{"id":38334,"date":"2012-06-16T15:19:00","date_gmt":"2012-06-16T13:19:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38334"},"modified":"2013-01-02T00:46:29","modified_gmt":"2013-01-01T23:46:29","slug":"le-cadre-invisible-lentente-et-aristote-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/06\/16\/le-cadre-invisible-lentente-et-aristote-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"<b>LE <i>CADRE INVISIBLE<\/i>, l&rsquo;<i>ENTENTE<\/i> ET ARISTOTE<\/b>, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Dominique Temple revient ici sur la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Paul Jorion le 16 mai 2012 \u00e0 l&rsquo;Agora des Savoirs \u00e0 Montpellier, et dont le podcast est toujours disponible <a href=\"http:\/\/podcasts.divergence-fm.org\/media\/ads048_120516_agoradessavoirs_paul_jaurion.mp3\">ici<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cher Paul Jorion,<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re partie de votre conf\u00e9rence de Montpellier, vous d\u00e9montrez que les faits viennent d\u00e9noncer la conception selon laquelle la <em>main invisible<\/em> ferait \u00e9merger \u00e0 partir du seul int\u00e9r\u00eat un ordre social qui garantirait au syst\u00e8me capitaliste d&rsquo;\u00eatre en fin de compte attach\u00e9 au progr\u00e8s et au d\u00e9veloppement du <em>bien commun<\/em>. La crise actuelle a prouv\u00e9 que l&rsquo;autor\u00e9gulation ne fonctionne pas, dites-vous. D\u00e9j\u00e0 J. M. Keynes observait que si un capitaliste gagnait plus en sp\u00e9culant qu&rsquo;en investissant, il \u00e9tait logique qu&rsquo;il sp\u00e9cule plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;investisse. Vous ne vous contentez pas d&rsquo;observer cette logique des choses, vous allez plus loin et la rapportez \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9conomique\u00a0: si \u00e0 court terme il est plus avantageux de parier sur la destruction du syst\u00e8me capitaliste que de parier sur son succ\u00e8s \u00e0 long terme, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat priv\u00e9 parce qu&rsquo;il est imm\u00e9diat opte pour le court terme, et la main invisible qui devrait imposer le long terme est mise en d\u00e9faut. La sp\u00e9culation sur le court terme l&rsquo;ayant effectivement emport\u00e9, il faut conclure qu&rsquo;il manque quelque chose \u00e0 la main invisible pour qu&rsquo;elle puisse imposer le long terme au court terme. Cela nous renvoie \u00e0 la controverse entre Smith\u00a0et Mandeville qui soutenaient tous deux que la main\u00a0invisible conduisait \u00e0 la r\u00e9gulation de l&rsquo;\u00e9conomie, mais gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9go\u00efsme, disait Mandeville, et Adam\u00a0Smith en d\u00e9pit de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme. Dans l&rsquo;analyse de Smith existe un pr\u00e9alable \u00e9thique qui d\u00e9termine le comportement de tous les acteurs \u00e9conomiques. Vous avancez donc l&rsquo;id\u00e9e du <em>cadre invisible<\/em> qui au commencement du lib\u00e9ralisme allait tellement de soi que personne ne se souciait de le mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude.<\/p>\n<p><!