{"id":38065,"date":"2012-06-11T15:14:26","date_gmt":"2012-06-11T13:14:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38065"},"modified":"2013-01-02T00:46:50","modified_gmt":"2013-01-01T23:46:50","slug":"circuits-courts-et-courts-circuits-par-zebu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/06\/11\/circuits-courts-et-courts-circuits-par-zebu\/","title":{"rendered":"<b>CIRCUITS COURTS ET COURTS-CIRCUITS<\/b>, par z\u00e9bu"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p><em>\u00ab Nos clients des circuits courts en Europe payent par l\u2019achat un prix g\u00e9n\u00e9ralement plus \u00e9lev\u00e9 que dans d\u2019autres circuits de distribution. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Dans <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=37310\">Circuits courts, vente direct et construction des prix<\/a>, Jean-Claude Balbot pose plusieurs constats, dont celui-ci, ajoutant par ailleurs que ces m\u00eames clients s&rsquo;acquittent ainsi d&rsquo;une double peine, payant tout \u00e0 la fois un prix plus cher et les externalit\u00e9s impos\u00e9es par le syst\u00e8me agro-industriel au travers des subventions, sous forme d&rsquo;imp\u00f4ts.<\/p>\n<p>Pourtant, Patrick Mundler (Directeur du D\u00e9partement Sciences Sociales et de Gestion ISARA Lyon \u2013 LER) et Albane Audras (Alliance Paysans Ecologistes Consommateurs de l\u2019Is\u00e8re) ont d\u00e9montr\u00e9 dans une <a href=\"http:\/\/www.sfer.asso.fr\/media\/files\/les_quatriemes_journees_de_recherches_en_sciences_sociales\/actes_des_4e_journees_de_recherches_en_sciences_sociales_inra_sfer_cirad_2010\/le_prix_des_paniers_analyse_de_la_formation_du_prix_du_panier_dans_7_amap_de_la_region_rhone_alpes\">\u00e9tude r\u00e9cente<\/a> que la formation des prix dans 7 AMAP (Association pour le Maintien de l&rsquo;Agriculture Paysanne) de la R\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes tendrait \u00e0 prouver le contraire : dans 63 % des cas, ce type de circuit court s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre moins cher que les autres modes de commercialisation (grande distribution, march\u00e9 traditionnel, magasin bio, march\u00e9 bio, magasin de producteurs). Si cette \u00e9tude est limit\u00e9e quantitativement, g\u00e9ographiquement mais aussi quant \u00e0 sa saisonnalit\u00e9, ces r\u00e9sultats ne manquent pas d&rsquo;interroger. En fait, on obtient la r\u00e9ponse un peu plus loin, puisque l&rsquo;\u00e9tude int\u00e8gre des prix minimaux et maximaux par type de commercialisation : les prix sont inf\u00e9rieurs de 13 % en moyenne pour la GMS (grandes et moyennes surfaces) et les march\u00e9s traditionnels aux prix des AMAP\u2026 pour les prix minimum de ces types de vente. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans quasiment tous les cas (sauf pour les fruits et le pain sur les march\u00e9s traditionnels), les prix maximum sont \u00e9gaux ou sup\u00e9rieurs aux pris des AMAP, parfois m\u00eame du double (l\u00e9gumes) !<\/p>\n<p><!--more-->Tr\u00e8s clairement donc, les modes traditionnels de vente, GMS et march\u00e9s traditionnels, doivent viser la fourchette basse des prix pour \u00eatre tr\u00e8s comp\u00e9titifs, au regard des AMAP mais aussi d&rsquo;autres modes de vente, comme les magasins de producteurs. C&rsquo;est notamment le cas pour la viande. On rejoint alors l&rsquo;observation r\u00e9alis\u00e9e que dans le type de vente dite classique, les prix sont form\u00e9s sur la fourchette basse, la plus proche des prix de revient (le salaire de subsistance ou m\u00eames les co\u00fbts de production), le compl\u00e9ment \u00e9tant octroy\u00e9 indirectement et donc sorti du prix par des subventions directes \u00e0 la production et donc au producteur (v\u00e9ritable salaire de subsistance). Et m\u00eame ainsi, comme pour l&rsquo;agneau ou a fortiori pour les l\u00e9gumes, ce prix minimum form\u00e9 en GMS ne parvient pas \u00e0 \u00eatre inf\u00e9rieur aux prix pratiqu\u00e9s par les AMAP, de 20 \u00e0 100 % (!) sup\u00e9rieur quand on analyse cette fois les prix maximum.