{"id":34572,"date":"2012-03-01T15:08:52","date_gmt":"2012-03-01T14:08:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=34572"},"modified":"2013-01-02T00:52:42","modified_gmt":"2013-01-01T23:52:42","slug":"lactualite-de-la-crise-les-graines-de-la-prochaine-crise-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/03\/01\/lactualite-de-la-crise-les-graines-de-la-prochaine-crise-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LES GRAINES DE LA PROCHAINE CRISE<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Le temps des satisfecits \u00e9tant vite oubli\u00e9, les r\u00e9actions et les doutes se multiplient \u00e0 propos des injections massives de liquidit\u00e9 de la BCE, en d\u00e9pit des r\u00e9sultats ind\u00e9niables qui lui sont accord\u00e9s. \u00c0 tout seigneur, tout honneur, l&rsquo;\u00e9ditorial du Financial Times estime \u00ab\u00a0stupide\u00a0\u00bb de penser que le LTRO (op\u00e9ration de refinancement \u00e0 long terme) r\u00e9soudra la crise. Les banques pr\u00e9f\u00e9reront appliquer des empl\u00e2tres sur leurs bilans malades plut\u00f4t que de traiter l&rsquo;affection sous-jacente, pr\u00e9dit le journal en connaisseur. La BCE, conclut-il, ne peut que gagner du temps.<\/p>\n<p>Plus de 1.000 milliards d\u2019euros auront \u00e9t\u00e9 inject\u00e9s en deux mois dans le syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en par la BCE, les banques ayant toute latitude pour utiliser ces fonds comme elles l\u2019entendent. Conduisant \u00e0 se demander s\u2019il est bien raisonnable de leur accorder ce privil\u00e8ge, en comparaison des strictes conditions qui accompagnent les <em>plans de sauvetage<\/em> des \u00c9tats, alors qu\u2019il n\u2019est pas acquis qu\u2019ils r\u00e9pondent aux v\u0153ux clairement exprim\u00e9s du pr\u00eateur. Quelle absurde vision nous est offerte par ce nouvel \u00e9pisode de la crise, en application des dogmes lib\u00e9raux.<\/p>\n<p><!--more-->Il est en effet aimablement conseill\u00e9 aux banques de d\u00e9velopper le cr\u00e9dit \u00e0 <em>l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle<\/em> au sein de l\u2019eurozone, et plus particuli\u00e8rement aux petites et moyennes entreprises qui n\u2019ont pas acc\u00e8s au march\u00e9 directement, pr\u00e9f\u00e9rant ne pas entendre la voix de Mervyn King, le gouverneur de la Banque d\u2019Angleterre, qui vient de d\u00e9clarer \u00e0 une commission du parlement britannique que \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e que les LTRO facilitent le financement des PME est un mythe\u00a0\u00bb. Les banques, en effet, poursuivent en priorit\u00e9 un autre li\u00e8vre et consacrent d\u2019abord les liquidit\u00e9s qu\u2019elles empruntent au financement du roulement de leurs propres dettes. Cons\u00e9quence, dans le monde tel qu\u2019il est : sans cr\u00e9dit, pas de croissance, et \u00ab\u00a0sans croissance, les LTRO ne m\u00e8nent \u00e0 rien\u00a0\u00bb, comme a fait remarquer \u00e0 Reuters Andrew Bosomworth, le directeur pour l\u2019Allemagne de Pimco, le fonds am\u00e9ricain g\u00e9ant sp\u00e9cialis\u00e9 dans le n\u00e9goce de la dette souveraine ! Dans les c\u00e9nacles s\u00e9rieux, un grand scepticisme r\u00e8gne \u00e0 propos de l&rsquo;irrigation de l&rsquo;\u00e9conomie par des cr\u00e9dits bancaires \u00e0 la suite des deux LTRO.<\/p>\n<p>Les banques italiennes et espagnoles se sont de leur c\u00f4t\u00e9 mobilis\u00e9es pour une autre cause, avec pour mission de d\u00e9tendre le march\u00e9 obligataire en achetant des titres de la dette de leur pays. Apr\u00e8s avoir, lors du premier LTRO, emprunt\u00e9 \u00e0 elles seules pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des liquidit\u00e9s d\u00e9vers\u00e9es par la BCE, elles auraient r\u00e9cidiv\u00e9 en empruntant cette fois-ci pr\u00e8s des deux tiers (chiffre \u00e0 confirmer). Elles reproduisent ainsi une situation \u00e0 la Grecque, dont on voit les cons\u00e9quences pour les banques quand les choses tournent mal, avec la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre renflou\u00e9es d\u2019urgence pour ne pas couler \u00e0 pic.