--more-->Votre conf\u00e9rence se poursuivait avec de riches commentaires sur Ricardo, Marx, Sismondi et beaucoup d&rsquo;autres. Je devrais me contenter de r\u00e9sumer les seuls arguments en faveur du <em>cadre\u00a0invisible<\/em>\u00a0: vous revenez \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience des p\u00eacheurs de l&rsquo;\u00eele de Houat de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise que jamais. \u00c0 la fin de vos observations de terrain, vous vous demandez si vous avez tout r\u00e9pertori\u00e9\u00a0: non\u00a0! il y a un p\u00eacheur retrait\u00e9 au Croisic, \u00e2g\u00e9 de 86 ans, qui a pratiqu\u00e9 jadis (en\u00a01910) la p\u00eache sur un bateau \u00e0 voile et qui dispose encore de ses carnets de p\u00eache. Il vous montre ses carnets en vous disant que de son temps tout se passait aussi selon la loi de l&rsquo;offre et de la demande. Mais au dire conventionnel du p\u00eacheur, les carnets opposent leurs \u00e9critures, comme aux interpr\u00e9tations des voyageurs et aventuriers auxquels Mauss empruntait leurs observations, les faits qu&rsquo;ils rapportaient. Ici, en face de chaque vente se trouve parfois le mot <em>taxation<\/em>. D&rsquo;o\u00f9 ce dialogue\u00a0que je reproduis de m\u00e9moire\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais c&rsquo;est quoi la taxation\u00a0?<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est exceptionnel<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais ce n&rsquo;est pas exceptionnel puisque c&rsquo;est plus de la moiti\u00e9 des ventes sinon les deux\u00a0tiers\u00a0! C&rsquo;est quoi donc\u00a0?<\/p>\n<p>En fait la taxation c&rsquo;est un vieux mot pour dire <em>l&rsquo;entente\u00a0: <\/em>on s\u2019asseyait face \u00e0 face l&rsquo;un de l&rsquo;autre, chacun expose ses raisons\u00a0: si c&rsquo;est ce prix-l\u00e0, dit l&rsquo;un, je ne pourrai pas nourrir ma famille\u00a0; et l&rsquo;autre dit\u00a0: mais pour que je puisse nourrir ma famille il faudrait qu&rsquo;il y ait tant de poisson. Et ainsi de suite\u00a0: on discute jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;on d\u00e9cide que les p\u00eacheurs sortiront tant de fois, feront une p\u00eache dont la moyenne sera de tant de kg de poissons et que le prix sera constant. On pourra pas faire plus et on pourra pas faire mieux, et on paiera autant.<\/p>\n<p>On \u201c<em>organisait\u201d<\/em> la p\u00eache en fonction des besoins des familles des uns et des autres. On \u201c<em>organisait\u201d<\/em> la p\u00eache en fonction d&rsquo;un but, et les prix \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9s en fonction de cette limite.<\/p>\n<p>Et vous remarquez que plus de la moiti\u00e9 du temps cela se passait ainsi, et m\u00eame quand on allait vendre sur le march\u00e9 de l&rsquo;offre et de la demande, les <em>prix de l&rsquo;entente<\/em> <em>faisaient foi<\/em>.<\/p>\n<p>On en d\u00e9duit que le respect des obligations des autres de nourrir leurs familles s&rsquo;imposait \u00e0 tous et que sans <em>respect mutuel<\/em> le mot <em>d&rsquo;entente<\/em> n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9. On en d\u00e9duit \u00e9galement que l&rsquo;organisation de la production est en fonction des besoins de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Vous rapportez donc cette pratique au mod\u00e8le de la formation des prix chez Aristote, en observant que ce n&rsquo;est pas dans <em>La Politique<\/em> que l&rsquo;on trouve l&rsquo;argumentation qui rapporte la d\u00e9termination des prix au r\u00f4le jou\u00e9 par la <em>philia,<\/em> laquelle serait le cadre invisible de l&rsquo;\u00e9conomie de libre-\u00e9change, mais dans l&rsquo;<em>Ethique \u00e0 Nicomaque. <\/em><\/p>\n<p>Mais c\u2019est dans<em> La Politique<\/em> (ou <em>Les Politiques,<\/em> comme on dit aujourd\u2019hui) que sont clairement \u00e9nonc\u00e9s les fondements de l&rsquo;\u00e9conomie politique<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Peut-on rappeler rapidement la th\u00e8se d\u2019Aristote dans <em>La Politique<\/em>\u00a0? C&rsquo;est pour vivre ensemble que les hommes entrent en relation, mais la vie en question n&rsquo;est pas seulement la \u201cvie biologique\u201d\u00a0; les hommes ne