<\/p>\n<p>Force est donc de constater que m\u00eame au prix d&rsquo;externalit\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales, pay\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;environnement, les modes de vente classiques ne sont pas comp\u00e9titifs en termes de prix au regard de modes alternatifs comme les circuits courts, un comble quand on sait que c&rsquo;est justement sur ce type d&rsquo;\u00e9talon que ces m\u00eames modes de vente demandent \u00e0 \u00eatre jug\u00e9s\u2026 Si l&rsquo;on prend cette fois en compte la qualit\u00e9 des produits propos\u00e9s, la volatilit\u00e9 des prix et la repr\u00e9sentation du prix (la GMS communiquant sans cesse sur les prix brad\u00e9s), le prix en AMAP est aussi d&rsquo;un point de vue qualitatif nettement sup\u00e9rieur aux autres syst\u00e8mes de commercialisation. Comme le cite l&rsquo;\u00e9tude en conclusion, \u00ab De ce point de vue, il n\u2019y a aucune raison pour que le prix des paniers propos\u00e9s en AMAP soit un frein au d\u00e9veloppement de ce mode de commercialisation aupr\u00e8s de populations disposant de faibles revenus. \u00bb. Pourtant, l&rsquo;\u00e9tude cite aussi un certain nombre de points de tension, notamment dans la formation des prix et dans les logiques de ce type de circuit court, paradoxes qui \u00e9clairent encore mieux la difficult\u00e9 des AMAP \u00e0 fonder une m\u00e9thodologie sur ce sujet.<\/p>\n<p>Concernant les AMAP, la fixation des prix est plus opaque que dans d&rsquo;autres circuits courts car la juste mesure de l&rsquo;\u00e9change est la confiance l\u00e0 o\u00f9 pour les autres l&rsquo;\u00e9talon semble \u00eatre la pr\u00e9cision sur la d\u00e9termination du prix. De fait, cette question de la formation des prix vient percuter la question de l&rsquo;engagement, base du militantisme, qui met \u00e0 distance ses propres effets sur le prix alors m\u00eame que l&rsquo;objet principal des AMAP est certes d&rsquo;assurer les producteurs contre la variabilit\u00e9 des cours mais aussi et tout autant de leur procurer une juste r\u00e9mun\u00e9ration, qui ne serait pas fournie dans les autres types de vente classiques, ceux-ci tendant vers les co\u00fbts de production. La question de la productivit\u00e9 est ainsi occult\u00e9e, en ce qu&rsquo;elle fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un corpus identifi\u00e9 comme productiviste, qui vient l\u00e0 encore percuter le corpus militant d&rsquo;une agriculture per\u00e7ue et voulue comme devant sortir justement de ce productivisme dont se repaissent les syst\u00e8mes de commercialisation classiques, GMS en t\u00eate. Pourtant, la productivit\u00e9 est tr\u00e8s variable selon les produits cultiv\u00e9s, sachant que le recours \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre humaine implique une productivit\u00e9 a priori moindre que le recours \u00e0 la m\u00e9canisation : occulter la question de la productivit\u00e9 reviendrait ainsi \u00e0 occulter la part du travail humain dans la formation des prix \u00e0 leur d\u00e9triment, alors m\u00eame que ces syst\u00e8mes promeuvent justement une part