<\/p>\n<p>Sans \u00e9voquer de tels extr\u00eames, les commentaires font appara\u00eetre la crainte que la d\u00e9tente du march\u00e9 de la dette souveraine puisse r\u00e9duire la pression exerc\u00e9e sur les gouvernements pour diminuer leurs d\u00e9ficits. \u00c0 rapprocher des efforts que ceux-ci font actuellement pour assouplir les contraintes de r\u00e9duction du d\u00e9ficit qui leur sont impos\u00e9es ou pour que soient cr\u00e9\u00e9es les conditions d\u2019une relance de l\u2019\u00e9conomie en appliquant des recettes lib\u00e9rales, <em>surr\u00e9alistes<\/em> dans le contexte actuel (pardon, Andr\u00e9 Breton).<\/p>\n<p>Mais les interrogations se sont multipli\u00e9es \u00e0 propos d\u2019autres aspects de l\u2019op\u00e9ration de la BCE, \u00e0 peine celle-ci termin\u00e9e. La premi\u00e8re porte sur le remboursement des pr\u00eats dans trois ans, laissant d\u00e9j\u00e0 poindre l\u2019id\u00e9e que celle-ci pourrait \u00eatre amen\u00e9e \u00e0 devoir en financer le roulement \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance. Sur un registre similaire, Peter Sands, un dirigeant de Standard Chartered Bank, a d\u00e9plor\u00e9 dans le Financial Times l\u2019absence de toute strat\u00e9gie de sortie de la BCE, avertissant qu\u2019elle \u00ab\u00a0semait les graines de la prochaine crise\u00a0\u00bb. Dans le m\u00eame esprit, enfin, il est \u00e9galement craint que les banques deviennent trop d\u00e9pendantes de ces abondantes liquidit\u00e9s \u00e0 bon march\u00e9 et que cela ne les d\u00e9motive pour renforcer leurs fonds propres.<\/p>\n<p>La seconde interrogation porte sur l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un <em>LTRO III<\/em> sans attendre, au cas o\u00f9 les objectifs des deux premiers ne sont pas atteints, en particulier s\u2019il n\u2019est pas enregistr\u00e9 d\u2019accroissement significatif des cr\u00e9dits aux entreprises. En d\u00e9pit de la d\u00e9claration d\u00e9finitive de Mario Draghi au Frankfurter Allgemeine Zeitung, selon laquelle il n&rsquo;en \u00e9tait pas question, m\u00eame si la situation des banques devait \u00e0 nouveau se d\u00e9t\u00e9riorer a-t-il ajout\u00e9 de mani\u00e8re restrictive. C\u2019est ce que souligne par exemple But J\u00fcrgen Michels, \u00e9conomiste pour l\u2019Europe \u00e0 Citibank. Le parall\u00e8le avec la Fed et la Banque d\u2019Angleterre s\u2019impose, toutes les deux restant sur le qui-vive, condamn\u00e9es \u00e0 renouveler les mesures de <em>quantitative easing<\/em> (les achats de titres de la dette de leur gouvernement) qu\u2019elles ont d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es, sans que leurs efforts de relance soient couronn\u00e9s de succ\u00e8s. Au mieux, elles maintiennent le navire \u00e0 flot.<\/p>\n<p>Une autre comparaison s\u2019impose \u00e0 cet \u00e9gard, cette fois-ci avec la Banque du Japon, dont les interventions de cette nature se sont multipli\u00e9es au fil des ans, sans parvenir \u00e0 relancer une \u00e9conomie ayant sombr\u00e9 dans la d\u00e9flation. Un ph\u00e9nom\u00e8ne appel\u00e9 par Keynes de mani\u00e8re on ne peut plus imag\u00e9e la \u00ab\u00a0trappe \u00e0 liquidit\u00e9s\u00a0\u00bb. L\u2019Europe serait en passe, si ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait, de tomber dedans \u00e9galement, ce qui serait la pire des issues. Car l\u2019exemple japonais montre que l\u2019on n\u2019en sort pas n\u00e9cessairement. Un chiffre impressionnant pourrait l&rsquo;accr\u00e9diter : 2.750 milliards d&rsquo;euros, c&rsquo;est la taille du bilan de l&rsquo;Eurosyst\u00e8me, qui d\u00e9passe ainsi de loin celui de la Fed.<\/p>\n<p>Jens Weidmann, le pr\u00e9sident de la Bundesbank, vient \u00e0 ce sujet d\u2019adresser une lettre \u00e0 Mario Draghi, que le Frankfurter Allgemeine Zeitung (ZAG) a rendue publique. Il s\u2019inqui\u00e8te de la taille des cr\u00e9ances au sein de ce qui est appel\u00e9 \u00ab\u00a0Target 2\u00a0\u00bb (Trans-European Automated Real-time Gross settlement Express Transfer system), le syst\u00e8me de r\u00e8glement interne \u00e0 l\u2019Eurosyst\u00e8me dont font partie les banques centrales nationales (BCN) et la BCE, ainsi que de l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 que certaines BCN ne puissent pas faire face \u00e0 leurs engagements. En r\u00e9alit\u00e9, il proteste contre les cons\u00e9quences de l\u2019acceptation par celles-ci de collat\u00e9ral de m\u00e9diocre qualit\u00e9, qui a pour cons\u00e9quence finale de concentrer dans les comptes de la Bundesbank 500 milliards d\u2019euros d\u2019engagements. Il demande le retour aux crit\u00e8res pr\u00e9c\u00e9dents, ce qui aurait comme effet pratique d\u2019emp\u00eacher tout <em>LTRO III<\/em>.