se rassemblent pas comme des animaux gr\u00e9gaires en inf\u00e9odant mutuellement autrui \u00e0 leur service. Au <em>vivre<\/em> (<em>zein<\/em>) Aristote oppose le <em>euzein<\/em> (vivre bien ou vivre selon le bien parce que la vie humaine inclut la vie de l&rsquo;esprit, vie de l\u2019esprit qui motive le rapport des hommes entre eux d\u00e8s lors qu\u2019elle est sp\u00e9cifique de l&rsquo;humain. Tout \u00eatre, a montr\u00e9 Aristote, tend \u00e0 la perfection de ce qui le d\u00e9finit de fa\u00e7on sp\u00e9cifique. C&rsquo;est seulement par analogie qu&rsquo;il fait allusion \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 organique du vivant (la compl\u00e9tude biologique des diff\u00e9rents organes)\u00a0: de la m\u00eame fa\u00e7on, les valeurs humaines motivent l&rsquo;organisation des relations des hommes et les invitent \u00e0 s&rsquo;accorder entre eux.<\/p>\n<p>Aristote, toujours dans <em>La Politique,<\/em> pr\u00e9cise que l&rsquo;\u00e9conomie humaine est limit\u00e9e par la satisfaction des besoins de la communaut\u00e9 d\u2019o\u00f9 la discussion sur les moyens de r\u00e9aliser au mieux ses objectifs, discussion que le p\u00eacheur du Croisic nous semble appeler l&rsquo;<em>entente<\/em>. L&rsquo;<em>entente<\/em> d\u00e9cide l&rsquo;<em>\u00e9quivalence.<\/em> L&rsquo;<em>\u00e9quivalence de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> (le <em>prix juste<\/em>) en fonction des besoins de tous se rapporte au travail selon la comp\u00e9tence de chacun. Le <em>prix<\/em> mesure la <em>valeur <\/em>(l&rsquo;<em>axia appr\u00e9cie <\/em>l&rsquo;<em>ar\u00e9t\u00e8<\/em>).<\/p>\n<p>Aristote appelle <em>\u00e9conomie<\/em> (<em>oikonomia<\/em>) la production-consommation de l&rsquo;unit\u00e9 <em>autonome<\/em> de base, la <em>maison<\/em> (<em>oikos<\/em>). Lorsque les <em>maisons<\/em> (unit\u00e9s de production des familles \u00e9largies) s&rsquo;assemblent entre elles, elles forment des cit\u00e9s (<em>polis<\/em>) qui ob\u00e9issent aux m\u00eames injonctions, et l&rsquo;<em>\u00e9conomie<\/em> devient donc <em>politique<\/em>. D\u00e8s lors que la cit\u00e9 s&rsquo;accro\u00eet, des interm\u00e9diaires facilitent les transactions entre les uns et les autres selon les prix fix\u00e9s par la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> ou le <em>partage<\/em> (<em>metadosis)<\/em>. Le commerce de d\u00e9tail <em>(kapelike)<\/em> fait alors partie de l&rsquo;<em>\u00e9conomie politique<\/em>. Appara\u00eet cependant une autre motivation des rapports humains, l\u2019accumulation de la richesse\u00a0en vue de s&rsquo;assurer une position dominante des uns sur les autres (entre les cit\u00e9s par\u00a0exemple) et non plus en vue des services r\u00e9ciproques entre les uns et les autres. Aristote distingue l&rsquo;art de produire ou d&rsquo;acqu\u00e9rir la richesse n\u00e9cessaire \u00e0 la satisfaction des besoins <em>(<\/em><em>kt\u00eatikes<\/em><em>)<\/em> et la technique d\u2019accumulation infinie de la richesse (<em>chr\u00e9matistique<\/em>) par le fait que la premi\u00e8re a un but dont la satisfaction se traduit par une <em>limite,<\/em> qui permet de d\u00e9terminer les prix gr\u00e2ce au partage, et en d\u00e9finitive par l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre travaux engag\u00e9s dans sa production, tandis que la seconde est sans limite, de sorte que les prix seront d\u00e9termin\u00e9s par une relation de force entre la demande et l&rsquo;offre. Le premier est ordonn\u00e9 au <em>vivre bien<\/em>, le seconde au <em>vivre plus<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur du commerce, cette division se traduit par deux formes de l&rsquo;\u00e9change (<em>allage<\/em>). L\u2019\u00e9change peut \u00eatre au service des relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre les producteurs-consommateurs. On peut traduire dans ce cas <em>allage<\/em> par <em>troc<\/em>. Ou bien il en est ind\u00e9pendant, et Aristote utilise souvent le terme <em>metabletik\u00e9<\/em> (<em>n\u00e9goce, trafic<\/em>)<em>.