{"id":3760,"date":"2009-07-13T21:35:53","date_gmt":"2009-07-13T19:35:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3760"},"modified":"2009-07-13T21:35:53","modified_gmt":"2009-07-13T19:35:53","slug":"l%e2%80%99actualite-de-la-crise-%c2%ab-too-big-to-save-%c2%bb-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/07\/13\/l%e2%80%99actualite-de-la-crise-%c2%ab-too-big-to-save-%c2%bb-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L\u2019actualit\u00e9 de la crise : \u00ab Too Big To Save ? \u00bb, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>\u00ab TOO BIG TO SAVE ? \u00bb<\/strong> <\/p>\n<p>Il est confortable de se trouver des rep\u00e8res dans l\u2019avalanche de nouvelles de cette crise, surtout lorsque l\u2019on en pratique sa chronique (presque) quotidienne. Et que l\u2019on ne se reconna\u00eet pas dans deux attitudes pr\u00e9dominantes, en apparence oppos\u00e9es, qui ont en commun d\u2019annoncer pr\u00e9matur\u00e9ment son issue, aveuglement optimiste dans un cas, catastrophiste par construction dans l\u2019autre. <\/p>\n<p>Jetant un coup d\u2019\u0153il dans l\u2019actualit\u00e9 par derri\u00e8re son \u00e9paule, un geste toujours instructif, on d\u00e9couvre le cimeti\u00e8re des d\u00e9bats d\u00e9j\u00e0 enterr\u00e9s, sur la forme de la relance (U, V, W ou L) ou \u00e0 la recherche des \u00ab jeunes pousses \u00bb verdoyantes, etc. Si l\u2019on suit, presque heure par heure et sur toute la plan\u00e8te, ses d\u00e9veloppements, les d\u00e9clarations contradictoires (mais toutes p\u00e9remptoires), les ph\u00e9nom\u00e8nes obscurs r\u00e9clamant une interpr\u00e9tation hors de notre port\u00e9e, les silences qui en disent long et les l\u00e9gers doutes masquant de grandes incertitudes, les indices \u00e9conomiques qui ne veulent plus rien dire, et tant d\u2019autres de ces \u00e9v\u00e8nements vite oubli\u00e9s pour la plupart, on est pris au pi\u00e8ge dans un v\u00e9ritable tourbillon. C\u2019est pourquoi, n\u2019ayant pas le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019\u00eatre bard\u00e9 de trop de certitudes, se m\u00e9fiant de celles des autres, on se met \u00e0 la recherche non plus de faits, car on est d\u00e9j\u00e0 noy\u00e9 dedans, mais de raisonnements. On piste de bons raisonneurs, afin de souffler un peu et de comprendre o\u00f9 l\u2019on va. <\/p>\n<p>Progressivement, une petite collection en est constitu\u00e9e. On se prend alors \u00e0 affectionner ces vigies que l\u2019on a adopt\u00e9es, refusant d\u2019en faire des proph\u00e8tes, glissant vite sur leurs petites marottes et leurs gros d\u00e9fauts, afin de pleinement profiter de leurs points forts. On attend avec int\u00e9r\u00eat leur prochaine chronique, dans une presse \u00e9conomique dite de r\u00e9f\u00e9rence (alors qu\u2019elle ne le faisait pas vraiment pour nous). On est soulag\u00e9, encourag\u00e9, quand leurs propos viennent conforter nos fragiles intuitions. Mieux encore, quand ils nous ouvrent une nouvelle piste gr\u00e2ce \u00e0 de leurs rapprochements et leurs pr\u00e9visions. Sans vergogne, on adopte parfois m\u00eame leurs raisonnements. <\/p>\n<p>Des noms ? Ils sont sur toutes les l\u00e8vres, car ils sont devenus presque des stars du journalisme, dans le petit club tr\u00e8s ferm\u00e9 des chroniqueurs \u00e9conomiques, pas habitu\u00e9s \u00e0 une telle notori\u00e9t\u00e9. Ils ne sont condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019anonymat que dans les pages de The Economist, car la r\u00e8gle y est depuis toujours que les articles ne sont jamais sign\u00e9s. Sinon, vous les connaissez tous : William Buiter, Ambrose Evans-Pritchard, Simon Johnson, Paul Krugman, Wolfgang M\u00fcnchen, Robert Reich, Nouriel Rubini, Joseph E. Stiglitz et Martin Wolf (sans pr\u00e9s\u00e9ance et par ordre alphab\u00e9tique). <\/p>\n<p><!