{"id":32701,"date":"2012-01-13T22:48:34","date_gmt":"2012-01-13T21:48:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=32701"},"modified":"2013-01-02T00:57:11","modified_gmt":"2013-01-01T23:57:11","slug":"les-defis-de-lagriculture-du-21eme-siecle-par-gilles-domenech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/01\/13\/les-defis-de-lagriculture-du-21eme-siecle-par-gilles-domenech\/","title":{"rendered":"<b> LES D\u00c9FIS DE L&rsquo;AGRICULTURE DU 21<sup>\u00e8me<\/sup> SI\u00c8CLE<\/b>, par Gilles Domenech"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Au cours du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019agriculture a vu sous toutes les latitudes des changements radicaux dans les pratiques qui sont devenues un peu partout de plus en plus intensives. Cette intensification se traduit par l\u2019emploi de plus en plus important d\u2019intrants provenant de l\u2019industrie chimique (engrais min\u00e9raux et pesticides), par l\u2019intensification du travail du sol, par une m\u00e9canisation croissante et par une s\u00e9lection g\u00e9n\u00e9tique tr\u00e8s pouss\u00e9e (incluant l\u2019hybridation F1 et les OGM) permettant d\u2019atteindre de tr\u00e8s haut rendements, \u00e0 condition que les itin\u00e9raires techniques leur conviennent en termes de fertilisation et de traitement.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 cette \u00e9volution, la production mondiale a fortement augment\u00e9, permettant de produire suffisamment pour nourrir 7 milliards d\u2019humains (aujourd\u2019hui les probl\u00e8mes de famine sont uniquement dus \u00e0 des probl\u00e8mes politiques et non agronomiques).<\/p>\n<p>Cependant, ces \u00e9volutions ont des cons\u00e9quences dramatiques sur le plan social et sur le plan environnemental\u00a0: destruction du tissu social traditionnel, d\u00e9forestation, pollutions des eaux, d\u00e9gradation et \u00e9rosion des sols, etc.).<\/p>\n<p>Nous voici donc devant une probl\u00e9matique majeure\u00a0: quel mod\u00e8le de r\u00e9flexion pour faire avancer l\u2019agriculture vers des pratiques alliant durabilit\u00e9 des syst\u00e8mes, respect de l\u2019environnement et productivit\u00e9\u00a0?<em><\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3>Le sol, acteur incontournable<\/h3>\n<p>Pour y r\u00e9pondre, penchons-nous d\u2019abord sur l\u2019outil principal de la production agricole\u00a0: le sol. Celui-ci est encore trop souvent consid\u00e9r\u00e9 comme un simple support sur lesquels les plantes se d\u00e9veloppent et dans lequel elles puisent les nutriments utiles \u00e0 leur d\u00e9veloppement. Il s\u2019agit pourtant d\u2019un milieu complexe, vivant et en interaction permanente avec la v\u00e9g\u00e9tation. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la plante capte de l\u2019\u00e9nergie solaire, la stocke sous forme chimique dans la mati\u00e8re organique qu\u2019elle synth\u00e9tise, puis injecte cette \u00e9nergie dans le sol gr\u00e2ce \u00e0 trois processus\u00a0: la liti\u00e8re de surface (mort des tissus a\u00e9riens \u2013 tiges, feuilles, etc.), la liti\u00e8re souterraine (mort pluriannuelle des racines), et enfin la rhizod\u00e9position, c&rsquo;est-\u00e0-dire l\u2019injection dans le sol de compos\u00e9s organiques par les racines vivantes. Ce dernier flux qui semble \u00eatre \u00e0 premi\u00e8re vue un gaspillage en pure perte de l\u2019\u00e9nergie de la plante, repr\u00e9sente pourtant le plus souvent de 20 \u00e0 50 % de la production primaire\u00a0! Ces flux d\u2019\u00e9nergie et de mati\u00e8re permettent de nourrir les organismes du sol, d\u2019alimenter le sol en mati\u00e8res organiques, dont une partie est stock\u00e9e sous forme d\u2019humus et \u00e0 terme de faire \u00e9voluer le sol.