{"id":36314,"date":"2012-04-24T22:51:53","date_gmt":"2012-04-24T20:51:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=36314"},"modified":"2013-01-02T00:49:53","modified_gmt":"2013-01-01T23:49:53","slug":"lactualite-de-la-crise-la-cavalerie-narrive-pas-toujours-a-temps-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/04\/24\/lactualite-de-la-crise-la-cavalerie-narrive-pas-toujours-a-temps-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<i>L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise<\/i> : <b>LA CAVALERIE N\u2019ARRIVE PAS TOUJOURS A TEMPS !<\/b> par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>En ce d\u00e9but de semaine sur le march\u00e9 obligataire, suite \u00e0 de nouvelles \u00e9missions espagnoles et italiennes, ainsi que sur les places boursi\u00e8res, o\u00f9 les valeurs financi\u00e8res ont \u00e0 nouveau d\u00e9gringol\u00e9 lundi, l\u2019ambiance n\u2019est pas \u00e0 la f\u00eate. G\u00e9n\u00e9ralement l\u2019un va bien quand l\u2019autre va mal, les investisseurs suivant le mouvement de balance en l\u2019amplifiant, mais ce n\u2019est m\u00eame plus le cas. La chute du gouvernement de centre-droit hollandais, l&rsquo;un des piliers europ\u00e9ens de la rigueur, ainsi que les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux fran\u00e7ais n&rsquo;y sont pas pour rien. <\/p>\n<p>Le ministre espagnol du budget, Cristobal Montoro, vient de reconna\u00eetre que le pays vivait \u00ab\u00a0un moment extr\u00eamement d\u00e9licat\u00a0\u00bb, tandis que la Banque de Gr\u00e8ce pr\u00e9voit une nouvelle aggravation de la r\u00e9cession pour cette ann\u00e9e (un taux frisant d\u00e9sormais -5%) et la poursuite de la baisse de l\u2019inflation, qui pourrait n\u2019\u00eatre que de 0,5% en 2013. Au bord de la d\u00e9flation. <\/p>\n<p><!--more-->Dans ce contexte charg\u00e9, Olivier Blanchard, l\u2019\u00e9conomiste en chef du FMI, en appelle aux autorit\u00e9s allemandes afin qu\u2019elles acceptent l\u2019\u00e9mission d\u2019euro-obligations, qui pourraient dans un premier temps se limiter \u00e0 des maturit\u00e9s d&rsquo;un an, dont les b\u00e9n\u00e9ficiaires seraient soumis au strict respect du trait\u00e9 budg\u00e9taire. Mais, t\u00e9moignant d\u2019une grande rigidit\u00e9, Guido Westerwelle, le ministre lib\u00e9ral des affaires \u00e9trang\u00e8res allemand, a de son c\u00f4t\u00e9 rejet\u00e9 toute ren\u00e9gociation de celui-ci, que Fran\u00e7ois Hollande a assur\u00e9 ne pas pouvoir pr\u00e9senter en l\u2019\u00e9tat au parlement pour ratification. <\/p>\n<p>Lorsque la situation est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 attendre, un dernier espoir subsiste toujours : celui de l\u2019arriv\u00e9e inopin\u00e9e de la cavalerie annonc\u00e9e par une trompette sonnant dans le lointain. Bien que nous ne soyons pas au cin\u00e9ma, les banques centrales jouent ce r\u00f4le dans le sc\u00e9nario d\u2019encerclement financier que nous subissons. Le probl\u00e8me est que la m\u00eame sc\u00e8ne a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00fb \u00eatre rejou\u00e9e plusieurs fois !<\/p>\n<p>Les banques centrales sont d\u2019une double nature. Destin\u00e9es aux sauvetages du syst\u00e8me financier, elles en sont \u00e9galement les protectrices. Venant de se voir confi\u00e9e la mission de r\u00e9gulation par le Congr\u00e8s, la Fed am\u00e9ricaine exprime au mieux cette dualit\u00e9 en la poussant jusqu&rsquo;au bout. <\/p>\n<p>Mais elles ne sont pas toutes-puissantes, ne disposant pas des bons outils. Gardiennes du Temple de la monnaie, elles en ont les attributs, qui sont inadapt\u00e9s \u00e0 une panne ayant comme origine la crise de solvabilit\u00e9 &#8211; due \u00e0 une bulle d&rsquo;endettement massive. En raison \u00e9galement du socle id\u00e9ologique sur lequel elles ont \u00e9t\u00e9 b\u00e2ties, auquel elles ne cessent de faire r\u00e9f\u00e9rence. Ce qui ne les emp\u00eache pas de faire preuve du plus grand pragmatisme, quand elles y sont contraintes, tentant de compenser l\u2019inadaptation de leurs mesures par leur effet de surprise. <\/p>\n<p>Tout en se tenant par la main, et parfois en la tendant, les banquiers centraux s\u2019interrogent et ne sont pas