croissante de ce travail humain dans la production. <\/p>\n<p>Sur un autre versant de cette question, si les AMAP en France incluent \u00e0 l&rsquo;inverse des exemples \u00e9trangers la question de la formation des prix par les consommateurs et les producteurs, la d\u00e9termination du prix d&rsquo;un panier se r\u00e9alise aussi par le biais de la productivit\u00e9\u2026 par produits. Si le prix et le poids du panier sont fixes (ce qui est un des objectifs des AMAP), l&rsquo;ajustement (la formation) du panier se r\u00e9alise le plus souvent par cat\u00e9gories de produits ins\u00e9r\u00e9s dans le panier, avec une variabilit\u00e9 de poids par produits. Cet ajustement permet de sauvegarder les normes fixes (prix, poids global) mais d&rsquo;\u00e9quilibrer le cadre entre les produits qui n\u00e9cessitent beaucoup de travail (productivit\u00e9 faible) et ceux qui en n\u00e9cessitent moins (productivit\u00e9 forte). Le risque est donc, au sein de ce cadre, d&rsquo;occulter les prix relatifs de chaque produit. Paul Jorion d\u00e9finit cela dans la formation des prix comme le poids relatif de chaque acteur ou produit au sein de sa classe, d\u00e9finissant ainsi sa <em>valeur<\/em> relative dans une formation de prix, le tout au sein d&rsquo;une interface o\u00f9 chaque classe \u00e0 un moment donn\u00e9, a une place donn\u00e9e, selon les rapports de force qui s&rsquo;expriment \u00e0 ce moment donn\u00e9. <\/p>\n<p>Or, si le consommateur, dans une saison donn\u00e9e, retrouve dans son panier une part importante en poids de pommes de terre, alors m\u00eame qu&rsquo;il sait que pendant cette saison justement la pomme de terre est en pleine saison de production, un produit donc relativement facile \u00e0 produire par rapport \u00e0 d&rsquo;autres, il pourra s&rsquo;estimer l\u00e9s\u00e9. Le prix relatif de chaque produit au sein de la classe des l\u00e9gumes est occult\u00e9 par un panier \u00e0 prix fixe mais dont la formation se r\u00e9am\u00e9nage par le poids relatif au sein de ce m\u00eame panier. Si l&rsquo;on veut donc sauvegarder le prix et le poids fixe, il est alors n\u00e9cessaire de conna\u00eetre le poids et le prix de chaque partie constitutive du panier. Mais cela impliquera alors de d\u00e9composer la formation du prix d&rsquo;une autre mani\u00e8re que ne le fait le militantisme. \u00c0 l&rsquo;inverse, faire varier le prix ou le poids du panier rendrait caduque la non-variabilit\u00e9 des prix et l&rsquo;engagement sur le temps, lequel met la production \u00e0 distance.<\/p>\n<p>Des deux c\u00f4t\u00e9s donc, producteur comme consommateur, on pr\u00e9f\u00e8re ne pas tenir compte des co\u00fbts de production. Le producteur se r\u00e9f\u00e8rera ainsi aux prix pratiqu\u00e9s sur les autres modes de march\u00e9s, y compris la GMS (dont pourtant le syst\u00e8me tend \u00e0 aller vers\u2026 les co\u00fbts de production) ou sur la base des mercuriales (base de donn\u00e9es des prix). Le consommateur lui fera valoir paradoxalement \u00e0 la fois l&rsquo;engagement comme diff\u00e9renciation d&rsquo;avec les autres syst\u00e8mes classiques qui ne permettent pas une juste r\u00e9mun\u00e9ration des producteurs et en m\u00eame temps l&rsquo;estimation qu&rsquo;il paye moins cher qu&rsquo;ailleurs\u2026 sans pour autant avoir de base comparative en termes de formation des prix, a fortiori quant aux co\u00fbts de production. <\/p>\n<p>L&rsquo;absence de variabilit\u00e9, qui est la base de la formation des prix entre producteurs et consommateurs (dans le cadre d&rsquo;une fourchette entre deux extr\u00eames, co\u00fbts de production\/revenus