{"id":3740,"date":"2009-07-11T21:52:54","date_gmt":"2009-07-11T19:52:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3740"},"modified":"2009-07-11T21:52:54","modified_gmt":"2009-07-11T19:52:54","slug":"l%e2%80%99actualite-de-la-crise-gagner-du-temps-pour-toute-politique-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/07\/11\/l%e2%80%99actualite-de-la-crise-gagner-du-temps-pour-toute-politique-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L\u2019actualit\u00e9 de la crise : Gagner du temps pour toute politique, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>GAGNER DU TEMPS POUR TOUTE POLITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>Il semble se confirmer qu\u2019il ne faut pas vraiment croire le d\u00e9menti de la Maison Blanche niant toute \u00e9tude d\u2019un second plan de relance. Ni, par voie de cons\u00e9quence, que Laura Tyson, conseill\u00e8re \u00e9conomique de rang junior, ait fait une boulette en l\u2019annon\u00e7ant lors de son colloque de Singapour. R\u00e9trospectivement, cela ressemble plut\u00f4t \u00e0 un ballon d\u2019essai, \u00e0 lire l\u2019entretien de vendredi au Financial Times de Larry Summers, \u00e9conomiste senior de Barack Obama. Il ne croit pas, en effet, que \u00ab le pire soit pass\u00e9 \u00bb. Ajoutant : \u00ab Il est tr\u00e8s probable que des emplois suppl\u00e9mentaires seront perdus. Il ne serait pas surprenant que le produit int\u00e9rieur brut n&rsquo;ait pas atteint son plancher \u00bb. Puis, concluant : \u00ab Ce qui semble vrai, c&rsquo;est que le sentiment de panique dans les march\u00e9s et la chute libre de l&rsquo;\u00e9conomie se sont apais\u00e9s, et on n&rsquo;a pas le sentiment d&rsquo;une situation hors de contr\u00f4le qu&rsquo;on avait il y a quelques mois \u00bb.<\/p>\n<p>Si ce dernier s\u2019est demand\u00e9 la r\u00e9action qu\u2019a suscit\u00e9 ce ballon d\u2019essai, la lecture du concurrent du Financial Times, le Wall Street Journal, qui a consacr\u00e9 son enqu\u00eate mensuelle aupr\u00e8s d\u2019un panel d\u2019\u00e9conomistes \u00e0 la simple question : faut-il ou non une nouvelle relance ? lui a fourni sa r\u00e9ponse. Une majorit\u00e9 d\u2019avis n\u00e9gatifs a \u00e9t\u00e9 recueillie. Mais peut-\u00eatre Larry Summers est-il habitu\u00e9 au caract\u00e8re moutonnier de ces avis d\u2019experts autoris\u00e9s, et sait-il qu\u2019ils ne font, dans leur majorit\u00e9, que refl\u00e9ter la position de Wall Street, car il conna\u00eet son monde pour en faire partie. Ils auraient m\u00eame tendance \u00e0 \u00eatre plus royalistes que le roi, car 54% d&rsquo;entre eux s&rsquo;attendent selon ce sondage \u00e0 ce que la r\u00e9cession am\u00e9ricaine s&rsquo;ach\u00e8ve cet \u00e9t\u00e9, ce qui n\u2019est pas vraiment acquis. <\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, aucun des fronts sur lesquels l\u2019administration Obama se bat ne conna\u00eet de v\u00e9ritable accalmie et l\u2019improvisation se poursuit. La derni\u00e8re expression en date de celle-ci \u00e9tant le \u00e9ni\u00e8me avatar du plan de rachat des actifs toxiques aux banques, dont la voilure a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9duite et dont il est attendu d\u00e9sormais avec circonspection les r\u00e9sultats. Mais, pendant les travaux, la vente, ou plut\u00f4t la crise continue ! Les premi\u00e8res manifestations d\u2019une prochaine stabilisation sont attentivement recherch\u00e9es un peu partout, en sollicitant tel ou tel indice qui en serait l\u2019expression. Devant parfois reconna\u00eetre, quand c\u2019est trop flagrant, que ceux-ci peuvent \u00eatre trompeurs, car ayant subit les fameuses \u00ab corrections des variations saisonni\u00e8res \u00bb, ou bien d\u2019autres redressements statistiques, pas davantage pertinents dans une situation de crise, car calibr\u00e9s pour un fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie en r\u00e9gime normal. Osons l\u2019image, on est pass\u00e9 en pilotage manuel et les instruments ne fonctionnent plus tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p><!