{"id":38587,"date":"2012-06-25T16:30:48","date_gmt":"2012-06-25T14:30:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38587"},"modified":"2013-01-02T00:45:35","modified_gmt":"2013-01-01T23:45:35","slug":"avez-vous-lu-polanyi-postface-par-jerome-maucourant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/06\/25\/avez-vous-lu-polanyi-postface-par-jerome-maucourant\/","title":{"rendered":"<b>Avez-vous lu Polanyi ? &#8211; Postface<\/b>, par J\u00e9r\u00f4me Maucourant"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Le hasard fait parfois bien les choses. Alors que j&rsquo;achevais la lecture du livre <em>\u00ab\u00a0Avez-vous lu Polanyi ?\u00a0\u00bb<\/em> par J\u00e9r\u00f4me Maucourant et m&rsquo;appr\u00eatais \u00e0 en faire un billet, Timiota, un intervenant r\u00e9gulier du blog, nous faisait suivre une proposition de publication de la postface du livre, agr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;auteur lui-m\u00eame. La postface publi\u00e9e ici a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement r\u00e9vis\u00e9e. L&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du texte est disponible dans la collection Champs essais chez Flammarion<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Apr\u00e8s Wall Street et Fukushima\u00a0: <em>am\u00e9lioration<\/em> ou <em>habitation<\/em> du monde\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\">\n<p>\u00ab\u00a0<em>Ce que nous appelons la terre est un \u00e9l\u00e9ment de la nature inextricablement entrelac\u00e9 dans les institutions de l\u2019homme. Le plus \u00e9trange de toutes les entreprises de nos anc\u00eatres a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 de l\u2019isoler et d\u2019en faire un march\u00e9<\/em> [\u00a0\u2026] <em>cela a \u00e9t\u00e9 une conception vitale de la conception utopique d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Karl Polanyi<a title=\"\" href=\"#_ftn1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><strong><\/strong><\/p>\n<p>Les deux guerres mondiales et les g\u00e9nocides qui ont affect\u00e9 le XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle auraient d\u00fb enseigner aux civilisations la r\u00e9alit\u00e9 de leur pr\u00e9carit\u00e9 essentielle. Il n\u2019en est rien. C\u2019est dans le pays frapp\u00e9 par l\u2019atome militaire, le Japon, que la soif de profit a permis que l\u2019on construis\u00eet des centrales nucl\u00e9aires sur des failles sismiques. Si les civilisations ont peut-\u00eatre su qu\u2019elles pouvaient \u00eatre mortelles, nous savons maintenant qu\u2019elles n\u2019ont pas vraiment voulu le savoir. Le drame japonais ouvre ainsi le <em>monde d\u2019apr\u00e8s\u00a0<\/em>: il n\u2019est plus possible d\u2019occulter la propension du capitalisme \u00e0 nier la vie. Peut-\u00eatre que 2011 sera l\u2019\u00e9quivalent de ce que\u00a0 fut 1986, pour le syst\u00e8me sovi\u00e9tique\u00a0 de domination\u00a0: Tchernobyl a sign\u00e9 le d\u00e9but de sa fin.<\/p>\n<p>Ce <em>monde d\u2019apr\u00e8s, <\/em>ce monde de la r\u00e9v\u00e9lation de notre devenir catastrophique, \u00e9tait pourtant annonc\u00e9, entre autres, par la premi\u00e8re grande crise du XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: 2008 a sign\u00e9 la d\u00e9mesure de l\u2019esprit capitaliste qui, dans sa forme financi\u00e8re et mondialis\u00e9e, n\u2019a trouv\u00e9 de limite que dans l\u2019effondrement. Sans l\u2019intervention massive des Etats, dont les n\u00e9olib\u00e9raux ne cessaient de regretter l\u2019excessive importance, les cons\u00e9quences humaines et \u00e9conomiques auraient \u00e9t\u00e9 bien pires qu\u2019en 1929, comme beaucoup s\u2019accordent \u00e0 le reconna\u00eetre. Et, maintenant, l\u2019accroissement des dettes publiques exprime, pour une bonne part, ce qu\u2019il faut payer comme prix des errances de la\u00a0 finance et de la cupidit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats dominants.