{"id":32968,"date":"2012-01-20T16:55:43","date_gmt":"2012-01-20T15:55:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=32968"},"modified":"2013-01-02T00:56:49","modified_gmt":"2013-01-01T23:56:49","slug":"lactualite-de-la-crise-la-difficile-gestation-du-plan-a-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/01\/20\/lactualite-de-la-crise-la-difficile-gestation-du-plan-a-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LA DIFFICILE GESTATION DU PLAN A&rsquo;<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>A qui se raccrochent aujourd\u2019hui ceux qui esp\u00e8rent s\u2019en tirer sans avoir \u00e0 sortir du cadre ? A ces ultimes sauveurs que sont les banques centrales et le FMI, peut-on constater. Les premi\u00e8res agissant chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, le r\u00f4le du second \u00e9tant appel\u00e9 \u00e0 se renforcer.<\/p>\n<p>Pour les banques centrales, ce n\u2019est pas une nouveaut\u00e9, si l\u2019on se rappelle le r\u00f4le d\u00e9terminant jou\u00e9 par la Fed d\u00e8s le d\u00e9but de la crise, mais cela l\u2019est en Europe pour la BCE, qui n\u2019a enclench\u00e9 la vitesse sup\u00e9rieure qu\u2019apr\u00e8s avoir beaucoup tard\u00e9. Quant au FMI, si sa mont\u00e9e en puissance date du G20 de Londres en avril 2009, peut-on oublier que les \u00c9tats-Unis r\u00e9clamaient le d\u00e9mant\u00e8lement de son activit\u00e9 de pr\u00eat lors de la nomination au poste de directeur g\u00e9n\u00e9ral de Dominique Strauss-Kahn, en 2007 ?<\/p>\n<p><!--more-->D\u00e9sormais au chevet de l\u2019Europe, la BCE et le FMI sont promis \u00e0 un fabuleux destin. Une division du travail attribue \u00e0 la premi\u00e8re le sauvetage des banques et, tout du moins dans la zone euro, au second celui des \u00c9tats. Mario Draghi joue depuis peu les \u201cHelicopter Ben\u201d (*) en inondant les banques de liquidit\u00e9s, tandis que Christine Lagarde peine \u00e0 r\u00e9unir le financement de futurs <em>pr\u00eats par pr\u00e9caution<\/em> aux \u00c9tats, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des <em>plans de sauvetage<\/em> d\u00e9sormais de triste m\u00e9moire. A l\u2019un la gestion du d\u00e9sendettement de la dette priv\u00e9e, \u00e0 l\u2019autre celle de la dette publique.<\/p>\n<p>La le\u00e7on a \u00e9t\u00e9 longue a \u00eatre tir\u00e9e, mais il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019adapter la strat\u00e9gie de d\u00e9sendettement d&rsquo;origine, afin de tenir compte de l\u2019insuffisance flagrante de ses r\u00e9sultats et des difficult\u00e9s croissantes de son application. Non pas en la modifiant, mais en lui donnant plus de temps pour faire ses preuves. En adoptant somme toute une attitude de banquier, ou bien de politique : le premier \u00e9tale les dettes quand elles ne peuvent pas \u00eatre rembours\u00e9es pour ne pas affronter un d\u00e9faut, le second cherche \u00e0 refiler la patate chaude \u00e0 ses successeurs, le plus tard possible.<\/p>\n<p>Le capitalisme financier a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte \u201cun pont trop loin\u201d. Ou, pour le dire comme Mohamed El-Rian, dirigeant am\u00e9ricain de Pimco (le plus grand fonds d\u2019investissement sur le march\u00e9 obligataire), la soci\u00e9t\u00e9 a connu avec l\u2019hypertrophie de la finance \u201cla m\u00e8re de toutes les overdoses de capitalisme\u201d. Prenant \u00e0 contre-pied ceux qui consid\u00e9raient que le <em>capitalisme financier<\/em> \u00e9tait la succession naturelle des \u00e9tats pr\u00e9c\u00e9dents de d\u00e9veloppement du capitalisme, passant en terme d\u2019activit\u00e9 dominante de l\u2019agriculture \u00e0 l\u2019industrie pour parvenir \u00e0 la finance.