{"id":3480,"date":"2009-06-27T08:32:52","date_gmt":"2009-06-27T06:32:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3480"},"modified":"2009-06-27T08:32:52","modified_gmt":"2009-06-27T06:32:52","slug":"l%e2%80%99actualite-de-la-crise-le-vent-de-la-deregulation-souffle-a-nouveau-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/06\/27\/l%e2%80%99actualite-de-la-crise-le-vent-de-la-deregulation-souffle-a-nouveau-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L\u2019actualit\u00e9 de la crise : Le vent de la d\u00e9r\u00e9gulation souffle \u00e0 nouveau, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LE VENT DE LA DEREGULATION SOUFFLE A NOUVEAU <\/strong> <\/p>\n<p>Un nouveau ballet diplomatique vient de s\u2019engager, dans la double perspective du G8 de juillet en Italie et du G20 de fin septembre \u00e0 Pittsburgh (USA). Pour commencer, Tim Geithner, secr\u00e9taire d\u2019Etat au Tr\u00e9sor, va entamer en juillet une tourn\u00e9e europ\u00e9enne et au Moyen-Orient. Angela Merkel, la chanceli\u00e8re allemande, est quant \u00e0 elle d\u00e9j\u00e0 en visite \u00e0 Washington. Mais il n\u2019est plus question cette fois-ci, comme lors de la pr\u00e9paration du pr\u00e9c\u00e9dent G20 de Londres, de pr\u00e9parer un grand geste magistral destin\u00e9 \u00e0 montrer que l\u2019on tient la situation bien en main. L\u2019objectif est d\u2019essayer de coordonner des actions nationales lanc\u00e9es dans le d\u00e9sordre, au fur et \u00e0 mesure des improvisations des uns et des autres. Refl\u00e9tant des approches de la crise, des situations \u00e9conomiques et financi\u00e8res et des int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents. Et d\u2019essayer de retomber sur ses pieds par rapport aux d\u00e9cisions prises en commun \u00e0 Londres, afin de d\u00e9montrer qu\u2019elles sont bien appliqu\u00e9es, ce qui va demander une certaine adresse. Il va falloir s\u2019atteler \u00e0 donner une coh\u00e9rence \u00e0 tout ce fouillis de mesures pass\u00e9es et \u00e0 venir, puisque de toute fa\u00e7on \u00ab les march\u00e9s \u00bb y pourvoiront d\u2019eux-m\u00eames si l\u2019initiative n\u2019en est pas prise par les gouvernements, qui d\u00e9fendent chacun leur bout de gras et ne veulent pas laisser totalement le champ libre aux financiers. Car ceux-ci t\u00e9moignent sans attendre d&rsquo;un app\u00e9tit sans limites, ne voulant pas que la r\u00e9gulation fasse obstacle \u00e0 sa satisfaction. <\/p>\n<p>Comme s\u2019il s\u2019agissait bizarrement d\u2019une comp\u00e9tition ou d\u2019un jeu-concours, le FMI, la Banque Mondiale, l\u2019OCDE et le FMI, viennent ou vont prochainement actualiser leurs pr\u00e9visions sur l\u2019\u00e9volution de la crise, donnant ainsi le socle sur lequel les discours vont \u00eatre b\u00e2tis, non sans quelques discordances.<\/p>\n<p>La Banque mondiale pr\u00e9voit d\u00e9sormais pour 2009 une croissance de 1,2% dans les pays en d\u00e9veloppement. Hors Chine et Inde, le PIB devrait y r\u00e9gresser de 1,6%. Mondialement, le PIB devrait reculer de 2,9%. En 2010, la croissance mondiale devrait \u00eatre de 2,0%, celle des pays en d\u00e9veloppement de 4,4% (+2,5% hors Chine et Inde). Le tout en tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration par rapport aux pr\u00e9visions pr\u00e9c\u00e9dentes. La Banque pr\u00e9voit \u00e9galement un recul de 9,7% du volume du commerce mondial en 2009, avant qu\u2019une reprise de 3,8% n\u2019intervienne l&rsquo;ann\u00e9e prochaine. Face \u00e0 cette situation, elle estime n\u00e9cessaire \u00ab une attention toute particuli\u00e8re (pour) les risques de crise de balance de paiements et de restructuration de la dette dans bon nombre de pays \u00bb, afin \u00ab d\u2019\u00e9viter une autre crise de l&rsquo;endettement comme celles v\u00e9cues dans les ann\u00e9es 1970 et 1980 \u00bb. Elle consid\u00e8re \u00e9galement que, \u00ab pour pr\u00e9venir une deuxi\u00e8me vague d&rsquo;instabilit\u00e9, les politiques doivent \u00eatre rapidement ax\u00e9es sur une r\u00e9forme du secteur financier et sur l&rsquo;aide accord\u00e9e aux pays les plus pauvres \u00bb. <\/p>\n<p><!