{"id":3363,"date":"2009-06-14T09:04:51","date_gmt":"2009-06-14T08:04:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3363"},"modified":"2009-06-14T11:54:44","modified_gmt":"2009-06-14T10:54:44","slug":"l%e2%80%99actualite-de-la-crise-l%e2%80%99impardonnable-est-arrive-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/06\/14\/l%e2%80%99actualite-de-la-crise-l%e2%80%99impardonnable-est-arrive-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L\u2019actualit\u00e9 de la crise : L\u2019impardonnable est arriv\u00e9, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>L\u2019IMPARDONNABLE EST ARRIVE <\/strong> <\/p>\n<p>Rien d\u2019un tant soi peu concret n\u2019est sorti de la r\u00e9union du G8 qui vient de se terminer en Italie et qui a r\u00e9uni les ministres des finances de l\u2019Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l\u2019Italie, de la Russie et du Japon. La prudence des formulations tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales du communiqu\u00e9 final, comme le silence fait sur certaines questions sensibles (l\u2019\u00e9valuation de l\u2019\u00e9tat du syst\u00e8me bancaire), illustrent ce qu\u2019il faut bien d\u00e9sormais appeler la paralysie de nombreux gouvernements, en premier lieu europ\u00e9ens quand il s\u2019agit d\u2019\u0153uvrer de concert \u00e0 une solution de la crise. <\/p>\n<p>Loin de s\u2019\u00e9claircir, la situation se complique. L\u2019opacit\u00e9 financi\u00e8re de d\u00e9part n\u2019est pas dissip\u00e9e, les crises financi\u00e8res et \u00e9conomiques se contaminent mutuellement, la globalisation de la crise g\u00e9n\u00e9rale contribue \u00e0 son approfondissement et non pas \u00e0 son recul, les actions des gouvernements, comme leurs d\u00e9clarations, se poursuivent en ordre dispers\u00e9 et, il faut bien le dire, dans une confusion accrue qui ne fait que refl\u00e9ter l\u2019expression d\u2019int\u00e9r\u00eats nationaux antagoniques faisant obstacle aux r\u00e9ponses communes qui sont indispensables : la crise est internationale, les solutions sont mondiales. Mais celles-ci font toujours d\u00e9faut, l\u2019improvisation continue d\u2019\u00eatre la r\u00e8gle. Est-ce un r\u00e9pit ou le d\u00e9but d\u2019une accalmie porteuse de nouveaux probl\u00e8mes, nul ne le sait vraiment, bien que tout le monde ou presque affecte de le laisser entendre quand il ne l\u2019annonce pas. Mais dans tous les cas de figure, la crise et ses effets vont \u00eatre de longue dur\u00e9e et douloureux. <\/p>\n<p>Expression de cette situation, la Banque Mondiale vient de rendre public ses derni\u00e8res pr\u00e9visions de croissance, revues \u00e0 la baisse, annon\u00e7ant pour 2009 une chute du PIB mondial de 3 %, contre 1,75 % pr\u00e9c\u00e9demment. Cette moyenne ne devant pas masquer, comme toujours, de grandes disparit\u00e9s et des situations particuli\u00e8rement alarmantes dans les pays en voie de d\u00e9veloppement. En revanche, le FMI a revu ses propres pr\u00e9visions afin de pr\u00e9parer le G8 et se montre pour une fois nettement plus optimiste, il pr\u00e9voit d\u00e9sormais une croissance mondiale de 2,4% en 2010, au lieu de 1,9% jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. Qui a raison ? Qui a tort ? Ces divergences d\u2019appr\u00e9ciation ne sont-elles pas l\u2019expression de l\u2019incertitude qui continue de pr\u00e9valoir, plut\u00f4t que le r\u00e9sultat d\u2019analyses momentan\u00e9ment divergentes ? Que valent en r\u00e9alit\u00e9 ces pr\u00e9visions, comme tant d\u2019autres, quand il n\u2019y a plus de points de rep\u00e8re, quand les instruments de mesure m\u00eames devraient \u00eatre r\u00e9\u00e9talonn\u00e9s ? <\/p>\n<p><!