--more-->Du c\u00f4t\u00e9 des banques, on commence \u00e0 s\u2019apercevoir qu\u2019il a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 chant\u00e9 victoire un peu trop t\u00f4t. Entendons-nous bien, il y a banque et banque. Car si l\u2019on regarde \u00e0 l\u2019\u00e9tage du dessous de celles qui tiennent le haut du pav\u00e9, cela va mal. On en est quand m\u00eame \u00e0 la cinquante troisi\u00e8me faillite d\u2019une banque r\u00e9gionale, selon le FDIC. Mais, m\u00eame si l\u2019on consid\u00e8re les plus grandes banques, elles ne vont pas si fort que cela. Bien que Goldman Sachs plastronne devant les investisseurs avec ses excellents r\u00e9sultats financiers, trimestre apr\u00e8s trimestre, ce qui ne t\u00e9moigne pas d\u2019un sens politique tr\u00e8s aigu, mais Barack Obama est l\u00e0 pour s\u2019adresser aux autres, \u00e0 chacun sa partition. <\/p>\n<p>Le rachat au Tr\u00e9sor, par celles qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de son plan de sauvetage, des warrants (bons de souscription) \u00e9mis en contrepartie des fonds publics re\u00e7us, donne lieu \u00e0 un nouveau de ces pas de deux auxquels nous sommes maintenant accoutum\u00e9s. A quel prix les banques doivent-elles racheter les warrants, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elles ont profit\u00e9 de ces fonds pour entre-temps faire des affaires, et qu\u2019ils doivent donc \u00eatre valoris\u00e9s ? Un m\u00e9canisme d\u2019ench\u00e8res a \u00e9t\u00e9 mis au point par le Tr\u00e9sor, afin de d\u00e9terminer le meilleur offrant, au nom de la n\u00e9cessaire transparence de cette op\u00e9ration et de la sacro-sainte r\u00e9f\u00e9rence au march\u00e9 qui fixe les meilleurs prix (comme si toutes les manipulations n\u2019\u00e9taient pas envisageables dans ce petit monde de coquins). Dans la pratique, les banques se font cependant s\u00e9rieusement tirer l\u2019oreille, n\u2019ayant pas l\u2019intention de consacrer trop de fonds \u00e0 l\u2019op\u00e9ration, ne voulant pas davantage que d\u2019autres investisseurs puissent se porter acqu\u00e9reurs, et entrer finalement \u00e0 leurs tours de table, diluant les actionnaires actuels (encore que de discrets arrangements soient possibles). Cela rappelle l\u2019\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dent du PPIP, les banques, cette fois-l\u00e0, ne voulant pas c\u00e9der leurs actifs toxiques \u00e0 trop bas prix. En attendant, la commission du Congr\u00e8s charg\u00e9e de la surveillance de ce programme, pr\u00e9sid\u00e9e par Elizabeth Warren, a publi\u00e9 un rapport et accuse les onze premi\u00e8res banques ayant rachet\u00e9 leurs warrants de les avoir pay\u00e9s un tiers moins cher que leur valeur de march\u00e9. Tout ceci d\u00e9montre, en r\u00e9alit\u00e9, la fragilit\u00e9 financi\u00e8re des banques, en d\u00e9pit de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9 et des affaires qu\u2019elles ont pu faire, quand elles \u00e9taient doublement soutenues \u00e0 bout de bras, par le Tr\u00e9sor et par la Fed. R\u00e9trospectivement, cela r\u00e9duit