--more-->L\u2019OCDE, dont le champ d\u2019activit\u00e9 est plus restreint et se limite aux trente pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s, envisage d\u00e9sormais pour cette zone une chute du PIB de -4,1% en 2009, puis un rebond de +0,7% en 2010, en nette am\u00e9lioration par rapport \u00e0 ses pr\u00e9visions ant\u00e9rieures de mars (-4,3% en 2009, -0,1% en 2010). La reprise devrait, selon ces nouvelles pr\u00e9visions un peu plus optimistes, \u00eatre plus significative aux Etats-Unis, dont le PIB devrait baisser de -2,8% en 2009 avant de repartir \u00e0 la hausse en 2010. Le PIB de la zone euro devrait, quant \u00e0 lui, chuter de -4,8% en 2009, avant d\u2019enregistrer une croissance nulle en 2010. \u00ab Les signes d&rsquo;une reprise imminente dans cette zone ne sont pas encore clairement visibles \u00bb, commente l\u2019OCDE. S\u2019agissant du commerce mondial, l\u2019Organisation est bien plus pessimiste que la Banque mondiale, estimant qu\u2019il devrait chuter en volume de 16% cette ann\u00e9e. Il est estim\u00e9 en conclusion que \u00ab de nouvelles secousses du syst\u00e8me financier ne sont pas \u00e0 exclure \u00bb et que, celles-ci n\u2019intervenant pas, \u00ab la reprise qui arrive sera \u00e0 la fois faible et fragile pour un certain temps et les cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques de la crise seront durables \u00bb. Au chapitre des recommandations, \u00ab de tr\u00e8s substantiels efforts de redressement des finances publiques seront requis dans plusieurs pays \u00bb. Il est \u00e9galement \u00ab crucial pour le futur \u00bb de modifier les r\u00e8gles de r\u00e9gulation et de supervision financi\u00e8res, des tests de r\u00e9sistance sur les banques devant \u00eatre effectu\u00e9s et publi\u00e9s.<\/p>\n<p>Tout ceci signifie que rien n\u2019est jou\u00e9 et que de nouveaux accidents sont possibles, que beaucoup reste en tout cas \u00e0 faire et que la sortie de crise va \u00eatre assortie de lourds probl\u00e8mes financiers et sociaux. Ces analyses de la conjoncture laissant de c\u00f4t\u00e9 les probl\u00e8mes mon\u00e9taires, pourtant d\u00e9sormais sur la place publique, ainsi que la constitution en cours de deux nouvelles bulles financi\u00e8re, priv\u00e9e et publique. R\u00e9sultant d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la situation \u00e0 nouveau florissante (en fa\u00e7ade) du syst\u00e8me financier, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019injection massive et continue de liquidit\u00e9s provenant des banques centrales, et de l\u2019endettement gigantesque des Etats, qui en est \u00e9galement \u00e0 l\u2019origine. C\u2019est en quelque sorte un coup double qui est cette fois-ci atteint, l\u2019\u00e9conomie n\u2019ayant plus, vu son \u00e9tat, les ressources que r\u00e9clame le syst\u00e8me financier et il faut y suppl\u00e9er. <\/p>\n<p>Les conditions sont cr\u00e9es pour que cette double bulle enfle, atteignant des dimensions encore jamais atteintes dans l\u2019histoire des bulles financi\u00e8res successives que nous avons connues et qui ont \u00e9clat\u00e9. Les banques sont en effet encourag\u00e9es \u00e0 prendre des risques importants et les moyens leur en sont donn\u00e9s, \u00e0 des conditions tr\u00e8s avantageuses. La BCE vient cette semaine d\u2019allouer la somme faramineuse de 442,24 