{"id":32750,"date":"2012-01-15T18:24:40","date_gmt":"2012-01-15T17:24:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=32750"},"modified":"2013-01-02T00:57:09","modified_gmt":"2013-01-01T23:57:09","slug":"2011-chronique-dun-desastre-annonce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/01\/15\/2011-chronique-dun-desastre-annonce\/","title":{"rendered":"<b>2011 : CHRONIQUE D&rsquo;UN D\u00c9SASTRE ANNONC\u00c9<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Karim Bitar m&rsquo;a demand\u00e9 un bilan de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re pour L&rsquo;ENA hors-les-murs, la revue qu&rsquo;il dirige avec talent. Voici ce bilan (N\u00b0 417 : 32-33). <\/p><\/blockquote>\n<p>Plaignons parmi les politiques, les fonctionnaires et les financiers, ceux qui sont convaincus de s\u2019\u00eatre donn\u00e9s sans mesure, d\u2019avoir consacr\u00e9 le meilleur d\u2019eux-m\u00eames \u00e0 changer la face du monde en 2011\u00a0: leurs efforts n\u2019ont abouti \u00e0 rien. Pire encore\u00a0: c\u2019est comme s\u2019ils n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 consentis.<\/p>\n<p>Le d\u00e9litement de la finance s\u2019est en effet poursuivi de mani\u00e8re inexorable pendant l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e, suivant la pente d\u2019une longue et p\u00e9nible d\u00e9t\u00e9rioration telle qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9visible en 2010, voire m\u00eame en 2008 au lendemain de la d\u00e9confiture de la banque d\u2019investissement am\u00e9ricaine Lehman Brothers, dont l\u2019h\u00e9morragie qu\u2019elle suscita co\u00fbta plus d\u2019un \u00ab\u00a0trillion\u00a0\u00bb de dollars \u00e0 arr\u00eater. Chacun des combattants a si bien tra\u00een\u00e9 les pieds \u2013 esp\u00e9rant follement pour certains que les choses s\u2019arrangeraient d\u2019elles-m\u00eames \u2013 que chacune des batailles financi\u00e8res et \u00e9conomiques en 2011 a eu lieu en retard d\u2019une guerre.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019authentiques hommes ou femmes d\u2019\u00c9tat sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire \u2013 tel un Franklin D. Roosevelt dans les ann\u00e9es 1930 \u2013 aurait-elle pu faire la diff\u00e9rence\u00a0? Il est difficile de se prononcer avec certitude\u00a0: on ne peut exclure que la personnalit\u00e9 falote de la plupart des hommes et des femmes \u00e0 la t\u00eate des affaires en 2011 n\u2019\u00e9tait pas en soi pertinente\u00a0: peut-\u00eatre \u00e9tait-il trop tard de toute mani\u00e8re, peut-\u00eatre n\u2019\u00e9tait-il plus dans le pouvoir de quiconque de renverser le cours des \u00e9v\u00e9nements. Ce sera l\u00e0 a posteriori notre seule consolation.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me de partage de la richesse cr\u00e9\u00e9e dans nos soci\u00e9t\u00e9s est biais\u00e9\u00a0: il est dans sa logique que le capitaliste, le d\u00e9tenteur du capital, soit servi en premier, le dirigeant d\u2019une grande entreprise venant en second et l\u2019invention des <em>stock-options<\/em> ayant permis de faire de celui-ci pratiquement un premier ex-aequo, les salari\u00e9s devant se satisfaire eux de ce qui reste.<\/p>\n<p><!--more-->Comme ces derniers \u00e9taient les parents pauvres dans la redistribution, le pouvoir d\u2019achat stagna, alors qu\u2019en face, les dividendes attribu\u00e9s aux actionnaires et la r\u00e9mun\u00e9ration (salaires, bonus et <em>stock options<\/em>) des dirigeants des grandes entreprises croissaient eux \u00e0 la mesure \u2013 et davantage \u2013 des gains de productivit\u00e9 dus \u00e0 l\u2019informatisation et \u00e0 l\u2019automation. On comptait aux \u00c9tats-Unis en 2011 que 80 % de la richesse cr\u00e9\u00e9e durant les trois ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes s\u2018\u00e9taient retrouv\u00e9s aux mains du 1 % le plus riche de la nation, d\u00e9tenteur d\u00e9j\u00e0 en d\u00e9but de p\u00e9riode de pr\u00e8s d\u2019un tiers du patrimoine. \u00ab\u00a0Nous sommes les 99 %\u00a0!