disponibles des consommateurs), que ce soit globalement (panier) ou par produit, ne permet pas aux deux parties prenantes de conna\u00eetre ce qui se trame dans ce processus. En quelque sorte, le militantisme viendrait inconsciemment les occulter pour ne pas avoir, en l&rsquo;absence de m\u00e9thodes ad hoc, \u00e0 les d\u00e9finir autrement qu&rsquo;avec les m\u00e9thodes classiques : le rejet des co\u00fbts de production comme base de formation des prix est en soi un impens\u00e9 r\u00e9v\u00e9lateur, tant cette base est identifi\u00e9e comme antith\u00e9tique du militantisme.<\/p>\n<p>\u00c0 la d\u00e9charge de ces circuits courts, force est de constater que les pouvoirs publics participent aussi du rejet, conscient ou non, d&rsquo;une recherche sur la formation du prix, le seul observatoire existant se trouvant \u00eatre <a href=\"https:\/\/observatoire-prixmarges.franceagrimer.fr\/Pages\/default.aspx\">l&rsquo;Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires<\/a>, \u00ab plac\u00e9 aupr\u00e8s du ministre de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;agroalimentaire et du ministre de l&rsquo;\u00e9conomie, des finances et du commerce ext\u00e9rieur \u00bb et sous la pr\u00e9sidence du tr\u00e8s lib\u00e9ral Philippe Chalmin (par ailleurs signataire du fameux texte \u00ab <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2012\/05\/02\/economistes-sans-parti-pris-ideologique-nous-soutenons-nicolas-sarkozy_1694172_3232.html\">Economistes, sans parti pris id\u00e9ologique, nous soutenons Sarkozy<\/a> \u00bb). Cette question de la formation des prix est donc centrale et permettrait pour les diff\u00e9rents acteurs de mieux saisir ce qui se cache derri\u00e8re leurs motivations propres, en leur donnant des outils pour d\u00e9finir ce qu&rsquo;ils font.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres questions surgissent aussi quant aux circuits courts. Dans une des rares \u00e9tudes conduites sur le sujet, l&rsquo;ADEME (Agence de l&rsquo;environnement et de la ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9nergie) a produit une synth\u00e8se cette ann\u00e9e sur les impacts \u00e9cologiques de ces circuits, qui souligne plusieurs points essentiels, notamment les modalit\u00e9s de distribution des produits et des logistiques employ\u00e9es. L&rsquo;avantage essentiel de ces modes de production et de vente est selon l&rsquo;ADEME de relocaliser leurs effets, positivement comme n\u00e9gativement. Mais l&rsquo;\u00e9tude met aussi en exergue un autre point : \u00ab Les impacts \u00e9nerg\u00e9tiques et effet de serre de l\u2019alimentation sont \u00e9galement fortement li\u00e9s au d\u00e9placement du consommateur pour acqu\u00e9rir les produits. La vente directe n\u2019implique pas syst\u00e9matiquement un moindre d\u00e9placement du consommateur qui peut m\u00eame \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 se d\u00e9placer davantage en cas de dispersion des points de distribution. \u00bb Et l&rsquo;ADEME de pr\u00e9coniser une action adapt\u00e9e quant \u00e0 la distribution en direction des consommateurs, notamment en regroupant les points de vente.