d\u00e9cid\u00e9ment \u00e0 pas grand-chose les stress tests des m\u00eames banques. <\/p>\n<p>Mais, l\u00e0 o\u00f9 le d\u00e9minage, puisqu\u2019il s\u2019agit de cela, est encore plus imparfait, c\u2019est \u00e0 propos des pr\u00eats hypoth\u00e9caires r\u00e9sidentiels et des produits d\u00e9riv\u00e9s (les CDS), dont ils sont les sous-jacents. On parle de plus en plus de \u00ab bombes \u00e0 retardement \u00bb, et non plus de mines, dans ce domaine comme dans tous les autres (\u00e0 propos surtout de l\u2019emploi) ; une image qui met mieux en perspective la crise et permet d\u2019en comprendre la dynamique, c\u2019est-\u00e0-dire la suite. Il y a deux mani\u00e8res d\u2019aborder cette question. Soit de faire le bilan des efforts de l\u2019administration Obama et de la Fed pour limiter la hausse des taux hypoth\u00e9caires (li\u00e9s \u00e0 ceux des Treasuries 10 ans, les obligations d\u2019Etat), favoriser la ren\u00e9gociation des pr\u00eats en apportant des garanties et des cr\u00e9dits, et soutenir le march\u00e9 immobilier, afin que les prix ne chutent pas d\u2019avantage (diminuant d\u2019autant les garanties hypoth\u00e9caires). Soit scruter les grandes \u00e9ch\u00e9ances pr\u00e9visibles dans les plans de remboursement des pr\u00eats en cours, la mont\u00e9e du ch\u00f4mage et l\u2019augmentation du taux de d\u00e9faut pouvant en r\u00e9sulter. En d\u2019autres termes, on \u00e9cope \u00e0 b\u00e2bord, tandis que de nouvelles voies d\u2019eau apparaissent \u00e0 tribord ! Le bateau va-t-il couler ou continuer \u00e0 flotter ? L\u2019avis des experts avis\u00e9s et ind\u00e9pendants laisse craindre le pire. Un article publi\u00e9 par le Financial Times (\u00e0 propos des banques britanniques) faisait \u00e0 ce sujet un point d\u00e9taill\u00e9, le 6 juillet dernier, remarquant que, dans le meilleur des cas devrions-nous ajouter, tant que les banques ne s\u2019\u00e9taient pas d\u00e9barrass\u00e9es de leurs pr\u00eats hypoth\u00e9caires pourris, le march\u00e9 du cr\u00e9dit ne pourrait pas reprendre. \u00ab C\u2019est une situation \u00e0 la Catch 22 \u00bb, concluait Tom Cane, l\u2019auteur de l\u2019article. <\/p>\n<p>Mais une chose est le cr\u00e9dit hypoth\u00e9caire r\u00e9sidentiel, une autre le cr\u00e9dit hypoth\u00e9caire commercial, dont l\u2019avenir est aussi sombre. Il s\u2019agit de tous ces centres commerciaux, d\u00e9j\u00e0 ouverts ou en passe de l\u2019\u00eatre, qui subissent le contrecoup de la baisse de la consommation, qui r\u00e9sulte elle-m\u00eame de l\u2019accroissement du ch\u00f4mage, des jours ch\u00f4m\u00e9s ainsi que des r\u00e9ductions de salaires, ou de la mont\u00e9e de l\u2019\u00e9pargne de pr\u00e9caution. Tout s\u2019encha\u00eene, se cumule et s\u2019entra\u00eene : c\u2019est le propre d\u2019une crise financi\u00e8re et \u00e9conomique. \u00ab L\u2019\u00e9t\u00e9 sera chaud et orageux \u00bb \u00e9tait le titre de mon billet du 23 juin dernier, pr\u00e9cis\u00e9ment consacr\u00e9 aux CMBS, les actifs \u00e9mis sur le march\u00e9 commercial, suite \u00e0 un autre article du Financial Times. <\/p>\n<p>Il a beaucoup \u00e9t\u00e9 question de la mont\u00e9e du taux de d\u00e9faut de remboursement des encours sur les cartes de cr\u00e9dit, qui jouent le r\u00f4le de cr\u00e9dit revolving aux Etats-Unis et permettent \u00e0 de nombreux m\u00e9nages de boucler syst\u00e9matiquement leurs fins de mois, pratiquant faute de revenus suffisants une v\u00e9ritable fuite en avant, tr\u00e8s on\u00e9reuse en frais financiers. On a remarqu\u00e9 \u00e0 ce propos comment l\u2019arbitrage