<\/p>\n<p><!--more-->N\u00e9anmoins, il ne manquait pas de consciences critiques pour mettre en garde contre\u00a0 les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses de la renaissance, il y a trois d\u00e9cennies, d\u2019un projet lib\u00e9ral \u00e0 hauteur du monde. Les r\u00e9flexions, qui commen\u00e7aient \u00e0 int\u00e9grer la probl\u00e9matique de Polanyi, participaient \u00e0 cette vigilance. \u00c0 ce moment, l\u2019URSS quittait la sc\u00e8ne et la Chine acceptait de s\u2019int\u00e9grer dans ce qu\u2019on d\u00e9nommera \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb. Polanyi, en effet, qui fut un critique de la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9, celle qui meurt entre 1918 et 1933, offre une perspective<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> toujours f\u00e9conde pour comprendre la signification de la deuxi\u00e8me, qui na\u00eet au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>Telle \u00e9tait notre conviction quand nous avons r\u00e9dig\u00e9 cet ouvrage en 2001. Nous commettions, toutefois, l\u2019erreur de sous-estimer la vitesse avec laquelle ce nouveau syst\u00e8me-monde \u00e9tait capable de produire de la catastrophe. Ainsi, nous discuterons d\u2019abord de la crise actuelle selon un point de vue inspir\u00e9 par Polanyi ; nous \u00e9voquerons, ensuite, une approche institutionnelle concurrente et nous exposerons, enfin, le n\u00e9cessaire retour \u00e0 l\u2019historicit\u00e9 dans le monde d\u2019apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>La seconde crise de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Ce livre avait fortement mis en avant le caract\u00e8re <em>utopique<\/em> de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9\u00a0\u00bb. Pas d\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 coh\u00e9rente sans \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sans des institutions et une id\u00e9ologie particuli\u00e8res. La soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 contient donc un id\u00e9al <em>performatif<\/em><a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0: les mots participent de la construction des choses. C\u2019est l\u00e0, sans doute, une sp\u00e9cificit\u00e9 de Polanyi par rapport \u00e0 Marx, voire une diff\u00e9rence. Mais, il n\u2019y a rien, ici, des fausses oppositions construites \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la crise du marxisme<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, durant les ann\u00e9es 1980, \u00e0 un moment o\u00f9 Polanyi \u00e9tait utilis\u00e9 par d\u2019anciens marxistes m\u00e9lancoliques en qu\u00eate d\u2019une critique radicalement alternative. L\u2019id\u00e9e, typiquement polanyienne, du capitalisme comme utopie a une cons\u00e9quence de taille : nombre de traits du syst\u00e8me \u00e9conomique rel\u00e8vent de la contingence, c\u2019est-\u00e0-dire du politique, et non pas d\u2019une pure n\u00e9cessit\u00e9, qu\u2019il faudrait chercher dans l\u2019\u00e9tat des techniques ou des exigences \u00e9conomiques. Il ne s\u2019agit pas de nier les <em>d\u00e9terminations<\/em>, qui p\u00e8sent sur les formes sociales, mais de rejeter le <em>d\u00e9terminisme<\/em> techno-\u00e9conomique faisant du capitalisme lib\u00e9ral et mondialis\u00e9 une n\u00e9cessit\u00e9. La politique et la culture ont donc leur place dans l\u2019invention d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Les n\u00e9olib\u00e9raux sont, d\u2019ailleurs, si persuad\u00e9s que nous aurions trouv\u00e9 la clef du meilleur des mondes, dans ces ann\u00e9es 