{"id":29046,"date":"2011-09-27T10:22:57","date_gmt":"2011-09-27T08:22:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=29046"},"modified":"2013-01-02T14:33:07","modified_gmt":"2013-01-02T13:33:07","slug":"la-vie-va-par-jean-pierre-l-collignon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/09\/27\/la-vie-va-par-jean-pierre-l-collignon\/","title":{"rendered":"<b>LA VIE VA<\/b>, par Jean-Pierre L. Collignon"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>La vie va ! Comme aime \u00e0 le dire une mienne amie. Cette formule, on peut la prendre pour une mani\u00e8re de fatalisme ou comme l&rsquo;expression de la banale surprise que constitue le fait d&rsquo;\u00eatre tout simplement au monde. La vie va ! Pour chacune et chacun, autour de chacun et de tous, oui, elle va, la vie et elle continue d&rsquo;aller, il ne peut pas en \u00eatre autrement. Il y a ces petits et gros scandales, qui font un petit bruit dans le vacarme dominant ; il y en a qui s&rsquo;offusquent, qui hurlent et tr\u00e9pignent devant l&rsquo;inaction des pouvoirs publics devant la mis\u00e9rable condition faite \u00e0 ces gens, hommes, femmes et enfants venus d&rsquo;ailleurs, expuls\u00e9s d&rsquo;un hall de gare vers un jardin public et pour qui, s\u00fbrement, la route risque encore d&rsquo;\u00eatre longue. <\/p>\n<p>Il y a ces gens qui vont et viennent de nulle part et puis, les milliers d&rsquo;autres qui savent o\u00f9 aller, qui ont leurs rep\u00e8res assur\u00e9s, un toit o\u00f9 s&rsquo;abriter et se r\u00e9chauffer et qui devant le spectacle d\u00e9solant de cet abandon, d\u00e9tournent le regard, pensent tr\u00e8s vite \u00e0 autre chose, se d\u00e9p\u00eachent pour aller chercher leurs gosses \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, rentrent chez eux pr\u00e9parer le souper ; et puis s&rsquo;endorment devant leurs t\u00e9l\u00e9viseurs. Et moi, quand je me balade en ville, je me fais arr\u00eater tous les cinquante m\u00e8tres par des types d\u00e9penaill\u00e9s, qui me demandent une pi\u00e8ce, ou une cigarette. Souvent je m&rsquo;arr\u00eate, je sors de ma poche ce que je peux, je roule une clope et je l&rsquo;allume pour celui-ci ou cet autre. Parce que sa mine me fait piti\u00e9. Et parfois, oui, parfois ils m&rsquo;\u00e9nervent, il y en a trop, je peux pas vider mes poches \u00e0 chaque fois, je ne roule pas sur l&rsquo;or, non plus, loin s&rsquo;en faut. <\/p>\n<p><!--more-->Alors, oui, des fois j\u2019envoie promener d&rsquo;un geste vague de la main et j&rsquo;ai un peu honte. Et je me dis qu&rsquo;il faudrait tout de m\u00eame faire quelque chose ; mais quoi faire et qui pour le faire, ce quelque chose ? Quelque chose pour ces gens, et pour d&rsquo;autres encore. Qui, quoi, comment, quand et puis o\u00f9 on va, c&rsquo;est quoi ce mur, dress\u00e9 devant nous et qui para\u00eet si \u00e9norme ? C&rsquo;est quoi ce sentiment que d\u00e9cid\u00e9ment les choses tournent de moins en moins rond, qu&rsquo;il y a l\u00e0, dans tous les domaines, \u00e0 tous les \u00e9tages, d&rsquo;\u00e9normes grains de sable qui font que la machine a des rat\u00e9s et qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus personne aux commandes. Oui, le monde est une machinerie gigantesque qui tourne \u00e0 vide, sans buts, sans perspectives autres que celle d&rsquo;une chute qui va s&rsquo;amplifiant. Un peu comme un grand navire entour\u00e9 de r\u00e9cifs de toutes sortes et qui aurait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par son commandant et tout l&rsquo;\u00e9quipage, laissant les passagers livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. <\/p>\n<p>Nous sommes, nous les gens, nous les peuples les passagers d&rsquo;un merveilleux vaisseau en perdition qui s&rsquo;appelle La Terre. Et ce vaisseau n&rsquo;a plus de gouvernail, il n&rsquo;y a pas de canots de sauvetages, pas une seule bou\u00e9e et le quitter est impossible, il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autre sur lequel embarquer. A bord, des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent, qui disent qu&rsquo;il faut inventer d&rsquo;autres mani\u00e8res de naviguer, qu&rsquo;il est urgent de reprendre possession des commandes et guider le vaisseau vers d&rsquo;autres eaux. Mais ces voix ne portent pas assez loin et la foule des passagers, indiff\u00e9rente, admire l&rsquo;\u00e9tendue des flots ou bien se distrait de mille fa\u00e7ons, insouciante et dissip\u00e9e. La foule ne voit pas au-del\u00e0 du bastingage et pas plus haut que la voilure qui touche les nuages lourds de menaces. La foule ne voit pas les fissures de la coque, ne sait pas que le navire est sur le point de heurter les rochers \u00e0 fleur d&rsquo;eau, ne veut pas voir que le naufrage est proche et in\u00e9luctable. Au bout du compte et tout bien pens\u00e9, la foule est peut \u00eatre dans le vrai. Il importe peut-\u00eatre finalement assez peu que la farce de ce si\u00e8cle naissant se mue en une gigantesque dissolution des anciens rep\u00e8res. Puisqu&rsquo;il para\u00eet de plus en plus \u00e9vident que plus personne n&rsquo;assure les commandes du bateau fou, qu&rsquo;il aille vers des rivages encore inconnus ou qu&rsquo;il sombre dans les ab\u00eemes, tout cela finalement est de peu d&rsquo;importance. <\/p>\n<p>On sait que les civilisations sont mortelles et celle-ci n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle, malgr\u00e9 ses immenses et ridicules pr\u00e9tentions \u00e0 durer toujours. J&rsquo;envie et je salue ici celles et ceux qui, en leurs jardins, \u00e9coutent les l\u00e9gumes pousser et cajolent la vie dans toutes ses manifestations. S\u00fbrement, ils sont dans le vrai ; puisque la vie, sous toutes ses formes, conduit \u00e0 la mort, toujours et irr\u00e9vocablement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vie va ! Comme aime \u00e0 le dire une mienne amie. Cette formule, on peut la prendre pour une mani\u00e8re de fatalisme ou comme l&rsquo;expression de la banale surprise que constitue le fait d&rsquo;\u00eatre tout simplement au monde. La vie va ! 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