--more-->Une autre approche permet peut-\u00eatre de trancher le d\u00e9bat. \u00ab La situation du commerce mondial a empir\u00e9. Et si je ne partage pas l&rsquo;optimisme, parfois un peu de commande, des gouvernements ou de ceux qui cherchent \u00e0 influencer les march\u00e9s financiers, c&rsquo;est parce que (&#8230;) du c\u00f4t\u00e9 du commerce international, je ne vois pas \u00e0 l&rsquo;heure actuelle de signe positif \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Pascal Lamy, le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019OMC, vendredi dernier \u00e0 Paris. <\/p>\n<p>En volume, le commerce mondial devrait en effet chuter de 9% en 2009. Il faut remonter \u00e0 la Seconde guerre mondiale pour trouver une contraction d\u2019une telle ampleur, a-t-il fait remarquer. \u00ab Il n&rsquo;y a rien qui d\u00e9mente qu&rsquo;on soit toujours en plein dans cette crise qui commence et qui continuera \u00bb, a \u00e9galement ajout\u00e9 Pascal Lamy, pr\u00e9disant que ses cons\u00e9quences sociales \u00e9taient encore devant nous, en particulier dans les pays en voie de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Une autre image de cette situation, mais cette fois-ci de la confusion qui r\u00e8gne, est le d\u00e9bat d\u00e9sormais permanent qui s\u2019est engag\u00e9 des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique \u00e0 propos des dangers respectifs de la d\u00e9flation et de l\u2019inflation. Avec pour cons\u00e9quence, selon le choix qui est fait, la poursuite de la politique de cr\u00e9ation mon\u00e9taire des banques centrales (ou son affirmation s\u2019agissant de la BCE), ou, alternativement, la pr\u00e9paration de mesures afin d\u2019ass\u00e9cher le march\u00e9 des liquidit\u00e9s qu\u2019elles ont abondamment r\u00e9pandues. La difficult\u00e9 provenant non seulement de la valeur contestable des pronostics de reprise, que l\u2019on continue \u00e0 entendre sans qu\u2019ils soient davantage fond\u00e9s sur des donn\u00e9es \u00e9tablies (ou correctement analys\u00e9es), mais du fait que, d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, les situations sont dissemblables. Or, encore une fois, une r\u00e9ponse unique est indispensable dans notre \u00e9conomie globalis\u00e9e. <\/p>\n<p>De partout, nous entendons les mots de d\u00e9flation et d\u2019inflation, sans savoir trop bien o\u00f9 nous en sommes finalement, et surtout o\u00f9 nous allons. Allons-nous bient\u00f4t d\u00e9couvrir ceux de stagflation et, plus \u00e9trange encore, de <i>slumpflation<\/i> ? Contraction de l\u2019anglais slump (crise) et d\u2019inflation, ce dernier terme pourrait acqu\u00e9rir une certaine renomm\u00e9e, il caract\u00e9rise une situation \u00e9conomique marqu\u00e9e \u00e0 la fois par une r\u00e9cession et une forte inflation. C\u2019est la version d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e de la stagflation, m\u00e9lange de faible croissance nulle ou faible et toujours d\u2019une forte inflation. Le v\u00e9ritable choix devant lequel nous sommes plac\u00e9s, et que les politiques vont devoir assumer et nous avec, est plus probablement celui qui va devoir \u00eatre effectu\u00e9 entre ces deux derni\u00e8res hypoth\u00e8ses. Un spectre pouvant chasser l\u2019autre. <\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, ces m\u00eames politiques pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9voquer une \u00ab inflation n\u00e9gative \u00bb, toujours \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019une repr\u00e9sentation des faits qui justifie leurs mesures ou leur inaction, afin de ne pas reconna\u00eetre la d\u00e9flation que va selon toute vraisemblance conna\u00eetre toute l\u2019Europe d\u00e8s ce mois de juin. Au G8, ils ont choisi de parler de \u00ab signes de stabilisation \u00bb, ce qui est encore plus vague. Christine Lagarde, ministre fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9conomie, a pour sa part parl\u00e9 de \u00ab repli de l\u2019inflation \u00bb et de \u00ab signe n\u00e9gatif de l\u2019inflation \u00bb dans un communiqu\u00e9 publi\u00e9 vendredi dernier, pour d\u00e9signer l\u2019inavouable, alors qu\u2019elle confirme qu\u2019aucune mesure de relance suppl\u00e9mentaire fran\u00e7aise n\u2019est pr\u00e9vue (\u00ab nous n&rsquo;avons pas besoin de rajouter de l&rsquo;engrais \u00e0 la croissance qui germe actuellement \u00bb, dans son interview de vendredi dernier aux Echos). Etrange gymnastique que la sienne, destin\u00e9e \u00e0 justifier sa politique, quand elle en vient \u00e0 expliquer que cette baisse des prix (signe pr\u00e9curseur d\u2019une d\u00e9flation qu\u2019elle ne nomme pas) agit \u00ab comme un facteur de soutien \u00e0 la consommation dans le contexte difficile de la remont\u00e9e du ch\u00f4mage. \u00bb Il n\u2019y a donc pas besoin de relance, elle se fait toute seule et cela co\u00fbte moins cher au budget de l\u2019Etat, CQFD. <\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 1957 qu\u2019il faut remonter, selon l\u2019INSEE, pour retrouver une inflation annuelle n\u00e9gative en France. Et, si l\u2019on voulait poursuivre dans la m\u00eame veine et rechercher d\u2019autres pr\u00e9c\u00e9dents historiques, on n\u2019en trouverait pas \u00e0 propos de la chute de la production industrielle de la zone euro enregistr\u00e9e par Eurosat (l\u2019office europ\u00e9en des statistiques), car cet indice n\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e qu\u2019en 1990, avec cet organisme. La baisse enregistr\u00e9e en avril dernier est de 21,6% sur un an, de savants calculs ayant permis de l\u2019\u00e9tablir, la zone euro n\u2019existant que depuis 1999. Voici le d\u00e9tail, sur un an : &#8211; 27,1 % pour les biens interm\u00e9diaires, &#8211; 26,7 % pour les biens d&rsquo;investissement, &#8211; 22,4 % pour les biens de consommation durables, -12,3 % pour l&rsquo;\u00e9nergie et &#8211; 6,5 % pour les biens de consommation non durables.<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 Christine Lagarde, et essayer de comprendre la situation, \u00e9tait-il utile de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 son appr\u00e9ciation de la situation, dans Les Echos de vendredi dernier, selon laquelle \u00ab de multiples petits signes (\u2026) laissent penser que la chute s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e \u00bb ? Car, d\u00e8s le lendemain, vendredi, et en marge de la r\u00e9union du G8 italien, la ministre a voulu mettre les choses au point : \u00ab Il ne faut surtout pas s&#8217;emballer sur la reprise alors que l&rsquo;on est encore en train de relancer, de stimuler et de s&rsquo;assurer que les plans de relance fonctionnent \u00bb. Fran\u00e7ois Fillon, le premier ministre fran\u00e7ais, avait quant \u00e0 lui pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9voquer, de Paris, \u00ab une sortie de crise qui s&rsquo;amorce \u00bb. Comprenne qui pourra. Quand Sophie d\u00e9marrait, Charles tra\u00eenait et Pierre freinait\u2026<\/p>\n<p>Plus prudent qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, Jean-Claude Trichet, le pr\u00e9sident de la BCE, a qualifi\u00e9, vendredi depuis Sofia, la situation de \u00ab tr\u00e8s difficile, et impossible \u00e0 pr\u00e9voir \u00bb. Dans un acc\u00e8s de franchise, pour ne pas dire de clairvoyance, qui ne lui ressemble pas, il ajoutait : \u00ab Il est de notre devoir de rendre plus r\u00e9sistant le syst\u00e8me financier mondial et de renforcer la stabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle mondiale. Nous ne pouvons pas permettre que dans quelques ann\u00e9es une nouvelle crise semblable \u00e0 la crise actuelle