1990, qu\u2019ils pr\u00e9tendent que les maux \u00e9conomiques de notre temps seraient le fruit d\u2019un manquement \u00e0 la pleine logique capitaliste\u00a0: ils d\u00e9noncent l\u2019obsession du plein emploi qui aurait politis\u00e9 le capitalisme<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Nos n\u00e9olib\u00e9raux raisonnent comme si les politiques d\u2019argent bon march\u00e9 et la prolif\u00e9ration de la dette ne s\u2019inscrivaient pas dans une n\u00e9cessit\u00e9 qui s\u2019impose \u00e0 l\u2019\u00e9lite\u00a0: conserver un taux de croissance suffisant, qui est la condition de possibilit\u00e9 de cette mondialisation in\u00e9galitaire dont se nourrit sa domination. C\u2019est ce point essentiel que nous voulons d\u00e9montrer, qui implique que, si les Etats-Unis avaient tranch\u00e9 en\u00a0 faveur d\u2019une protection sociale digne de leur puissance, et renoncer aux facilit\u00e9s de la finance et du \u00ab\u00a0libre-\u00e9change\u00a0\u00bb, cette folie du cr\u00e9dit n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Une des raisons actuelles qui a contraint \u00e0 l\u2019inflation de la dette, <em>via<\/em> des in\u00e9galit\u00e9s croissantes, est le libre-\u00e9change\u00a0: celui-ci, notamment aux Etats-Unis, est porteur de d\u00e9flation salariale, ce qui va \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019<em>opinio communis <\/em>des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Les fameux exc\u00e9dents chinois, contrepartie comptable d\u2019une partie du d\u00e9ficit commercial am\u00e9ricain, ne font qu\u2019exprimer un mode d\u2019accumulation d\u00e9sindustrialisant et financiaris\u00e9. La croissance am\u00e9ricaine d\u2019avant crise doit donc beaucoup aux \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb des techniques de la finance, occultant \u00e0 court terme les cons\u00e9quences d\u2019un endettement excessif, et \u00e0 la mondialisation, qui a permis de compenser, par la baisse des prix relatifs de certains biens import\u00e9s, la tendance \u00e0 la baisse de la demande, elle-m\u00eame r\u00e9sultat in\u00e9luctable d\u2019une redistribution des gains de productivit\u00e9 \u00e0 une tr\u00e8s mince couche sociale.<\/p>\n<p>Les discours orthodoxes, souvent aussi hypocrites que r\u00e9trospectifs, fustigeant les mauvaises pratiques financi\u00e8res, masquent que celles-ci sont une composante d\u00e9cisive de cette mondialisation dont ils se font les chantres. Sans diss\u00e9miner ses dettes dans le monde, sans rendre liquides ses cr\u00e9ances, le capitalisme bancaire am\u00e9ricain n\u2019aurait pas pu d\u00e9velopper son activit\u00e9 de pr\u00eat\u00a0avec l\u2019\u00e9nergie qu\u2019on sait. Sans ce march\u00e9 financier si attractif parce qu\u2019inventif, les Etats-Unis n\u2019auraient pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de toute l\u2019\u00e9pargne du monde, et jamais la croissance mondiale n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 suffisante, dans ce syst\u00e8me-monde polaris\u00e9 autour de l\u2019\u00e9talon-dollar. Comment peut-on d\u00e9noncer s\u00e9rieusement l\u2019\u00ab\u00a0aveuglement\u00a0\u00bb suppos\u00e9 de gouverneurs de banque centrale, alors que ceux-ci ne faisaient que rendre possible la dynamique capitaliste\u00a0: \u00e0 un moment critique, celle-ci n\u00e9cessitait de la monnaie bon march\u00e9 et des garanties \u00e9tatiques au cr\u00e9dit hypoth\u00e9caire qui facilitaient l\u2019endettement. Ces gouverneurs n\u2019ont pas de mandat pour exp\u00e9rimenter une stagnation \u00e9conomique, voire une d\u00e9pression, assur\u00e9s qu\u2019ils seraient du bon fonctionnement de la \u00ab\u00a0main invisible\u00a0\u00bb sur le \u00ab\u00a0long terme\u00a0\u00bb, car, dans le temps de cette exp\u00e9rience, ce sont les fondements de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 qui auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9s, voire d\u00e9truits.