans\u00a0 la banque, l\u2019industrie, l\u2019\u00e9picerie fine ou l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p>Quelques exemples en vrac. L\u2019effondrement de l\u2019URSS devait permettre une envol\u00e9e <em>pacifique<\/em> des id\u00e9aux d\u00e9mocratiques. En r\u00e9alit\u00e9, on assista \u00e0 un accroissement prodigieux de la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Les Etats-Unis et ses alli\u00e9s en combattant la dictature de Sadam Hussein en Irak et celle des Talibans afghans devaient permettre la naissance de nouvelles d\u00e9mocraties. Maintenant, on esp\u00e8re se tirer d\u2019un mauvais pas en acceptant le retour des pouvoirs f\u00e9odaux, claniques et religieux. Restructurer, \u00ab\u00a0moderniser\u00a0\u00bb, privatiser\u2026 sont les ma\u00eetres mots de l\u2019heure.\u00a0 Autrement dit, on remet en question la consommation sociale\u00a0: le seul vrai acquis de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Il faut chercher l\u2019argent l\u00e0 o\u00f9 il se trouve dit la <em>vox populi.<\/em> Nos dirigeants et la sph\u00e8re m\u00e9diatique approuvent bruyamment tout en nous mettant en garde\u00a0: <em>il faut r\u00e9pondre aux attentes du march\u00e9. <\/em>Il est loin le temps ou De Gaulle proclamait\u00a0: <em>la politique de la France ne se fait pas\u00a0 \u00e0 la corbeille. <\/em>Maintenant, elle se fait \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du monde. Obama, en 2009, a \u00e9t\u00e9 largement \u00e9lu dans\u00a0 l\u2019enthousiasme en promettant des avanc\u00e9es sociales. Actuellement, il reste candidat\u00a0 \u00e0 sa r\u00e9\u00e9lection&#8230; <em>par d\u00e9faut. <\/em>Etc.<\/p>\n<p>Faut-il s\u2019\u00e9tonner si, \u00e0 part une\u00a0 panique diffuse qui s\u2019\u00e9tend jour apr\u00e8s jour, rien ne bouge vraiment\u00a0ici comme ailleurs ? Certes, il ne suffit pas de lancer des projets comme bouteilles \u00e0 la mer, il faut proposer un projet politique de progr\u00e8s et s\u2019interroger sur sa socialisation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique, on assiste \u00e0 la m\u00eame danse du ventre destin\u00e9e \u00e0 amadouer un monstre polyc\u00e9phale pr\u00eat \u00e0 tout d\u00e9vorer\u00a0: les march\u00e9s. Certes, n\u2019\u00e9tant pas \u00e9conomiste, je ne veux pas entrer dans une\u00a0 pol\u00e9mique assez sotte pour expliquer, soit que les march\u00e9s\u00a0ont tort de s\u2019effrayer car nous faisons ce [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,17],"tags":[81,615,521,4469,1102],"class_list":["post-27945","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-politique","tag-democratie","tag-marches","tag-obama","tag-politique","tag-urss"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27945","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27945"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27945\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":60647,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27945\/revisions\/60647"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27945"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}