{"id":35205,"date":"2012-03-24T16:10:02","date_gmt":"2012-03-24T15:10:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=35205"},"modified":"2013-01-02T00:51:38","modified_gmt":"2013-01-01T23:51:38","slug":"ce-qui-derange-est-le-plus-interessant-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/03\/24\/ce-qui-derange-est-le-plus-interessant-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>CE QUI D\u00c9RANGE EST LE PLUS INT\u00c9RESSANT<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce qui m\u2019a le plus frapp\u00e9, lors de mon arriv\u00e9e \u00e0 S\u00e3o Paulo, c\u2019est de ne pas trouver dans les journaux dans lesquels je me suis pr\u00e9cipit\u00e9 le reflet de ce que j\u2019ai alors d\u00e9couvert autour de moi. \u00ab\u00a0O Globo\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0A Folha\u00a0 de S\u00e3o Paulo\u00a0\u00bb sont certes de bons quotidiens, mais il ne traitent que d\u2019une seule actualit\u00e9 : celle d\u2019une partie restreinte, ordonn\u00e9e selon les meilleurs usages, du monde avec lequel j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire connaissance. Comme s\u2019ils se contentaient ainsi d\u2019accomplir le tour de la soci\u00e9t\u00e9 br\u00e9silienne et que le reste n\u2019existait pas ; qu\u2019il n\u2019avait pas droit de cit\u00e9, au sens le plus litt\u00e9ral du terme (ou alors dans de rares occasions, la plupart du temps sur le mode de la criminalisation). <\/p>\n<p>Quelle est donc la partie manquante ? Celle que l\u2019on ne peut pas cerner avec des concepts destin\u00e9s \u00e0 d\u00e9crire la <i>modernit\u00e9<\/i>, ce r\u00eave qui ne se concr\u00e9tise que pour d\u2019heureux \u00e9lus, certes nombreux. Il est vrai que la <i>science \u00e9conomique occidentale<\/i> enseign\u00e9e dans les meilleures universit\u00e9s, dont l\u2019USP (prononcer <i>ouspi<\/i>) ne permet pas de voir au-del\u00e0. Dans la patrie de Celso Furtado, l\u2019un des grands \u00e9conomistes du d\u00e9veloppement, son apport est tout simplement oubli\u00e9. Pourquoi ? parce qu\u2019il est d\u00e9rangeant, il perturbe le r\u00eave, ne correspondant pas \u00e0 la vision d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle veulent \u00e0 tout prix se reconna\u00eetre ceux qui ont acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 ses bienfaits, faisant semblant de croire ou croyant vraiment que, petit \u00e0 petit, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extension de ce nouveau monde b\u00e9ni, elle finira par tout englober. <\/p>\n<p><!--more-->Or ce n\u2019est pas ainsi que les choses se passent. Des miettes de la prosp\u00e9rit\u00e9 d\u2019en haut finissent certes toujours par tomber, mais ce ne sont que des miettes. Cela permet de proclamer que la pauvret\u00e9 &#8211; dont on sait les difficult\u00e9s \u00e0 la mesurer &#8211; recule tout en dissimulant que les in\u00e9galit\u00e9s s\u2019accroissent\u2026  <\/p>\n<p>J\u2019ai vite retrouv\u00e9 cette c\u00e9cit\u00e9 des m\u00e9dias dans la vie courante, moi qui n\u2019en souffrait pas mais en \u00e9tait d\u00e9rang\u00e9 chez les autres. Percevant chez ceux que je fr\u00e9quentais comment ils se prot\u00e9geaient d\u2019un environnement souvent dramatique en ne le voyant tout simplement pas. Un souvenir parmi beaucoup, cet ami d\u2019ami qui habite un luxueux immeuble surplombant une mar\u00e9e de taudis ouvrant pour moi les porte-fen\u00eatres de son salon pour s\u2019extasier sur la vue, avec pour horizon une ville chaotique semblant sans limites sous un ciel plomb\u00e9 concentrant toutes les pollutions\u2026<\/p>\n<p>Car le plus \u00e9tonnant, ce ne sont pas les mesures de protection omnipr\u00e9sentes et \u00e0 la longue pensantes s\u00e9curisant l\u2019acc\u00e8s aux maisons et immeubles &#8211; grilles \u00e9lev\u00e9es et cl\u00f4tures \u00e9lectrifi\u00e9es, zeladores  (vigiles) pr\u00e9sents 24 heures sur 24, cam\u00e9ras de surveillance et senseurs, etc\u2026 &#8211; mais la constatation troublante que les mieux nantis peuvent se prot\u00e9ger (mal) de la violence ambiante mais pas d\u2019une pollution souvent suffocante. N\u2019y pouvant rien, ils l\u2019ignorent ! C\u2019est donc sinon un art de vivre, un mode de vie dont j\u2019ai fait