{"id":33466,"date":"2012-02-04T19:23:58","date_gmt":"2012-02-04T18:23:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=33466"},"modified":"2013-01-02T00:54:19","modified_gmt":"2013-01-01T23:54:19","slug":"les-pecheurs-dhouat-1983","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/02\/04\/les-pecheurs-dhouat-1983\/","title":{"rendered":"<b>LES P\u00caCHEURS D&rsquo;HOUAT (1983)<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Les \u00c9ditions du Croquant vont r\u00e9\u00e9diter mon premier livre, publi\u00e9 originellement par Hermann mais depuis longtemps \u00e9puis\u00e9. Voici ce qui sera la \u00ab\u00a0Pr\u00e9face 2012 \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019ai habit\u00e9 dans l\u2019\u00cele de Houat de f\u00e9vrier 1973 \u00e0 mai 1974. J\u2019y suis retourn\u00e9 plusieurs fois dans les ann\u00e9es qui ont suivi, la derni\u00e8re fois en 1978. La fois qui serait la suivante, ce fut en 2010. De l\u2019eau avait coul\u00e9 sous les ponts. Beaucoup d\u2019eau de mer avait coul\u00e9, au rythme des mar\u00e9es, entre Valuec et le Grand Coin.<\/p>\n<p>Je pensais souvent \u00e0 Houat. Je me disais : \u00ab La prochaine fois que je vois Jean-Michel, il faudra que je lui dise ceci \u00bb ou \u00ab Tiens ! il faudra que je demande \u00e0 Rapha\u00ebl ! \u00bb. En ao\u00fbt 2011, quand Brigitte Chevet tournait <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=33161\" target=\"_blank\">pour FR 3 un petit film<\/a> sur un anthropologue qui retourne dans l\u2019\u00cele de Houat quarante ans plus tard, j\u2019ai pass\u00e9 beaucoup de temps dans le petit cimeti\u00e8re \u00e0 propos duquel Jean-Michel pr\u00e9cis\u00e9ment m\u2019avait un jour dit : \u00ab On s\u2019y serrerait un peu pour toi s\u2019il le fallait \u00bb. Je lui ai dit, et \u00e0 Rapha\u00ebl, ce que je voulais leur dire. Oui, je sais, \u00e7a ne sert \u00e0 rien de parler aux morts.<\/p>\n<p>Il y a aussi les vivants. J\u2019ai pu poser enfin, trente-huit ans plus tard, une bise sur la joue d\u2019une jeune fille dont j\u2019avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s amoureux. Elle \u00e9tait belle comme le jour, mais elle n\u2019avait que quinze ans. Quand on s\u2019est revus, j\u2019ai avou\u00e9 \u00e0 Jo, au creux de l\u2019oreille, mon amour secret dans les ann\u00e9es soixante-dix. Jo n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de vendre la m\u00e8che : \u00ab Tu t\u2019en doutais ? \u00bb, a-t-il demand\u00e9 \u00e0 la dame. \u00ab Eh bien oui ! \u00bb, a-t-elle r\u00e9pondu : \u00ab Il m\u2019envoyait des cartes-postales qui \u00e9taient des photos de moi ! \u00bb Zut, moi qui m\u2019imaginais avec le recul avoir \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s discret.<\/p>\n<p>Houat a beaucoup chang\u00e9. Je ne vexerai personne en disant que l\u2019\u00eele en 1973 n\u2019\u00e9tait pas bien riche. Pas de jardinets proprets comme maintenant devant les maisons \u00e0 l\u2019\u00e9poque : plut\u00f4t un chantier, une aire de travail o\u00f9 l\u2019on ramendait les filets, o\u00f9 l\u2019on construisait surtout les casiers \u2013 les pi\u00e8ges \u2013 \u00e0 crabes, \u00e0 homards, \u00e0 crevettes, avec des planches en pin, des tiges de ch\u00e2taigner, du filet en coton. Le casier \u00e0 crevettes, un fois construit, se trempait dans le coaltar bouillant, et toute l\u2019\u00eele en \u00e9tait alors embaum\u00e9e. Aujourd\u2019hui, tout \u00e7a est en plastique.