--more-->De Joseph E. Stiglitz (que l\u2019on ne pr\u00e9sente plus), h\u00e9las un peu emp\u00eatr\u00e9 dans son statut de consultant international, nous avons derni\u00e8rement retenu que, selon lui \u00ab Les Nations Unies prennent la situation en main \u00bb. C\u2019est en effet le titre de l\u2019un de ses derniers articles en syndication (une forme de distribution aux r\u00e9dactions), aux lendemains de la Conf\u00e9rence du 23 juin dernier de l\u2019ONU sur la crise, prenant h\u00e9las un peu ses d\u00e9sirs, et les n\u00f4tres, pour des r\u00e9alit\u00e9s. Mais il a eu le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre sans doute le premier \u00e0 voir dans la concentration bancaire en cours un grand danger pour l\u2019avenir. <\/p>\n<p>Paul Krugman, que l\u2019on ne pr\u00e9sente pas non plus, et qui tient salon avec mordant dans les colonnes du New York Times, a \u00e9t\u00e9 un instant suspect\u00e9 par certains de complaisance politique avec la nouvelle administration, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un critique au vitriol de la pr\u00e9c\u00e9dente, mais il s\u2019est ressaisi. Sa derni\u00e8re chronique s\u2019intitule \u00ab Ebouillanter la grenouille \u00bb et fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette histoire bien connue, selon laquelle quand on chauffe progressivement l\u2019eau de la marmite dans laquelle on y a plong\u00e9 une grenouille, celle-ci ne s\u2019aper\u00e7oit pas de l\u2019\u00e9l\u00e9vation progressive de la temp\u00e9rature de l\u2019eau, pour finir \u00e9bouillant\u00e9e. Devinez qui est la grenouille et ce qui nous attend, selon Paul Krugman, tant du point de vue \u00e9conomique qu\u2019environnemental ? <\/p>\n<p>La finance et l\u2019\u00e9conomie allemandes sont comment\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s critique par Wolfgang M\u00fcnchau, dans les colonnes du Financial Times. Le titre de sa derni\u00e8re chronique ? \u00ab Berlin a port\u00e9 un coup \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Europe \u00bb. Et voil\u00e0 sa conclusion, \u00e9voquant le jugement de la Cour constitutionnelle allemande, qui a d\u00e9cid\u00e9 anticonstitutionnelle toute future politique fiscale europ\u00e9enne commune, comme tout commandement militaire : \u00ab Le jugement de la Cour refl\u00e8te le climat politique nationaliste et post-Bismarckien en cours \u00e0 Berlin. Pour le moins, tous ceux qui sont li\u00e9s par une union mon\u00e9taire avec l\u2019Allemagne devraient beaucoup s\u2019inqui\u00e9ter. \u00bb Il n\u2019est pas le seul \u00e0 pr\u00e9dire de fortes tensions au sein de la zone euro et \u00e0 s\u2019interroger sur les cons\u00e9quences du chacun pour soi qui pr\u00e9vaut de plus en plus en Europe. <\/p>\n<p>Egalement dans le Financial Times, visiblement un repaire d\u2019agents dormants que l\u2019on vient de r\u00e9activer, ce n\u2019est pas la derni\u00e8re chronique de Martin Wolf, figure tut\u00e9laire des chroniqueurs qui a su rapidement n\u00e9gocier son virage non sans adresse, mais l\u2019une de ses pr\u00e9c\u00e9dentes, datant du 30 juin. Pour son titre sans aucune \u00e9quivoque, malgr\u00e9 l\u2019article plus emberlificot\u00e9 qui suit: \u00ab L\u2019approche d\u2019une r\u00e9paration prudente des banques ne marchera pas \u00bb. Sa conclusion ? \u00ab C\u2019est le gradualisme, pas le radicalisme, qui est aujourd\u2019hui une option risqu\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Robert Reich, professeur \u00e0 Berkeley et ancien secr\u00e9taire d\u2019Etat au travail dans l\u2019administration Clinton, n\u2019est pas (encore ?) une voix dominante dans ce concert. Il vient pourtant de produire un bref et d\u00e9finitif article sur son blog ( http:\/\/www.robertreich.org ), qui pourra \u00eatre plus tard reconnu comme pr\u00e9monitoire. \u00ab Quand la reprise va-t-elle intervenir ? Jamais \u00bb, annonce-t-il d\u2019entr\u00e9e de jeu. Il explique ensuite que la reprise ne peut pas intervenir, car cela signifierait que les choses peuvent redevenir comme avant le crash. \u00ab Aussi, au lieu de se demander quand la reprise va commencer, nous devrions nous demander quand la nouvelle \u00e9conomie d\u00e9butera. \u00bb On attend la suite. <\/p>\n<p>C\u2019est Simon Johnson, professeur au MIT et ancien chef \u00e9conomiste du FMI, qui souvent d\u00e9veloppe sur son blog ( http:\/\/baselinescenario.com ) les points de vue les plus ac\u00e9r\u00e9s et globaux, ne se contenant pas de parcourir la situation financi\u00e8re et \u00e9conomique. Son