<\/p>\n<p>Ce sont donc bien les contraintes globales du capitalisme r\u00e9ellement existant et non les \u00ab\u00a0erreurs\u00a0\u00bb d\u2019un pr\u00e9sident du <em>Federal Reserve System<\/em>, jug\u00e9 trop \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la d\u00e9mocratie, qui ont configur\u00e9 les param\u00e8tres de la politique mon\u00e9taire. D\u00e9plorer la mont\u00e9e de la dette priv\u00e9e, comme le font les n\u00e9olib\u00e9raux, en faisant comme si elle ne s\u2019inscrivait pas dans les n\u00e9cessit\u00e9s du syst\u00e8me \u00e9conomique des ann\u00e9es 1990-2000, revient \u00e0 vouloir poursuivre la chim\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 sans que ne soit jamais pay\u00e9 le co\u00fbt de sa perp\u00e9tuation<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>De ce point de vue, le sch\u00e9ma d\u2019analyse que propose Polanyi pour comprendre la Grande Crise de 1929 est utile pour saisir certaines dimensions de l\u2019effondrement de 2008\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 ne peut fonctionner sans des dettes, qui expriment sa condition sociale de possibilit\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, et il n\u2019y a aucune \u00ab\u00a0main invisible\u00a0\u00bb permettant aux antagonismes sociaux de se dissoudre dans l\u2019\u00e9conomie. Seuls des compromis institutionnalis\u00e9s, qui construisent socialement diverses formes d\u2019action collective et les m\u00e9canismes de march\u00e9, peuvent stabiliser les conflits de classes et d\u2019autres int\u00e9r\u00eats sociaux, dans la perspective d\u2019une <em>vie viable<\/em>. En r\u00e9alit\u00e9, les march\u00e9s ne fonctionnent pas dans un vide social et culturel, sans des institutions qui sont des legs de l\u2019histoire et expriment des rapports de force. Toutefois, en 1929 comme en 2008, ces institutions ne vivent pas de l\u2019air du temps. La finance de march\u00e9 contemporaine a ainsi rendu possible une croissance, que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de nos temps exige structurellement, mais selon des prises croissantes de risque ; \u00e0 court terme, celles-ci ont engendr\u00e9 des profits priv\u00e9s consid\u00e9rables qui impliquaient, \u00e0 moyen terme, toutefois, une crise grave et une importante socialisation des co\u00fbts.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9cole n\u00e9oinstitutionnaliste a-t-elle relev\u00e9 le d\u00e9fi de Polanyi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Ce constat s\u00e9v\u00e8re mais r\u00e9aliste, que nous sugg\u00e9rons pour le capitalisme en d\u00e9but du XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, n\u2019est h\u00e9las pas possible dans le cadre de l\u2019\u00e9conomie orthodoxe<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>, dont la c\u00e9cit\u00e9 vis-\u00e0-vis des m\u00e9canismes de la crise est remarquable<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. L\u2019analyse d\u2019un courant important de la pens\u00e9e dominante, le \u00ab\u00a0n\u00e9o-institutionnalisme\u00a0\u00bb, qui aime \u00e0 croire qu\u2019il peut int\u00e9grer et d\u00e9passer les analyses de Polanyi, est, en r\u00e9alit\u00e9, elle aussi, d\u2019une c\u00e9cit\u00e9 \u00e9tonnante vis-\u00e0-vis du monde r\u00e9el\u00a0: la raison provient, essentiellement, de ses tendances \u00e0 l\u2019apologie implicite du capitalisme am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Dans cet ouvrage, nous avions \u00e9voqu\u00e9, trop bri\u00e8vement, certaines objections \u00ab\u00a0n\u00e9oinstitutionnalistes\u00a0\u00bb