{"id":3105,"date":"2009-05-16T16:45:45","date_gmt":"2009-05-16T15:45:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3105"},"modified":"2009-05-16T18:26:05","modified_gmt":"2009-05-16T17:26:05","slug":"que-pouvons-nous-opposer-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/05\/16\/que-pouvons-nous-opposer-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"Que pouvons-nous opposer ? par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>QUE POUVONS-NOUS OPPOSER ?<\/strong>  <\/p>\n<p>Observant non sans stupeur et indignation contenues ce monde financier opaque et silencieux pour ceux qui n\u2019y sont pas plong\u00e9s, incontestable expression de sa nature profonde, de toute \u00e9vidence indispensable \u00e0 l\u2019exercice de ses talents, de quelles certitudes pas encore trop malmen\u00e9es par la crise pouvons-nous encore t\u00e9moigner, perch\u00e9s sur notre fragile branche de \u00ab L \u00bb ? <\/p>\n<p>Nous ne savons toujours pas trop bien si ce monde tellement \u00e9tranger va se tirer d\u2019affaire (supposant dans ce cas-l\u00e0 que ce sera \u00e0 nos d\u00e9pens), ou bien s\u2019il va sombrer \u00e0 la faveur d\u2019un nouveau gros p\u00e9pin toujours possible, nous entra\u00eenant par le fond avec lui. Ignorant selon quel calendrier ce choix, dans les deux cas peu engageant, le seul que nous puissions \u00e0 ce stade percevoir, sera finalement tranch\u00e9.<\/p>\n<p>Abasourdis, nous d\u00e9couvrons la dimension insoup\u00e7onn\u00e9e que ce monde-l\u00e0 a pris en l\u2019espace de quelques d\u00e9cennies, mesurons l\u2019inconcevable libert\u00e9 d\u2019action dont il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 afin de l\u2019atteindre, quasi affranchi de toutes r\u00e8gles et contr\u00f4les (ou bien les transgressant), dans notre environnement pourtant de plus en plus r\u00e9gi par de fortes contraintes. <\/p>\n<p>Nous saisissons \u00e9galement que, habitu\u00e9 \u00e0 prendre ses aises, ce monde n\u2019est pas vraiment d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 les abandonner. D\u00e9montrant, par son attitude pr\u00e9sente, qu\u2019il s\u2019attend \u00e0 pouvoir renouveler ses exploits (a-t-il d\u2019ailleurs jamais cess\u00e9 ?), sans accepter d\u2019empi\u00e9tement sur une intouchable pr\u00e9rogative, le d\u00e9veloppement de sa rente sans partage. Une activit\u00e9 qui l\u2019affranchit \u00e0 ses yeux de toute autre responsabilit\u00e9 et l\u2019engage dans toutes les aventures, et nous avec lui. Quitte \u00e0 r\u00e9duire demain un peu la voilure de ses ambitions, apr\u00e8s avoir conc\u00e9d\u00e9 pour la forme des mesures de r\u00e9gulation, faisant confiance \u00e0 sa cr\u00e9ativit\u00e9 hier encens\u00e9e \u2013 ainsi qu\u2019\u00e0 quelques compromissions ici ou l\u00e0 monnay\u00e9es &#8211; pour s\u2019en accommoder ou s\u2019en affranchir discr\u00e8tement en cas de besoin. <\/p>\n<p>Comment va-t-il proc\u00e9der, s\u2019il parvient \u00e0 juguler les effets d\u00e9vastateurs des dangereux virus financiers qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9s afin de s\u2019enrichir, les entourant ensuite d&rsquo;une mansu\u00e9tude irresponsable ? La r\u00e9ponse est toute trouv\u00e9e : en arguant de sa contribution d\u00e9cisive, qui n\u2019a cess\u00e9 de progresser, \u00e0 la cr\u00e9ation de la richesse nationale (telle que le produit int\u00e9rieur brut la mesure aujourd\u2019hui). M\u00e9langeant abusivement et dangereusement cr\u00e9ation de valeur, souvent frelat\u00e9e, et destruction de biens irrempla\u00e7ables. Jouant sur le levier de la distribution in\u00e9gale de cette richesse qu\u2019il accapare sans la produire. <\/p>\n<p><!