dernier billet est consacr\u00e9 au projet d\u2019Agence de protection des consommateurs de l\u2019administration Obama. Il compare le timide soutien dont ce projet b\u00e9n\u00e9ficie avec celui, massif, dont a \u00e9t\u00e9 entour\u00e9 le plan PPIP de rachat des actifs toxiques des banques, en tr\u00e8s petite forme aujourd\u2019hui. Mettant en cause les intentions gouvernementales, au vu de ce que cette attitude augure \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, une fois que ce projet sera pass\u00e9 par le Congr\u00e8s, il rappelle comment l\u2019administration am\u00e9ricaine avait finalement pris le taureau par les cornes, \u00e0 la suite de la crise de 1929, en faisant adopter en 1934 le Security Exchange Act, qui r\u00e9glementait le march\u00e9 secondaire des valeurs. Tout cela a depuis \u00e9t\u00e9 d\u00e9tricot\u00e9. <\/p>\n<p>Le 3 juillet dernier, Willem Buiter, professeur \u00e0 la London School of Economics and Political Science, tr\u00e8s introduit dans les arcanes des banques centrales europ\u00e9ennes, publiait sur son blog h\u00e9berg\u00e9 par le Financial Times un long billet tr\u00e8s fouill\u00e9 intitul\u00e9 : \u00ab La cr\u00e9ation mon\u00e9taire et l\u2019encouragement du cr\u00e9dit ne fonctionnent pas, voil\u00e0 pourquoi \u00bb. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019inventeur (\u00e0 notre connaissance) de l\u2019expression \u00ab banques zombies \u00bb, qui a fait depuis flor\u00e8s, et avoir montr\u00e9 comment il \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable, \u00e0 la mise en place de bad banks, de cr\u00e9er des good banks (laissant les actionnaires des banques zombies en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec leurs actifs pourris), il fait preuve, pour ses lecteurs, d\u2019une salutaire ma\u00eetrise technique du monde abscons dans lequel vivent les banquiers centraux. <\/p>\n<p>Enfin, c\u2019est \u00e0 Ambrose Evans-Pritchard, du Daily Telegraph (plus famili\u00e8rement appel\u00e9 le Telegraph) qu\u2019il revient de conclure. Il le fait, comme d\u2019habitude, en allant \u00ab straight to the point \u00bb (droit au but). \u00ab L\u2019Europe creuse sa propre tombe \u00e9conomique, alors que la BCE ne r\u00e9pond pas \u00bb. Le sous-titre est encore plus explicite, s\u2019il en \u00e9tait besoin : \u00ab Dans un monde de p\u00e9cheurs, la banque centrale europ\u00e9enne joue les gardiens de la vertu, mais ses actions d\u00e9vastent les finances publiques de pratiquement tous les pays qui sont l\u2019objet de ses attentions \u00bb. Reconnaissant sans difficult\u00e9 que la Grande-Bretagne doit faire face \u00e0 ses propres d\u00e9sordres (le fran\u00e7ais ch\u00e2ti\u00e9 ne rend pas bien compte du \u00ab mess \u00bb anglais), il conclut ainsi : \u00ab D\u2019un point de vue strat\u00e9gique, le m\u00e9lange europ\u00e9en de d\u00e9flation mon\u00e9taire et de d\u00e9ficit budg\u00e9taire effr\u00e9n\u00e9 n\u2019est rien de moins qu\u2019une folie \u00bb. Nous voil\u00e0 pr\u00e9venus. <\/p>\n<p>Lorsque vient, toutes ces lectures \u00e9puis\u00e9es, le moment difficile de la synth\u00e8se, il est apr\u00e8s r\u00e9flexion possible de se poser une question centrale. Le puits que cherchent \u00e0 combler les gouvernements des pays occidentaux, ainsi que les banques centrales, n\u2019est-il pas tout simplement trop profond pour \u00eatre combl\u00e9 ? La politique qui est suivie a-t-elle, dans ces conditions, une chance d\u2019aboutir ? Le syst\u00e8me financier, dans son ensemble, n\u2019est-il pas en r\u00e9alit\u00e9 \u00ab too big to save \u00bb, trop gros pour \u00eatre sauv\u00e9 ? <\/p>\n<p>N\u2019est-ce pas cette v\u00e9rit\u00e9 toute simple, mais pas exag\u00e9r\u00e9ment confortable, qu\u2019il va falloir un jour se r\u00e9soudre \u00e0 affronter, afin de sortir du d\u00e9ni ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>\u00ab TOO BIG TO SAVE ? \u00bb<\/strong> <\/p>\n<p>Il est confortable de se trouver des rep\u00e8res dans l\u2019avalanche de nouvelles de cette crise, surtout lorsque l\u2019on en pratique sa chronique (presque) quotidienne. 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