<\/em> La <em>chr\u00e9matistique<\/em> prend alors le sens d&rsquo;<em>accumulation sp\u00e9culative<\/em>. Les traducteurs ne s\u2019embarrassent pas de ces subtilit\u00e9s\u00a0: ils emploient indiff\u00e9remment dans tous les cas le mot <em>\u00e9change<\/em> y compris pour le <em>partage (metadosis)<\/em>. Aristote note que la sp\u00e9culation ne cr\u00e9e pas de valeur mais seulement une monnaie virtuelle qui peut avoir des effets sur les prix. D\u00e8s lors, les prix ne correspondent plus \u00e0 la valeur des choses <a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Si les hommes s&rsquo;associent pour vivre en tant qu&rsquo;hommes et non pas en tant qu&rsquo;animaux, et pour la raison qui leur est sp\u00e9cifique par rapport \u00e0 celle des autres \u00eatres anim\u00e9s, il faut encore d\u00e9finir quelle est cette raison \u00e0 laquelle est subordonn\u00e9e <em>l&rsquo;organisation<\/em> de l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Vous avez rappel\u00e9 qu\u2019Aristote nous dit \u00e0 la fin de <em>La politique<\/em> qu&rsquo;il traite de la question dans l&rsquo;<em>Ethique \u00e0 Nicomaque.<\/em> On traduit par <em>excellence<\/em> ou parfois <em>valeur<\/em> la r\u00e9f\u00e9rence \u00e9thique \u00e0 laquelle Aristote ordonne l\u2019\u00e9conomie, (l&rsquo;<em>ar\u00e9t\u00e8)<\/em>. La 1<sup>\u00e8re<\/sup> partie de l&rsquo;<em>Ethique \u00e0 Nicomaque<\/em> d\u00e9finit <em>l&rsquo;ar\u00e9t\u00e8<\/em> comme <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9<\/em> entre les <em>contraires. <\/em>La <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9<\/em> n&rsquo;est pas un terme interm\u00e9diaire entre des contraires, par exemple <em>l\u2019exc\u00e8s<\/em> et le d\u00e9faut, qui ne serait que <em>m\u00e9diocrit\u00e9<\/em>, c&rsquo;est un troisi\u00e8me terme qui s&rsquo;oppose autant au <em>d\u00e9faut<\/em> qu&rsquo;\u00e0 <em>l&rsquo;exc\u00e8s<\/em>. Comment cette d\u00e9finition th\u00e9orique peut-elle se traduire de fa\u00e7on concr\u00e8te\u00a0? Une seule occurrence le permet\u00a0: la <em>justice<\/em> car on ne peut \u00eatre juste que <em>vis-\u00e0-vis d&rsquo;autrui <\/em>par <em>l&rsquo;\u00e9galit\u00e9<\/em>. La relation qui permet d&rsquo;instaurer l&rsquo;<em>\u00e9galit\u00e9,<\/em> et par suite la <em>justice<\/em> de fa\u00e7on parfaite, est la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>. Nous revenons ainsi de <em>l&rsquo;Ethique<\/em> \u00e0 <em>La\u00a0Politique<\/em> (\u00e0 <em>l&rsquo;\u00e9conomie politique<\/em>). Aristote dit que la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> est la structure dans laquelle s&rsquo;instaurent toutes les formes de <em>l\u2019ar\u00e9t\u00e8,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire toutes les valeurs humaines, et que la r\u00e9ciprocit\u00e9 parfaite de <em>face \u00e0 face<\/em> cr\u00e9e la <em>philia. <\/em>On traduit souvent la <em>philia<\/em> par <em>amiti\u00e9<\/em>, ce qui est assez exact, mais le terme est encore plus fort.