milliards d&rsquo;euros aux banques de la zone euro, dans le cadre de sa premi\u00e8re op\u00e9ration de refinancement \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance d\u2019un an. C\u2019est du jamais vu, 1.121 banques ont demand\u00e9 et obtenu des cr\u00e9dits au taux fixe de 1%. Les autorit\u00e9s allemandes, si sourcilleuses quand il s\u2019agit d\u2019envisager des programmes d\u2019acquisition de valeurs par la BCE \u00e0 la faveur d\u2019op\u00e9rations de cr\u00e9ation mon\u00e9taire, n\u2019ont soulev\u00e9 aucune objection \u00e0 cette mesure, d\u2019autant que leurs propres banques en ont largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9. <\/p>\n<p>La situation en Grande-Bretagne est de ce point de vue exemplaire. La priorit\u00e9 est d\u00e9sormais accord\u00e9e non plus aux r\u00e9formes financi\u00e8res \u00e0 long terme, mais \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de finances publiques, dans un \u00e9tat de grand d\u00e9labrement. Les espoirs sont fond\u00e9s sur la r\u00e9surrection de la City, d\u00e9j\u00e0 largement entam\u00e9e, ainsi que sur son importante contribution \u00e0 l\u2019\u00e9conomie britannique (en termes de croissance, telle qu\u2019elle est mesur\u00e9e dans le PIB). Inutile de pr\u00e9ciser que cette situation ne va pas dans le sens d\u2019une r\u00e9gulation du syst\u00e8me financier et que l\u2019on observe, au contraire, de tr\u00e8s nombreux signes d\u2019opposition \u00e0 celle-ci, qui se font de plus en plus ouvertement, signe des temps. <\/p>\n<p>L\u2019International Swaps and Derivatives Association (ISDA), le lobby des produits \u00ab d\u00e9riv\u00e9s \u00bb vient de r\u00e9pliquer au FSA, le r\u00e9gulateur britannique, dont l\u2019objectif est de nettoyer ce march\u00e9 totalement d\u00e9r\u00e9gul\u00e9, en d\u00e9clarant : \u00ab Nous voudrions sugg\u00e9rer que ce n\u2019est pas un petit danger que de diaboliser les produits d\u00e9riv\u00e9s de cr\u00e9dit, qui restent un outil de gestion du risque utile \u00bb. Pour l\u2019ISDA, le danger principal est en effet que les autorit\u00e9s r\u00e9agissent au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire et tuent ce qu\u2019ils appellent leur \u00ab industrie \u00bb, dont la contribution \u00e0 la cause britannique, est-il soulign\u00e9, n\u2019est pas mince. La messe est dite. Du c\u00f4t\u00e9 des hedge funds, on fait valoir que ceux-ci ne repr\u00e9sentent pas le m\u00eame \u00ab risque syst\u00e9mique \u00bb que les banques et ne font courir des risques, apr\u00e8s tout, qu\u2019aux investisseurs qui s\u2019y engagent et qu\u2019ils devraient donc \u00eatre \u00e9pargn\u00e9s de mesures contr\u00f4lant et restreignant leur activit\u00e9. <\/p>\n<p>On a tout r\u00e9cemment appris, afin de poursuivre sur cette lanc\u00e9e, que le personnel de Londres de Goldman Sachs avait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 que cette ann\u00e9e serait l\u2019une des meilleures que la banque n\u2019ait jamais connue dans ses 140 ans d\u2019existence. Mais la banque n\u2019est pas seule dans ce cas. Barclays Capital, Cr\u00e9dit Suisse et Deutsche Bank sont \u00e9galement parmi les banques europ\u00e9ennes dont il est attendu l\u2019annonce d\u2019importants profits, de m\u00eame que JP Morgan et Morgan Stanley aux Etats-Unis. <\/p>\n<p>\u00ab Il \u00e9tait inconcevable jusqu\u2019\u00e0 la publication des r\u00e9sultats du 1er trimestre \u00e0 fin avril dernier \u00bb, remarque \u00e0 propos de Goldman Sachs une d\u00e9p\u00eache de l\u2019agence Bloomberg, \u00ab qu\u2019une entreprise devant au gouvernement am\u00e9ricain 10 milliards de dollars puisse atteindre en 2009 ses meilleures performances de tous les temps \u00bb. Ceci explique