qui a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 entre consommateurs et \u00e9tablissement financiers par l\u2019administration Obama s\u2019est sold\u00e9 par l\u2019adoption d\u2019une loi globalement favorable en fin de compte aux \u00e9metteurs de ces cartes, apr\u00e8s qu\u2019ils aient fait pression de tout leur poids au Congr\u00e8s. Et que son entr\u00e9e en vigueur n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diate, ne soulageant pas les consommateurs, incitant les \u00e9metteurs des cartes \u00e0 pr\u00e9cipiter aveugl\u00e9ment la hausse des d\u00e9fauts en augmentant les frais d\u2019utilisation de mani\u00e8re inconsid\u00e9r\u00e9e, rejetant par ailleurs hors du syst\u00e8me ceux qu\u2019elle condamne ainsi \u00e0 la rel\u00e9gation. `<\/p>\n<p>Mais un autre pan de l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, qui contribue de mani\u00e8re tr\u00e8s importante \u00e0 l\u2019emploi, va devoir faire l\u2019objet de mesures de sauvetage d\u2019urgence. Il s\u2019agit des PME, dont l\u2019un des bras financiers est d\u00e9clar\u00e9 malade \u00e0 son tour. CIT Group, qui compte pr\u00e8s d&rsquo;un million de clients dans ce secteur, envisage un d\u00e9p\u00f4t de bilan et se tourne vers le gouvernement. Le groupe de service financier sp\u00e9cialis\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 obtenu le statut de banque et, \u00e0 cette occasion, 2,33 milliards de dollars d\u2019aide publique. Il cherche \u00e0 avoir acc\u00e8s \u00e0 une garantie f\u00e9d\u00e9rale \u00e0 ses dettes, afin d\u2019\u00e9mettre des obligations avec de faibles taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Selon le Wall Street Journal, ses dettes s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent au 31 mars \u00e0 68 milliards de dollars, 2,7 milliards venant \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance cette ann\u00e9e et 8 milliards en 2010. La situation de CIT Group va donc faire l\u2019objet de toutes les attentions, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 d\u2019utiliser les reliquats disponibles des fonds du TARP pour donner un coup de main aux banques r\u00e9gionales qui tombent comme des mouches. Il y a d\u2019ailleurs concurrence dans les affectations de ces reliquats (240 milliards de dollars au dernier pointage officiel), car l\u2019administration envisage \u00e9galement de les utiliser pour lancer un programme de pr\u00eats aux PME, garantis par l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral jusqu\u2019\u00e0 90% de leur montant. <\/p>\n<p>La question est pos\u00e9e : jusqu\u2019\u00e0 quel niveau l\u2019Etat va-t-il devoir intervenir pour que l\u2019\u00e9conomie ne s\u2019effondre pas ? On est loin, dans la pratique, de cette doctrine qui veut que l\u2019essentiel est de pr\u00e9venir les \u00ab risques syst\u00e9miques \u00bb. Cette derni\u00e8re devrait \u00eatre, cela para\u00eet de plus en plus envisageable, r\u00e9\u00e9valu\u00e9e et \u00e9largie, avec les cons\u00e9quences que cela impliquerait au niveau de la r\u00e9gulation financi\u00e8re. Cela rappelle les d\u00e9bats sur la doctrine nucl\u00e9aire, datant des ann\u00e9es 60, qui ont abouti \u00e0 un tournant majeur \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La \u00ab riposte gradu\u00e9e \u00bb et la \u00ab r\u00e9ponse flexible \u00bb avaient succ\u00e9d\u00e9 aux \u00ab repr\u00e9sailles massives \u00bb. C\u2019est peut-\u00eatre le m\u00eame chemin, mais dans le sens contraire, qui va devoir, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, \u00eatre