{"id":31210,"date":"2011-11-21T07:36:33","date_gmt":"2011-11-21T06:36:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=31210"},"modified":"2013-01-02T01:02:05","modified_gmt":"2013-01-02T00:02:05","slug":"lactualite-de-la-crise-le-pouvoir-destructif-de-la-dette-americaine-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/11\/21\/lactualite-de-la-crise-le-pouvoir-destructif-de-la-dette-americaine-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LE POUVOIR DESTRUCTIF DE LA DETTE&#8230; AM\u00c9RICAINE<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Depuis des semaines et des semaines, les rebondissements europ\u00e9ens mobilisent toutes les attentions, faisant de la zone euro l\u2019\u00e9picentre d\u2019une crise abusivement r\u00e9duite \u00e0 celle de la dette publique. Plus fortes que jamais, les incertitudes qui y sont li\u00e9es vont devoir \u00e9galement int\u00e9grer celles que suscitent la dette am\u00e9ricaine, qui revient dans l\u2019actualit\u00e9 et dont les implications sont d&rsquo;une toute autre dimension.<\/p>\n<p>Un couperet va tomber dans deux jours, le 23 novembre prochain. A cette date, la commission compos\u00e9e \u00e0 parts \u00e9gales de membres d\u00e9mocrates et r\u00e9publicains du Congr\u00e8s va devoir rendre sa copie, dont le sujet impos\u00e9 est de r\u00e9duire une dette s\u2019approchant des 15.000 milliards de dollars. Elle a pour mission de fournir un plan d\u2019\u00e9conomies budg\u00e9taires de 1.200 milliards de dollars sur dix ans, reposant sur un savant compromis, toujours introuvable \u00e0 ce jour, fait de coupes dans le budget et d\u2019accroissement des recettes. Si elle n\u2019y parvient pas, les coupes seront automatiques, taillant \u00e0 la fois dans les programmes sociaux et les d\u00e9penses militaires, en vertu des d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prises par le Congr\u00e8s. Mais rien ne sera pour autant r\u00e9gl\u00e9.<\/p>\n<p><!--more-->A ce montant de 15.000 milliards de dollars, il faut en r\u00e9alit\u00e9 ajouter les engagements pris au titre de Fannie Mae et Freddie Mac, de Medicare, Medicaid et de la Social Security, ainsi que la dette des Etats f\u00e9d\u00e9raux et des municipalit\u00e9s. Pourtant, les Am\u00e9ricains ne rencontrent pas encore de difficult\u00e9s \u00e0 financer leur dette f\u00e9d\u00e9rale, ses taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eats restent \u00e0 un niveau tr\u00e8s bas, m\u00eame apr\u00e8s la baisse de leur notation. A cet \u00e9gard, le parall\u00e8le s\u2019impose avec le Japon, dont la note est AA-, la dette proche des 200% de son PIB, mais qui continue de la financer au taux de 1%. <\/p>\n<p>Mais combien de temps cet \u00e9tat de gr\u00e2ce peut-il durer c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain ? Le statut du dollar n&rsquo;est certes pas \u00e9tranger \u00e0 la bonne sant\u00e9 de la dette, mais il ne la pr\u00e9munit pas \u00e9ternellement d&rsquo;un accroissement de son taux, qui ferait augmenter de mani\u00e8re insupportable son co\u00fbt dans le budget f\u00e9d\u00e9ral. <\/p>\n<p>Sans attendre cette \u00e9ch\u00e9ance, les Etats-Unis doivent faire face \u00e0 l\u2019explosion de leur dette. Elle a augment\u00e9 d\u2019un tiers en l\u2019espace de quelques ann\u00e9es, faisant consid\u00e9rablement cro\u00eetre les besoins de son financement. Les facteurs de cette augmentation brutale sont connus. Par ordre d\u00e9croissant d\u2019importance : la baisse des recettes des taxes et imp\u00f4ts (en raison de la d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique), la multiplication des exemptions au fil des ann\u00e9es, l&rsquo;importance des cr\u00e9dits militaire, les int\u00e9r\u00eats de la dette et, in fine, les mesures de relance \u00e9conomique&#8230; Les deux premiers facteurs ont \u00e0 eux seuls derni\u00e8rement contribu\u00e9 \u00e0 la moiti\u00e9 de la croissance de la dette, les d\u00e9penses militaires d&rsquo;environ 15%, les int\u00e9r\u00eats de la dette 11% et les mesures de relance 6% seulement ! Voil\u00e0 qui donne une id\u00e9e des marges de manoeuvre disponibles du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9duction des d\u00e9penses. <\/p>\n<p>Quels sont par ailleurs les acheteurs de la dette et leurs poids respectifs ? Les fonds souverains et banques centrales \u00e9trang\u00e8res ont actuellement absorb\u00e9 environ un tiers de celle-ci, Chine et Japon en t\u00eate, suivis par les pays producteurs de p\u00e9trole. La Fed et les <i>Trusts funds<\/i> (dont la Social Security) en sont d\u00e9tenteurs d&rsquo;environ 40%, et les fonds de pension et de gestion, banques et assurances d&rsquo;environ 25%. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir augment\u00e9 jusqu\u2019au d\u00e9but de la crise &#8211; elle \u00e9tait alors de 50% &#8211; la part les investisseurs \u00e9trangers est en r\u00e9gression, depuis tomb\u00e9e \u00e0 30%. Celle de la Fed est au contraire en pleine progression\u00a0; \u00e0 la faveur de ses op\u00e9rations de cr\u00e9ation mon\u00e9taire, qui ont financ\u00e9 70% de l\u2019accroissement de la dette. La mutation est donc importante, soulevant la question de savoir par qui la dette va-t-elle continuer \u00e0 \u00eatre financ\u00e9e. <\/p>\n<p>Les perspectives peu optimistes de croissance \u00e9conomique concourent \u00e0 son augmentation, diminuant encore les recettes d&rsquo;imp\u00f4ts et de taxes dans le budget f\u00e9d\u00e9ral. D\u2019autant que, servant en priorit\u00e9 \u00e0 financer la machine militaire, la consommation des m\u00e9nages et \u00e0 consolider le march\u00e9 immobilier, l&rsquo;endettement am\u00e9ricain n&rsquo;est pas utilis\u00e9 au profit d&rsquo;investissements productifs avec pour objectif la relance \u00e9conomique, laissant peu de chances \u00e0 l&rsquo;inversion de cette tendance. <\/p>\n<p>D\u2019autres consid\u00e9rations doivent entrer en ligne de compte dans l&rsquo;analyse. Si la dette a toujours b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du statut du dollar, cette situation privil\u00e9gi\u00e9e n\u2019est pas destin\u00e9e \u00e0 durer. La disproportion entre le r\u00f4le du dollar et le poids \u00e9conomique des Etats-Unis est telle aujourd\u2019hui, compar\u00e9e aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, que la reconsid\u00e9ration de ce statut privil\u00e9gi\u00e9 n\u2019est qu\u2019une question de temps. <\/p>\n<p>La d\u00e9pr\u00e9ciation du dollar est d\u00e9sormais continue, effet voulu d\u2019une politique qui vise \u00e0 relancer les exportations am\u00e9ricaines et \u00e0 faire baisser le taux de la dette US pour en diminuer le co\u00fbt. C\u2019est d\u00e9sormais une tendance profonde, qui acc\u00e9l\u00e8re le d\u00e9sengagement progressif des investisseurs \u00e9trangers de la dette, car ils ont tout \u00e0 y perdre. Mais ils sont pris au pi\u00e8ge, condamn\u00e9s \u00e0 en assurer au moins le roulement pour ne pas constater leurs pertes. <\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019autre issue que de r\u00e9duire la dette, mais comment cela se pr\u00e9sente-t-il\u00a0? Mal, et pas uniquement en raison du blocage des r\u00e9publicains qui ne veulent pas entendre parler d\u2019augmentation des imp\u00f4ts et taxes. Si l\u2019on y regarde de plus pr\u00e8s, il est en effet dans la logique de la fiscalit\u00e9 am\u00e9ricaine de favoriser l\u2019endettement. Au fil des mandats, quelle que soit la couleur politique des pr\u00e9sidents, les exemptions de tous ordres ont pr\u00e9valu, diminuant les ressources de l\u2019Etat. Aujourd\u2019hui, faute de remettre en cause la distribution in\u00e9galitaire de la richesse, il est illusoire de pr\u00e9tendre r\u00e9tablir la situation seulement en accroissant la pression fiscale sur les plus riches. <\/p>\n<p>Une augmentation de la tr\u00e8s faible TVA, dont il est question, aurait comme cons\u00e9quence in\u00e9vitable de p\u00e9naliser la consommation, d\u00e9j\u00e0 en berne, alors qu\u2019elle contribue \u00e0 hauteur de 70% \u00e0 la croissance \u00e9conomique, la p\u00e9nalisant davantage et accroissant par ricochet la dette publique&#8230; L\u2019\u00e9quation n\u2019\u00e9tant pas proche d&rsquo;\u00eatre r\u00e9solue, la solution de plus grande pente, celle de la facilit\u00e9, va \u00eatre suivie \u00e0 nouveau. <\/p>\n<p>Elle repose sur des exp\u00e9dients qui ne sont pas durables, la Fed ne pouvant pas <i>ad vitam aeternam<\/i> financer la dette en multipliant des programmes de cr\u00e9ation