{"id":29214,"date":"2011-10-01T01:16:49","date_gmt":"2011-09-30T23:16:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=29214"},"modified":"2013-01-02T14:33:01","modified_gmt":"2013-01-02T13:33:01","slug":"lactualite-de-la-crise-oh-les-beaux-jours-par-francois-leclerc-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/10\/01\/lactualite-de-la-crise-oh-les-beaux-jours-par-francois-leclerc-2\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>OH LES BEAUX JOURS&#8230;<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc (*)"},"content":{"rendered":"<p>Le jour se l\u00e8ve sur un paysage europ\u00e9en peu avenant. Il r\u00e9v\u00e8le le chaos et la confusion qui r\u00e9sultent de l\u2019application d\u2019une strat\u00e9gie de d\u00e9sendettement faisant passer en premier la diminution de la dette publique pour laisser du champ \u00e0 la priv\u00e9e, qui cherche depuis quelques jours un second souffle. <\/p>\n<p>Afin d&rsquo;agir sur le d\u00e9ficit public, la croissance \u00e9conomique faisant d\u00e9faut pour l&rsquo;avoir enterr\u00e9e, d\u2019autres recettes sont pr\u00e9conis\u00e9es et partiellement mises en oeuvre, sous les appellations g\u00e9n\u00e9riques de <i>r\u00e9formes structurelles<\/i> et de <i>d\u00e9r\u00e9glementations<\/i>. Le bien-\u00eatre dont l\u2019Etat est porteur &#8211; car l\u2019Anglais Welfare State sonne mieux qu\u2019Etat providence en Fran\u00e7ais &#8211; est mis en cause sous tous les pr\u00e9textes incontournables ou culpabilisants possibles\u00a0: pyramide des \u00e2ges, surconsommation m\u00e9dicale, \u00e9go\u00efsme g\u00e9n\u00e9rationnel, etc&#8230; Un deuxi\u00e8me ressort de l\u2019\u00e2me humaine est activ\u00e9\u00a0: apr\u00e8s la peur, la culpabilit\u00e9 sert de levier, le d\u00e9sir \u00e9tant destin\u00e9 \u00e0 rester largement inassouvi. <\/p>\n<p>Des programmes de privatisation massifs sont \u00e9galement engag\u00e9s, qui au fil des temps prennent de plus en plus d&rsquo;importance, les recettes fiscales des Etats diminuant. Dans leur <i>lettre secr\u00e8te<\/i> au nom de la BCE au gouvernement italien, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi (qui va lui succ\u00e9der), r\u00e9clamaient \u00ab\u00a0des privatisations \u00e0 grand \u00e9chelle\u00a0\u00bb, il s&rsquo;agit de les exaucer, et pas seulement en Italie. <\/p>\n<p><!--more-->Progressivement, tous les pays sont entra\u00een\u00e9s dans cette m\u00eame dynamique. Brutalement ou plus progressivement, en fonction des circonstances et aussi parfois d\u2019\u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales. Le rythme diff\u00e8re, mais les intentions sont les m\u00eames. L\u2019occasion est bonne pour donner un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur \u00e0 ce qui pi\u00e9tinait auparavant et faisait obstacle \u00e0 l\u2019extension d&rsquo;activit\u00e9s lucratives. L&rsquo;objectif est de continuer \u00e0 tailler l\u2019Etat, pour d\u00e9gager des ressources au nom du d\u00e9sendettement et sous la pression <i>des march\u00e9s<\/i>, au pr\u00e9texte de ses manquements ainsi que de la lutte contre les corporatismes et autres conformismes r\u00e9trogrades. <\/p>\n<p>La Gr\u00e8ce est un cas d\u2019\u00e9cole, un laboratoire. L\u2019ampleur du plan de privatisation qui y est en cours n\u2019\u00e9tant sans doute pas suffisant, d&rsquo;autres solutions sont recherch\u00e9es. On vient ainsi de voir un cabinet de consultant allemand proposer de reproduire pour la Gr\u00e8ce ce qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 lors de la privatisation des entreprises de l\u2019ex-RDA, et de cr\u00e9er une structure ad hoc dont serait dot\u00e9 l\u2019essentiel des actifs de l\u2019Etat grec, le summum ! Une issue peu vraisemblable mais n\u00e9anmoins symptomatique de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit actuel. A moins que l\u2019on ne d\u00e9cide et parvienne \u00e0 obtenir des banques qu\u2019elles acceptent une d\u00e9cote suppl\u00e9mentaire de la dette qu\u2019elles d\u00e9tiennent, au-del\u00e0 des 21% d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9s. Bref, on bricole toujours&#8230;<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les