<\/p>\n<p>En accentuant les d\u00e9s\u00e9quilibres dans la r\u00e9partition de la richesse, et en augmentant l\u2019endettement pour y rem\u00e9dier tout en \u00e9coulant une production de plus en plus d\u00e9localis\u00e9e vers les <em>pays \u00e9mergents<\/em>, le capitalisme financier a cr\u00e9\u00e9 les conditions de sa propre implosion. Deux gigantesques bulles de dettes se sont gonfl\u00e9es, priv\u00e9es et publiques, qui n\u2019en font dans la pratique qu\u2019une seule, car elles communiquent. Elles ont atteint une dimension telle que le <em>d\u00e9sendettement<\/em> permettant de les r\u00e9sorber &#8211; apr\u00e8s qu&rsquo;elles ont crev\u00e9 &#8211; pose comme il est vu au fil des semaines et des mois des probl\u00e8mes qui restent insolubles.<\/p>\n<p>La nouvelle version de la strat\u00e9gie de d\u00e9sendettement en cours de concr\u00e9tisation vise donc \u00e0 se donner plus de temps, en esp\u00e9rant qu\u2019il sera ainsi possible de ne pas devoir en changer. Il faut pour cela r\u00e9unir des financements pour \u00e9taler la charge financi\u00e8re, soit en accordant des colossaux pr\u00eats \u00e0 trois ans aux banques &#8211; dont le montant final, apr\u00e8s la seconde injection de fin septembre, d\u00e9passera probablement le montant du TARP am\u00e9ricain de 700 milliards de dollars &#8211; soit en d\u00e9gageant aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 internationale, et en premier lieu des \u00c9tats qui concentrent aujourd\u2019hui les r\u00e9serves mon\u00e9taires mondiales, les moyens de pr\u00eater \u00e0 ceux qui doivent se d\u00e9sendetter dans l\u2019urgence, sous forme de <em>pr\u00eat relais<\/em>. La somme n\u2019en sera pas moins cons\u00e9quente, puisque le FMI envisage de disposer d\u2019une capacit\u00e9 de pr\u00eat de 1.000 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Mais les obstacles \u00e0 la r\u00e9alisation de ce nouveau plan ne manquent pas, \u00e0 peine prend-il tournure. Les banques sont a priori les mieux loties, puisque les pr\u00eats dont elles b\u00e9n\u00e9ficient ne sont assortis d\u2019aucune <em>conditionnalit\u00e9<\/em>, except\u00e9 de pouvoir <em>mettre en pension<\/em> \u00e0 la BCE, qui a assoupli ses exigences de qualit\u00e9, du collat\u00e9ral en garantie. Mais elles doivent faire face \u00e0 de nombreuses difficult\u00e9s. Aussi bien la baisse de leur rendement &#8211; r\u00e9sultant d\u2019une addition de facteurs, dont la diminution de la taille de leur bilan et la mont\u00e9e de la r\u00e9cession &#8211; que la d\u00e9saffection des investisseurs \u00e0 leur \u00e9gard, corollaire de cette baisse potentielle des dividendes et du risque grandissant qu\u2019elles repr\u00e9sentent simultan\u00e9ment. Les <em>pr\u00eats relais<\/em> \u00e0 trois ans de la BCE seront-ils une m\u00e9decine suffisante, dans ces conditions, d&rsquo;autres bouleversements pouvant intervenir entretemps ?<\/p>\n<p>Les \u00c9tats occidentaux doivent pour leur part r\u00e9soudre une \u00e9quation autrement plus ardue. Comment r\u00e9duire une dette exprim\u00e9e en pourcentage du PIB alors qu\u2019ils sont globalement entr\u00e9s dans la r\u00e9cession, ou tout au bord, notamment sous les effets des coupes budg\u00e9taires qui leur sont impos\u00e9s ? Il est bien question de proc\u00e9der \u00e0 des <em>r\u00e9formes structurelles<\/em> afin d\u2019am\u00e9liorer la <em>comp\u00e9titivit\u00e9<\/em>, mais est-il r\u00e9ellement cr\u00e9dible de concurrencer l\u2019industrie des <em>pays \u00e9mergents<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 la <em>baisse du co\u00fbt du travail<\/em> et \u00e0 la diminution du <em>filet de protection<\/em> social ? La recette s&rsquo;appuie sur l&rsquo;id\u00e9e implicite que la croissance des exportations est la seule issue, impliquant une concurrence acharn\u00e9e pour que s&rsquo;en d\u00e9gagent les heureux \u00e9lus, pr\u00e9cipitant les autres dans la pire des situations.<\/p>\n<p>Ce qui conduit en passant \u00e0 constater que les <em>r\u00e9formes structurelles<\/em> ne sont pas pour tout le monde : elles s\u2019arr\u00eatent aux fronti\u00e8res du monde de la finance. Car si une chose est claire, dans cette crise faite d\u2019incertitudes, c\u2019est que les vell\u00e9it\u00e9s de r\u00e9gulation financi\u00e8re de d\u00e9part ont \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9es, et que celle-ci se r\u00e9sume \u00e0 peu de chose, une fois effectu\u00e9 son strict inventaire.