<\/p>\n<p>De fait, \u00ab (\u2026) 6 \u00e0 7 % des achats alimentaires en France se font par des circuits courts. Malgr\u00e9 le d\u00e9veloppement de ce mode de distribution en diversit\u00e9 et nombre de points de vente, les quantit\u00e9s commercialis\u00e9es par ce biais \u00e9voluent peu. \u00bb Cette faible proportion est certainement li\u00e9e aux modes de distribution, \u00e9clat\u00e9e et li\u00e9e \u00e0 chaque producteur. Mais elle doit aussi certainement s&rsquo;expliquer par le fait que \u00ab l\u2019appellation de circuits courts englobe en r\u00e9alit\u00e9 une tr\u00e8s grande diversit\u00e9 de circuits de production et de commercialisation. \u00bb<\/p>\n<p>Or, pour ne prendre que le cas des AMAP, Patrick Mundler a pu identifier des modes de fonctionnement tr\u00e8s divers au sein m\u00eame de cette cat\u00e9gorie de circuits courts, depuis l&rsquo;absence de formation des prix conjointe en passant par la d\u00e9termination du prix de mani\u00e8re al\u00e9atoire et en allant jusqu&rsquo;\u00e0 la variabilit\u00e9 des conditions de participation des consommateurs, tant dans la production que pour les modes de distribution. Que dire d\u00e8s lors des \u00ab march\u00e9s \u00e0 la ferme, paniers, cueillette, march\u00e9s de producteurs de pays, march\u00e9s paysans, march\u00e9s polyvalents ou \u00ab plein vent \u00bb, etc. , sans compter le distinguo entre bio et pas bio, ou l&rsquo;int\u00e9gration au sein d&rsquo;une m\u00eame organisation de plusieurs modes de fonctionnement : certaines AMAP permettent \u00e0 des p\u00eacheurs de vendre directement leurs p\u00eaches aux consommateurs, tout en int\u00e9grant n\u00e9anmoins la cri\u00e9e et les mareyeurs. <\/p>\n<p>Si cette diversit\u00e9 a \u00e9merg\u00e9 contre et face \u00e0 l&rsquo;unicit\u00e9 des modes classiques de distribution de la production, il reste qu&rsquo;elle semble nuire in fine \u00e0 la lisibilit\u00e9 et \u00e0 la progression de ce type de circuits. Pourtant, comme le note l&rsquo;\u00e9tude de Patrick Mundler, l&rsquo;enjeu est aussi social, en ce qui concerne les AMAP du moins : \u00ab L\u2019ouverture de l\u2019acc\u00e8s aux AMAP \u00e0 des populations plus d\u00e9favoris\u00e9es est de fait un enjeu fondamental pour ces r\u00e9seaux inscrivant leurs pratiques dans une \u00e9conomie alternative et solidaire. \u00bb Et ce d&rsquo;autant plus que l&rsquo;\u00e9tude montre que dans une grande majorit\u00e9 des cas, les AMAP sont plus comp\u00e9titives en termes de prix (et de qualit\u00e9) que les circuits de distribution classiques. Or, comme on a pu le constater auparavant, tant que le militantisme viendra <em>occulter<\/em> en partie une plus grande lisibilit\u00e9 mais aussi variabilit\u00e9 quant \u00e0 la formation des prix, que le syst\u00e8me de distribution ne permettra pas au plus grand nombre d&rsquo;y acc\u00e9der et ce avec des co\u00fbts \u00e9cologiques minor\u00e9s, la part des circuits courts risque fort de croitre lentement, suivant en cela le lent mouvement de prise de conscience des populations, tellement lent que ce type de circuits en restera confin\u00e9 au r\u00f4le finalement peu dangereux pour les circuits <em>classiques<\/em> de circuits marginaux ou <em>alternatifs<\/em>. <\/p>\n<p>En ce sens, la question serait celle pour ces circuits d&rsquo;\u00eatre <em>alternatifs<\/em> ou de se transformer en <em>courts-circuits<\/em> des circuits classiques. En ce sens aussi, on pourrait identifier un double processus : diversit\u00e9 contre unicit\u00e9 et int\u00e9r\u00eat commun (ou g\u00e9n\u00e9ral) contre int\u00e9r\u00eats particuliers. Si on peut d\u00e9finir les syst\u00e8mes classiques de distribution comme tendant vers un mod\u00e8le unique (GMS) mais au profit d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers, il resterait \u00e0 d\u00e9finir comme court-circuit un mod\u00e8le alliant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun (ou g\u00e9n\u00e9ral) avec la diversit\u00e9 des approches.