<\/p>\n<p>Sur ce m\u00eame sujet, il n\u2019est pas sans int\u00e9r\u00eat de noter la suggestion de Hans-Werner Sinn, le pr\u00e9sident de l\u2019IFO, l\u2019Institut de recherche \u00e9conomique allemand. Il propose que l\u2019Eurosyst\u00e8me finance ses cr\u00e9ances et r\u00e9\u00e9quilibre les comptes entre ses composantes en \u00e9mettant des <em>covered bonds<\/em> (obligations s\u00e9curis\u00e9es) garanties par les actifs d\u00e9tenus. Une tr\u00e8s belle illustration d&rsquo;un syst\u00e8me de recyclage des dettes risqu\u00e9es et du financement des anciennes par de nouvelles (les financiers ont d\u00e9cid\u00e9ment invent\u00e9 le mouvement perp\u00e9tuel&#8230;).<\/p>\n<p>Standard &#038; Poor\u2019s, apr\u00e8s Fitch, a analys\u00e9 que les injections de liquidit\u00e9 de la BCE ne r\u00e8glent pas les probl\u00e8mes structurels du syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en, risquant donc &#8211; si l\u2019on traduit les propos de l\u2019agence de notation &#8211; d\u2019\u00eatre un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e dans l\u2019eau. Ce que remarque aussi Michael Kemmer, de l\u2019association des banques commerciales allemandes, qui souligne que \u00ab\u00a0les LTRO ne peuvent remplacer un march\u00e9 interbancaire qui fonctionne\u00a0\u00bb, s\u2019appuyant sur le fait que les banques ont d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la BCE tous les soirs entre 450 et 500 milliards d\u2019euros \u00e0 la suite de la premi\u00e8re op\u00e9ration de pr\u00eats massifs, signe de la disparition persistante de la <em>confiance<\/em> entre elles &#8211; leurs craintes maintenues sur leur solvabilit\u00e9 r\u00e9ciproque, pour parler clair &#8211; en d\u00e9pit de l\u2019action de la BCE.<\/p>\n<p>Une telle avalanche d\u2019interrogations en dit long sur la profondeur de la crise du syst\u00e8me bancaire, que l\u2019on avait voulu faire oublier en r\u00e9duisant la crise europ\u00e9enne \u00e0 celle de l\u2019endettement public. \u00c0 propos de celui-ci, des discussions ardues vont se poursuivre, non pas pour d\u00e9gager les ressources d\u2019une aide financi\u00e8re massive, sur le mod\u00e8le de celle qui est attribu\u00e9e aux banques, mais pour dresser un <em>pare-feu<\/em> suffisamment dissuasif pour ne pas avoir \u00e0 l\u2019utiliser. Aux derni\u00e8res nouvelles, les Allemands seraient pr\u00eats \u00e0 faire un geste, devant l\u2019aimable et unanime insistance de leurs coll\u00e8gues du G20.<\/p>\n<p>Une autre vision absurde nous est offerte par ce second volet de la crise europ\u00e9enne, comme l\u2019\u00e9volution rapide de la situation espagnole le laisse d\u00e9j\u00e0 pressentir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le temps des satisfecits \u00e9tant vite oubli\u00e9, les r\u00e9actions et les doutes se multiplient \u00e0 propos des injections massives de liquidit\u00e9 de la BCE, en d\u00e9pit des r\u00e9sultats ind\u00e9niables qui lui sont accord\u00e9s. \u00c0 tout seigneur, tout honneur, l&rsquo;\u00e9ditorial du Financial Times estime \u00ab\u00a0stupide\u00a0\u00bb de penser que le LTRO (op\u00e9ration de refinancement \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,307],"tags":[],"class_list":["post-34572","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-finance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34572"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34572\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46578,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34572\/revisions\/46578"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}