apparaisse. Ce serait impardonnable \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Rendre plus r\u00e9sistant le syst\u00e8me mondial \u00bb, puisque m\u00eame le mot de r\u00e9gulation semble ne plus avoir cours dans les interventions de Jean-Claude Trichet, est une pr\u00e9occupation qui fait l\u2019objet de multiples d\u00e9bats publics, ainsi que de batailles qui le sont moins. Il est toutefois surprenant de constater que &#8211; que l\u2019on soit aux Etats-Unis ou en Europe &#8211; les discussions portent sur les dispositifs de surveillance et non pas sur les mesures de r\u00e9gulation, rel\u00e9gu\u00e9es pour l\u2019instant au second plan. Avec toutefois des enjeux qui ne sont pas minces. Aux Etats-Unis, il s\u2019agit de savoir si tous les pouvoirs vont \u00eatre concentr\u00e9s dans les mains de la Fed, ou si la multiplicit\u00e9 des organismes de contr\u00f4le (dont les agences d\u2019Etat) peuvent contribuer \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 du dispositif qui sera finalement retenu. En Europe, on attend avec curiosit\u00e9 de lire les termes du compromis alambiqu\u00e9 qui permettra de mettre d\u2019accord les Britanniques, qui veulent \u00e0 tout prix que la City garde les mains libres, avec les autres pays europ\u00e9ens, dont les Allemands, qui voudraient l\u2019encadrer dans un dispositif commun. A moins que, comme des voix le sugg\u00e8rent outre-Manche, les Britanniques fassent un esclandre et refusent ne serait-ce m\u00eame qu\u2019un accord \u00e0 minima, encore jug\u00e9 trop contraignant, prenant la responsabilit\u00e9 d\u2019ouvrir une grande crise europ\u00e9enne qui est pour l\u2019instant larv\u00e9e mais contenue. <\/p>\n<p>Car, sur ces dossiers tr\u00e8s sensibles, on est plus que jamais dans le royaume des simulacres. On dit ainsi que Tim Geithner, secr\u00e9taire am\u00e9ricain au Tr\u00e9sor, pousserait les Europ\u00e9ens \u00e0 rendre public les r\u00e9sultats des stress tests que les banques vont devoir subir, les Allemands s\u2019y refusant avec v\u00e9h\u00e9mence et les Fran\u00e7ais ne se mouillant pas, mais que faut-il en penser quand on sait la farce que ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 outre-Atlantique ? <\/p>\n<p>Que croire aussi, quand on lit les derni\u00e8res d\u00e9clarations de Larry Summers, conseiller \u00e9conomique en chef de Barack Obama, r\u00e9futant les attaques r\u00e9publicaines selon lesquelles c\u2019est une politique industrielle \u00ab socialiste \u00bb et \u00e0 l\u2019europ\u00e9enne qui \u00e9tait men\u00e9e par l\u2019administration d\u00e9mocrate, assurant que les interventions dans le secteur des entreprises \u00e9taient \u00ab temporaires, bas\u00e9es sur les principes du march\u00e9 et intrusives au minimum \u00bb ? Le pragmatisme le plus total r\u00e8gne, en r\u00e9alit\u00e9, au fur et \u00e0 mesure des urgences, les mesures qui sont adopt\u00e9es sont habill\u00e9es pour la circonstance de mani\u00e8re plus ou moins convaincante. Dans les faits, les grands principes ont \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s et l\u2019on ne s\u2019y r\u00e9f\u00e8re plus que pour la galerie. D\u2019autant, en l\u2019esp\u00e8ce, que Larry Summers a donn\u00e9 comme exemples de ce soi-disant respect des principes du march\u00e9 le fait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus n\u00e9cessaire que l\u2019Etat fasse l\u2019acquisition des actifs toxiques pr\u00e9sents au bilan des banques, et que la r\u00e9forme du secteur financier, qui devrait \u00eatre annonc\u00e9e la semaine prochaine sera \u00ab l\u2019\u00e9l\u00e9ment central \u00bb de la r\u00e9vision de la r\u00e9gulation financi\u00e8re. Deux d\u00e9cors dress\u00e9s pour masquer, sous couvert du changement, ce qui s\u2019affirme