<\/p>\n<p>Concernant les AMAP, il semble que l&rsquo;avenir soit au regroupement, \u00e0 la fois pour apporter une plus grande diversit\u00e9 (l\u00e9gumes, viande\/poisson, \u0153ufs, produits laitiers, etc., un producteur ne pouvant pas forc\u00e9ment tout produire, alors que les besoins des consommateurs sont diversifi\u00e9s) et pour r\u00e9duire les impacts \u00e9cologiques et les co\u00fbts logistiques. Ceci n&rsquo;implique pas une remise en cause des logiques contre-productivistes des AMAP (qui sont \u00e9videmment productives mais contre les logiques productivistes, de capital et de foncier du mod\u00e8le actuel), simplement une meilleure int\u00e9gration\/visibilit\u00e9 des acteurs des circuits courts. La question production rurale-vente en milieu urbain est actuellement r\u00e9solue par la livraison collective par points et par producteur. L&rsquo;\u00e9tape en cours est l&rsquo;int\u00e9gration de plusieurs producteurs par points de livraison, permettant la diversit\u00e9 recherch\u00e9e par les consommateurs (moins de temps, moins de d\u00e9penses \u00e9nerg\u00e9tiques, etc.). L&rsquo;\u00e9tape suivante, plus compliqu\u00e9e, devrait \u00eatre celle de l&rsquo;int\u00e9gration sur un point de vente \u00e0 haute densit\u00e9 d\u00e9mographique de plusieurs dizaines de producteurs sur un territoire donn\u00e9, en sauvegardant \u00e9videmment les m\u00eames principes.<\/p>\n<p>Cette diversit\u00e9 des m\u00e9thodes employ\u00e9es pourrait a priori nuire \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des acteurs. Pour autant, cette diversit\u00e9 permet aussi aux acteurs d\u2019utiliser ces diff\u00e9rents canaux, qu\u2019ils soient producteurs ou consommateurs, en fonction de leurs besoins. Tel producteur pourra \u00e0 la fois entrer dans une logique de d\u00e9finition partag\u00e9e <em>permanente<\/em> de prix pour une part de sa production, <em>r\u00e9currente<\/em> pour une autre part (cri\u00e9e, march\u00e9), <em>mise \u00e0 distance<\/em> pour une autre part. \u00c0 l\u2019inverse, tel consommateur peut avoir besoin soit de s\u2019engager avec tel ou tel producteur (selon la philia) pour une dur\u00e9e x avec un prix y, avec tel autre parce qu\u2019il sait que la n\u00e9gociation lui permettra (peut-\u00eatre) d\u2019obtenir un prix plus \u00e0 son avantage, ou avec tel autre parce qu\u2019il peut le rencontrer \u00e0 intervalles r\u00e9guliers (march\u00e9s). \u00c0 l\u2019inverse donc des logiques en cours du syst\u00e8me de production et de distribution qui non seulement tend \u00e0 ramener le prix au prix de revient le plus possible mais aussi unifie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019unicit\u00e9 le mode m\u00eame de d\u00e9termination et de positionnement des acteurs. Un autre syst\u00e8me de production et de distribution devrait pouvoir au contraire assumer et assurer cette diversit\u00e9, \u00e0 condition n\u00e9anmoins que des pr\u00e9requis puissent \u00eatre respect\u00e9s.<\/p>\n<p>Le premier d&rsquo;entre eux est de clarifier les m\u00e9thodes de formation des prix. Le second, qui va avec, est d&rsquo;associer les consommateurs dans cette d\u00e9finition, ce qui leur permettra une meilleure int\u00e9gration au syst\u00e8me mais aussi un gain non n\u00e9gligeable dans le processus de d\u00e9finition qui passe actuellement par les normes diverses et vari\u00e9es mais exog\u00e8nes (labels, etc.).