\u00a0\u00bb, scandaient \u00e0 l\u2019automne 2011 les manifestants du mouvement \u00ab\u00a0Occupy Wall Street\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019exemple de celui de la place Tahrir au Caire ou celui des <em>Indignados <\/em>de la Puerta del Sol \u00e0 Madrid, qui l\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Si le cr\u00e9dit s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 autant qu\u2019il l\u2019avait fait, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment pour masquer le fait que le pouvoir d\u2019achat stagnait alors que le volume des marchandises \u00e0 vendre ne cessait lui de grossir. Des cha\u00eenes de cr\u00e9ances de plus en plus longues et de plus en plus ramifi\u00e9es s\u2019\u00e9taient ainsi cr\u00e9\u00e9es, entra\u00eenant une fragilisation grandissante de nos appareils financier et \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Le manque de ressources l\u00e0 o\u00f9 elles sont normalement requises donne lieu au versement d\u2019int\u00e9r\u00eats, encourageant encore la concentration des richesses. Laquelle a atteint des sommets aux Etats-Unis une premi\u00e8re fois en 1929 et une seconde, en 2007. La machine \u00e9conomique s\u2019est gripp\u00e9e dans les deux cas parce que la mobilisation de toute somme pour la production ou la consommation donnant lieu \u00e0 versement d\u2019int\u00e9r\u00eats, le nombre de mains dans lesquelles la richesse se retrouve, n\u2019en finit pas de se restreindre.<\/p>\n<p>Du fait de la baisse du pouvoir d\u2019achat, une grande part des capitaux disponibles n\u2019arrivaient plus \u00e0 s\u2019investir dans la production, puisque celle-ci aurait alors exc\u00e9d\u00e9 la demande, et n\u2019avaient d\u2019autre exutoire que les activit\u00e9s sp\u00e9culatives, facteur de d\u00e9s\u00e9quilibre des march\u00e9s puisque celles-ci encouragent les variations de prix, soit \u00e0 la hausse, soit \u00e0 la baisse, selon la direction dans laquelle se d\u00e9veloppe ponctuellement une tendance.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il puisse arriver d\u00e9sormais, le risque syst\u00e9mique gangr\u00e9nait toujours davantage l\u2019appareil financier dans son ensemble.<\/p>\n<p>Marx avait donc raison, aux yeux de qui les faiblesses du capitalisme \u00e9taient patentes, et conduiraient in\u00e9luctablement \u00e0 sa fin. M\u00eame si l\u2019effondrement ne devait pas prendre la forme exacte qu\u2019il avait pr\u00e9vue, d\u2019une baisse tendancielle du taux de profit.<\/p>\n<p>Pourquoi la chute de la zone euro sembla-t-elle suivre en 2011 un cours aussi inexorable\u00a0? D\u2019une part parce qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 inscrite dans sa construction-m\u00eame, le f\u00e9d\u00e9ralisme fiscal n\u00e9cessaire au fonctionnement d\u2019une monnaie associ\u00e9e \u00e0 une zone \u00e9conomique ayant \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable par ses fondateurs. D\u2019autre part parce que les quelques mesures qui furent prises \u00e0 partir de 2008 n\u2019endigu\u00e8rent pas la d\u00e9composition mais la pr\u00e9cipit\u00e8rent au contraire, pour la raison tr\u00e8s simple qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas v\u00e9ritablement destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre correctives mais visaient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 achever \u00e0 marche forc\u00e9e la mise en place du programme ultralib\u00e9ral qui avait \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970, alors que son pr\u00e9suppos\u00e9 fondateur, l\u2019autor\u00e9gulation (justifiant la d\u00e9r\u00e9gulation et les privatisations), avait vu son existence d\u00e9mentie par les faits d\u00e8s les tout premiers jours de la crise en 2007.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part de l\u2019exp\u00e9dition, la cord\u00e9e euro se composait de dix-sept nations. Quand l\u2019ann\u00e9e 2011 d\u00e9buta, deux de ses membres, la Gr\u00e8ce et l\u2019Irlande, pendaient d\u00e9j\u00e0 dans le vide. Le Portugal rejoignit rapidement leurs rangs. Il en restait quatorze \u00e0 s\u2019arc-bouter pour soutenir le poids des trois autres. Au fil des mois, les agences de notation firent patiemment le d\u00e9compte des forces d\u00e9clinantes de ceux qui n\u2019avaient pas encore perdu pied. \u00c0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, ce furent l\u2019Italie et l\u2019Espagne dont les taux r\u00e9clam\u00e9s par des pr\u00eateurs \u00e9ventuels pour des obligations de maturit\u00e9 dix ans, d\u00e9pass\u00e8rent le niveau insoutenable des 6,5 %. Si ces deux-l\u00e0 devaient tomber c\u2019en serait fini de la zone euro, la force conjugu\u00e9e des membres restants de la cord\u00e9e \u00e9tant bien insuffisante \u00e0 soutenir ceux qui avaient d\u00e9j\u00e0 chu.