peut-\u00eatre un peu cela. De plus, les banques sont des interm\u00e9diaires oblig\u00e9s sur le march\u00e9 obligataire, o\u00f9 les gouvernements et les grandes entreprises sont tr\u00e8s actifs. Il y a d\u2019autant moins de comp\u00e9tition sur ce march\u00e9 que le nombre de banques y intervenant s\u2019est r\u00e9duit \u00e0 la faveur des concentrations op\u00e9r\u00e9es, ce qui permet de facturer des frais d\u2019intervention tr\u00e8s importants. Des ententes ne sont pas \u00e0 exclure, la mansu\u00e9tude des gouvernements \u00e0 ce propos non plus. Il n\u2019y a pas de miracle dans la soudaine prosp\u00e9rit\u00e9 des banques, ni de myst\u00e8re \u00e0 propos de son origine.<\/p>\n<p>L\u2019injection en cours de ces profits bancaires dans un syst\u00e8me financier, toujours pas r\u00e9gul\u00e9, \u00e0 marche forc\u00e9e pour profiter de l\u2019occasion, n\u2019est pas non plus innocente, car elle cr\u00e9e d\u00e9j\u00e0, comme des voix trop isol\u00e9es le font remarquer, les conditions d\u2019un crash ult\u00e9rieur. Aujourd\u2019hui, c\u2019est \u00e0 un renouveau de la sp\u00e9culation sur les mati\u00e8res premi\u00e8res, p\u00e9trole compris, que l\u2019on assiste. Que d\u00e9couvrirons-nous demain, quand il sera une nouvelle fois trop tard ? <\/p>\n<p>Nous \u00e9tions dans la p\u00e9riode des banques zombies, nous sommes entr\u00e9s dans l\u2019\u00e8re des m\u00e9ga-banques, ce qui n\u2019est pas incompatible. Les alertes lanc\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t par certains \u00e9conomistes, comme Joseph Stiglitz, prennent aujourd\u2019hui tout leur sens. Le peloton des grandes banques mondiales est d\u00e9sormais encore plus \u00ab too big to fail \u00bb que pr\u00e9c\u00e9demment. Il est en mesure, comme on le constate, non seulement d\u2019obtenir son sauvetage sans r\u00e9elles contreparties, mais de dicter ses conditions quant aux r\u00e9formes financi\u00e8res qui sont en cours d\u2019\u00e9laboration. Dans l\u2019attente d\u2019un nouveau sauvetage, quand celui-ci s\u2019av\u00e9rera n\u00e9cessaire, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il sera encore moins concevable qu\u2019hier de laisser s\u2019\u00e9crouler ce beau monde, entra\u00eenant toute l\u2019\u00e9conomie avec lui. <\/p>\n<p>Willem Buiter consacrait l\u2019une de ses derni\u00e8res chroniques sur son blog du Financial Times, a l\u2019\u00e9num\u00e9ration des mesures envisageables pour \u00e9viter la naissance d\u2019un monde bancaire trop gros non seulement pour s\u2019effondrer mais m\u00eame, \u00e0 terme, pour \u00eatre sauv\u00e9 par les Etats (\u00ab too big to save \u00bb). En conclusion, il remarquait que le plan Geithner de r\u00e9gulation financi\u00e8re \u00e9tait totalement silencieux \u00e0 ce propos. Ce qui, selon lui, \u00ab \u00e9tait suffisant pour consid\u00e9rer que ce plan ne parviendrait pas \u00e0 stabiliser et \u00e0 rendre s\u00fbr le syst\u00e8me bancaire et financier am\u00e9ricain \u00bb.  Il constatait \u00e9galement que c\u2019est \u00e0 l\u2019ancien pr\u00e9sident de Citigroup, surnomm\u00e9 \u00ab Bishoff le gagneur \u00bb pour ses tristes r\u00e9sultats comme pour sa r\u00e9mun\u00e9ration \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, que le chancelier de l\u2019Echiquier, Alistair Darling, avait confi\u00e9 la co-r\u00e9daction d\u2019un rapport sur \u00ab le devenir de l\u2019industrie des services financiers britannique \u00bb, publi\u00e9 en mai dernier, qui ne consid\u00e9rait pas comme excessive la taille des banques britanniques. \u00ab C\u2019\u00e9tait \u00bb, ajoute-t-il en commentaire, \u00ab comme confier \u00e0 l\u2019Ayatollah Ali Khamenei la r\u00e9daction d\u2019un rapport pour d\u00e9terminer qui a gagn\u00e9 