essentiellement comme la volont\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e de laisser \u00e0 l\u2019oligarchie financi\u00e8re sa libert\u00e9 d\u2019action. En t\u00e9moigne, tr\u00e8s symboliquement, l\u2019abandon qui vient d\u2019intervenir de toute r\u00e8gle contraignante en mati\u00e8re de r\u00e9mun\u00e9ration des cadres sup\u00e9rieurs des institutions financi\u00e8res b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019aides publiques. <\/p>\n<p>Le G8 Finances a surtout \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 la situation europ\u00e9enne, car celle-ci est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9e comme la plus fragile du moment. Non seulement parce que les banques europ\u00e9ennes sont soup\u00e7onn\u00e9es de ne pas avoir effectu\u00e9 autant de progr\u00e8s (relatif) que leurs cons\u0153urs am\u00e9ricaines dans le nettoyage de leur bilan, mais parce que de mena\u00e7ants nuages orageux se pr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019horizon des semaines et des mois \u00e0 venir. La crise financi\u00e8re dans les pays baltiques, qui menace l\u2019\u00e9difice bancaire europ\u00e9en, lui-m\u00eame tent\u00e9 de ne plus soutenir \u00e0 bout de bras ses filiales des pays de l\u2019Est, ayant ses propres probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9gler. Les cons\u00e9quences de la raret\u00e9 et de la chert\u00e9 du cr\u00e9dit bancaire pour les entreprises (on sait le r\u00f4le d\u00e9terminant que les banques jouent \u00e0 cet \u00e9gard en Europe, au contraire des Etats-Unis), en premier lieu celles dont l\u2019acquisition a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par l\u2019emprunt (LBO), ainsi que sur le march\u00e9 obligataire, auquel seules les grandes entreprises ont acc\u00e8s. <\/p>\n<p>La r\u00e9vision des normes engag\u00e9e par l\u2019IASB, dans la foul\u00e9e des Am\u00e9ricains (l\u2019abandon de la comptabilisation \u00e0 la valeur du march\u00e9), est d\u00e9sormais en cours, apr\u00e8s avoir eu quelques difficult\u00e9s de d\u00e9marrage. Tout est fait pour que ce soulagement accord\u00e9 aux banques, qui pourront ainsi am\u00e9liorer leur bilan par de simples jeux d\u2019\u00e9criture, intervienne \u00e0 temps pour que les nouvelles normes puissent \u00eatre utilis\u00e9es pour l\u2019exercice 2009. On verra d\u2019ailleurs si tout le chemin que les banques souhaitent voir accompli par l\u2019IASB le sera effectivement, ou s\u2019il ne le sera seulement qu\u2019en partie, mais il est de toute fa\u00e7on clair que le compte n\u2019y sera pas et que d\u2019autres mesures, non comptables, seront n\u00e9cessaires. <\/p>\n<p>Les r\u00e9centes fanfaronnades de certaines banques fran\u00e7aises, qui laissent entendre qu\u2019elles souhaiteraient suivre l\u2019exemple des am\u00e9ricaines et rembourser les fonds publics qu\u2019elles ont re\u00e7us, ne sont pas cr\u00e9dibles. Elles seraient irresponsables si elles devaient conna\u00eetre ne serait-ce que d\u2019un commencement d\u2019ex\u00e9cution pour certaines d\u2019entre elles. La situation alarmante des banques r\u00e9gionales allemandes, des caisses d\u2019\u00e9pargne espagnoles ou de la Caisse d\u2019Epargne-Banque Populaire en France n\u2019est que le sommet visible de l\u2019iceberg, \u00e9tant donn\u00e9 ce qui peut \u00eatre valablement craint de la suite des \u00e9v\u00e8nements, sans compter ce qui est actuellement dissimul\u00e9. <\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019important regain de pressions en cours pour que des stress tests soient syst\u00e9matiquement engag\u00e9s en Europe. L\u2019enjeu \u00e9tant moins sur le principe, car ils ont d\u00e9j\u00e0 plus ou moins eu lieu, en ordre dispers\u00e9, que sur leurs modalit\u00e9s