{"id":30628,"date":"2011-11-05T19:35:37","date_gmt":"2011-11-05T18:35:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=30628"},"modified":"2013-01-02T01:03:04","modified_gmt":"2013-01-02T00:03:04","slug":"lactualite-de-la-crise-des-failles-et-un-etranglement-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/11\/05\/lactualite-de-la-crise-des-failles-et-un-etranglement-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>DES FAILLES ET UN \u00c9TRANGLEMENT<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Lorsque la chute libre engendr\u00e9e par la faillite de Lehman Brothers a \u00e9t\u00e9 enray\u00e9e, suivie d&rsquo;un profond soupir de soulagement, une inqui\u00e9tude s\u2019est fray\u00e9e un chemin\u00a0: et si cela recommence, d\u2019o\u00f9 viendra la crise\u00a0? <\/p>\n<p>Encore un peu groggys, les meilleurs esprits ont du convenir qu\u2019ils ne le savaient pas. Pire encore, que l\u2019on ne pouvait dor\u00e9navant pas savoir \u00e9tant donn\u00e9 ce que le syst\u00e8me financier est devenu. Ce qui conduit \u00e0 leur accorder le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une certaine logique, puisqu\u2019ils se repli\u00e8rent sur ce qui restait selon eux dans leurs mains : le renforcement de la capacit\u00e9 des banques \u00e0 supporter un nouveau choc in\u00e9vitable.<\/p>\n<p><!--more-->Leurs obligations en mati\u00e8re de fonds propres ont donc \u00e9t\u00e9 accrues, afin d&rsquo;absorber les pertes \u00e0 venir, ce que l\u2019on d\u00e9signe sous le nom de <i>r\u00e9glementation B\u00e2le III<\/i>, du nom du Comit\u00e9 de B\u00e2le qui \u00e9mane de la Banque des r\u00e8glements internationaux (BRI). Puis une cat\u00e9gorie d\u2019\u00e9tablissements dits <i>syst\u00e9miques<\/i> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e, sous les auspices du Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (FSB), d\u00e9signant ceux qui sur la base de crit\u00e8res assez myst\u00e9rieux \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme particuli\u00e8rement susceptibles d\u2019entra\u00eener le tout par le fond. Ces derniers vont devoir augmenter davantage leurs fonds propres. <\/p>\n<p>Le m\u00eame raisonnement est suivi\u00a0: puisque l\u2019on ne sait pas comment se propagera le prochain vent de folie, ni quel chemin il empruntera, une seule pr\u00e9caution reste \u00e0 prendre\u00a0: accro\u00eetre davantage l\u2019\u00e9paisseur du matelas destin\u00e9 \u00e0 l\u2019absorber. Les mauvais esprits disent qu&rsquo;il ne sera jamais assez \u00e9pais&#8230; <\/p>\n<p>Bien des incertitudes demeurent sur ce dispositif \u00e0 deux \u00e9tages, notamment sur certains d\u00e9tails cruciaux, comme la d\u00e9finition pr\u00e9cise des fonds propres, ainsi que sur son calendrier d\u00e9finitif de mise en place. L\u2019un des principaux enjeux est de savoir l\u2019attitude que vont observer les banques am\u00e9ricaines, qui sont d\u00e9j\u00e0 en retard de l\u2019application d\u2019une r\u00e9glementation (celle de B\u00e2le II) et avaient d\u00e9ja fait savoir d\u00e9but septembre, par l\u2019interm\u00e9diaire de Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, que les nouvelles r\u00e8gles \u00e9taient \u00ab\u00a0anti-am\u00e9ricaines\u00a0\u00bb. Ce qui a fait dire \u00e0 Mario Draghi, quittant ses fonctions de PDG du FSB pour rejoindre la BCE, que \u00ab\u00a0tous les \u00e9l\u00e9ments dont nous disposons de la Federal Reserve am\u00e9ricaine (&#8230;) d\u00e9montrent que les banques