<\/p>\n<p>Au livre V de l&rsquo;<em>Ethique \u00e0 Nicomaque,<\/em> Aristote traite donc de l&rsquo;\u00e9change (<em>allage<\/em>), en consid\u00e9rant que l&rsquo;\u00e9change vient d\u00e9multiplier la r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u00e8s lors qu&rsquo;il respecte les <em>prix justes<\/em> fix\u00e9s par l&rsquo;<em>organisation<\/em> de la production \u00e0 partir du principe de r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsque l&rsquo;\u00e9change respecte les prix justes (= lorsque les prix respectent la valeur = lorsque l&rsquo;\u00e9change s&rsquo;inscrit dans la r\u00e9ciprocit\u00e9) quel est le rapport entre le service rendu par l&rsquo;un et le service rendu par l&rsquo;autre\u00a0? <em>L\u2019\u00e9galit\u00e9,<\/em> dit Aristote, puisque la valeur de r\u00e9f\u00e9rence de l&rsquo;\u00e9conomie politique est la justice. Entre deux statuts \u00e9gaux l&rsquo;\u00e9change est r\u00e9ciproque\u00a0quand la m\u00eame quantit\u00e9 de travail est \u00e9chang\u00e9e contre la m\u00eame quantit\u00e9 de travail, et si les statuts sont in\u00e9gaux, comme par exemple celui du m\u00e9decin et celui des paysans, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 se traduit par une in\u00e9galit\u00e9 entre les biens \u00e9chang\u00e9s (<em>l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 proportionnelle<\/em>).<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on se rapporte \u00e0 cette ultime analyse d&rsquo;Aristote comme mod\u00e8le de la formation des prix dans une \u00e9conomie d&rsquo;\u00e9change, on pourra dire qu\u2019elle tend \u00e0 reproduire l&rsquo;ordre social \u00e0 l&rsquo;identique (de fa\u00e7on telle que le plus pauvre demeurera toujours le plus pauvre et le plus riche le plus riche, ajoutez-vous, car les prix se d\u00e9termineront en fonction du statut des parties prenantes). Vous dites que ce cadre est si \u00e9vident que nous ne nous donnons pas la peine de le mentionner, ou qu&rsquo;il est tellement n\u00e9cessaire qu&rsquo;il serait superf\u00e9tatoire d&rsquo;en faire \u00e9tat (vous prenez l&rsquo;image de deux \u00e9quipes sportives qui, constatant que les buts ont \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s par le vent, sont solidaires pour les redresser avant que d&rsquo;engager la lutte. Il suffirait donc d&rsquo;en appeler \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique pour que le syst\u00e8me capitaliste soit sauv\u00e9. La r\u00e9v\u00e9lation de la <em>philia<\/em> institu\u00e9e, comme elle l\u2019est d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;analyse qu\u2019Aristote propose de l&rsquo;\u00e9change au livre V de <em>l&rsquo;Ethique \u00e0 Nicomaque<\/em>, permettrait \u00e0 la main invisible de A. Smith de redevenir op\u00e9ratoire.<\/p>\n<p>Vous dites que pour Aristote \u201c<em>les prix sont d\u00e9termin\u00e9s en fonction des statuts sociaux\u2026<\/em>\u201d, puis vous vous reprenez, et dites\u00a0: \u201c\u2026 <em>en fonction du rapport de force entre statuts de fa\u00e7on \u00e0 ce que l&rsquo;ordre social soit reproduit \u00e0 l&rsquo;identique<\/em>\u201d. C&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;ici que na\u00eet une alternative. Il est vrai que dans vos ouvrages, vous soutenez que les statuts s&rsquo;ordonnent les uns les autres de fa\u00e7on invisible en fonction de leurs rapports de force.<\/p>\n<p>Que les statuts imposent leur norme selon un rapport de force et imposent leurs prix aux \u00e9changistes, pas de doute, c&rsquo;est bien ce que dit Aristote et le p\u00eacheur du Croisic\u00a0: les prix de l&rsquo;entente s&rsquo;imposent (font foi) au march\u00e9 de l&rsquo;offre et de la demande. Mais vous rapportez la lutte entre l&rsquo;offre et la demande des marchandises \u00e0 la lutte entre l\u2019offre et la demande des statuts entre eux. Et l&rsquo;on ne sort pas du cadre de la concurrence pour vivre plus\u00a0! Introduire un rapport de force entre statuts suppose que les statuts soient eux-m\u00eames con\u00e7us comme des moyens pour d\u00e9fendre son int\u00e9r\u00eat