{"id":31464,"date":"2011-12-01T07:51:26","date_gmt":"2011-12-01T06:51:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=31464"},"modified":"2013-01-02T01:01:56","modified_gmt":"2013-01-02T00:01:56","slug":"lactualite-de-la-crise-la-machine-quil-faut-remiser-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2011\/12\/01\/lactualite-de-la-crise-la-machine-quil-faut-remiser-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LA MACHINE QU&rsquo;IL FAUT REMISER<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Nous vivons une crise de surproduction&#8230; de dettes. La machine \u00e0 fabriquer de la dette a fonctionn\u00e9 \u00e0 plein r\u00e9gime, puis s&rsquo;est bloqu\u00e9e pour en avoir trop produit. La dette priv\u00e9e et publique a atteint un volume tel que simplement la r\u00e9duire prend d\u00e9sormais les allures d\u2019un cataclysme annonc\u00e9. Ce qui conduit \u00e0 se poser deux simples questions\u00a0: pourquoi a-t-elle pris une telle ampleur, et comment s\u2019en d\u00e9barrasser\u00a0? <\/p>\n<p>La premi\u00e8re question trouve sa r\u00e9ponse dans l\u2019existence m\u00eame d\u2019un syst\u00e8me financier dont le but principal est de cr\u00e9er de la dette, afin d\u2019en profiter. Avec l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de la distribution de la richesse d\u2019une part, et la diminution des ressources de l\u2019\u00c9tat de l\u2019autre, un double m\u00e9canisme a \u00e9t\u00e9 mis en place qui cr\u00e9e le besoin d\u2019un endettement croissant des particuliers et de l\u2019\u00c9tat, impliquant en contrepartie la cr\u00e9ation et le fonctionnement d\u2019une machinerie sophistiqu\u00e9e destin\u00e9e \u00e0 le financer&#8230; et \u00e0 en tirer profit. La sous-capitalisation des entreprises en est le pendant. Le capitalisme financier a fond\u00e9 sa raison d\u2019\u00eatre dans un d\u00e9s\u00e9quilibre dont il est \u00e0 l&rsquo;origine et auquel il pr\u00e9tend naturellement r\u00e9pondre en jouant les indispensables. On connait la suite, quand il ne parvient plus \u00e0 retrouver le sien. <\/p>\n<p><!--more-->Comment s&rsquo;en d\u00e9barrasser ? Nous sommes d\u00e9sormais au coeur de la seconde question, constatant l&rsquo;absence d\u2019une r\u00e9ponse ad\u00e9quate. R\u00e9duire la dette publique par l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 accentue la crise, installe la r\u00e9cession pour une longue dur\u00e9e, et repousse sans cesse \u00e0 plus tard une hypoth\u00e9tique sortie de celle-ci. Au pr\u00e9texte de gagner du temps, on le perd. <\/p>\n<p>La croissance \u00e9conomique est le principal point d\u2019appui permettant de stabiliser et de r\u00e9duire la dette, mais elle fait d\u00e9faut, et les mesures d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 en \u00e9cartent encore plus le retour. Au contraire, le cocktail assemblant une importante dette dont le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat augmente, un d\u00e9ficit structurel de l\u2019Etat qui ne peut pas \u00eatre r\u00e9sorb\u00e9 comme annonc\u00e9, ainsi qu\u2019un taux de croissance an\u00e9mique &#8211; tant qu\u2019il reste positif &#8211; cr\u00e9ent toutes les conditions requises pour la constitution d\u2019une spirale \u00e9conomique descendante, aux cons\u00e9quences sociales d\u00e9sastreuses. On se demandait \u00e0 quoi sert la finance, va-t-on finir pas se poser la m\u00eame question pour l&rsquo;\u00e9conomie, qui est cens\u00e9e concourir au bien-\u00eatre de la soci\u00e9t\u00e9 ? <\/p>\n<p>De simples calculs rapport\u00e9s \u00e0 l\u2019Italie et effectu\u00e9s par Satyajit Das, un \u00e9conomiste qui va droit au but, sont tr\u00e8s \u00e9loquents. Avec un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 4% et une dette repr\u00e9sentant 120% de son PIB, la croissance du pays devrait