et, par la suite, sur la publicit\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 leurs r\u00e9sultats. Ce ne sera toutefois qu\u2019un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e dans l\u2019eau, lorsque qu\u2019ils auront \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s, si des mesures financi\u00e8res ne sont pas d\u00e8s rapidement appliqu\u00e9es ensuite. Les Allemands y travaillent activement, bien qu\u2019ils souhaitent faire l\u2019\u00e9conomie des tests politiquement scabreux, ayant en r\u00e9alit\u00e9 bien mesur\u00e9 la d\u00e9sastreuse situation de leur syst\u00e8me bancaire. Les Britanniques ont, d\u00e8s la premi\u00e8re heure ou presque, pris le taureau par les cornes en nationalisant plusieurs banques. Pour r\u00e9sumer les mesures d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9es, les Allemands (pour leurs Landesbanken, les banques r\u00e9gionales), ainsi que les Irlandais, ont annonc\u00e9 la cr\u00e9ation de \u00ab bad banks \u00bb, les Britanniques ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 assurer les banques contre les \u00e9ventuelles pertes occasionn\u00e9es par leurs actifs toxiques. Mais cela laisse de grands trous dans le syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en. <\/p>\n<p>Ce qui est en cause, ce n\u2019est pas seulement le risque, toujours pr\u00e9sent, que repr\u00e9sente un \u00e9difice financier globalement tr\u00e8s fragilis\u00e9, susceptible de conna\u00eetre des incidents ayant des r\u00e9percussions en cha\u00eene non ma\u00eetris\u00e9es. C\u2019est aussi l\u2019impact tr\u00e8s n\u00e9gatif que va avoir cette situation d\u2019incertitude sur la croissance future, si ce m\u00eame syst\u00e8me, incapable de jouer son r\u00f4le pendant de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 venir (s\u2019il parvient \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 de nouveaux d\u00e9rapages). Justifiant les sombres pronostics de croissance atone entendu de toutes parts, lorsque la r\u00e9cession sera pass\u00e9e, avec une double et lourde cons\u00e9quence : sur l\u2019emploi et la situation sociale (et donc politique), ainsi que sur le d\u00e9ficit des Etats, qu\u2019il faudra pourtant bien r\u00e9sorber, soit par des mesures fiscales et des coupes budg\u00e9taires claires, soit par l\u2019inflation. Avec un effet en boucle sur la situation sociale. <\/p>\n<p>La proposition d\u2019un d\u00e9put\u00e9 fran\u00e7ais de l\u2019UMP de cr\u00e9er une \u00ab Caisse europ\u00e9enne d\u2019amortissement de la crise financi\u00e8re \u00bb, o\u00f9 seraient log\u00e9es les dettes europ\u00e9ennes n\u00e9es de la r\u00e9cession, qui emprunterait sur le march\u00e9 international, est sans doute fond\u00e9e. Au regard de l\u2019accroissement pr\u00e9visible de la dette des pays europ\u00e9ens et de la solidarit\u00e9 que l\u2019on pourrait attendre entre eux, ainsi que des difficult\u00e9s qu\u2019elles vont in\u00e9vitablement rencontrer \u00e0 la financer, de son co\u00fbt accru, et au final de ses cons\u00e9quences quant \u00e0 la solidit\u00e9 de la zone euro, ou de l\u2019Europe tout court. Mais elle se heurte d\u00e8s maintenant \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui ne peut que cro\u00eetre, sauf sursaut dont on ne voit pas l\u2019origine. C\u2019est de plus en plus le chacun pour soi qui domine et toute solution collective, assise sur une mutualisation des probl\u00e8mes et des risques, est \u00e9cart\u00e9e par ceux qui pensent pouvoir s\u2019en sortir par eux-m\u00eames. C\u2019est le cas de l\u2019Allemagne, mais aussi celui de la Grande-Bretagne, qui consid\u00e9rant que la City est le seul levier dont elle dispose pour se tirer d\u2019affaire, cherche \u00e0 tout prix \u00e0 la pr\u00e9munir de toute