propre ou encore, ce qui s\u2019encha\u00eene logiquement avec ce premier objectif, comme moyens pour dominer autrui ou encore pour accumuler de l&rsquo;argent selon le but de la <em>chr\u00e9matistique,<\/em> c&rsquo;est-\u00e0-dire une raison contraire de celle invoqu\u00e9e par Aristote \u00e0 la naissance de <em>l&rsquo;\u00e9conomie domestique<\/em> et de <em>l&rsquo;\u00e9conomie politique<\/em>. Si les statuts s&rsquo;imposent les uns aux autres en fonction de leurs rapports de force c&rsquo;est qu\u2019ils sont interpr\u00e9t\u00e9s dans une \u00e9conomie fond\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat, et comme des moyens pour les uns d&rsquo;imposer leur volont\u00e9 aux autres, les mareyeurs aux p\u00eacheurs ou les p\u00eacheurs aux mareyeurs mais aussi les m\u00e9decins aux malades et les magistrats aux paysans. Ici, le but recherch\u00e9 est le contraire de la raison du vivre ensemble, d\u00e9fendue aussi bien par Aristote que par Platon que ce soit de la communaut\u00e9 <em>familiale <\/em>ou de la <em>cit\u00e9<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00e9conomie <em>domestique<\/em> ou <em>politique<\/em>, et qui pr\u00e9valait peut-\u00eatre aussi dans le face \u00e0 face des p\u00eacheurs et des mareyeurs lorsqu&rsquo;ils pratiquaient l&rsquo;<em>entente<\/em> (dite <em>exceptionnelle<\/em>!), <em>entente<\/em> que sanctionnait la <em>taxation<\/em> (le <em>prix juste<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9quivalence entre le travail des uns et le travail des autres). Ou bien les hommes s&rsquo;accordent entre eux en vue d&rsquo;exercer un pouvoir les uns <em>sur<\/em> les autres conform\u00e9ment \u00e0 leur nature biologique ou bien ils s&rsquo;assemblent entre eux pour s&rsquo;entre aider les uns les autres car de cette relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 et de la relativisation de leur int\u00e9r\u00eat propre, na\u00eet une valeur (nouvelle dans la nature mais propre \u00e0 la nature humaine) <em>l&rsquo;ar\u00e9t\u00e8, <\/em>sp\u00e9cifique de l&rsquo;homme, dont parle Aristote tout au long de l&rsquo;Ethique.<\/p>\n<p>On peut, il est vrai, discuter du <em>vivre bien<\/em>. Socrate dans <em>La R\u00e9publique<\/em> de Platon c\u00e9l\u00e8bre une vie sobre de citoyens id\u00e9aux\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u201cPour se nourrir, ils fabriqueront sans doute soit avec de l&rsquo;orge soit avec du froment de la farine qu&rsquo;ils feront griller ou p\u00e9triront\u00a0; ils en feront de beaux g\u00e2teaux et des pains qu&rsquo;on servira sur du chaume ou sur des feuilles bien propres\u00a0; couch\u00e9s sur des lits de feuillage, jonch\u00e9s de coulouvr\u00e9e ou de myrte, ils se r\u00e9galeront eux et leurs enfants, buvant du vin, la t\u00eate couronn\u00e9e de fleurs, et chantant les louanges des dieux\u00a0; ils vivront ensemble joyeusement, r\u00e9glant sur leurs ressources le nombre de leurs enfants, dans la crainte de la pauvret\u00e9 ou de la guerre\u201d.\n<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais sur la remontrance de Glaucon qui trouve cet aust\u00e8re r\u00e9gime saum\u00e2tre (\u201c<em>c&rsquo;est avec du pain sec, ce me semble, que tu fais banqueter ces gens-l\u00e0<\/em>\u201d), Socrate s&rsquo;amuse\u00a0: \u201c<em>Tu dis vrai, mais il est \u00e9vident qu&rsquo;ils auront du sel, des olives, du fromage,&#8230; nous leur servirons m\u00eame des desserts, des figues, des pois chiches et des f\u00e8ves, et ils feront griller sur les braises des baies de myrte et des glands qu&rsquo;ils croqueront en buvant mod\u00e9r\u00e9ment\u201d!