{"id":29006,"date":"2011-09-26T17:53:04","date_gmt":"2011-09-26T15:53:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=29006"},"modified":"2013-01-02T14:33:21","modified_gmt":"2013-01-02T13:33:21","slug":"leurope-au-pied-du-mur-comment-sortir-de-limpasse-par-jean-pierre-page","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/09\/26\/leurope-au-pied-du-mur-comment-sortir-de-limpasse-par-jean-pierre-page\/","title":{"rendered":"<b>L&rsquo;EUROPE AU PIED DU MUR : COMMENT SORTIR DE L&rsquo;IMPASSE ?<\/b>, par Jean-Pierre Pag\u00e9"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Le texte de Jean-Pierre Pag\u00e9 s&rsquo;inscrit dans une d\u00e9sormais tr\u00e8s longue lign\u00e9e de billets &#8211; par moi-m\u00eame ou par d&rsquo;autres &#8211; s&rsquo;interrogeant ici depuis dix-huit mois quant \u00e0 la viabilit\u00e9 de la zone euro. Chaque jour qui passe pose de mani\u00e8re plus pressante la question : est-il encore temps ou bien un point de non-retour a-t-il d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 atteint ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Plus le temps passe, plus l&rsquo;impression s&rsquo;ancre dans les esprits, en particulier, ceux des acteurs des \u00ab march\u00e9s \u00bb, d&rsquo;une impuissance des gouvernants de l&rsquo;Europe qui ne parviennent  pas \u00e0 surmonter leurs divisions et se contentent de \u00ab repousser devant eux \u00bb les probl\u00e8mes qu&rsquo;ils ont \u00e0 r\u00e9soudre, esp\u00e9rant ainsi gagner du temps. La d\u00e9gradation de la note de l&rsquo;Italie par Standard and Poors en t\u00e9moigne : les \u00ab march\u00e9s \u00bb n&rsquo;attendent plus des renforcements des programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9, ajoutant \u00e0 la \u00ab d\u00e9prime \u00bb, mais, bien plut\u00f4t, des strat\u00e9gies conduisant \u00e0 la reprise de la croissance, ce que nos \u00ab politiques \u00bb europ\u00e9ens, tous bords confondus, semblent avoir  beaucoup de mal \u00e0 admettre.   <\/p>\n<p><!--more-->Le d\u00e9bat se cristallise aujourd&rsquo;hui sur l&rsquo;avenir de la zone euro. Il tend \u00e0 se polariser sur l&rsquo;hypoth\u00e8se de la sortie d&rsquo;un ou plusieurs pays de celle-ci, c&rsquo;est \u00e0 dire, en fait, son \u00e9clatement. Or l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9clatement de la zone euro, outre les cons\u00e9quences socio-politiques que celui-ci aurait en entra\u00eenant vraisemblablement la fin de la grande aventure de la construction europ\u00e9enne, soul\u00e8ve de gigantesques objections techniques et pourrait conduire \u00e0 des cons\u00e9quences impressionnantes, comme l&rsquo;ont montr\u00e9 de r\u00e9centes \u00e9tudes (cf : notamment, le travail de Patrick Artus et St\u00e9phane Deo). En effet, un retour aux monnaies nationales n&rsquo;est pas  chose facile, ni pr\u00e9vue par les \u00ab trait\u00e9s \u00bb. La suppression de l&rsquo;une des grandes monnaies qu&rsquo;est devenue l&rsquo;euro avec une part importante de l&rsquo;ordre de 27% dans les r\u00e9serves mondiales poserait des probl\u00e8mes d&rsquo;une dimension difficilement mesurable qui pourraient entra\u00eener l&rsquo;explosion du syst\u00e8me mon\u00e9taire international. En ce qui concerne la zone elle-m\u00eame, les calculs montrent que les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par son \u00e9clatement seraient tr\u00e8s importants pour toutes les parties impliqu\u00e9es, y compris pour l&rsquo;Allemagne, que l&rsquo;on pr\u00e9sente parfois comme \u00ab gagnante \u00bb dans cette hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p>La question centrale n&rsquo;est donc pas de savoir si la zone euro doit \u00e9clater ou non, mais de rem\u00e9dier \u00e0 ses dysfonctionnements (sachant, bien s\u00fbr, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas \u00ab optimale \u00bb actuellement). L&rsquo;euro a vraisemblablement encore de nombreux jours (difficiles) \u00e0 vivre. En fait, les pays de l&rsquo;Union europ\u00e9enne \u2013 et, en particulier, ceux de la zone euro \u2013 sont face \u00e0 deux d\u00e9fis importants : 1) achever la construction europ\u00e9enne, 2) concilier r\u00e9\u00e9quilibrage des finances publiques et soutien de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>Achever la construction europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p>Comme beaucoup de voix le font maintenant entendre, l&rsquo;Europe n&rsquo;a gu\u00e8re de choix.  Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre lanc\u00e9e, depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, dans ce que l&rsquo;on peut consid\u00e9rer \u2013 malgr\u00e9 de s\u00e9rieux d\u00e9rapages \u2013 comme un certain succ\u00e8s, dans la construction d&rsquo;une union europ\u00e9enne, l&rsquo;Europe est aujourd&rsquo;hui au pied du mur et somm\u00e9e par le monde entier de porter le processus \u00e0 son ach\u00e8vement. Certains, par exemple, en Allemagne, la vice-pr\u00e9sidente de la CDU, ont os\u00e9 employer le terme d&rsquo;\u00ab Etats-Unis d&rsquo;Europe \u00bb, longtemps prohib\u00e9 car ceci sous-entend le vocable, honni par beaucoup attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, de \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme \u00bb. Il faut d\u00e9passer ce faux d\u00e9bat. Une union digne de ce nom ne saurait exister sans une solide mise en commun des charges et des politiques, ainsi que d&rsquo;un partage des co\u00fbts et des b\u00e9n\u00e9fices de cette union, pour le meilleur et pour le pire . Cela suppose des institutions et une gouvernance commune dans tous les grands domaines de la vie politique et \u00e9conomique. L&rsquo;Union europ\u00e9enne en est encore loin. Si elle dispose des institutions lui permettant de mener une politique mon\u00e9taire commune \u2013 et encore sans en assumer toutes les cons\u00e9quences \u2013 c&rsquo;est loin d&rsquo;\u00eatre le cas pour l&rsquo;autre pilier du \u00ab policy-mix \u00bb, la politique budg\u00e9taire. <\/p>\n<p>L&rsquo;Union europ\u00e9enne \u2013 en tout cas la zone euro \u2013 doit \u00eatre capable de prendre en charge collectivement les probl\u00e8mes financiers de ses membres, quitte \u00e0 en assurer et g\u00e9rer, le cas \u00e9ch\u00e9ant, le d\u00e9faut et ses cons\u00e9quences. On sait tr\u00e8s bien aujourd&rsquo;hui que le poids de la dette grecque et de son remboursement dans le total de l&rsquo;endettement europ\u00e9en est minime. Et que, si l&rsquo;on avait eu la lucidit\u00e9 et le courage de l&rsquo;assumer d\u00e8s le d\u00e9but, cela aurait rassur\u00e9 les \u00ab march\u00e9s \u00bb et nous n&rsquo;en serions pas dans la situation de crise avanc\u00e9e qui est celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Quels que soient les instruments qu&rsquo;il faut mettre en \u0153uvre \u2013 et on les conna\u00eet : \u00ab m\u00e9canisme de stabilit\u00e9 \u00bb, \u00ab euro-obligations \u00bb,&#8230; \u2013  il convient donc d&rsquo;avancer dans le sens d&rsquo;une plus grande solidarit\u00e9 financi\u00e8re entre les pays-membres. <\/p>\n<p>Cela a une contrepartie. Il faut accepter qu&rsquo;il y ait une politique budg\u00e9taire coordonn\u00e9e. Pour \u00e9viter l&rsquo;obstacle de l&rsquo;opposition au f\u00e9d\u00e9ralisme budg\u00e9taire, une premi\u00e8re \u00e9tape pourrait \u00eatre la d\u00e9finition d&rsquo;objectifs macro\u00e9conomiques communs s&rsquo;imposant \u00e0 la politique budg\u00e9taire des Etats membres, ce qui permettrait de conserver, conform\u00e9ment au principe fondateur de subsidiarit\u00e9, les choix nationaux en mati\u00e8re sociale. Ceci devrait s&rsquo;accompagner, bien entendu, d&rsquo;un renforcement du budget europ\u00e9en stricto sensu, afin que l&rsquo;Europe puisse disposer des instruments et ressources fiscales propres lui permettant d&rsquo;\u00e9tendre son action dans certains domaines et, en particulier, contribuer \u00e0 financer une relance europ\u00e9enne. A ceux qui pourraient craindre que, malgr\u00e9 ces pr\u00e9cautions, ce soit extr\u00eamement dangereux en risquant de subordonner les choix budg\u00e9taires aux diktats de certains pays (l&rsquo;Allemagne, par exemple), on r\u00e9pondra qu&rsquo;il est tout \u00e0 fait possible de soumettre cette politique au contr\u00f4le d&rsquo;un Parlement europ\u00e9en dont le caract\u00e8re d\u00e9mocratique devrait \u00eatre renforc\u00e9 par une r\u00e9forme de son mode d&rsquo;\u00e9lection.<\/p>\n<p>L&rsquo;Europe n&rsquo;a pas le choix : ou bien elle confirmera les options qu&rsquo;elle a prises \u00e0 juste titre apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale et parach\u00e8vera son union, ou bien, elle sera condamn\u00e9e \u00e0 retomber dans ses travers, ses divisions, et devra renoncer \u00e0 peser dans le monde qui se construit aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p><strong>Concilier r\u00e9\u00e9quilibrage des finances publiques et soutien de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;autre d\u00e9fi auquel est confront\u00e9 l&rsquo;Union europ\u00e9enne est de taille. Comment concilier le n\u00e9cessaire r\u00e9\u00e9quilibrage des finances publiques et le non moins n\u00e9cessaire soutien de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>On ne reviendra pas ici sur ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 longuement dit sur l&rsquo;impasse \u00e0 laquelle conduirait \u2013 conduit d\u00e9j\u00e0 \u2013 une aveugle multiplication de programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 appuy\u00e9e sur une g\u00e9n\u00e9ralisation d&rsquo;une pseudo \u00ab r\u00e8gle d&rsquo;or \u00bb dont Jacques Delors a eu raison de dire qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un \u00ab pi\u00e8ge \u00e0 cons \u00bb. L&rsquo;application temporaire d&rsquo;un programme d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re pour un pays (la Gr\u00e8ce, en l&rsquo;occurrence) peut-\u00eatre justifi\u00e9e et s&rsquo;av\u00e9rer non nocive si ce pays se trouve dans un environnement \u00e9conomique porteur tirant son activit\u00e9 par la \u00ab demande ext\u00e9rieure \u00bb. Or tel n&rsquo;est pas le cas aujourd&rsquo;hui en raison, non pas tellement de l&rsquo;impossibilit\u00e9 pour la Gr\u00e8ce de d\u00e9valuer, que de la multiplication de programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 conjoints dans toute  la zone euro qui laisse pr\u00e9sager malheureusement, avec une forte probabilit\u00e9, la retomb\u00e9e de la zone euro  dans la r\u00e9cession, si ce n&rsquo;est la d\u00e9pression. Dans le contexte actuel de ralentissement de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique dans la zone euro, les chances de r\u00e9ussite de la \u00ab purge \u00bb impos\u00e9e \u00e0 la Gr\u00e8ce sont donc tr\u00e8s faibles. <\/p>\n<p>La menace est d&rsquo;autant plus s\u00e9rieuse que les programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 sont fond\u00e9s tr\u00e8s largement sur des coupes dans les d\u00e9penses publiques (salaires, allocations sociales, consommation publique&#8230;) ou sur des hausses de taxation indirecte qui, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, en p\u00e9nalisant les classes moyennes et les plus pauvres, ont un fort impact n\u00e9gatif sur la demande globale. Or l&rsquo;on sait que l&rsquo;application de politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 a un revers : si elles sont cens\u00e9es r\u00e9duire les d\u00e9ficits publics, de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des coupes dans les d\u00e9penses, il ne faut pas oublier que, en r\u00e9duisant la demande adress\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie, elles diminuent les recettes que les Etats peuvent tirer de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique. Le r\u00e9sultat n&rsquo;est donc pas celui qui est attendu. On en voit la d\u00e9monstration dans le cas de la Gr\u00e8ce qui voit son d\u00e9ficit se maintenir et sa dette augmenter au fur et \u00e0 mesure que son activit\u00e9 \u00e9conomique ralentit et qu&rsquo;elle plonge plus avant dans la r\u00e9cession. M\u00eame si l&rsquo;on peut avancer d&rsquo;autres causes (difficult\u00e9 r\u00e9manente \u00e0 faire rentrer les imp\u00f4ts, notamment), il est clair  que ce pays est dans une impasse.<\/p>\n<p>Cette menace est s\u00e9rieuse. Le Pr\u00e9sident Obama l&rsquo;a compris et c&rsquo;est pourquoi il lance son \u00ab programme pour l&#8217;emploi \u00bb. Le Secr\u00e9taire d&rsquo;Etat am\u00e9ricain au Tr\u00e9sor, Timothy Geithner, a cherch\u00e9 \u00e0 le faire comprendre \u00e0 Wroclaw, lors de la r\u00e9union du groupe Ecofin. Cet avertissement a \u00e9t\u00e9 mal re\u00e7u car il n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9vident que Timothy Geithner avait sa place dans une r\u00e9union de ce groupe ! Mais il n&rsquo;avait pas tort. Il convient donc de r\u00e9\u00e9quilibrer d&rsquo;urgence la politique \u00e9conomique de la zone euro en cherchant \u00e0 compenser les in\u00e9vitables effets n\u00e9gatifs du cumul des programmes d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 par des actes de soutien de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique. Mais cela ne peut \u00eatre fait individuellement par des pays aux abois, mais collectivement dans le cadre d&rsquo;une gouvernance europ\u00e9enne, non cantonn\u00e9e \u00e0 la surveillance et \u00e0 la sanction des comportements des pays-membres en mati\u00e8re de finances publiques, et en utilisant les moyens d&rsquo;une relance au niveau europ\u00e9en. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Le texte de Jean-Pierre Pag\u00e9 s&rsquo;inscrit dans une d\u00e9sormais tr\u00e8s longue lign\u00e9e de billets &#8211; par moi-m\u00eame ou par d&rsquo;autres &#8211; s&rsquo;interrogeant ici depuis dix-huit mois quant \u00e0 la viabilit\u00e9 de la zone euro. 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