atteindre 4,8% pour \u00e9quilibrer son endettement. Au taux actuel de 7%, cette croissance devrait \u00eatre de 8,4% pour produire le m\u00eame r\u00e9sultat&#8230;. Pour prendre les calculs autrement, l\u2019Italie aurait besoin de 10 ans afin de r\u00e9duire sa dette \u00e0 90% de son PIB, si son taux de croissance \u00e9tait de 2% par an et les int\u00e9r\u00eats sur sa dette de 4%. L\u2019alternative serait de vendre des actifs publics. <\/p>\n<p>Appliqu\u00e9s aux autres pays de la zone euro, les m\u00eames calculs produisent les m\u00eames effets\u00a0: le faible taux de croissance de l\u2019\u00e9conomie, qui tend encore \u00e0 diminuer, rend hypoth\u00e9tique la stabilisation de la dette publique, tout en promettant une longue r\u00e9cession.<\/p>\n<p>Faire peser sur un nombre r\u00e9duit de pays le poids de la dette de l\u2019ensemble de ceux-ci accro\u00eet le risque pesant sur les premiers, les entra\u00eenant progressivement \u00e0 leur tour dans la tourmente. Proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9duction ordonn\u00e9e de la dette implique de recapitaliser sur fonds publics le syst\u00e8me bancaire, accroissant les d\u00e9ficits publics au lieu de les r\u00e9sorber et renvoyant au probl\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent. Le syst\u00e8me financier europ\u00e9en est une machine infernale, sa pr\u00e9sentation sous la forme d\u2019un d\u00e9faut de gouvernance \u00e9conomique une mauvaise farce. <\/p>\n<p>Le contexte impose \u00e9galement de prendre en compte l\u2019endettement priv\u00e9. Non seulement parce que, dans le cas de plusieur pays il est clairement \u00e0 l\u2019origine des attaques <i>des march\u00e9s<\/i>, mais aussi parce que le processus de d\u00e9sendettement du syst\u00e8me bancaire  s\u2019av\u00e8re bien plus douloureux que pr\u00e9vu. <i>Les march\u00e9s<\/i> ne font pas le d\u00e9tail\u00a0: tout comme les \u00c9tats, les banques doivent refinancer leurs gigantesques dettes et rencontrent la d\u00e9saffection des investisseurs. La demande de cr\u00e9dit surpasse de beaucoup l\u2019offre, ce qui conduit les banques \u00e0 faire feu de tout bois&#8230; et \u00e0 immanquablement faire \u00e0 nouveau sortir le g\u00e9nie financier de sa bo\u00eete. Ainsi qu\u2019\u00e0 r\u00e9duire tendanciellement l\u2019offre de cr\u00e9dit, diminuant encore la croissance de l\u2019\u00e9conomie et engendrant une baisse des recettes fiscales des \u00c9tats. La boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait esp\u00e9r\u00e9 que, gr\u00e2ce aux liquidit\u00e9s \u00e0 bas prix fournies par les banques centrales &#8211; qui viennent \u00e0 nouveau de s&rsquo;y engager spectaculairement toutes ensembles &#8211; et \u00e0 l\u2019abandon de toute mesure s\u00e9rieuse de r\u00e9gulation financi\u00e8re, le syst\u00e8me financier allait pouvoir se purger de ses mauvaises dettes. Qu\u2019en attendant il allait se refinancer sur le march\u00e9, les \u00c9tats ayant fait place nette en r\u00e9duisant leur endettement et leur voilure. Ce sch\u00e9ma ne fonctionne pas : les banques ne retrouvent pas plus leur \u00e9quilibre que les \u00c9tats.<\/p>\n<p>Dans un article sans appel, Nouriel Roubini vient de d\u00e9montrer dans le Financial Times que l&rsquo;Italie devrait sans attendre restructurer \u00e0 son tour sa dette. Ce qui ouvrirait le chemin. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution que de combiner une restructuration globale de la dette publique et une <i>socialisation<\/i> des banques, le reste n&rsquo;est qu\u2019\u00e9chappatoire sans avenir. <\/p>\n<p>Mais, par ailleurs, comment cr\u00e9er la croissance, puisque celle-ci pourrait seule permettre une sortie <i>par le haut<\/i>\u00a0? Il est flagrant de constater que les discours qui se risquent \u00e0 l\u2019invoquer tournent court, une fois quelques g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s prudemment avanc\u00e9es. Les Britanniques viennent d\u2019annoncer un programme de grands travaux, ne faisant que reprendre la recette japonaise qui a rencontr\u00e9 en son temps un \u00e9chec retentissant. Tout projet butte sur la question de son financement, renvoyant \u00e0 la disette g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, ainsi que sur ses points d\u2019appui \u00e9conomiques introuvables, vu le stade de la globalisation \u00e9conomique \u00e0 laquelle nous sommes parvenus. <\/p>\n<p>Ils sont loin, les discours qui pr\u00e9tendaient conserver la production des biens de haute technologie pour ne d\u00e9l\u00e9guer que celle \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e. Les pays <i>\u00e9mergents<\/i> ont acquis, notamment gr\u00e2ce \u00e0 des transferts de technologie qu\u2019il a fallu commercialement consentir, les savoir-faire qui devaient continuer \u00e0 assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie occidentale. Le diff\u00e9rentiel des co\u00fbts salariaux fait le reste en terme de comp\u00e9titivit\u00e9. Le r\u00e9veil est douloureux. <\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s occidentales ont n\u00e9anmoins pour elles, en raison du niveau de bien-\u00eatre relatif in\u00e9galement r\u00e9parti qu\u2019elles ont acquis, l\u2019avantage de pouvoir se poser des questions qui, pour les soci\u00e9t\u00e9s des pays <i>\u00e9mergents<\/i>, restent encore un luxe. Elles interrogent la qualit\u00e9 de la vie et de l\u2019environnement. Mais nous sommes rest\u00e9s engag\u00e9s \u00e0 mi-chemin sur ce parcours, englu\u00e9s dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me en crise, qui n\u2019est plus en mesure de renouveler ses promesses et ses r\u00e9alisations et n\u2019offre plus que de sombres perspectives. <\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, la croissance \u00e0 laquelle peuvent d\u00e9sormais pr\u00e9tendre les soci\u00e9t\u00e9s occidentales est d\u2019une autre nature que celle qui s\u2019est \u00e9vanouie. Elle doit int\u00e9grer dans son calcul d\u2019autres param\u00e8tres et renvoyer \u00e0 un fonctionnement diff\u00e9rent de la soci\u00e9t\u00e9. Renouer avec cette r\u00e9flexion trop vite oubli\u00e9e est une n\u00e9cessit\u00e9, car ce n&rsquo;est pas le reflet d&rsquo;une conduite de riches, comme on le croyait, mais au contraire de pauvres !  <\/p>\n<p>Les chemins dans lesquels la soci\u00e9t\u00e9 devrait s&rsquo;engager sont connus. Ils comprennent la reconnaissance des droits li\u00e9e \u00e0 la subsistance ainsi que leur satisfaction sans conditions, une d\u00e9connexion partielle entre activit\u00e9 salari\u00e9e et revenu, et un partage rationnel entre temps libre et travail, cette denr\u00e9e qui devient rare. Ainsi qu&rsquo;une imposition prioritaire des revenus financiers, afin de soulager la taxation des salaires, et enfin l\u2019approfondissement et l\u2019\u00e9largissement de la d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, au lieu du renforcement de l\u2019oligarchie. <\/p>\n<p>Le r\u00e9alisme est d\u00e9sormais du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui pr\u00f4nent ce radical changement et pr\u00e9conisent les transitions y conduisant. Sans phrases ronflantes ou promesses toujours d\u00e9\u00e7ues. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous vivons une crise de surproduction&#8230; de dettes. La machine \u00e0 fabriquer de la dette a fonctionn\u00e9 \u00e0 plein r\u00e9gime, puis s&rsquo;est bloqu\u00e9e pour en avoir trop produit. La dette priv\u00e9e et publique a atteint un volume tel que simplement la r\u00e9duire prend d\u00e9sormais les allures d\u2019un cataclysme annonc\u00e9. 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