les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles iraniennes \u00bb. Il relevait toutefois, fondant ainsi des espoirs que chacun pourra estimer comme il le souhaite, que le gouverneur de la Banque d\u2019Angleterre, Mervyn King, \u00ab est seul clair quand il estime que le \u2018too big to fail\u2019 est au c\u0153ur de la crise financi\u00e8re et le sera \u00e9galement au sein de celle que nous sommes en train de pr\u00e9parer avec assiduit\u00e9 \u00bb. <\/p>\n<p>Un secteur bancaire plus concentr\u00e9, colosse aux pieds d\u2019argile, des mesures de r\u00e9gulation an\u00e9miques en pr\u00e9paration, voil\u00e0 ce qui nous attend et que nous pouvons contempler en gestation aux Etats-Unis d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent. <\/p>\n<p>La Fed vient d\u2019y d\u00e9cider de ne rien changer \u00e0 son dispositif g\u00e9n\u00e9ral, sauf \u00e0 prolonger la dur\u00e9e de 4 sur 5 de ses programmes de soutien financier au cr\u00e9dit et \u00e0 la liquidit\u00e9, ainsi que ses accords de swap mon\u00e9taires avec treize banques centrales. C\u2019est, plus que toute d\u00e9claration apaisante, le signal que les mesures pourtant impressionnantes prises n\u2019ont pas encore v\u00e9ritablement produit leurs effets et qu\u2019il faut donc en prolonger la dur\u00e9e. C\u2019est aussi, dans un tr\u00e8s discret domaine dont on parle fort peu, la poursuite d\u2019une \u00e9troite collaboration avec les banques centrales, d\u00e9cisive \u00e0 bien des \u00e9gards. Il a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9, par exemple, que les derni\u00e8res adjudications de cette semaine des T-bonds (les bons du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain) avaient  \u00e9t\u00e9 souscrites avec succ\u00e8s et que leurs rendements avaient m\u00eame un peu diminu\u00e9, malgr\u00e9 leur tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la hausse. Peut-\u00eatre faudrait-il l\u2019expliquer par l\u2019importance des achats r\u00e9alis\u00e9s par les banques centrales, qui ont globalement doubl\u00e9 leur part des achats, passant en gros de 30 \u00e0 60% de la totalit\u00e9 du montant des adjudications par rapport aux fois pr\u00e9c\u00e9dentes. Comme le r\u00e9sultat d\u2019une action concert\u00e9e visant \u00e0 enrayer la hausse des rendements des obligations am\u00e9ricaines, \u00e9tant donn\u00e9 le caract\u00e8re d\u00e9stabilisateur de celle-ci. Ce qui remet \u00e0 leur juste place tout autre type d\u2019explication, du genre retour de la confiance dans la solidit\u00e9 du dollar. Et nous incite \u00e0 observer, en guise d\u2019horizon lointain, ce qui se passera la prochaine fois.  <\/p>\n<p>Que ce soit en Europe, avec la r\u00e9cente adjudication de plus de 400 milliards d\u2019euros aux banques, ou aux Etats-Unis, \u00e0 l\u2019occasion du financement de la dette am\u00e9ricaine, on remarque le r\u00f4le toujours d\u00e9terminant des banques centrales au sein du syst\u00e8me financier, en faveur de sa stabilisation et de son renforcement. On est au c\u0153ur du syst\u00e8me, tout du moins de sa partie visible. Le reste \u00e9tant perdu dans le gigantesque oc\u00e9an de l\u2019anonymat des \u00ab march\u00e9s \u00bb. <\/p>\n<p>Qu\u2019avons-nous donc appris de plus ces touts derniers temps aux Etats-Unis ? Que, \u00e0 propos du PPIP (le plan d\u2019achat public-priv\u00e9 des actions toxiques) et selon Heb Allison, repr\u00e9sentant du Tr\u00e9sor : \u00ab Je suis confiant dans le tr\u00e8s prochain lancement des partenariats \u00bb. \u00ab Cela ne sera-t-il plus tr\u00e8s long \u00bb a-t-il ajout\u00e9, cherchant \u00e0 faire patienter sans avoir plus \u00e0 annoncer, alors que ce programme semble fort compromis. Que les pertes records enregistr\u00e9es