au moins partiellement effectu\u00e9 dans le domaine financier ! Hypoth\u00e8se. <\/p>\n<p>Par ailleurs, est ce que la gestion de la crise peut continuer \u00e0 \u00eatre plus ou moins contr\u00f4l\u00e9e, \u00e9vitant de nouveaux d\u00e9rapages majeurs, le pr\u00e9c\u00e9dent ayant \u00e9t\u00e9 une chute libre au dire de ceux qui l\u2019ont connu de pr\u00e8s ? C\u2019est bien entendu toute la question, car l\u2019heure des bilans n\u2019est pas encore venue. De m\u00eame qu\u2019il est encore trop t\u00f4t pour tracer les contours de ce que sera \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e la r\u00e9gulation financi\u00e8re mise en \u0153uvre. Sans faire preuve d\u2019un optimisme excessif.<\/p>\n<p>Apporter une attention particuli\u00e8re au versant am\u00e9ricain de la crise en cours ne se justifie pas uniquement par son impact \u00e9conomique international, encore d\u00e9terminant, mais \u00e9galement parce qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le, pour les m\u00e9canismes qu\u2019elle met \u00e0 nu, et bien plus encore en raison des rapports de force qui s\u2019y expriment. Cela va au-del\u00e0 d\u2019une bataille d\u2019id\u00e9es, de la revanche, comme on a entendu dire, de Keynes sur Friedman, et de la d\u00e9route d\u2019une id\u00e9ologie qui pr\u00e9tendait abusivement au statut de science, comme de math\u00e9maticiens qui pensaient avoir trouv\u00e9 la pierre philosophale et tout dominer de la leur. L\u2019\u00e9cole de la \u00ab Quant economy \u00bb (\u00ab quant \u00bb pour quantitatif) a failli, comme celle de Chicago. C\u2019est sur un autre terrain tout aussi instructif que la bagarre est engag\u00e9e, la situation se pr\u00eatant \u00e0 son \u00e9tude. <\/p>\n<p>Le concept d\u2019oligarchie financi\u00e8re, \u00e0 qui Simon Johnson a donn\u00e9 du cr\u00e9dit en raison de son profil d\u2019ancien insider, auquel la revue Rolling Stones a apport\u00e9 un \u00e9clairage document\u00e9 en \u00e9pinglant le cas Goldman Sachs, n\u2019est pas en soi d\u2019une extr\u00eame nouveaut\u00e9, mais il exprime parfaitement la symbiose qui existe entre les pouvoirs politiques et financiers \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du monde. De nouvelles pierres ne devraient pas tarder \u00e0 \u00eatre apport\u00e9es \u00e0 la description de cet \u00e9difice, sans nul doute. Ce fil rouge permet, d\u00e8s maintenant, de suivre \u00e0 la trace l\u2019entrela\u00e7age de ces pouvoirs, qui d\u2019ailleurs ne sont pas exempts de contradictions internes, ce qui remet \u00e0 leur juste place les th\u00e9ories manich\u00e9ennes qui continuent de fleurir. <\/p>\n<p>De quoi Barack Obama et le Pape ont-ils discut\u00e9 hier vendredi ensemble ? Des finances du Vatican, du rendement des T-bonds am\u00e9ricains \u00e0 dix ans et de comment il va falloir n\u00e9gocier l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me mon\u00e9taire international ? Il y aura des gens pour l\u2019affirmer. Non, le syst\u00e8me est complexe et sa description l\u2019est autant. Le myst\u00e8re, il est vrai, reste encore largement entier, car il est une finance souterraine dont on ne subodore que les grandes lignes, dont on ne conna\u00eet que les montants suppos\u00e9s \u2013 ils sont gigantesques &#8211; quand on comptabilise les flux qui traversent les paradis fiscaux, et dont on se dit qu\u2019elle tire \u00e0 sa mani\u00e8re et en coulisse pas mal de ficelles. \u00ab Les march\u00e9s \u00bb ont peut-\u00eatre parfois bon dos ! <\/p>\n<p>Cette \u00e9tude de l\u2019\u00e9conomie souterraine pourrait \u00eatre appel\u00e9e \u00e0 la rescousse (bien qu\u2019elle devait \u00eatre plus correctement d\u00e9nomm\u00e9e informelle, car elle n\u2019est pas n\u00e9cessairement cach\u00e9e, dans certains cas), mais c\u2019est la plupart du temps l\u2019informalit\u00e9 du bas qui est observ\u00e9e &#8211; quand elle l\u2019est, c\u2019est \u00e0 dire rarement. Il y a une \u00e9conomie informelle \u00ab du haut \u00bb, qui est tr\u00e8s loin de se r\u00e9sumer \u00e0 l\u2019\u00e9vasion fiscale des plus fortun\u00e9s, et ne se superpose pas non plus avec \u00ab l\u2019argent sale \u00bb (de la drogue, de la corruption, etc.). Voil\u00e0 un champ d\u2019\u00e9tude \u00e0 retenir, au-del\u00e0 du suivi de la crise qui aujourd\u2019hui retient en priorit\u00e9 notre attention, parce que les choses y sont davantage \u00e0 ciel ouvert, s\u2019expriment de mani\u00e8re plus crue que d\u2019habitude, et en fin de compte se r\u00e9fugient moins derri\u00e8re des phrases creuses \u00e9rig\u00e9es qui font paravent. <\/p>\n<p>Mais revenons aux Etats-Unis et \u00e0 la conjoncture. Plusieurs moyens de relancer la machine sont disponibles, une fois enregistr\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas envisag\u00e9 d\u2019en changer le moteur. La parole est donc n\u00e9cessairement donn\u00e9e aux financiers, et cela tombe bien, car ils se connaissent tr\u00e8s bien sur les deux faces de leur plan\u00e8te, publique et priv\u00e9e, faisant r\u00e9guli\u00e8rement la navette entre les deux. Trois mannes peuvent \u00eatre mises \u00e0 profit pour financer la relance (dans le cas pr\u00e9sent, en sauvant en priorit\u00e9 les investisseurs priv\u00e9s des institutions financi\u00e8res, assimil\u00e9s aux femmes et aux enfants dans d\u2019autres circonstances). Les fonds publics existant ou \u00e0 venir (surtout \u00e0 venir), les investisseurs priv\u00e9s, ainsi que la monnaie cr\u00e9\u00e9e par la banque centrale. Tout l\u2019art est dans le doigt\u00e9 avec lequel leur utilisation est combin\u00e9e, car ces leviers interagissent entre eux, sur ce qui s\u2019appelle \u00ab les march\u00e9s \u00bb. Par ailleurs, si vous cr\u00e9ez trop de monnaie, vous augmentez par ricochet le co\u00fbt du remboursement de vos emprunts ; mais si vous empruntez trop, vous obtenez le m\u00eame r\u00e9sultat. Pour ne pas parler d\u2019autres effets induits qui compliquent beaucoup plus ce jeu. <\/p>\n<p>Cette gestion est comme le reste au jour le jour en ces temps incertains. Elle rencontre ses limites, alors que les puits apparaissent sans fond. C\u2019est pour tenter de les reculer que le secr\u00e9taire d\u2019Etat au Tr\u00e9sor, Tim Geithner joue les commis voyageurs. Apr\u00e8s P\u00e9kin, il se pr\u00e9pare ainsi \u00e0 entamer dimanche soir un voyage en Arabie Saoudite et dans les Emirats. Ce n\u2019est certes pas pour y parler gestion de la crise et r\u00e9gulation future, comme en France et en Grande-Bretagne, o\u00f9 il va aussi se rendre. Venant de proposer un plan de r\u00e9gulation des produits d\u00e9riv\u00e9s aux Etats-Unis, sur lequel nous reviendrons, Tim Geithner a reconnu devant le Congr\u00e8s qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab franchement un peu inquiet \u00bb en constatant que les Europ\u00e9ens envisageaient leur propre r\u00e9forme, sans tenir compte de celle en cours d\u2019\u00e9laboration \u00e0 son initiative. A propos des autres \u00e9tapes de son p\u00e9riple, les sujets sont multiples, le p\u00e9trole, les investissementsdes fonds souverains dans l\u2019\u00e9conomie am\u00e9ricaine, mais avant