d\u2019accord entre eux et dans leurs maisons respectives. Au fil de leurs r\u00e9unions transparaissent leurs divisions et retentissent de temps en temps leurs \u00e9clats. Leurs \u00e9bats et interrogations tournent toujours autour des mesures <i>non conventionnelles<\/i>, signe qu\u2019ils ont franchi un Rubicon, que certains d\u2019entre eux comparent d\u2019ailleurs \u00e0 une navigation sur le Styx, r\u00e9fugi\u00e9s dans leur orthodoxie. Elles ont pour nom baisse des taux directeurs, montant des r\u00e9serves obligatoires, injections de liquidit\u00e9s, achats obligataires de toutes natures et de toutes qualit\u00e9s\u2026 Mais au sein de cette petite famille, la petite derni\u00e8re, la banque centrale europ\u00e9enne, fait figure de parent pauvre n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 pourvue de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019arsenal. <\/p>\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 leur ind\u00e9cision, et pour tout dire menac\u00e9s d\u2019impuissance, les banquiers centraux se sentent bien seuls. Ce n\u2019est pas \u00e0 la lecture du dernier communiqu\u00e9 du Comit\u00e9 mon\u00e9taire et financier international du FMI qu\u2019ils vont pouvoir trouver leur inspiration : \u00ab\u00a0Dans la zone euro, une poursuite des progr\u00e8s vers la viabilit\u00e9 de la dette, la stabilit\u00e9 financi\u00e8re et des r\u00e9formes structurelles ambitieuses sera cruciale pour am\u00e9liorer la confiance et la productivit\u00e9, faciliter le r\u00e9\u00e9quilibrage au sein de l&rsquo;union mon\u00e9taire et promouvoir une croissance forte et \u00e9quilibr\u00e9e\u00a0\u00bb. Oui, certes ! Mais encore ? <\/p>\n<p>Agust\u00edn Carstens, le gouverneur de la banque centrale du Mexique a un plan : \u00ab\u00a0il faut en avoir un\u00a0\u00bb pour s\u2019y tenir, a-t-il expliqu\u00e9 \u00e0 ses coll\u00e8gues qui se sont retrouv\u00e9s \u00e0 Washington avec lui, pr\u00e9cisant toutefois ensuite qu\u2019il convient de \u00ab\u00a0renforcer la croissance aussi vite que possible\u00a0\u00bb. Mais Massaaki Shirakawa, le patron de la Banque du Japon, consid\u00e8re du haut de sa longue exp\u00e9rience que \u00ab\u00a0il est dangereux d\u2019agir en tant que pr\u00eateur en dernier ressort pour les gouvernements\u00a0\u00bb, ce qu\u2019il n\u2019a pas cess\u00e9 de faire pour essayer sans succ\u00e8s de faire sortir le Japon du trou de la d\u00e9flation dans lequel le pays se trouve.<\/p>\n<p>Toujours inspir\u00e9, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, met en garde contre toute perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 d&rsquo;une banque centrale qui baisserait la garde \u00e0 propos de la lutte contre la stabilit\u00e9 des prix, laissant peu de place \u00e0 des injections mon\u00e9taires renouvel\u00e9es de la BCE. Sans les exclure formellement, car on est trop prudent\u2026 Vitor Constancio, le vice-pr\u00e9sident de la BCE, montre le bout du nez en \u00e9voquant la cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0m\u00e9canismes collectifs\u00a0\u00bb, une incitation destin\u00e9e aux dirigeants europ\u00e9ens pour qu\u2019ils se penchent sur le dossier des euro-obligations, ce qui exon\u00e9rerait la BCE de toute nouvelle intervention \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00c9tats. S\u2019appuyant sur le constat que \u00ab\u00a0le risque de d\u00e9flation est n\u00e9gligeable\u00a0\u00bb, il se drape dans la seule mission de stabilisation des prix, unique mandat de la BCE qui la diff\u00e9rencie de ses cons\u0153urs. <\/p>\n<p>En plein dilemme, pris entre les dangers de l&rsquo;inflation et de la r\u00e9cession, les banquiers centraux europ\u00e9ens continuent de suivre la ligne de plus grande pente, celle qui les conduit \u00e0 agiter le spectre de l\u2019inflation pour justifier leur immobilisme. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 ils se r\u00e9soudront \u00e0 nouveau \u00e0 agir, une nouvelle fois au bord du gouffre. L&rsquo;ind\u00e9cision n&rsquo;est pas une politique. <\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, le comit\u00e9 de politique mon\u00e9taire de la Fed (FOMC) fait preuve de la m\u00eame ind\u00e9cision. Au gr\u00e9 de la publication des indicateurs \u00e9conomiques et de son appr\u00e9ciation de la conjoncture, la Fed poursuit sur sa lanc\u00e9e, maintenant son taux directeur proche de z\u00e9ro et poursuivant jusqu\u2019\u00e0 fin juin son programme destin\u00e9 \u00e0 faire baisser les taux longs de la dette am\u00e9ricaine. Mais toute activation d\u2019un nouvel <i>assouplissement quantitatif<\/i>, destin\u00e9 \u00e0 favoriser la relance, est remis \u00e0 apr\u00e8s les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de novembre prochain. \u00ab\u00a0Les \u00c9tats-Unis ne sont toujours pas tir\u00e9s d\u2019affaire\u00a0\u00bb a encore proclam\u00e9 derni\u00e8rement William Dudley, le vice-pr\u00e9sident du FOMC, mais le surplace s\u2019impose pour le moment.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e9galement ce qui peut \u00eatre constat\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 britannique, avec le maintien du taux directeur proche de z\u00e9ro de la Banque d&rsquo;Angleterre et le maintien d\u2019un programme d\u2019injections de liquidit\u00e9s (d\u2019assouplissement quantitatif) qui n\u2019est ni annul\u00e9 ni r\u00e9activ\u00e9. La banque est soumise \u00e0 des imp\u00e9ratifs contradictoires, face \u00e0 la double menace de l\u2019inflation et de la stagnation, un des pires ph\u00e9nom\u00e8nes possibles d\u00e9nomm\u00e9 <i>stagflation<\/i>. <\/p>\n<p>La Banque du Japon s\u2019efforce de son c\u00f4t\u00e9 de relancer l\u2019\u00e9conomie et de lutter contre la d\u00e9flation, en adoptant l\u2019objectif classique d\u2019une inflation de 2% mais se donnant celui de 1% dans une premi\u00e8re \u00e9tape, au nom d\u2019un r\u00e9alisme encore tr\u00e8s optimiste. Elle vient \u00e9galement d\u2019adopter de nouvelles dispositions non conventionnelles, en d\u00e9cidant \u00e0 nouveau de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019achat de 100 milliards d\u2019euros de titres de la dette souveraine, apr\u00e8s l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 fait en f\u00e9vrier dernier pour un montant de 92 milliards d\u2019euros. L\u2019enveloppe de son programme d\u2019achat d\u2019actifs atteint d\u00e9sormais et au total 700 milliards d\u2019euros en bons du Tr\u00e9sor et en titres douteux. Son taux directeur continuant par ailleurs d\u2019\u00e9voluer entre 0% et 0,1%\u2026 <\/p>\n<p>Les pr\u00eats des banques centrales, \u00e0 l\u2019exception de ceux de la BCE, ont donc atteint la quasi gratuit\u00e9 dans un monde o\u00f9 cette notion est re\u00e7ue comme une injure. Les achats de dette souveraine varient selon les banques centrales, au gr\u00e9 des pays ou des r\u00e9gions et des circonstances politiques, t\u00e9moignant au mieux d\u2019une grande ind\u00e9cision et au pire de l\u2019impuissance. Pr\u00eateurs en dernier ressort des banques, les banques centrales le sont aussi des \u00c9tats, mais avec quel r\u00e9sultat \u00e0 terme quand elles s&rsquo;y engagent ? Eternels sujets d\u2019interrogations, les banques centrales n\u2019apportent pas de rem\u00e8des, ne parvenant qu\u2019\u00e0 repousser les \u00e9ch\u00e9ances, sans toutefois les r\u00e9gler. Comme des illusionnistes contraints de r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames tours, avec le risque suppl\u00e9mentaire d\u2019\u00e9venter leurs trucs. <\/p>\n<p>La strat\u00e9gie de d\u00e9sendettement qui a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e s\u2019est d\u00e9j\u00e0 effondr\u00e9e, il ne suffira pas de l\u2019assouplir ou de renforcer les matelas destin\u00e9s \u00e0 absorber les chocs \u00e0 venir. Ces deux parades ont en commun de sous-estimer la dynamique de la crise financi\u00e8re. En fin de compte, la seule cavalerie dont les banques centrales favorisent l\u2019arriv\u00e9e est financi\u00e8re. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ce d\u00e9but de semaine sur le march\u00e9 obligataire, suite \u00e0 de nouvelles \u00e9missions espagnoles et italiennes, ainsi que sur les places boursi\u00e8res, o\u00f9 les valeurs financi\u00e8res ont \u00e0 nouveau d\u00e9gringol\u00e9 lundi, l\u2019ambiance n\u2019est pas \u00e0 la f\u00eate. 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