r\u00e9gulation europ\u00e9enne contraignante. <\/p>\n<p>L\u2019emploi est et va \u00eatre la question la plus importante en Europe dans les prochaines ann\u00e9es, en d\u00e9pit des \u00ab boucliers sociaux \u00bb des Etats. Les chiffres de \u00ab destruction \u00bb de l\u2019emploi &#8211; la brutalit\u00e9 du mot \u00e9voque celle de la r\u00e9alit\u00e9 sociale auquel il correspond &#8211; donn\u00e9s tout derni\u00e8rement par l\u2019INSEE pour la France, risquent de n\u2019\u00eatre qu\u2019un avant-go\u00fbt de la vague qui touche et va d\u00e9ferler sur toute l\u2019Europe. Ce n\u2019est pas seulement le ch\u00f4mage qui va grimper, c\u2019est aussi la pr\u00e9carit\u00e9 de l\u2019emploi, qualifi\u00e9e de flexibilit\u00e9 par ceux qui la pr\u00e9conisent. C\u2019est pour cette raison que le prochain sommet de l\u2019Organisation Internationale du Travail (OIT), du 15 au 17 juin \u00e0 Gen\u00e8ve, va \u00eatre tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9 par les chefs d\u2019Etat et de gouvernement, qui vont s\u2019en servir de tribune \u00e0 leur avantage. L\u2019objectif, selon Juan Somavia, le directeur du secr\u00e9tariat de l&rsquo;OIT, est de r\u00e9duire au maximum la dur\u00e9e de la crise de l&#8217;emploi, qui pourrait s&rsquo;\u00e9taler sur \u00ab six \u00e0 huit ans \u00bb et se prolonger bien au-del\u00e0 si \u00ab on laisse les choses en l&rsquo;\u00e9tat \u00bb. Un \u00ab Pacte mondial pour l&#8217;emploi \u00bb va \u00eatre propos\u00e9 \u00e0 la signature des 183 membres de l\u2019OIT, afin de mettre la lutte contre le ch\u00f4mage au centre de gigantesques plans de relance. Il ne restera plus qu\u2019\u00e0 mettre sur pied ceux-ci, les moyens financiers des Etats \u00e9tant prioritairement consacr\u00e9s au sauvetage des banques. <\/p>\n<p>Ce ch\u00f4mage accru va avoir une cons\u00e9quence in\u00e9vitable sur la consommation, et donc sur la croissance \u00e9conomique. Sans que les plans de relance ne puissent y suppl\u00e9er. On commence \u00e0 mieux appr\u00e9hender combien le co\u00fbt du sauvetage du syst\u00e8me financier, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9, va \u00eatre lourd et long \u00e0 payer. Ce ne sont pas seulement les Etats-Unis qui vont devoir payer ce tribut et c\u00e9der leur place de leader du monde libre, ni les Am\u00e9ricains qui vont en subir les cons\u00e9quences. Plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes se conjuguent pour que le d\u00e9clin des pays occidentaux s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Le vieillissement de leur population, avec ses fortes cons\u00e9quences sur les comptes sociaux, le changement d\u2019axe de la croissance mondiale (d\u00e9j\u00e0 bien entam\u00e9, mais qui va se poursuivre plus rapidement), et les cons\u00e9quences de la crise du syst\u00e8me financier dont ils avaient le contr\u00f4le quasi exclusif et dont le co\u00fbt prohibitif est en premier lieu \u00e0 leur charge. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>L\u2019IMPARDONNABLE EST ARRIVE <\/strong> <\/p>\n<p>Rien d\u2019un tant soi peu concret n\u2019est sorti de la r\u00e9union du G8 qui vient de se terminer en Italie et qui a r\u00e9uni les ministres des finances de l\u2019Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l\u2019Italie, de la Russie et du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,18],"tags":[],"class_list":["post-3363","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monde-financier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3363"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3363\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3367,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3363\/revisions\/3367"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}