{"id":33075,"date":"2012-01-23T15:40:38","date_gmt":"2012-01-23T14:40:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=33075"},"modified":"2013-01-02T00:56:47","modified_gmt":"2013-01-01T23:56:47","slug":"lactualite-de-la-crise-au-coeur-des-contradictions-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/01\/23\/lactualite-de-la-crise-au-coeur-des-contradictions-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>AU COEUR DES CONTRADICTIONS<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Au marathon des n\u00e9gociations qui se poursuivaient depuis des semaines \u00e0 propos de la restructuration de la dette grecque a succ\u00e9d\u00e9 un s\u00e9rieux bras de fer. Apr\u00e8s avoir faussement \u201csuspendu\u201d les discussions la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, Charles Dallara &#8211; le n\u00e9gociateur en chef c\u00f4t\u00e9 cr\u00e9anciers &#8211; a pris samedi l\u2019avion depuis Ath\u00e8nes pour venir n\u00e9gocier \u00e0 Paris aupr\u00e8s d\u2019interlocuteurs non identifi\u00e9s. Arguant qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9 au bout des concessions et en \u00e9tait \u00e0 \u201cla proposition maximale qui peut se faire dans le cadre d\u2019un plan d\u2019\u00e9change dit volontaire\u201d. Un chantage au d\u00e9faut sur la dette grecque, pour le dire directement.<\/p>\n<p>Si cette position intransigeante devait \u00eatre maintenue, il ne resterait plus aux dirigeants europ\u00e9ens et au FMI qu&rsquo;\u00e0 soit mettre davantage au pot, soit exiger de nouvelles coupes et r\u00e9formes du gouvernement grec pour compenser la partie des 100 milliards d\u2019euros de diminution de la dette grecque que les banques n\u2019effaceront pas. Toutes les parties au sein de la n\u00e9gociation \u00e9vitent cependant soigneusement de formuler aussi clairement l\u2019enjeu.<\/p>\n<p><!--more-->Un ballet de rendez-vous et de r\u00e9unions s\u2019en est donc suivi. En premier lieu \u00e0 Berlin, o\u00f9 tout le monde se presse d\u00e9sormais. Angela Merkel a successivement re\u00e7u Christine Lagarde, Jos\u00e9 Manuel Barroso et Herman Van Rompuy, en ouverture de la premi\u00e8re r\u00e9union de l\u2019ann\u00e9e des ministres des finances de la zone euro, ce lundi en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Elio di Rupo, le premier ministre belge, s&rsquo;est entretenu aujourd&rsquo;hui avec la responsable allemande et Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, devrait suivre dans 3 jours&#8230; Il reste une semaine avant la tenue du prochain sommet europ\u00e9en cens\u00e9 boucler le dossier grec, afin que l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du 20 mars puisse \u00eatre pass\u00e9e.<\/p>\n<p>Le contexte dans lequel vont se poursuivre les n\u00e9gociations est lui-m\u00eame en train d\u2019\u00e9voluer. Petit \u00e0 petit, un front anti-Merkel se renforce, avec pour principal objectif d\u2019obtenir &#8211; \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un sommet pr\u00e9vu en mars prochain &#8211; un renforcement des \u201cpare-feux\u201d financiers. En esp\u00e9rant que cela aura un effet dissuasif sur <em>les march\u00e9s<\/em> ou en craignant qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de les actionner, justifiant qu\u2019ils soient correctement dimensionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Christine Lagarde a prononc\u00e9 ce lundi matin \u00e0 Berlin un discours dans lequel elle a estim\u00e9 n\u00e9cessaire la cr\u00e9ation \u201cd\u2019obligations conjointes\u201d (pour ne pas dire euro-obligations) et le renforcement \u201csubstantiel\u201d des ressources permettant des pr\u00eats aux pays en difficult\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, elle a manifest\u00e9 la crainte que l\u2019Italie et l\u2019Espagne n\u2019entrent dans une \u201ccrise de solvabilit\u00e9\u201d, si ces deux pays ne sont pas soutenus financi\u00e8rement.