<\/em>) Il accorde cependant que la <em>vie bonne <\/em>peut se concilier avec le <em>luxe,<\/em> mais c&rsquo;est quand m\u00eame au d\u00e9ploiement des valeurs humaines qu&rsquo;il soumet la bonne ch\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;<em>\u00e9conomie politique<\/em> (aristot\u00e9licienne) est donc fort diff\u00e9rente de l&rsquo;<em>\u00e9conomie capitaliste<\/em>. Et l&rsquo;on peut dire qu&rsquo;elle <em>reproduit l&rsquo;ordre social \u00e0 l&rsquo;identique<\/em> pour dire que la soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9veloppe, au fur et \u00e0 mesure que les services des uns et des autres se diversifient et se complexifient, sans crise qui la d\u00e9truise ou produise l&rsquo;exclusion.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est donc pas le cadre de la comp\u00e9tition entre marchands (ou entre producteurs) qu&rsquo;il nous faut recr\u00e9er. Le cadre qu&rsquo;il nous faut est celui de la d\u00e9termination des prix en fonction de la valeur, le <em>face \u00e0 face<\/em> de la r\u00e9ciprocit\u00e9, anim\u00e9e par la <em>philia <\/em>puisque c&rsquo;est elle qui permet d&rsquo;<em>organiser la production<\/em> en fonction d&rsquo;une finalit\u00e9 commune\u00a0: le <em>bien commun<\/em>.<\/p>\n<p>Mais il est vrai aussi que de la <em>philia, <\/em>il y a deux conceptions, nous dit Aristote au livre 8 de <em>l\u2019Ethique \u00e0 Nicomaque<\/em>, la <em>philia utile<\/em> et la <em>philia v\u00e9ritable <\/em>celle-ci ordonn\u00e9e non plus \u00e0 la jouissance mais \u00e0 l<em>\u2019eudaimonia (le bonheur). <\/em><\/p>\n<p><em>Y a-t-il aujourd\u2019hui une raison majeure ou imp\u00e9rieuse qui imposerait de choisir l\u2019amiti\u00e9\u00a0v\u00e9ritable plut\u00f4t que l\u2019amiti\u00e9 utile\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Oui, et vous ne manquez pas de la rappeler dans vos interventions. <em>L\u2019amiti\u00e9\u00a0utile<\/em> s\u2019inscrit dans une perspective mat\u00e9rielle que la ma\u00eetrise des forces de la nature l\u00e9gitime, mais qui du moment que les ressources de la nature sont compt\u00e9es conduit \u00e0 des affrontements de plus en plus dangereux. La croissance mat\u00e9rielle sans limite, la <em>chr\u00e9matistique,<\/em> est devenue suicidaire \u00e9tant donn\u00e9es les limites de la plan\u00e8te\u2026<\/p>\n<p><em>L\u2019amiti\u00e9 v\u00e9ritable<\/em> s\u2019inscrit dans une \u00e9conomie dont la croissance en termes mat\u00e9riels est relative \u00e0 ce que n\u00e9cessite ou prescrit la croissance des valeurs humaines qui, elle, est sans limite et sans aucun danger pour rien ni personne. Il est devenu \u00e9vident que la seule fa\u00e7on de donner \u00e0 la vie un avenir est de lui reconna\u00eetre comme finalit\u00e9 le d\u00e9veloppement de la conscience et non pas de la puissance animale, c\u2019est-\u00e0-dire <em>l\u2019amiti\u00e9 vraie<\/em> et non pas <em>l\u2019amiti\u00e9\u00a0utile<\/em>. Il faut choisir <em>l\u2019eudaimonia<\/em> (le <em>bonheur<\/em>) dit Aristote plut\u00f4t que la jouissance des passions et du pouvoir.<\/p>\n<p>Il faut donc abandonner le cadre des rapports de force auquel on soumettrait la <em>philia<\/em> (la <em>philia utile<\/em>), pour le cadre de la <em>philia<\/em> <em>v\u00e9ritable<\/em> ordonn\u00e9e \u00e0 <em>l\u2019eudaimonia<\/em> ou encore au d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e. Il est ainsi d\u00e9cisif de revenir \u00e0 la production de la <em>philia<\/em> et des diff\u00e9rentes valeurs humaines que recouvre cette expression, comme la justice ou la responsabilit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une \u00e9conomie politique qui se soucie de leurs structures de production, de leurs matrices sp\u00e9cifiques qui se disent toutes <em>de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Sur votre blog se relayent deux points de vue qui peuvent appara\u00eetre contradictoires\u00a0: tant\u00f4t <em>refonder le capitalisme,<\/em> comme l&rsquo;y incitait le premier discours de Toulon de Nicolas Sarkosy, tant\u00f4t remplacer le syst\u00e8me capitaliste, c&rsquo;est-\u00e0-dire <em>changer le cadre<\/em>. La <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9<\/em> entre les termes de cette alternative (l&rsquo;un prudent, l&rsquo;autre courageux) est le seuil o\u00f9 l\u2019on peut changer de syst\u00e8me\u00a0: si la <em>philia<\/em> <em>utile<\/em> est invoqu\u00e9e comme moyen ce n&rsquo;est pas en effet pour redonner vie \u00e0 un syst\u00e8me moribond qui chaque jour devient plus dangereux, mais pour am\u00e9nager la transition et nous conduire \u00e0 la <em>philia vraie<\/em>. Cependant, il faudra bien qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9 ou un autre on s&rsquo;inqui\u00e8te des diverses structures de r\u00e9ciprocit\u00e9&#8230; qui en sont les matrices\u00a0; il faudra bien les substituer au libre-\u00e9change de sorte que l&rsquo;<em>\u00e9conomie politique vraie<\/em> succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;<em>\u00e9conomie capitaliste<\/em>.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de votre conf\u00e9rence, vous avez suspendu son cours, pour une incise extraordinaire, ce conseil ultime que vous a donn\u00e9 le vieil homme de la mer\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Quand tu es dans l&rsquo;oeil de la temp\u00eate tu as l&rsquo;impression que tu en es sorti parce que le vent tombe mais c&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019il faut absolument virer de bord \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[1]<\/a> Le texte en grec de Aristote accompagn\u00e9 d&rsquo;une traduction ancienne (Barth\u00e9lemy Saint-Hilaire) se trouve d\u00e9sormais \u00e0 la port\u00e9e de tout le monde sur Internet.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[2]<\/a> Les m\u00eames distinctions sont faites par Platon quand il compare l&rsquo;art du philosophe et celui du sophiste, \u00e0 l&rsquo;art d&rsquo;acqu\u00e9rir dans l&rsquo;\u00e9conomie (<em>kt\u00eatikes<\/em>) et l\u2019art d\u2019acqu\u00e9rir par le trafic, le n\u00e9goce (<em>metabletik\u00e9<\/em>) (le sophiste 223-a).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Dominique Temple revient ici sur la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Paul Jorion le 16 mai 2012 \u00e0 l&rsquo;Agora des Savoirs \u00e0 Montpellier, et dont le podcast est toujours disponible <a href=\"http:\/\/podcasts.divergence-fm.org\/media\/ads048_120516_agoradessavoirs_paul_jaurion.mp3\">ici<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cher Paul Jorion,<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re partie de votre conf\u00e9rence de Montpellier, vous d\u00e9montrez que les faits viennent d\u00e9noncer la conception selon laquelle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20,6],"tags":[],"class_list":["post-38334","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie","category-questions-essentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38334","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38334"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38334\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46253,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38334\/revisions\/46253"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38334"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38334"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38334"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}