{"id":33508,"date":"2012-02-06T22:52:54","date_gmt":"2012-02-06T21:52:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=33508"},"modified":"2013-01-02T00:54:05","modified_gmt":"2013-01-01T23:54:05","slug":"chronique-dun-ete-1961","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/02\/06\/chronique-dun-ete-1961\/","title":{"rendered":"<b>CHRONIQUE D&rsquo;UN \u00c9T\u00c9 (1961)<\/b>"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai \u00e9crit une phrase du nouveau livre que je suis en train d\u2019\u00e9crire. Cinq minutes plus tard, je l\u2019examinais encore, m\u2019interrogeant sur ce qu\u2019elle pouvait bien vouloir dire. Alors, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de regarder un film.<\/p>\n<p>C\u2019est un des petits luxes que l\u2019on peut se permettre quand on a la grippe\u00a0: regarder un film en plein jour, sans que  vous taraude le sentiment qu\u2019il y a quelque chose d\u2019autre \u00e0 faire, de beaucoup plus important.<\/p>\n<p>Le film que j\u2019ai regard\u00e9 m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 ce matin au courrier\u00a0: la r\u00e9\u00e9dition de \u00ab\u00a0Chronique d\u2019un \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb de Jean Rouch et Edgar Morin, Prix de la critique internationale \u00e0 Cannes en 1961.<\/p>\n<p>Je ne l\u2019ai pas vu au moment o\u00f9 il est sorti, mais je dirais, au pifom\u00e8tre, cinq ans plus tard. Tout va vite\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je le vois, vers 1966, ce qui se passe \u00ab\u00a0loin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, c\u2019est la guerre du Vietnam, alors que durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1960, pendant lequel le film est tourn\u00e9, le \u00ab\u00a0loin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, pour les protagonistes, c\u2019est l\u2019Alg\u00e9rie et sa guerre d\u2019ind\u00e9pendance, c\u2019est le torpillage de l\u2019ind\u00e9pendance du Congo ex-belge par les milieux d\u2019affaires occidentaux qui n\u2019ont pas l\u2019intention de laisser s\u2019\u00e9chapper, comme \u00e7a, les mines du Katanga.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"630\" height=\"440\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/_MfBu2d2HiI\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><!--more-->C\u2019est remarquable, cette capacit\u00e9 que nous avons de voir les choses qui nous concernent de tout pr\u00e8s comme \u00e9tant \u00ab\u00a0loin\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb. Je pense \u00e0 Kepler qui, pendant que catholiques et protestants s\u2019\u00e9tripent au rez-de-chauss\u00e9e de la maison o\u00f9 il calcule l\u2019orbite de mars dans les \u00e9tages, consid\u00e8re avec agacement que la violence en-bas, ce n\u2019est pas son affaire.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me du film, c\u2019est demander \u00e0 des inconnus\u00a0: \u00ab\u00a0\u00cates-vous heureux\u00a0?\u00a0\u00bb Bien s\u00fbr, le temps qui passe fait que tous ces inconnus ne resteront pas tels\u00a0: le jeune \u00e9tudiant, par exemple, c\u2019est R\u00e9gis Debray. Ce qu\u2019ils nous disent nous parle encore\u00a0: les \u00ab\u00a0trente glorieuses\u00a0\u00bb doivent beaucoup de leur gloire manifestement au fait de s\u2019estomper dans les brumes du pass\u00e9. \u00ab\u00a0Presque heureux\u00a0\u00bb, dit l\u2019ex-militant d\u00e9sabus\u00e9 du PC. \u00ab\u00a0Presque heureuse\u00a0\u00bb, affirme sa femme, dont la capacit\u00e9 \u00e0 faire contre mauvaise fortune, bon c\u0153ur, semble infinie. \u00ab\u00a0Presque heureuse\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e8te la dactylo italienne suicidaire. Est-ce que nous ne sommes pas vraiment une esp\u00e8ce formidable\u00a0?<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma-v\u00e9rit\u00e9, ce ne sont ni Rouch, ni Morin bien s\u00fbr, qui l\u2019ont invent\u00e9\u00a0: le \u00ab\u00a0cin\u00e9ma-\u0153il\u00a0\u00bb de Dziga Vertov date de trente ans plus t\u00f4t, mais leur \u00ab\u00a0Chronique d\u2019un \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb en est une belle illustration, avec des trompe-l\u2019\u0153il et des mises en abyme, comme quand, \u00e0 la fin, les protagonistes sont film\u00e9s ayant termin\u00e9 de regarder le film auquel nous avons nous-m\u00eames \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s, et \u00e9mettant des opinions parfois tr\u00e8s dures sur la capacit\u00e9 des autres qu\u2019eux \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La conclusion, c\u2019est Morin qui la propose, fumant comme un pompier entre les vitrines du Mus\u00e9e de l\u2019Homme au Trocad\u00e9ro (en 1961, \u00ab\u00a01984\u00a0\u00bb \u00e9tait apparemment encore tr\u00e8s loin et il n\u2019y avait pas de gardiens dans les mus\u00e9es). Il fait remarquer \u00e0 Rouch que ceux de leurs acteurs qui \u00ab\u00a0interpr\u00e8tent\u00a0\u00bb leur propre histoire, n\u2019apparaissent \u00ab\u00a0pas assez vrais\u00a0\u00bb, alors que ceux qui oublient la cam\u00e9ra, et se d\u00e9boutonnent, sont eux \u00ab\u00a0beaucoup trop vrais\u00a0\u00bb. C\u2019est que nous n\u2019allons pas au cin\u00e9ma pour voir\u00a0la v\u00e9rit\u00e9\u00a0: la v\u00e9rit\u00e9, elle nous attend \u00e0 la maison jusqu\u2019\u00e0 plus soif. Nous allons au cin\u00e9ma pour voir du \u00ab\u00a0loin\u00a0\u00bb et de l\u2019\u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, en 3D, et avec le mot \u00ab\u00a0Fin\u00a0\u00bb dont on sait qu\u2019il appara\u00eetra immanquablement entre la 90<sup>e<\/sup> et la 120<sup>e<\/sup> minute, il suffit d\u2019attendre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chronique d\u2019un \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb est un film \u00e0 revoir en 2012 parce que la question \u00ab\u00a0\u00cates-vous heureux\u00a0?\u00a0\u00bb n\u2019a pas pris une ride et les r\u00e9ponses qu\u2019on y donnait il y a cinquante ans, non plus.<\/p>\n<p>==================<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.editionsmontparnasse.fr\/p1476\/Chronique-d-un-ete-DVD\">Chronique d\u2019un \u00e9t\u00e9<\/a>\u00a0\u00bb de Jean Rouch et Edgar Morin, disponible le 6 mars, \u00c9ditions Montparnasse \/ Argos Films<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai \u00e9crit une phrase du nouveau livre que je suis en train d\u2019\u00e9crire. Cinq minutes plus tard, je l\u2019examinais encore, m\u2019interrogeant sur ce qu\u2019elle pouvait bien vouloir dire. Alors, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de regarder un film.<\/p>\n<p>C\u2019est un des petits luxes que l\u2019on peut se permettre quand on a la grippe\u00a0: regarder un film en plein [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10,4],"tags":[1132,1706],"class_list":["post-33508","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","category-sociologie","tag-edgar-morin","tag-jean-rouch"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33508","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=33508"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33508\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46658,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33508\/revisions\/46658"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=33508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=33508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=33508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}