<\/p>\n<p>D\u00e9gradation lente et inexorable de la zone euro d\u2019une part, dette publique am\u00e9ricaine de l\u2019autre, dont le plafond dut \u00eatre rehauss\u00e9, ayant atteint son seuil l\u00e9gal, le d\u00e9bat sur la question soulignant une polarisation in\u00e9dite du monde politique, et d\u00e9bouchant sur un ralliement inattendu de Barack Obama \u00e0 certaines th\u00e8ses les plus extr\u00eames du parti r\u00e9publicain\u00a0: celles d\u00e9fendues par son courant Tea Party, ralliement qui devait d\u00e9moraliser une part substantielle de l\u2019\u00e9lectorat du pr\u00e9sident am\u00e9ricain. L\u2019accord pass\u00e9 de justesse avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance initiale du 2 ao\u00fbt consistait essentiellement \u00e0 reporter la solution des probl\u00e8mes \u00e0 la fin du mois de novembre, \u00e9poque o\u00f9 une solution ne put davantage \u00eatre trouv\u00e9e, ce qui d\u00e9clencha la mise en application m\u00e9canique d\u2019un certain nombre de mesures pr\u00e9vues par d\u00e9faut en ao\u00fbt et qui impacteront essentiellement \u00e0 partir de 2013 l\u2019industrie de l\u2019armement, les compagnies pharmaceutiques et le secteur hospitalier priv\u00e9.<\/p>\n<p>Les rem\u00e8des connus \u00e0 la concentration des richesses sont peu nombreux. Le plus raisonnable\u00a0: celui d\u2019une redistribution pacifique du patrimoine trop concentr\u00e9, est certainement le moins pratiqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019histoire. La r\u00e9volution confisque et exproprie pour redistribuer\u00a0; pourtant, faute de s\u2019en prendre aux v\u00e9ritables causes de la concentration des richesses, elle tend \u00e0 remplacer rapidement l\u2019ancienne aristocratie par une autre, fond\u00e9e sur un nouveau principe\u00a0: l\u2019argent au lieu de la terre, pour prendre un exemple. Enfin, la guerre qui d\u00e9truit tout, redistribue provisoirement le patrimoine par un grand nivellement par le bas. C\u2019est elle qui offre la solution la plus commode puisqu\u2019elle n\u2019exige d\u2019autocritique de la part de personne et permet au contraire \u00e0 chacun de s\u2019exon\u00e9rer de ses propres fautes en d\u00e9signant un coupable se trouvant de mani\u00e8re tr\u00e8s pratique dans un autre endroit. Syrie, Iran, Pakistan\u00a0? Les candidats pour 2012 ne manquent pas \u00e0 l\u2019appel.<\/p>\n<p>L\u2019homme de l\u2019ann\u00e9e fut sans conteste le premier ministre grec Georges Papandr\u00e9ou qui, apr\u00e8s avoir obtenu de ses partenaires au sein de la zone euro un accord relatif \u00e0 la restructuration de la dette de son pays \u00e0 l\u2019issue d\u2019un interminable marathon, leur rappelait les principes d\u00e9mocratiques en d\u00e9cidant cinq jours plus tard que le peuple grec ent\u00e9rinerait cet accord par voie de r\u00e9f\u00e9rendum. Tant de nouvelles contradictoires jetaient le d\u00e9sarroi au sein des capitales europ\u00e9ennes. Papandr\u00e9ou dut cependant faire rapidement machine-arri\u00e8re. Le march\u00e9 des capitaux dirigeait d\u00e9sormais le monde et les vell\u00e9it\u00e9s de courage politique ne firent pas long feu en 2011 devant son cruel r\u00e9alisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Karim Bitar m&rsquo;a demand\u00e9 un bilan de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re pour L&rsquo;ENA hors-les-murs, la revue qu&rsquo;il dirige avec talent. Voici ce bilan (N\u00b0 417 : 32-33). <\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plaignons parmi les politiques, les fonctionnaires et les financiers, ceux qui sont convaincus de s\u2019\u00eatre donn\u00e9s sans mesure, d\u2019avoir consacr\u00e9 le meilleur d\u2019eux-m\u00eames \u00e0 changer la face du monde [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,204,307,1627,1362,18],"tags":[98,26,518,45,1076,245,711,243],"class_list":["post-32750","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-europe","category-finance","category-geopolitique-2","category-indignes","category-monde-financier","tag-barack-obama","tag-capitalisme","tag-georges-papandreou","tag-karl-marx","tag-marche-des-capitaux","tag-tea-party","tag-ultraliberalisme","tag-zone-euro"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32750","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32750"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32750\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46713,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32750\/revisions\/46713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32750"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32750"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32750"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}