<\/p>\n<p>Il y a dans l\u2019imm\u00e9diat un gros os \u00e0 ce plan. L\u2019exploration de nouveaux financements par le FMI a suscit\u00e9 un concert de r\u00e9serves hors de la zone euro. Toutes ne sont pas de m\u00eame nature. En cons\u00e9quence, on ne voit pas le congr\u00e8s r\u00e9publicain autoriser le gouvernement am\u00e9ricain, qui n&rsquo;envisage m\u00eame pas de le demander, \u00e0 apporter sa contribution. Ni les Chinois obtenir pour eux et d\u2019autres pays \u00e9mergents les droits de vote suppl\u00e9mentaires qu\u2019ils r\u00e9clament en contrepartie au sein du FMI. Les deux plus gros contributeurs potentiels faisant d\u00e9faut, quels montants vont pouvoir \u00eatre recueillis aupr\u00e8s des autres ? Les 600 milliards de dollars annonc\u00e9s seront-ils r\u00e9unis, ou faudra-t-il se contenter de moins ?<\/p>\n<p>Le temps presse pourtant, si l\u2019on en croit Mario Monti. Il vient de trouver le soutien public d\u2019Olli Rehn, le commissaire europ\u00e9en aux affaires \u00e9conomiques. Ce dernier met un march\u00e9 en main aux Allemands : soit vous augmentez les capacit\u00e9s de financement du futur M\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9 (MES), soit vous acceptez l\u2019\u00e9mission d\u2019euro-obligations ! C\u2019est dire la confiance qu\u2019il accorde \u00e0 la r\u00e9ussite de la politique engag\u00e9e !<\/p>\n<p>Christine Lagarde n\u2019en pense pas moins et va se rendre \u00e0 Berlin le 23 janvier pour se prononcer publiquement sur \u201cles d\u00e9fis de l\u2019\u00e9conomie mondiale en 2012 et le r\u00e9tablissement de la confiance et de la croissance\u201d. Selon une fuite parue dans \u201cIl sole 24 ore\u201d, le FMI s\u2019appr\u00eaterait parall\u00e8lement \u00e0 annoncer que l\u2019Europe va conna\u00eetre en 2012 une r\u00e9cession (chiffr\u00e9e \u00e0 -0,5%), l\u2019Espagne atteignant -1,7%, une situation que l\u2019Italie subirait \u00e9galement en 2013. Le gouvernement allemand a d\u00e9j\u00e0 d\u00fb de son c\u00f4t\u00e9 abaisser ses propres pr\u00e9visions, qui pr\u00e9voient d\u00e9sormais une croissance ramen\u00e9e \u00e0 +0,7%.<\/p>\n<p>Il ne faut pas chercher ailleurs plus grand obstacle \u00e0 la r\u00e9alisation de la strat\u00e9gie suivie, m\u00eame remise au go\u00fbt du jour. La BCE se substitue au march\u00e9 et les Etats cherchent \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier, via un montage impliquant le FMI et les pays hors de la zone euro, d\u2019une forme de mutualisation de la dette que l\u2019Allemagne refuse en Europe. Tout cela est tr\u00e8s pr\u00e9caire devant une \u00e9conomie qui bat de l&rsquo;aile.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br \/>\n(*) Surnom donn\u00e9 \u00e0 Ben Bernanke, le pr\u00e9sident de la Fed, en raison de son ralliement \u00e0 une politique de sortie de crise sugg\u00e9r\u00e9e autrefois par Milton Friedman : gr\u00e2ce \u00e0 un l\u00e2cher massif de <em>liquidit\u00e9s<\/em> par h\u00e9licopt\u00e8re, ainsi que proc\u00e8dent les pompiers pour \u00e9teindre les incendies.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>A qui se raccrochent aujourd\u2019hui ceux qui esp\u00e8rent s\u2019en tirer sans avoir \u00e0 sortir du cadre ? A ces ultimes sauveurs que sont les banques centrales et le FMI, peut-on constater. Les premi\u00e8res agissant chacune \u00e0 leur mani\u00e8re, le r\u00f4le du second \u00e9tant appel\u00e9 \u00e0 se renforcer.<\/p>\n<p>Pour les banques centrales, ce n\u2019est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[],"class_list":["post-32968","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32968","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32968"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32968\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46698,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32968\/revisions\/46698"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32968"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}