mon\u00e9taire, vu la taille d\u00e9j\u00e0 colossale atteinte par son bilan et les d\u00e9g\u00e2ts que cr\u00e9ent ces \u00e9missions massives de liquidit\u00e9s. Tirer de telles traites sur l\u2019avenir dans le contexte du basculement \u00e9conomique plan\u00e9taire en cours a des limites d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9es. <\/p>\n<p>La proposition de cr\u00e9er de la <i>dette perp\u00e9tuelle<\/i> &#8211; qui p\u00e9riodiquement resurgit dans des cercles restreints &#8211; est par ailleurs difficilement concevable. Destin\u00e9e \u00e0 ne pas \u00eatre rembours\u00e9e, seuls ses int\u00e9r\u00eats seraient vers\u00e9s, mais elle pourrait \u00eatre n\u00e9goci\u00e9e sur le march\u00e9 secondaire en cas de besoin. Cela reviendrait \u00e0 <i>consolider<\/i> la dette, \u00e0 la restructurer dans la pratique, et cela repr\u00e9senterait une nouvelle formule de la fuite en avant actuelle. <\/p>\n<p>Dans l\u2019imm\u00e9diat, les op\u00e9rations de <i>carry trade<\/i> d\u00e9stabilisatrices de l\u2019\u00e9conomie des pays <i>\u00e9mergents<\/i> se poursuivent. Elles s\u2019appuient sur le diff\u00e9rentiel des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat entre les Etats-Unis et les pays <i>\u00e9mergents<\/i>, qui pratiquent des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats plus \u00e9lev\u00e9s. Cela cr\u00e9e un cercle vicieux, car ces derniers augmentant leur taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour se prot\u00e9ger de l\u2019inflation que les afflux de dollars cr\u00e9ent, ce qui les attire encore plus. Des barri\u00e8res \u00e0 la circulation des capitaux sont dress\u00e9es, circonvenant \u00e0 la libre circulation des flux financiers et grippant \u00e0 la marge le fonctionnement du syst\u00e8me mon\u00e9taire international. <\/p>\n<p>La d\u00e9pr\u00e9ciation du dollar a aussi pour cons\u00e9quence indirecte la hausse des mati\u00e8res premi\u00e8res, car leur commerce est g\u00e9n\u00e9ralement libell\u00e9 dans cette monnaie. Le rem\u00e8de employ\u00e9 par les Am\u00e9ricains pour tenter de temporiser la crise de leur dette a plus que jamais des effets nocifs et destin\u00e9s \u00e0 perdurer.<\/p>\n<p>Plus souterraine, une autre cons\u00e9quence risque \u00e0 terme de se produire. On constate d\u00e9j\u00e0 en Europe que l\u2019accroissement du risque li\u00e9 aux obligations souveraines atteint l\u2019\u00e9quilibre du syst\u00e8me financier europ\u00e9en (et pourrait atteindre, via les CDS qu\u2019elles ont \u00e9mis, les banques am\u00e9ricaines). Si le risque li\u00e9 \u00e0 la dette am\u00e9ricaine devait \u00e0 son tour augmenter, cette d\u00e9stabilisation prendrait une toute autre ampleur. La solvabilit\u00e9 des banques et du syst\u00e8me financier international en serait profond\u00e9ment affect\u00e9e, les obligations am\u00e9ricaines \u00e9tant tr\u00e8s utilis\u00e9es comme collat\u00e9ral dans le cadre des transactions financi\u00e8res, ou pour construire des produits financiers <i>structur\u00e9s<\/i>. <\/p>\n<p>Le pouvoir destructif de la crise de la dette am\u00e9ricaine est sans commune mesure avec celui de la dette europ\u00e9enne. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Depuis des semaines et des semaines, les rebondissements europ\u00e9ens mobilisent toutes les attentions, faisant de la zone euro l\u2019\u00e9picentre d\u2019une crise abusivement r\u00e9duite \u00e0 celle de la dette publique. Plus fortes que jamais, les incertitudes qui y sont li\u00e9es vont devoir \u00e9galement int\u00e9grer celles que suscitent la dette am\u00e9ricaine, qui revient dans l\u2019actualit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[],"class_list":["post-31210","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31210","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=31210"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31210\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46838,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/31210\/revisions\/46838"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=31210"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=31210"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=31210"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}