<\/p>\n<p>Plus de la moiti\u00e9 des maisons maintenant \u00e0 Houat appartiennent \u00e0 des touristes. De mon temps, \u00e0 une exception pr\u00e8s, les maisons des touristes n\u2019\u00e9taient pas au village : ils s\u2019en faisaient construire, qui dominaient la grand-plage, ou au creux d\u2019anses bien abrit\u00e9es. Aujourd\u2019hui, les touristes habitent au village. Ils sont gentils, la question n\u2019est pas l\u00e0, mais cela veut dire des logements vides pratiquement toute l\u2019ann\u00e9e et des \u00ab prix de touriste \u00bb pour les maisons quand elles sont \u00e0 vendre. Tant mieux pour le Houatais qui peut vendre la sienne \u00e0 ce prix-l\u00e0. Tant pis pour les jeunes m\u00e9nages qui ne peuvent plus s\u2019offrir une \u00ab maison dans un village pittoresque de p\u00eacheurs \u00e0 15 km seulement de Quiberon \u00bb. Une maison o\u00f9 vivre, l\u2019une de ces choses qu\u2019il faudrait enfin extraire des griffes de la sp\u00e9culation.<\/p>\n<p>En 1973, l\u2019\u00cele de Houat, c\u2019\u00e9tait une usine \u00e0 faire la p\u00eache. Jo de l\u2019H\u00f4tel et moi, \u00e0 deux, on a cuit 22 tonnes de crevettes cet hiver l\u00e0. On partait en mer \u00e0 1h du matin, on revenait vers 14h, et quand les touristes nous croisaient dans les rues du village en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, ils se disaient : \u00ab Ils ne travaillent pas tellement, ces gars-l\u00e0 ! \u00bb Un jour, au Vas Pell, avec un vent force 9 ou quelque chose comme \u00e7a, entre deux vagues \u00e9cumantes qui couvraient le pont d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre \u00e0 chaque fois, et nous envoyaient valdinguer entre les r\u00e9cifs sur notre coquille de noix, Jean-Michel arrive \u00e0 me crier : \u00ab Un touriste que j\u2019avais pris au mois d\u2019ao\u00fbt me disait : \u2018Ah ! quel beau m\u00e9tier vous faites l\u00e0 !\u2019 \u00bb La mer, en-dehors du mois d\u2019ao\u00fbt, c\u2019est une sacr\u00e9e peau de vache. Peu d\u2019accidents \u00e0 la p\u00eache qui ne soient pas mortels, comme \u00e0 la mine, comme \u00e0 l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p>La p\u00eache a bien chang\u00e9 aussi : des esp\u00e8ces sur lesquelles on comptait sont parties vers le Nord, avec la mer qui se r\u00e9chauffe. Le prix des captures est devenu \u00ab objectif \u00bb, traduisez : \u00ab Il n\u2019y a plus que le point de vue de l\u2019acheteur qui compte \u00bb. Plus moyen de \u00ab d\u00e9fendre sa p\u00eache \u00bb, comme on le faisait avant. On n\u2019arr\u00eate pas le progr\u00e8s. On n\u2019arr\u00eate pas le retour en force de la loi du plus fort, devrait-on dire.<\/p>\n<p>Une fus\u00e9e rouge monte et brille au ciel dans le lointain. Un bateau en difficult\u00e9 ! Qui vient ? \u00ab Moi, moi ! \u00bb, dit un jeune gars de la ville. Je me souviendrai toujours de ces trois ou quatre visages de vrais marins qui se tournent alors vers moi, ces regards qui me fixent, qui me soup\u00e8sent, qui m\u2019\u00e9valuent, la t\u00eate un peu pench\u00e9e, un \u0153il ferm\u00e9. Et apr\u00e8s ce qui m\u2019a paru un tr\u00e8s long silence : \u00ab Allez ! C\u2019est bon. On y va ! \u00bb. Merci les Houatais, vous avez fait le plus beau cadeau qu\u2019on puisse faire : vous avez aid\u00e9 \u00e0 grandir ce jeune homme de 25 ans que vous appeliez gentiment : \u00ab Philosophe \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Les \u00c9ditions du Croquant vont r\u00e9\u00e9diter mon premier livre, publi\u00e9 originellement par Hermann mais depuis longtemps \u00e9puis\u00e9. Voici ce qui sera la \u00ab\u00a0Pr\u00e9face 2012 \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J\u2019ai habit\u00e9 dans l\u2019\u00cele de Houat de f\u00e9vrier 1973 \u00e0 mai 1974. 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