<\/p>\n<p>Avec des nuances secondaires, Mario Draghi et Mario Monti se sont clairement exprim\u00e9s \u00e0 ce m\u00eame propos ; les Espagnols, les Fran\u00e7ais et les Portugais \u00e9tant globalement sur la m\u00eame ligne. Certains pr\u00e9conisent d\u2019accroitre la taille du FESF (fonds europ\u00e9en de stabilit\u00e9 financi\u00e8re), en la doublant pour arriver \u00e0 1.000 milliards d\u2019euros, d\u2019autres d\u2019additionner les <em>forces de frappe<\/em> financi\u00e8res du FESF et du futur MES, d\u2019autres encore d\u2019accro\u00eetre celle du MES (m\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9) \u00e0 sa cr\u00e9ation, qui sera au d\u00e9part dot\u00e9, dans l\u2019\u00e9tat cruel des choses, de 80 milliards d\u2019euros et d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019emprunt de 500 milliards d\u2019euros. Chacun vient avec ses petits soucis et ses gros rem\u00e8des.<\/p>\n<p>La BCE voudrait pouvoir stopper ses achats obligataires sur le march\u00e9 secondaire et qu\u2019un relais solide soit trouv\u00e9 ; les Italiens savent combien il va \u00eatre p\u00e9rilleux d\u2019assurer la poursuite du refinancement de leur dette et voudraient avec les Espagnols disposer d\u2019un filet de s\u00e9curit\u00e9, en esp\u00e9rant que sa simple existence fera baisser les taux du march\u00e9.<\/p>\n<p>Angela Merkel maintient pour l\u2019instant sa ferme opposition \u00e0 ce que soit d\u00e9pass\u00e9 un montant maximum de 500 milliards d\u2019euros d\u2019engagements europ\u00e9ens, ce qui serait notoirement insuffisant s\u2019il fallait d\u00e9cider d\u2019aider, comme ils le souhaitent, les Italiens et les Espagnols \u00e0 sortir du pi\u00e8ge dans lequel ils se trouvent d\u00e9j\u00e0 en se finan\u00e7ant vaille que vaille aux taux actuels du march\u00e9.<\/p>\n<p>Les Italiens vont devoir refinancer 90 milliards d\u2019euros de dette d\u2019ici avril prochain. Comme l\u2019Espagne, l&rsquo;Italie semble finalement avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 pour ses premi\u00e8res \u00e9missions de l\u2019ann\u00e9e des achats de ses banques nationales, qui ont \u00e9t\u00e9 de loin les plus grandes b\u00e9n\u00e9ficiaires de la facilit\u00e9 de pr\u00eat \u00e0 trois ans de la banque centrale europ\u00e9enne (116 milliards d\u2019euros ont \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9s aux banques italiennes, soit pr\u00e8s de 25 % du total). Ce m\u00e9canisme peut-il continuer \u00e0 fonctionner ainsi, reposant exclusivement sur des investisseurs italiens qui poss\u00e9deraient d\u00e9sormais 60 % de la dette du pays ? Ceux-ci privil\u00e9giant l\u2019achat de la dette \u00e0 court terme, que va-t-il en \u00eatre pour les \u00e9missions \u00e0 longue maturit\u00e9, dont les taux ont tr\u00e8s peu baiss\u00e9 ? La tentation est grande, du c\u00f4t\u00e9 du Tr\u00e9sor italien, de minorer ces \u00e9missions pour privil\u00e9gier celles de titres \u00e0 maturit\u00e9 courte. Mais Standard&#038;Poor\u2019s a d\u00e9j\u00e0 signifi\u00e9 que cela diminuerait la qualit\u00e9 de la signature italienne&#8230; Un vrai dilemme !<\/p>\n<p>Jos\u00e9 Manuel Garcia-Margallo, le ministre espagnol des affaires \u00e9trang\u00e8res, a de son c\u00f4t\u00e9 annonc\u00e9 la couleur en r\u00e9clamant de plus amples efforts de l\u2019Union europ\u00e9enne en faveur de la croissance, afin de ne pas uniquement se concentrer sur les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Il a \u00e9voqu\u00e9 l\u2019intervention de la Banque Europ\u00e9enne d\u2019Investissement (BEI) et les cr\u00e9dits non utilis\u00e9s du budget de la Commission europ\u00e9enne, en faisant r\u00e9f\u00e9rence au Plan Marshall am\u00e9ricain du lendemain de la seconde guerre mondiale. La Banque d\u2019Espagne vient d\u2019annoncer un retour \u00e0 la r\u00e9cession avec des pr\u00e9visions de r\u00e9duction de 1,5 % du PIB en 2012, s\u2019attendant \u00e0 une \u201ccontraction significative\u201d de la consommation en raison de l\u2019impact des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et du niveau de l\u2019emploi. Le taux de ch\u00f4mage officiel est de 21,5 %, ce qui repr\u00e9sente 5,4 millions de ch\u00f4meurs. Crist\u00f3bal Montoro, le ministre du budget pr\u00e9conise de son c\u00f4t\u00e9 de revoir l\u2019objectif de r\u00e9duction de la dette. Fix\u00e9 pour 2012 \u00e0 4,4 % du PIB, il est fond\u00e9 sur des pr\u00e9visions de croissance totalement d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par l\u2019Italie et l\u2019Espagne r\u00e9sument bien l\u2019impasse de la strat\u00e9gie impos\u00e9e par le gouvernement allemand et la BCE.