<\/p>\n<p>La v\u00e9g\u00e9tation b\u00e9n\u00e9ficie de toute cette \u00e9nergie inject\u00e9e d\u2019une part parce que la vie du sol a\u00e8re et stabilise la structure du milieu dans lequel elle d\u00e9veloppe son syst\u00e8me racinaire et d\u2019autre part parce que la vie microbienne et animale du sol favorise la lib\u00e9ration de nutriment \u00e0 proximit\u00e9 des racines et donc la nutrition min\u00e9rale de ces derni\u00e8res.<\/p>\n<p>Sol et v\u00e9g\u00e9tation sont donc dans une perp\u00e9tuelle interaction positive bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9nergie solaire fix\u00e9e par les plantes. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e encore tr\u00e8s r\u00e9pandue, c\u2019est la plante qui fait le sol et non le contraire. Il appara\u00eet alors clair que la notion de repos des sols est totalement erron\u00e9e. Au contraire, un sol bien nourri porte en permanence de la v\u00e9g\u00e9tation, ce qui en termes d\u2019agriculture se traduit par une couverture v\u00e9g\u00e9tale permanente incluant plantes cultiv\u00e9es, plantes de couvertures, et arbres.<\/p>\n<h3>Comment int\u00e9grer cette r\u00e9flexion sur la vie des sols au sein des pratiques culturales\u00a0?<\/h3>\n<p>Afin de prosp\u00e9rer, la vie du sol a besoin qu\u2019on respecte son habitat et qu\u2019on la nourrisse convenablement.<\/p>\n<p>Pour int\u00e9grer le premier point, il est indispensable de supprimer le labour et de r\u00e9duire le travail du sol dans son ensemble, voire, si possible de le supprimer compl\u00e8tement, comme le font les adeptes du semis direct.<\/p>\n<p>Le second point est satisfait par la mise en place de fa\u00e7on la plus continue possible des trois flux d\u00e9crits ci-dessus, c&rsquo;est-\u00e0-dire liti\u00e8re de surface, liti\u00e8re souterraine et rhizod\u00e9position. Voyons les outils agronomiques qui permettent de reproduire ces trois ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re possibilit\u00e9 est un apport de mati\u00e8re organique (fumier, paille, compost, bois ram\u00e9al fragment\u00e9 connu sous le sigle BRF). Une telle pratique permet d\u2019imiter une liti\u00e8re de surface, mais ne reproduit nullement les deux autres flux. De plus, cela n\u00e9cessite d\u2019amener de grandes quantit\u00e9s de mati\u00e8res depuis un autre champ (cas de la paille), depuis une \u00e9table (cas du fumier), une plateforme de compostage ou de broyage (cas du compost et du BRF, respectivement). Ces apports ont certes un int\u00e9r\u00eat non n\u00e9gligeable et peuvent \u00eatre utilis\u00e9s avec succ\u00e8s dans de nombreux cas, mais les contraintes li\u00e9es sont un frein important, sans compter qu\u2019ils ne reproduisent pas si fid\u00e8lement les flux \u00e9nerg\u00e9tiques naturels.<\/p>\n<p>Une autre voie est de chercher \u00e0 produire au sein m\u00eame de la parcelle cette mati\u00e8re organique gr\u00e2ce \u00e0 la restitution des r\u00e9sidus de culture, la couverture du sol avec des plantes d\u2019intercultures (couverts v\u00e9g\u00e9taux, alias engrais verts) ou encore l\u2019association des plantes cultiv\u00e9es avec des plantes de couverture.<\/p>\n<p>La restitution des r\u00e9sidus de cultures afin d\u2019en faire une liti\u00e8re de surface implique d\u2019\u00e9viter de travailler et surtout de retourner le sol suite \u00e0 la r\u00e9colte et afin de maximiser ce paillage, il est int\u00e9ressant de cultiver des vari\u00e9t\u00e9s produisant le plus possible de biomasse non r\u00e9colt\u00e9e (pailles, feuilles\u2026).