toute chose le financement de la dette am\u00e9ricaine, dont les deux royaumes sont de gros d\u00e9tenteurs. <\/p>\n<p>Larry Summers a \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9, toujours dans le m\u00eame entretien, le sujet du financement de la dette am\u00e9ricaine, qui est au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de l\u2019administration am\u00e9ricaine. Eludant une question portant sur une \u00e9ventuelle \u00ab strat\u00e9gie de sortie \u00bb (de crise) et un rel\u00e2chement des mesures de relance, il a r\u00e9pondu de mani\u00e8re particuli\u00e8rement \u00e9nigmatique : \u00ab Je crois que les mesures qu&rsquo;il faut, pour faire ce qu&rsquo;il convient sur le d\u00e9ficit \u00e0 long terme, renforceront la confiance, maintiendront le niveau bas des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et des co\u00fbts du capital, rendront les emprunts meilleur march\u00e9 et donc participeront directement \u00e0 la croissance \u00bb. Comprenne qui pourra quelles sont les mesures qu\u2019il \u00e9voque. \u00ab Je ne suis pas convaincu par l\u2019existence d&rsquo;un conflit important entre l&rsquo;imp\u00e9ratif budg\u00e9taire de croissance et d&rsquo;autres imp\u00e9ratifs \u00bb, a-t-il ajout\u00e9, pr\u00e9f\u00e9rant en rester \u00e0 ces g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s qui ne mangent pas de pain. Dans l\u2019imm\u00e9diat, on peut noter que les T-bonds semblent r\u00e9sister et leur taux baisser l\u00e9g\u00e8rement, mais cela refl\u00e8te une d\u00e9saffection, dans le cadre de \u00ab l\u2019aversion au risque \u00bb des investisseurs priv\u00e9s vis-\u00e0-vis du march\u00e9 des actions, les \u00ab jeunes pousses \u00bb \u00e9tant rentr\u00e9es sous terre. Il en faudra plus pour contrecarrer la tendance haussi\u00e8re des rendements sur le moyen terme. <\/p>\n<p>Gagner du temps, encore gagner du temps, c\u2019est ce que font toujours les politiques quand ils ne savent pas quoi faire. C\u2019est ce que l\u2019on pourrait appeler leur politique de dernier ressort. Quand ils ne ferment pas les yeux, et avec eux les autorit\u00e9s r\u00e9glementaires, sur les pratiques douteuses des banques zombies qui se refusent d\u2019effectuer la danse des sept voiles, vu ce qu\u2019elles d\u00e9couvriraient, ils essayent de retarder le moment d\u2019autres choix, politiquement plus ardus. Des choix budg\u00e9taires notamment, qui leur imposent toujours de passer de la parole, qu\u2019ils ont facile, aux gestes, moins \u00e9quivoques devant l\u2019opinion publique. Mais ils ne sont pas certains de gagner cette course de vitesse, qu\u2019ils essayent de jouer avec lenteur, parce qu\u2019eux-m\u00eames sont largement dans l\u2019ignorance de ce qu\u2019ils ne comprennent pas tr\u00e8s bien et qu\u2019ils ont laiss\u00e9 faire, quand ils ne l\u2019encourageaient pas. Et puis, lorsqu\u2019ils doivent se r\u00e9soudre \u00e0 sortir du bois, et qu\u2019ils ne peuvent plus se r\u00e9fugier derri\u00e8re les mots, ils n\u2019ont pas d\u2019autre alternative que de continuer comme avant. C\u2019est toute leur faiblesse qui se pr\u00e9pare \u00e0 \u00eatre mise \u00e0 jour. Il peut \u00eatre esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019il va en \u00eatre ainsi. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>GAGNER DU TEMPS POUR TOUTE POLITIQUE <\/strong><\/p>\n<p>Il semble se confirmer qu\u2019il ne faut pas vraiment croire le d\u00e9menti de la Maison Blanche niant toute \u00e9tude d\u2019un second plan de relance. 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