sur les cartes de cr\u00e9dit ont pouss\u00e9 les principales banques et \u00e9metteurs \u00e0 venir financi\u00e8rement \u00e0 la rescousse de leurs filiales  (leurs \u00ab v\u00e9hicules sp\u00e9ciaux\u00bb) mises en places afin de transformer en titres les centaines de milliards de dollars de cr\u00e9dit aux consommateurs effectu\u00e9s gr\u00e2ce au cr\u00e9dit revolving qu\u2019elles repr\u00e9sentent. Il s\u2019agit de Citigroup, Bank of America, JPMorgan Chase et American  Express, qui ont d\u00fb faire face \u00e0 ce nouveau front de la crise financi\u00e8re, le taux de d\u00e9faut sur les cartes de cr\u00e9dit ayant d\u00e9pass\u00e9 les 10%, d\u00e9s\u00e9quilibrant dangereusement tout l\u2019\u00e9difice, comme il \u00e9tait pr\u00e9visible et annonc\u00e9. Que, d\u2019apr\u00e8s le Wall Street Journal, un certain nombre de banques, non pr\u00e9cis\u00e9, avait suspendu le payement des dividendes dus au Tr\u00e9sor au titre de l\u2019aide publique re\u00e7ue, ce qui t\u00e9moigne bien du fait que la situation des banques am\u00e9ricaines, hors peloton de t\u00eate et pour les raisons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es, continue d\u2019\u00eatre tr\u00e8s mauvaise, et que le processus de concentration, par voie de cons\u00e9quence, est loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9. <\/p>\n<p>Mais, c\u2019est sur le terrain de la r\u00e9gulation, comme en Grande-Bretagne, que l\u2019on peut assister \u00e0 ce qui est le plus significatif pour la suite des \u00e9v\u00e9nements. L\u2019une des mesures-phare de l\u2019administration Obama, la cr\u00e9ation d\u2019une agence charg\u00e9e de la protection des consommateurs, en particulier dans le domaine financier (pr\u00eats immobiliers, cartes de cr\u00e9dit, etc.) fait actuellement l\u2019objet d\u2019un tir de barrage de l\u2019American Bankers Association, la plus importante des organisations professionnelles de la profession, en raison du co\u00fbt de l\u2019organisme, de l\u2019impr\u00e9cision de sa mission et de son caract\u00e8re bureaucratique. Toutes cordes sensibles jou\u00e9es afin de tenter d\u2019\u00e9mouvoir l\u2019opinion publique ; l\u2019\u00e9motion des banques \u00e9tant, elle, perceptible \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de la diminution des vente des produits financiers concern\u00e9s qui pourrait r\u00e9sulter de cette malencontreuse initiative. Cette tentative d\u2019obstruction a valu aux honorables banquiers, pour leur impudence trop marqu\u00e9e, une r\u00e9partie cinglante de Chris Dodd, pr\u00e9sident de la commission bancaire du S\u00e9nat : \u00ab Sur quelle plan\u00e8te vivons-nous ? Les m\u00eames gens qui sont \u00e0 l\u2019origine du d\u00e9sordre dans lequel nous sommes, nous expliquent maintenant que les consommateurs n\u2019ont pas besoin d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9s \u00bb. De fait, rien ne semble pouvoir arr\u00eater les financiers, dont il faut rappeler qu\u2019ils ont obtenu que toute esp\u00e8ce de limitation \u00e0 leurs r\u00e9mun\u00e9rations, un instant envisag\u00e9e par l\u2019administration Obama, soit abandonn\u00e9e sans tambours ni trompettes.