--more-->Ce monde sophistiqu\u00e9 de la rente, dont le revenu d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9 a trouv\u00e9 dans des paradis terrestres un statut d\u2019extraterritorialit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9, \u00e0 son image toute enti\u00e8re, pr\u00e9l\u00e8ve en application d\u2019une loi que l\u2019on ne peut pas refuser, comme les propositions malhonn\u00eates du m\u00eame nom, sa d\u00eeme pa\u00efenne sur tout ce qui rapporte, \u00e0 commencer par l\u2019argent, la marchandise la plus profitable. Sa logique parasitaire est d\u2019accro\u00eetre par tous les moyens la dette (des autres), notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extension de la sph\u00e8re priv\u00e9e des activit\u00e9s marchandes, afin de se constituer le meilleur des business, celui qui consiste \u00e0 les financer. Qu\u2019importe dans ces conditions le d\u00e9tenteur, particulier, collectivit\u00e9, entreprise ou m\u00eame Etat, car c\u2019est encore et toujours plus de dette qu\u2019il faut aux modernes rentiers, pour qu\u2019elle leur rapporte ! Exer\u00e7ant, comme si c\u2019\u00e9tait un privil\u00e8ge d\u2019aujourd\u2019hui, qui pourrait donc \u00eatre aboli, le pouvoir de satisfaire cette demande, son credo est donc de la susciter. Avec comme seule limite, ainsi que l\u2019on vient de le constater, de se faire rembourser, et quand il n\u2019y parvient plus de se d\u00e9fausser sur les autres. <\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019histoire r\u00e9cente de sa mont\u00e9e en puissance fulgurante se confond donc avec celle de l\u2019accumulation \u00e0 pellet\u00e9es forc\u00e9es de montagnes de dettes. Chez les particuliers, dont l\u2019endettement a \u00e9t\u00e9 creus\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une distribution in\u00e9galitaire de la richesse, chez les entreprises, sous-capitalis\u00e9es et partiellement d\u00e9munies de leurs moyens propres de financement. Aupr\u00e8s des Etats, enfin et non sans une certaine ironie, puisque si ces derniers s\u2019endettent, c\u2019est pour sauver de la d\u00e9ch\u00e9ance leurs propres pr\u00eateurs. <\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, ne cherchons pas les origines des r\u00e9sultats des banques ailleurs que dans les profits r\u00e9alis\u00e9s gr\u00e2ce aux pr\u00eats sur le march\u00e9 obligataire priv\u00e9, assujettis de taux \u00e9lev\u00e9s, des liquidit\u00e9s emprunt\u00e9es \u00e0 des taux tr\u00e8s faibles aupr\u00e8s des banques centrales. En attendant que puissent red\u00e9marrer les machines sp\u00e9culatives actuellement encalmin\u00e9es, comme autant de paris aux cons\u00e9quences parfois particuli\u00e8rement dramatiques, quand il s\u2019agit par exemple des mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles, assortis de leurs infaillibles martingales de joueurs de casino. Et que les conditions soient \u00e0 nouveau miraculeusement r\u00e9unies, afin que d\u00e9croisse le taux de d\u00e9faut des emprunteurs, leur capacit\u00e9 d\u2019emprunt s\u2019accroissant au contraire, et que le d\u00e9gel intervienne enfin, permettant l\u2019imp\u00e9tueuse renaissance du cr\u00e9dit, ce moteur essentiel de la croissance telle que les financiers en r\u00eavent. Compensant alors des volumes plus faibles par des taux plus \u00e9lev\u00e9s et substituant pour partie \u00e0 la rente r\u00e9sultant de la dette des particuliers, dont l\u2019accroissement continu sera stopp\u00e9, celle provenant des Etats, qui ne va cesser de grimper. <\/p>\n<p>Mais ceci n\u2019est encore qu\u2019une vue th\u00e9orique de l\u2019esprit, car certains m\u00e9canismes de base sont toujours gripp\u00e9s et doivent encore \u00eatre reconfigur\u00e9s pour se remettre \u00e0 fonctionner. Les cons\u00e9quences n\u2019en sont pas encore bien mesur\u00e9es. Des cercles plus vicieux que vertueux subissent de fortes d\u00e9formations, mena\u00e7ant m\u00eame dans certains cas de rompre. Celui de l\u2019endettement des Etats, ou bien celui de la dette des particuliers, indispensable moteur de la consommation et donc de la croissance. Ces deux derniers comp\u00e8res, toujours ins\u00e9parables mais qui chanc\u00e8lent, ne vont pas se remettre de sit\u00f4t \u00e0 galoper. <\/p>\n<p>En attendant, la branche du \u00ab L \u00bb sur laquelle nous sommes assez inconfortablement assis continue de ployer et pourrait casser, si l\u2019\u00e9norme bulle financi\u00e8re constitu\u00e9e par les \u00ab produits financiers d\u00e9riv\u00e9s \u00bb venait \u00e0 \u00e9clater, alors qu\u2019elle n\u2019est pas r\u00e9sorb\u00e9e et qu\u2019il est faute de mieux feint de l\u2019ignorer. <\/p>\n<p>L\u2019oligarchie financi\u00e8re fait durer la crise \u00e9conomique et l\u2019amplifie, au nom de ses int\u00e9r\u00eats bien compris. Au risque que s\u2019accentue encore la contamination r\u00e9ciproque de la crise de la finance avec celle de l\u2019\u00e9conomie. Dans le cadre d\u2019une sorte de course de lenteur, avec pour in\u00e9vitable cons\u00e9quence que le prix \u00e0 payer est et sera encore plus lourd. <\/p>\n<p>Dans ces conditions, quelles peuvent \u00eatre ses promesses, qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e8re d&rsquo;ailleurs cacher comme le reste ? La combinaison encore incertaine d\u2019une pression fiscale accrue et d\u2019une inflation envahissante. Une consommation globalement r\u00e9duite, induisant un accroissement potentiel des in\u00e9galit\u00e9s sociales et une croissance atone. Un ch\u00f4mage structurel \u00e9lev\u00e9 et une protection sociale amaigrie. Une symbiose encore plus \u00e9troite, mais toujours inavou\u00e9e, entre capitalisme et Etat. Un contr\u00f4le social multiforme et \u00e9tendu exerc\u00e9 par ce dernier, au nom d\u2019une d\u00e9mocratie de plus en plus formelle. Une soci\u00e9t\u00e9 mondialis\u00e9e, dont l\u2019axe a bascul\u00e9 au profit des pays \u00e9mergents, la Chine en premier lieu, mais pas uniquement, encore plus multinationale par le haut et davantage communautaire par le bas ; la vision strat\u00e9gique des militaires quant aux conflits de demain et la mani\u00e8re de s\u2019y pr\u00e9parer en est la description disponible la plus achev\u00e9e. <\/p>\n<p>Que pouvons-nous opposer, sans nous raconter d\u2019histoires ? L\u2019espoir que puisse \u00e9merger, dans l\u2019improvisation \u00e0 la faveur d\u2019une crise approfondie, ou bien suite \u00e0 une lente prise de conscience collective, une soci\u00e9t\u00e9 en rupture avec celle dont nous venons de parfaire la sinistre connaissance. Son nom n\u2019est pas connu, mais c\u2019est tr\u00e8s secondaire. Son contenu n\u2019existe quant \u00e0 lui qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat embryonnaire, timidement et maladroitement dessin\u00e9 en filigrane dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Faisant succ\u00e9der \u00e0 l\u2019accoutumance et la r\u00e9signation, ces servitudes des temps modernes, le refus d\u2019abord, puis ensuite l\u2019affirmation d\u2019une exigence radicale, d\u2019un besoin immanent, encore marginalement exprim\u00e9s, mais probablement bien d\u2019avantage ressentis. C\u2019est peu, sauf \u00e0 croire que le vent de l\u2019histoire souffle toujours dans la bonne direction. Cela pourrait aussi annoncer beaucoup. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>QUE POUVONS-NOUS OPPOSER ?<\/strong> <\/p>\n<p>Observant non sans stupeur et indignation contenues ce monde financier opaque et silencieux pour ceux qui n\u2019y sont pas plong\u00e9s, incontestable expression de sa nature profonde, de toute \u00e9vidence indispensable \u00e0 l\u2019exercice de ses talents, de quelles certitudes pas encore trop malmen\u00e9es par la crise pouvons-nous encore [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,18,17,6],"tags":[],"class_list":["post-3105","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monde-financier","category-politique","category-questions-essentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3105"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3105\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3109,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3105\/revisions\/3109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}