Italiens s\u2019engagent dans une op\u00e9ration de \u00ab\u00a0fructification\u00a0\u00bb des actifs de l\u2019Etat, sous les auspices de Guido Tremonti, le ministre des finances. Celui-ci vient de r\u00e9unir aux fins de pr\u00e9sentation de ses richesses plus de 150 repr\u00e9sentants de banques, de fonds d\u2019investissements et de soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res, afin de discuter le bout de gras. Entre la vente et des prises de participation, la meilleure formule est recherch\u00e9e. <\/p>\n<p>Le gouvernement espagnol vient par contre de rencontrer de s\u00e9rieux d\u00e9boires dans l\u2019application de son plan, dont les deux premi\u00e8res mesures portent sur la cession de la gestion des a\u00e9roports de Madrid et de Barcelone, ainsi que de la soci\u00e9t\u00e9 de loterie, la SELAE. Il attendait 7 milliards d\u2019euros de l\u2019entr\u00e9e en bourse de cette derni\u00e8re, mais a du renoncer \u00e0 l\u2019op\u00e9ration en raison de la faible valorisation qui se pr\u00e9sentait. Par ailleurs, le programme d\u2019entr\u00e9e en bourse des caisses d\u2019\u00e9pargne (les Cajas), qui \u00e9tait cens\u00e9 faire prioritairement appel aux investisseurs priv\u00e9s, ne fonctionne pas comme esp\u00e9r\u00e9, impliquant \u00e0 nouveau l\u2019intervention de l\u2019Etat, via le Frob constitu\u00e9 \u00e0 cet effet. CG Branco, Catalunya Banc et Unnim Banc, cr\u00e9\u00e9es cette ann\u00e9e \u00e0 la faveur du regroupement des Cajas, vont \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e b\u00e9n\u00e9ficier de recapitalisation sur fonds publics, en guise de privatisation. <\/p>\n<p>Il est plus facile de dresser la liste de ce quel l\u2019on veut vendre que de trouver des acheteurs qui ne cherchent pas \u00e0 tirer parti de la situation&#8230; C&rsquo;est une le\u00e7on que pourront m\u00e9diter ceux qui s&rsquo;engagent dans la m\u00eame voie: il faut brader pour que cela fonctionne. <\/p>\n<p>Dans ce contexte, le patronat italien se sent \u00e0 son tour autoris\u00e9 \u00e0 avancer son programme, sans encore mettre les points sur tous les \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb. Il vient de rendre public un manifeste destin\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0sauver l\u2019Italie du d\u00e9clin\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0L&rsquo;Italie est \u00e0 un carrefour. Elle peut choisir entre la voie des r\u00e9formes et de la croissance dans un contexte de stabilit\u00e9 des finances publiques, ou au contraire glisser in\u00e9luctablement vers un d\u00e9clin \u00e9conomique et social\u00a0\u00bb, proclame ce texte. Les organisations patronales r\u00e9clament sans surprise la r\u00e9duction des d\u00e9penses publiques, la r\u00e9forme des retraites et de la fiscalit\u00e9, dans la cadre d\u2019une lib\u00e9ralisation de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. <\/p>\n<p>Ces id\u00e9ologues lib\u00e9raux se sentent pousser des ailes. Mais ils viennent d\u2019enregistrer une mauvaise nouvelle : si l\u2019on rapproche les pr\u00e9visions de faible croissance avec l\u2019augmentation de l\u2019inflation, qui vient d\u2019atteindre 3% pour la zone euro selon Eurostat, cela confirme que celle-ci pourrait rejoindre le Royaume-Uni dans la <i>stagflation<\/i>, ce m\u00e9lange redout\u00e9 de stagnation et d\u2019inflation. La BCE serait alors plac\u00e9e dans la m\u00eame situation que la Banque d\u2019Angleterre, tiraill\u00e9e entre la lutte contre l\u2019inflation et la n\u00e9cessit\u00e9 de distribuer de la liquidit\u00e9 \u00e0 faible co\u00fbt en faveur des banques; de fermer et d&rsquo;ouvrir le robinet \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, les traditionnelles marges de manoeuvre dont disposent en temps prosp\u00e8re les gouvernements sociaux d\u00e9mocrates pour <i>faire du social<\/i> seront consid\u00e9rablement amoindries. M\u00eame si les \u00e9mules de Jos\u00e9 Socrates, Jos\u00e9 Luis Rodriguez Zapatero et George Papandr\u00e9ou, conscients des difficult\u00e9s qui les attendent, esp\u00e8rent pouvoir mieux s\u2019en sortir (car ils en sont