l\u2019apprentissage. <\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0condominios fechados\u00a0\u00bb (r\u00e9sidences ferm\u00e9es) et les voitures aux vitres teint\u00e9es ne sont que les symboles d\u2019un enfermement plus radical. Les prisons sont certes surpeupl\u00e9es, contr\u00f4l\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur par ceux qui y sont incarc\u00e9r\u00e9s, mais les mieux lotis se sont dot\u00e9s de prisons dor\u00e9es pour se prot\u00e9ger\u2026 Ce n\u2019est pas le moindre des paradoxes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les forces polici\u00e8res de l\u2019ordre sont responsables de meurtres syst\u00e9matiques et \u00e0 jamais impunis, qui a simultan\u00e9ment amnisti\u00e9 ceux qui ont combattu la dictature et ceux qui pratiqu\u00e8rent en son nom la torture afin de prot\u00e9ger \u00e0 jamais ces derniers. O\u00f9 des milices souvent compos\u00e9es d\u2019anciens policiers ran\u00e7onnent les habitants des favelas de Rio, apr\u00e8s avoir pris la place manu militari des trafiquants qui en avaient fait leurs refuges. O\u00f9 la corruption est end\u00e9mique au plus haut niveau et les proc\u00e8s, d\u2019appel en appel, n\u2019aboutissent jamais, les magistrats eux aussi arros\u00e9s. <\/p>\n<p>Que faire d\u2019autre dans cette vie si ce n\u2019est fuir au plus profond de sa t\u00eate et croire en sa bonne fortune dans ce paradis des balles perdues, qui ne le sont pas pour tout le monde ! O\u00f9 le commerce des vitres blind\u00e9es est florissant dans des villes o\u00f9 interviennent des tirs avec des armes de guerre \u00e0 la port\u00e9e de plusieurs kilom\u00e8tres et o\u00f9 la police tire sans discernement dans la rue ? Il vaut mieux s\u2019inventer un petit monde et enfouir sa peur, quitte \u00e0 ce qu\u2019elle ressorte quand il y a trop-plein.<\/p>\n<p>J\u2019en ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, \u00e0 la suite d\u2019une brutale explosion de violence orchestr\u00e9e par le Primeiro Comando da Capital (PCC), une organisation de nature mafieuse qui fait la loi et assure l\u2019ordre dans les quartiers d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s et les prisons du riche \u00c9tat de S\u00e3o Paulo. Afin d\u2019emp\u00eacher le transfert de son chef vers une prison de haute s\u00e9curit\u00e9 (elle a eu gain de cause), ses membres ont mitraill\u00e9 dans toute la ville les patrouilles et les postes de police. Le lendemain, la ville qui connait d\u2019habitude un embouteillage monstre \u00e9tait totalement d\u00e9sert\u00e9e, ni voitures ni pi\u00e9tons, tous les paulistanos rest\u00e9s chez eux sans s\u2019\u00eatre concert\u00e9s et sans ob\u00e9ir \u00e0 une consigne, suspendus \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision pour tout lien avec l\u2019ext\u00e9rieur. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait devenue la <i>telenovela<\/i> du jour ! <\/p>\n<p>C\u2019est aussi cela, les <i>pays \u00e9mergents<\/i>, dans lesquels une grande interrogation subsiste : comment cacher l\u2019invisible pour assurer le bonheur de ceux qui y ont droit ?  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce qui m\u2019a le plus frapp\u00e9, lors de mon arriv\u00e9e \u00e0 S\u00e3o Paulo, c\u2019est de ne pas trouver dans les journaux dans lesquels je me suis pr\u00e9cipit\u00e9 le reflet de ce que j\u2019ai alors d\u00e9couvert autour de moi. \u00ab\u00a0O Globo\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0A Folha\u00a0 de S\u00e3o Paulo\u00a0\u00bb sont certes de bons quotidiens, mais il ne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[833],"tags":[888],"class_list":["post-35205","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-de-tous-les-jours","tag-bresil"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35205","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35205"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35205\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46522,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35205\/revisions\/46522"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35205"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35205"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35205"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}