am\u00e9ricaines vont introduire\u00a0\u00bb ces r\u00e8gles. <\/p>\n<p>Le dernier G20 vient de d\u00e9cider de donner au FSB un r\u00f4le accru de gendarme et d&rsquo;en faire grand cas &#8211; l\u2019usage dira ce qu\u2019il faut r\u00e9ellement en penser &#8211; mais un doute affreux se fraye dans les esprits les plus \u00e9clair\u00e9s : et si la prochaine crise se passait sur un autre terrain, contournant ce dispositif loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9\u00a0? Non plus sous la forme d&rsquo;une chute libre mais celle d&rsquo;un lent \u00e9tranglement ? <\/p>\n<p>Bard\u00e9 de certitudes et fonctionnant \u00e0 la confiance sur leur base, le monde de la finance conna\u00eet actuellement une grande d\u00e9fection, et de taille. L\u2019un des piliers sur lequel il se reposait lui fait soudainement d\u00e9faut. La dette souveraine n\u2019est plus \u00e0 <i>risque z\u00e9ro<\/i>, interdisant de continuer \u00e0 s\u2019appuyer sur celle-ci comme sur un levier. Les obligations qui hier encore \u00e9taient recommand\u00e9es pour renforcer leurs bilans sont devenues, pour un nombre croissant d&rsquo;entre elles, des placements \u00e0 risque dont il faut se d\u00e9barrasser, n\u00e9cessitant l&rsquo;intervention des banques centrales pour les acheter, quand elles le veulent bien. Faisant des obligations de rares pays un refuge ultime, avec le d\u00e9faut qu&rsquo;il n\u2019y en a pas pour tout le monde. La question est d\u00e9sormais pos\u00e9e\u00a0: comment les banques vont-elles faire sans ces actifs de r\u00e9f\u00e9rence ? <\/p>\n<p>Rapide retour en arri\u00e8re\u00a0: B\u00e2le I, en 1988, n&rsquo;assortissait pas ces obligations d\u2019un quelconque risque. En 2004, B\u00e2le II a reconnu l&rsquo;existence d&rsquo;un risque mais a laiss\u00e9 aux banques le soin de le calculer elles-m\u00eames. Le renforcement de la <i>liquidit\u00e9<\/i> dont dispose les banques, maintenant exig\u00e9 dans le cadre de B\u00e2le III, repose encore largement sur la dette souveraine&#8230; Comme son pr\u00e9d\u00e9cesseur, B\u00e2le III est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 alors qu\u2019il n\u2019est pas encore appliqu\u00e9\u00a0! La r\u00e9glementation est toujours en retard d\u2019une guerre. <\/p>\n<p>Une constatation se fait jour : perclus de dettes, les \u00c9tats des pays <i>avanc\u00e9s<\/i> repr\u00e9sentent une menace parfaitement inattendue, certains au bord d\u2019un d\u00e9faut de paiement, presque tous incapables de r\u00e9duire substantiellement une dette qui se creuse selon un double m\u00e9canisme conjugu\u00e9\u00a0: la lanc\u00e9e des d\u00e9ficits et le poids des int\u00e9r\u00eats de la dette. L\u2019une est la cons\u00e9quence de l\u2019amoindrissement des recettes des \u00c9tats, l\u2019autre de la sanction des <i>march\u00e9s<\/i>. Le service de la dette p\u00e8se un poids de plus en plus lourd dans des budgets de plus en plus r\u00e9duits, rendant insoutenable la situation, comme on commence \u00e0 le comprendre. <\/p>\n<p>Voil\u00e0 le nouveau m\u00e9canisme qui est enclench\u00e9\u00a0! La machine s\u2019est enray\u00e9e lorsque l\u2019insolvabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9difice du cr\u00e9dit priv\u00e9 n&rsquo;a pu continuer \u00e0 \u00eatre dissimul\u00e9e ; elle risque de faire de m\u00eame avec l&rsquo;insolvabilit\u00e9 des \u00c9tats. Priv\u00e9e ou publique, la machine \u00e0 fabriquer de la dette ne fonctionne plus pour en avoir trop abus\u00e9.  <\/p>\n<p>Selon les sources les mieux inform\u00e9es, un d\u00e9bat est engag\u00e9 \u00e0 ce propos, notamment au sein du FMI et de la BRI, \u00e0 propos du <i>risque z\u00e9ro<\/i> et de la n\u00e9cessit\u00e9 de calculer avec r\u00e9alisme celui des actifs obligataires souverains. Non seulement pour les pays o\u00f9 le risque est clairement d\u00e9clar\u00e9, mais aussi pour ceux o\u00f9 il pourrait survenir (la Gr\u00e8ce dans un cas, le Japon dans l\u2019autre, par exemple). Restera \u00e0 d\u00e9terminer comment appr\u00e9cier ce nouveau risque&#8230;<\/p>\n<p>Car il y a une grosse faille dans B\u00e2le III : le calcul du ratio de fonds propres int\u00e8gre une pond\u00e9ration du risque des engagements des banques, qui doit d\u00e9j\u00e0 \u00eatre appliqu\u00e9 aux obligations d\u2019\u00c9tat lorsqu\u2019il n\u2019est plus possible de faire autrement. Durcir les r\u00e8gles de cette pond\u00e9ration reviendra \u00e0 accro\u00eetre les besoins de fonds propres, \u00e0 ratio \u00e9gal, et \u00e0 rendre plus on\u00e9reux et plus difficile leur renforcement. <\/p>\n<p>Une autre faille se dissimule aussi, qui concerne cette fois-ci les produits d\u00e9riv\u00e9s. En raison de l\u2019absence pr\u00e9sum\u00e9e de risque, aucun collat\u00e9ral n\u2019accompagne la plupart du temps les transactions des d\u00e9riv\u00e9s sur les obligations souveraines, cr\u00e9ant un important risque potentiel pour les m\u00e9gabanques, celles qui sont qualifi\u00e9es de <i>syst\u00e9miques<\/i> et que l\u2019on pr\u00e9tend prot\u00e9ger par ailleurs. Manmohan Singh, \u00e9conomiste au FMI, \u00e9value ce risque dans une fourchette de 1,5 \u00e0 2 milliers de milliards de dollars pour les seules dix banques les plus importantes. <\/p>\n<p>Il est aussi remarqu\u00e9 que, si cette situation devait changer, il risquerait de ne pas y avoir assez de collat\u00e9raux de qualit\u00e9 pour garantir l\u2019ensemble des d\u00e9riv\u00e9s sur la dette souveraine&#8230; Le serpent se mord le bout de la queue. <\/p>\n<p>Selon ces inqui\u00e9tantes constatations, l\u2019appr\u00e9ciation du risque par les banques serait aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9quivalent de la note AAA des subprimes par les agences de notation, de triste m\u00e9moire. Sans que le chemin permettant de redonner \u00e0 la dette souveraine ses couleurs d\u2019antan soit trouv\u00e9, ce qui suppose sa r\u00e9duction massive. Ce qui n&rsquo;est le cas pour l&rsquo;instant ni en Europe, ni aux \u00c9tats-Unis, ni au Japon. <\/p>\n<p>Il n\u2019y a que trois solutions pour r\u00e9duire la dette\u00a0: la faire rembourser par les \u00c9tats, qu&rsquo;elle soit achet\u00e9e par les banques centrales, ou bien la restructurer \u00e0 grande \u00e9chelle. Une variante de la seconde option pourrait \u00eatre tent\u00e9e en impliquant le FMI, consacr\u00e9 pr\u00eateur en dernier ressort pour l\u2019Europe en lieu et place de la BCE.<\/p>\n<p>La crise de la dette est d\u00e9cid\u00e9ment le d\u00e9but de son Acte II. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsque la chute libre engendr\u00e9e par la faillite de Lehman Brothers a \u00e9t\u00e9 enray\u00e9e, suivie d&rsquo;un profond soupir de soulagement, une inqui\u00e9tude s\u2019est fray\u00e9e un chemin\u00a0: et si cela recommence, d\u2019o\u00f9 viendra la crise\u00a0? <\/p>\n<p>Encore un peu groggys, les meilleurs esprits ont du convenir qu\u2019ils ne le savaient pas. 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