<\/p>\n<p>Nul ne peut se hasarder, dans ces conditions, \u00e0 pr\u00e9dire ce qui sortira du Congr\u00e8s en termes de l\u00e9gislation \u00e0 propos de la r\u00e9gulation financi\u00e8re, pas plus que la calendrier de son adoption finale. Que ce soit \u00e0 propos du dispositif de surveillance et de contr\u00f4le, qui accorde dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses un \u00e9norme pouvoir \u00e0 la Fed, suscitant des r\u00e9sistances, ou bien \u00e0 propos de l\u2019\u00e9volution des r\u00e8gles concernant les ratios fonds propres des banques (passant probablement par une r\u00e9vision des accords dits de B\u00e2le II), du march\u00e9 des produits d\u00e9riv\u00e9s ou de l\u2019organisation des hedge funds. Sur toutes ces questions, des \u00e9tudes sont en cours, des groupes de travail r\u00e9fl\u00e9chissent, aux Etats-Unis et au niveau Europ\u00e9en, mais les uns et les autres n\u2019en sont, pour ce qui est connu de leurs travaux, qu\u2019aux principes g\u00e9n\u00e9raux. Il faudra un jour harmoniser l\u2019ensemble, mais nous n\u2019en sommes pas l\u00e0. Ce sont les lobbies qui m\u00e8nent pour l\u2019instant la danse dans les coulisses et freinent autant qu\u2019ils peuvent, comptant sur leurs deux bases d\u2019appui que sont Wall Street et la City. <\/p>\n<p>A l\u2019appui de ces propos, la conf\u00e9rence du 23 septembre dernier \u00e0 Berlin \u00e0 propos des paradis fiscaux a regroup\u00e9 plus de vingt pays membres de l\u2019OCDE, et elle m\u00e9riterait que l\u2019on s\u2019y attarde davantage. Mais il peut \u00eatre retenu qu\u2019il y a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9, au fur et \u00e0 mesure que des conventions bilat\u00e9rales \u00e9taient pass\u00e9es entre \u00c9tats et paradis fiscaux de la liste \u00ab grise \u00bb de l\u2019OCDE, aussi limit\u00e9es puissent-elles \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es, que de nouveaux paradis apparaissaient ici ou l\u00e0 (on parle du Ghana et de l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan, dans l\u2019archipel, des Comores, ou bien encore des pays d\u2019Europe centrale). Cela montre bien qu\u2019il n\u2019y a pas, en mati\u00e8re financi\u00e8re, de demi-mesures et que, dans ce domaine, il n\u2019y a pas d\u2019autre solution que de prendre le mal \u00e0 la racine, de contr\u00f4ler les banques, les grandes entreprises et leurs filiales au d\u00e9part, car une fois que les capitaux sont sortis, plus aucun contr\u00f4le effectif n\u2019est possible. On en est tr\u00e8s loin, m\u00eame si les Allemands manifestent des vell\u00e9it\u00e9s dans ce domaine, dont on verra le r\u00e9sultat. A titre d\u2019exemple, il a \u00e9t\u00e9 rendu public par Gerhard Schick, d\u00e9put\u00e9 Vert du Bundestag, que Deutsche Bank, \u00e0 elle seule, poss\u00e9dait en 2007 environ 500 filiales et succursales dans 27 zones \u00ab offshore \u00bb, dont 151 dans les \u00eeles Ca\u00efmans (dans les Cara\u00efbes). A titre d\u2019information, l\u2019arr\u00eat des poursuites engag\u00e9s par le d\u00e9partement de la justice am\u00e9ricain contre la banque Suisse UBS, dans le cadre des actions entreprises avec succ\u00e8s contre l\u2019\u00e9vasion fiscale massive et organis\u00e9e de 52.000 contribuables am\u00e9ricains fortun\u00e9s, est d\u00e9sormais clairement envisag\u00e9e, selon le New York Times. <\/p>\n<p>L&rsquo;ONU tient actuellement sa conf\u00e9rence sur la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re mondiale, en pr\u00e9sence des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des 192 pays qui en sont membres, dans un de ces silences que l&rsquo;on dit assourdissant. Ignor\u00e9e des chefs d&rsquo;Etat et m\u00eame de gouvernement (pour les \u00ab grands \u00bb pays), elle est le refuge, l&rsquo;exutoire, des petits pays qui n&rsquo;y trouvent qu&rsquo;une tribune, mais \u00e0 qui on n&rsquo;accorde m\u00eame pas de spectateurs. Car les m\u00e9dias n\u2019en rendent pas compte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>LE VENT DE LA DEREGULATION SOUFFLE A NOUVEAU <\/strong> <\/p>\n<p>Un nouveau ballet diplomatique vient de s\u2019engager, dans la double perspective du G8 de juillet en Italie et du G20 de fin septembre \u00e0 Pittsburgh (USA). 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