<\/p>\n<p>Pour ce faire, il existe des outils, qui ne r\u00e9sument pas le champ des possibles mais qui ont l&rsquo;avantage d&rsquo;exister d\u00e9j\u00e0 : les SCIC, soci\u00e9t\u00e9s coop\u00e9ratives d&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif. Fonctionnant comme des coop\u00e9ratives, celles-ci ont n\u00e9anmoins une sp\u00e9cificit\u00e9 marqu\u00e9e, \u00e0 savoir l&rsquo;int\u00e9gration obligatoire dans les coll\u00e8ges d\u00e9cisionnels des usagers mais aussi de mani\u00e8re optionnelle des collectivit\u00e9s locales. Ces deux acteurs permettront en effet de r\u00e9pondre aux diff\u00e9rents enjeux d\u00e9cris plus haut : participation \u00e0 la d\u00e9finition des modes de formation des prix, des types de circuits courts (et de leurs caract\u00e9ristiques), des modes de distribution, mais aussi participation des collectivit\u00e9s locales dans l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une nouveau mode de distribution (attribution de foncier, d&rsquo;immobilier, notamment en zone urbaine, par pr\u00e9emption). Aucun coll\u00e8ge ne peut \u00eatre majoritaire (50 % au plus) et aucun ne peut disposer de moins de 10 %. Les producteurs pourraient ainsi \u00eatre parties prenantes, de mani\u00e8re collective et ce quel que soit le mode de circuit court propos\u00e9, dans l&rsquo;\u00e9laboration du mode de distribution\/formation des prix.<\/p>\n<p>La question de la propri\u00e9t\u00e9 et des b\u00e9n\u00e9fices, partag\u00e9s, de la distribution serait ainsi trait\u00e9e et celle du cr\u00e9dit pourrait aussi \u00eatre envisag\u00e9e, au travers de financements publics locaux (collectivit\u00e9s locales) ou priv\u00e9s (particuliers) regroup\u00e9s sous forme de fonds d&rsquo;investissements \u00e0 tr\u00e8s faible taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les producteurs de la SCIC, chaque acteur-pr\u00eateur s&rsquo;y retrouvant in fine, par une formation des prix avec une part r\u00e9duite d&rsquo;int\u00e9r\u00eats int\u00e9gr\u00e9s. Ce type de fonctionnement en SCIC est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 par certaines AMAP pour la commercialisation de produits de certains producteurs. L&rsquo;\u00e9tape suivante serait alors de d\u00e9passer le stade du producteur en circuit court (quel qu&rsquo;il soit) pour passer au stade des producteurs d&rsquo;un territoire, associ\u00e9s aux autres acteurs de ces m\u00eames territoires (\u00e0  savoir notamment consommateurs et collectivit\u00e9s locales), afin d&rsquo;entrer dans un processus qui ne serait plus alternatif mais clairement continu.<\/p>\n<p>Le court-circuit serait-il l&rsquo;avenir des circuits courts ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>\u00ab Nos clients des circuits courts en Europe payent par l\u2019achat un prix g\u00e9n\u00e9ralement plus \u00e9lev\u00e9 que dans d\u2019autres circuits de distribution. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Dans <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=37310\">Circuits courts, vente direct et construction des prix<\/a>, Jean-Claude Balbot pose plusieurs constats, dont celui-ci, ajoutant par ailleurs que ces m\u00eames clients s&rsquo;acquittent ainsi d&rsquo;une double peine, payant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[24],"tags":[1910,1655,1909,1911,1879,1912,1913],"class_list":["post-38065","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog","tag-ademe","tag-agriculture","tag-amap","tag-bio","tag-circuits-courts","tag-gms","tag-grande-distribution"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38065"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38065\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46276,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38065\/revisions\/46276"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}