toujours convaincus au d\u00e9but). <\/p>\n<p>Un dernier facteur va contribuer \u00e0 encore assombrir ce tableau \u00e9conomique. Un ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019observe aujourd\u2019hui dans l\u2019ensemble du monde occidental, qui risque de s\u2019amplifier : si les grandes entreprises trouvent ais\u00e9ment leurs financements sur le march\u00e9 ou aupr\u00e8s des banques, c\u2019est nettement moins le cas des PME. Ce qui explique que les gouvernements font pression &#8211; comme la Banque d\u2019Angleterre vient de le faire au Royaume Uni &#8211; pour que les banques accordent dans le cadre de leurs arbitrages financiers internes la priorit\u00e9 au maintien du cr\u00e9dit, selon des co\u00fbts qui ne r\u00e9percutent pas le surench\u00e9rissement de leurs propres ressources. C&rsquo;est beaucoup demander et cela ne sera pas obtenu ! Est-ce pourquoi certains \u00e9conomistes, notamment am\u00e9ricains, vont droit au but et pr\u00e9conisent que les banques centrales s\u2019engagent directement dans le financement de ce secteur de l\u2019\u00e9conomie, grand pourvoyeur d\u2019emploi ?<\/p>\n<p>Le dicton selon lequel \u00ab\u00a0l\u2019occasion fait le larron\u00a0\u00bb trouve une troublante illustration dans la volont\u00e9 des lib\u00e9raux d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la mise en oeuvre de leur programme en profitant du vacuum actuel. Les in\u00e9galit\u00e9s sociales s\u2019accentuent rapidement, la soci\u00e9t\u00e9 change progressivement de nature. Celle qui se pr\u00e9sente alimente une vision anxiog\u00e8ne de l\u2019avenir et suscite des rejets et des indignations qui restent marginalis\u00e9s, sauf quand ils s\u2019imposent brusquement, souffrant alors \u00e0 la longue de ne pas trouver de r\u00e9pondant politique. <\/p>\n<p>En attendant, la roue tourne. Dans la m\u00eame journ\u00e9e d&rsquo;hier vendredi, on a compris que le Portugal suivait les traces de la Gr\u00e8ce et risquait fort d&rsquo;avoir prochainement besoin d&rsquo;un deuxi\u00e8me plan de sauvetage, enregistrant un d\u00e9ficit plus \u00e9lev\u00e9 que pr\u00e9vu et une r\u00e9cession plus forte, selon un sc\u00e9nario qui se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 chaque fois. Et que Nicolas Sarkozy, apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 George Papandr\u00e9ou et exprim\u00e9 son \u00ab\u00a0obligation morale et \u00e9conomique\u00a0\u00bb \u00e0 aider la Gr\u00e8ce (en l&rsquo;enfon\u00e7ant), avait annonc\u00e9 qu&rsquo;il se rendrait \u00ab\u00a0dans les prochains jours\u00a0\u00bb en Allemagne pour rencontrer Angela Merkel. Continuant d&rsquo;adopter cette \u00e9tonnante ligne de conduite voulant qu&rsquo;\u00e0 eux-deux ils puissent d\u00e9cider de l&rsquo;avenir de l&rsquo;Europe, prenant lors de chaque rencontre des d\u00e9cisions d\u00e9finitives dont la port\u00e9e exc\u00e8de rarement le mois qui suit. <\/p>\n<p>D\u2019exp\u00e9rience, si la confiance en quelque chose peut leur \u00eatre accord\u00e9e, c\u2019est dans leur capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer cette crise \u00e0 la petite semaine et \u00e0 s\u2019accrocher \u00e0 leur plan originel, quitte \u00e0 lui donner forc\u00e9s et contraints plus d\u2019ampleur. Car le trou financier s\u2019agrandit au fur et \u00e0 mesure que la crise progresse et s\u2019\u00e9tend. Il d\u00e9passe d\u00e9sormais les capacit\u00e9s financi\u00e8res des Etats europ\u00e9ens, appelant imp\u00e9rativement l\u2019intervention de la BCE. Tous les montages possibles sont dans l\u2019imm\u00e9diat \u00e9tudi\u00e9s pour naviguer entre ces deux \u00e9cueils, aucun \u00e9vite une \u00e9norme prise de risque qui ne peut pas \u00eatre \u00e9vacu\u00e9e. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;-<br \/>\n(*) Pardon de cet emprunt rest\u00e9 admiratif \u00e0 Samuel Beckett, \u00e0 Madeleine Renaud qui cr\u00e9a la pi\u00e8ce dans le r\u00f4le de Winnie et \u00e0 Roger Blin qui en signa la mise en sc\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jour se l\u00e8ve sur un paysage europ\u00e9en peu avenant. 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