<\/p>\n<p>La tenue ce lundi matin du Conseil \u00e9conomique et financier franco-allemand, sans que soit publi\u00e9 un communiqu\u00e9 final, a donn\u00e9 lieu \u00e0 un \u00e9trange \u00e9pisode. Le Financial Times avait fait \u00e9tat d\u2019une demande d\u2019assouplissement de <em>B\u00e2le III<\/em> dans les tuyaux, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mentie en conf\u00e9rence de presse par Wolfgang Sch\u00e4uble devant un Fran\u00e7ois Baroin peu locace sur le sujet. Selon le quotidien, qui n\u2019\u00e9tait pas avare de d\u00e9tails, la publication des ratios d\u2019endettement des banques pourrait \u00eatre repouss\u00e9e de 2015 \u00e0 2018, afin d\u2019\u00e9viter les effets n\u00e9gatifs sur la croissance &#8211; c\u2019est \u00e0 dire la diminution du cr\u00e9dit, pour \u00eatre clair &#8211; ainsi qu\u2019un traitement sp\u00e9cial en faveur des banques d\u00e9tentrices de compagnies d\u2019assurance (c\u2019est notamment le cas de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale et du Cr\u00e9dit Agricole en France).<\/p>\n<p>Ce qui est certain, m\u00eame si les d\u00e9bats \u00e0 ce sujet ne sont d\u2019\u00e9vidence pas destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre tenus en public, c\u2019est que les dirigeants europ\u00e9ens sont entr\u00e9s dans une phase intense de discussion \u00e0 propos de l\u2019application en Europe de la r\u00e8glementation <em>B\u00e2le III<\/em>. Dans le contexte de banques allemandes et fran\u00e7aises notoirement consid\u00e9r\u00e9es comme sous-capitalis\u00e9es, l\u2019opposition est forte avec les positions britanniques, qui sont par contre \u00e0 l\u2019offensive sur le dossier de la r\u00e9vision de la directive sur les march\u00e9s d\u2019instruments financiers (MIF en fran\u00e7ais, MiFiD en anglais). \u00c0 chacun son petit souci, d\u00e9cid\u00e9ment.<\/p>\n<p>La bataille fait rage. Michel Barnier, le commissaire europ\u00e9en en charge du commerce int\u00e9rieur, s\u2019est oppos\u00e9 \u00e0 la demande britannique que la r\u00e9forme du MIF fasse l\u2019objet d\u2019une adoption \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, ce qui aurait donn\u00e9 de facto un droit de v\u00e9to outre-Manche. Arguant que cela d\u00e9clencherait une dynamique pouvant aboutir \u00e0 la fin du march\u00e9 unique, si les services financiers faisaient l\u2019objet de proc\u00e9dures particuli\u00e8res, les prenant ainsi \u00e0 contre-pied. \u00c0 propos de ce train de r\u00e9formes, George Osborne, chancelier de l&rsquo;\u00c9chiquier, a r\u00e9cemment consid\u00e9r\u00e9 que ces projets \u201c\u00e9taient une balle destin\u00e9e \u00e0 atteindre la City en plein c\u0153ur\u201d, ce qui montre qu\u2019il ne s\u2019agir pas d\u2019une petite affaire.<\/p>\n<p>Une grande confusion r\u00e8gne \u00e0 propos de la taxe sur les transactions financi\u00e8res, qui sert d\u2019\u00e9tendard \u00e0 ceux qui veulent montrer qu&rsquo;avec eux les banques ne l&#8217;emporteront pas au paradis. Confusion non seulement sur le calendrier de son instauration et son champ d\u2019application &#8211; les Britanniques y \u00e9tant farouchement oppos\u00e9s &#8211; mais \u00e9galement sur son assiette. Des rumeurs &#8211; d\u00e9menties par les Fran\u00e7ais &#8211; faisaient \u00e9tat de l\u2019hypoth\u00e8se de r\u00e9duire dans un premier temps la taxe aux seules op\u00e9rations boursi\u00e8res. Qui pour le coup existe au Royaume-Uni, et qui avait \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e par Nicolas Sarkozy en France ! Les Allemands sont \u00e0 la recherche d\u2019une \u201csolution europ\u00e9enne\u201d, cherchant prioritairement \u00e0 passer un accord avec les Britanniques \u00e0 propos de la r\u00e9vision du Trait\u00e9 de Lisbonne et l\u2019adoption du <em>pacte budg\u00e9taire<\/em>.<\/p>\n<p>Enfin, la parution du \u201clivre vert\u201d \u00e0 propos de la <em>convergence fiscale<\/em> a \u00e9t\u00e9 report\u00e9e, pour des raisons qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es. On voudrait bien savoir pourquoi les dossiers de la r\u00e9glementation financi\u00e8re b\u00e9n\u00e9ficieraient d\u2019une plus grande clart\u00e9 que le reste !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au marathon des n\u00e9gociations qui se poursuivaient depuis des semaines \u00e0 propos de la restructuration de la dette grecque a succ\u00e9d\u00e9 un s\u00e9rieux bras de fer. 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