<\/p>\n<p>Le couvert v\u00e9g\u00e9tal est sans doute l\u2019outil majeur de l\u2019agriculture qui se construit actuellement. En effet, outre le fait de capter l\u2019\u00e9nergie solaire et de la restituer au sol en nourrissant la vie qu\u2019il abrite, il participe \u00e0 fixer l\u2019azote de l\u2019air (s\u2019il contient des l\u00e9gumineuses), \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019enherbement en concurren\u00e7ant la v\u00e9g\u00e9tation spontan\u00e9e, ou encore \u00e0 favoriser la pr\u00e9sence d\u2019une faune auxiliaire (pollinisateurs et pr\u00e9dateurs des ravageurs des cultures). La destruction des couverts \u00e0 la floraison, voire avant, permet en plus d\u2019injecter dans le sol toutes sortes de compos\u00e9s organiques beaucoup plus facilement consomm\u00e9s par les organismes du sol que des pailles fortement lignifi\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019introduction de plantes p\u00e9rennes dans les cultures annuelles permet d\u2019augmenter encore les flux d\u2019\u00e9nergie par rapport \u00e0 des intercultures annuelles, du fait de l\u2019importance bien plus grande de leurs syst\u00e8mes racinaires. Ceci peut se faire gr\u00e2ce \u00e0 des herbac\u00e9es (l\u00e9gumineuses, gramin\u00e9es, etc.) ou avec des arbres. Dans ce dernier cas, on parle alors d\u2019agroforesterie, ensemble de pratiques qui permet non seulement de b\u00e9n\u00e9ficier des avantages \u00e9cologiques et agronomiques de la pr\u00e9sence d\u2019arbres dans les parcelles, mais aussi de diversifier les productions de l\u2019exploitation (bois d\u2019\u0153uvre, bois \u00e9nergie, BRF, fruits).<\/p>\n<p>Ces pratiques permettent de fixer l\u2019\u00e9nergie solaire et de reproduire les trois flux \u00e9nerg\u00e9tiques de la plante vers le sol pratiquement en continu sur la parcelle.<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 les pratiques les plus prometteuses \u00e0 l\u2019heure actuelle, int\u00e9gr\u00e9es essentiellement par des producteurs adeptes de l\u2019agriculture de conservation (travail simplifi\u00e9 et semis direct) et dans une moindre mesure par des producteurs bio. Bien s\u00fbr, il existe de nombreux freins\u00a0: freins psychologiques d\u2019abord, puisque cela remet en question nombre d\u2019approches aussi bien traditionnelles que modernes, et freins techniques ensuite. Aujourd\u2019hui le principal frein en ce qui concerne le semis direct est la d\u00e9pendance aux herbicides pour contr\u00f4ler l\u2019enherbement et d\u00e9truire les couverts, bien qu\u2019elle tende \u00e0 se r\u00e9duire avec l\u2019am\u00e9lioration de la technicit\u00e9 des agriculteurs. Certains agriculteurs bio arrivent m\u00eame \u00e0 s\u2019en rapprocher en se contentant d\u2019un travail tr\u00e8s superficiel. Un autre frein technique est la difficult\u00e9 de r\u00e9aliser un semis sur sol relativement ferme et encombr\u00e9 de r\u00e9sidus v\u00e9g\u00e9taux divers et vari\u00e9s\u00a0; l\u00e0 encore, ce frein tend \u00e0 s\u2019estomper du fait de l\u2019am\u00e9lioration des outils de semis. Gageons que ces freins, encore tr\u00e8s pr\u00e9sents, continueront \u00e0 se faire de plus en plus discrets et que l\u2019agriculture du XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle aura pour principal ouvrier le ver de terre et l\u2019ensemble des organismes du sol et que les techniques \u00ab\u00a0sols vivants\u00a0\u00bb pourront \u00eatre men\u00e9es \u00e0 toutes les \u00e9chelles de production depuis le jardin familial jusqu\u2019aux grandes cultures\u00a0!<\/p>\n<p><em>Gilles Domenech est p\u00e9dologue, consultant et \u00e9crivain au sein de l\u2019EURL Terre en s\u00e8ve qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 en 2008. Il est aussi administrateur du blog <a href=\"http:\/\/jardinonssolvivant.fr\/\">jardinons sol vivant<\/a>. Cet article a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en partenariat avec l\u2019<a href=\"http:\/\/www.itan.fr\/\">Institut Technique d\u2019Agriculture Naturelle<\/a> (ITAN).<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019agriculture a vu sous toutes les latitudes des changements radicaux dans les pratiques qui sont devenues un peu partout de plus en plus intensives. 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