adress\u00e9es \u00e0 Polanyi, dont celles de D. North, qui avait voulu, d\u00e8s 1977, relever le \u00ab\u00a0d\u00e9fi\u00a0\u00bb que constituaient les cat\u00e9gories substantivistes. Dans des articles parus dans la <em>Revue du MAUSS<\/em>, nous avions fait part du probl\u00e8me grave que constituait le fonctionnalisme et la perspective t\u00e9l\u00e9ologique propres \u00e0 D. North. Or, l\u2019on opposait souvent, \u00e0 ce type de critiques, que le n\u00e9oinstitutionnalisme avait \u00e9volu\u00e9 durant ces ann\u00e9es 1990 et que le livre de North, paru en 2005, pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la preuve d\u2019un \u00ab\u00a0nouveau n\u00e9oinstitutionnalisme\u00a0\u00bb. Dans le meilleur des cas, ces \u00ab\u00a0\u00e9volutions\u00a0\u00bb qui pr\u00e9tendent nous \u00e9loigner encore de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique tombent, finalement, dans d\u2019autres impasses, comme un culturalisme attard\u00e9 ou la red\u00e9couverte st\u00e9rile de vieux probl\u00e8mes. Bref, le d\u00e9fi de Polanyi n\u2019est pas pr\u00e8s d\u2019\u00eatre relev\u00e9 par l\u2019\u00e9conomie orthodoxe, m\u00eame en ses marches<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Il nous semble ainsi que\u00a0 North qui voulait explicitement relever le d\u00e9fi de Polanyi ne l\u2019a pas relev\u00e9\u00a0: des cat\u00e9gories comme les \u00ab\u00a0<em>co\u00fbts de transaction\u00a0<\/em>\u00bb ou les \u00ab\u00a0\u00e9chafaudages\u00a0\u00bb n\u2019ont pas de force explicative s\u00e9rieuse, que l\u2019on consid\u00e8re les probl\u00e8mes \u00e9conomiques actuels du \u00ab\u00a0<em>monde musulman\u00a0<\/em>\u00bb, les difficult\u00e9s de la transition postsovi\u00e9tique ou la question de l\u2019origine du capitalisme.<\/p>\n<p><strong>Combattre l\u2019empire des marchandises fictives <\/strong><\/p>\n<p>La catastrophe nucl\u00e9aire japonaise de cette ann\u00e9e 2011 accro\u00eetra les contraintes pesant sur ce qui a constitu\u00e9, longtemps, un facteur crucial de l\u00e9gitimation du capitalisme\u00a0: la croissance. Il se peut que l\u2019id\u00e9ologie \u00e9conomique perde de sa capacit\u00e9 \u00e0 organiser le r\u00e9el. D\u00e8s 2008, dans le sillage de travaux nombreux, F. Neyrat nous avertissait de ce que la notion de \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb, c\u0153ur de l\u2019\u00e9conomie contemporaine, \u00e9tait impuissante \u00e0 appr\u00e9hender\u00a0 les d\u00e9terminations catastrophiques de notre monde, o\u00f9 l\u2019interd\u00e9pendance croissante entre \u00e9conomie et \u00e9cosyst\u00e8me vide de sens la notion de \u00ab\u00a0risque naturel\u00a0\u00bb. Au minimum, admettons que le risque, qui compte pour l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9, est absolument <em>non probabilisable<\/em>\u00a0: ceci est le cauchemar de la science \u00e9conomique encore dominante. C\u2019est la fin de la logique assurantielle, pivot de l\u2019orthodoxie en \u00e9conomie et de nombres d\u2019institutions \u00e9conomiques, laquelle peut \u00eatre masqu\u00e9e par une socialisation croissante des co\u00fbts priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Deux \u00e9volutions sont possibles. Nous pouvons pers\u00e9v\u00e9rer dans la logique l\u00e9tale de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 ou de ses fausses alternatives, que sont les \u00ab\u00a0capitalismes politiques\u00a0\u00bb \u00e0 la chinoise ou \u00e0 l\u2019iranienne. Nous devons d\u2019ailleurs \u00eatre conscients que la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019identit\u00e9, <em>via<\/em> une habile mobilisation des m\u00e9canismes de r\u00e9ciprocit\u00e9, peut \u00eatre un avantage pour assurer la perp\u00e9tuation de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9. Si la revendication de certains modes de vie constitue parfois un obstacle dress\u00e9 contre certaines extensions du Capital, il n\u2019en reste pas moins que, faute d\u2019une alternative politique globale, la politique de l\u2019enracinement, la cr\u00e9ation de communaut\u00e9s, peut se substituer aux interventions de l\u2019Etat pour ce qui est de la stabilit\u00e9 sociale. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme trouve ainsi un alli\u00e9 aussi inattendu que solide dans ces \u00ab\u00a0<em>formes d\u2019appartenance \u00e0 des communaut\u00e9s organiques d\u00e9finies \u00e0 partir de la parent\u00e9, de l\u2019ethnicit\u00e9 et de la religion<\/em>\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. L\u2019id\u00e9ologie du capitalisme mondial est une foire aux identit\u00e9s aux vertus bien conservatrices, ce que ne comprennent pas certains contestataires m\u00e9diatiques de la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9.<\/p>\n<p>Mais, bien loin du projet n\u00e9olib\u00e9ral et de ses alli\u00e9s identitaires ou religieux, voire de ses opposants qui ne font que revisiter les formes du vieux fascisme europ\u00e9en, nous pourrions nous saisir de la\u00a0 r\u00e9alit\u00e9 des catastrophes pour redonner, comme l\u2019a soutenu justement L. Loty, aux fictions utopiques leurs capacit\u00e9s \u00e0 susciter une imagination <em>alter-r\u00e9aliste<\/em>, contre l\u2019optimisme lib\u00e9ral qui nous fait\u00a0 accroire que le monde actuel est le meilleur des mondes. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il serait ainsi possible de quitter nos temps <em>postmodernes<\/em> pour aller vers une <em>altermodernit\u00e9. <\/em>F. Jameson a justement caract\u00e9ris\u00e9 notre \u00e9poque finissante \u00ab\u00a0<em>comme celle du d\u00e9clin de notre historicit\u00e9, de notre capacit\u00e9 v\u00e9cue \u00e0 faire activement l\u2019apprentissage de l\u2019histoire\u00a0<\/em>\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Le domaine esth\u00e9tique est sans doute celui qui avait le plus exprim\u00e9 ce moment historique, \u00ab\u00a0<em>d\u00e9pression m\u00e9lancolique\u00a0<\/em>\u00bb selon N. Bourriaud, li\u00e9e au travail de deuil de l\u2019id\u00e9ologie des progr\u00e8s techniques, politiques et culturels<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Cet auteur soutient \u00e9galement qu\u2019une <em>altermodernit\u00e9<\/em> travaillerait d\u00e9j\u00e0 le champ esth\u00e9tique o\u00f9, apr\u00e8s la si postmoderne assignation aux origines, expression de l\u2019id\u00e9ologie de la fin des id\u00e9ologies, viendrait le temps d\u2019un \u00ab\u00a0<em>espace d\u00e9hi\u00e9rarchis\u00e9, celui d\u2019une culture mondialis\u00e9e et pr\u00e9occup\u00e9e par de nouvelles synth\u00e8ses\u00a0<\/em>\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. Ne pas renoncer \u00e0 l\u2019approfondissement d\u2019une <em>culture commune<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du globe, ce qui est un acquis positif des tendances r\u00e9centes de la civilisation, tout en refusant les logiques d\u2019assignation, les injonctions \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9, pourrait \u00eatre un constituant d\u2019une <em>vie bonne<\/em> pour ce XXIi\u00e8me si\u00e8cle. Seule cette conception de la vie, qui pose la question de savoir ce que nous avons envie d\u2019<em>\u00eatre<\/em>, pourrait nous permettre de ne pas fuir dans l\u2019<em>avoir<\/em>, qu\u2019offre l\u2019id\u00e9ologie \u00e9conomique mortif\u00e8re. Or, la crise du capitalisme mondialis\u00e9 et le choc \u00e9cologique sont justement des faits majeurs susceptibles de r\u00e9veiller la politique, c\u2019est-\u00e0-dire <em>ipso facto<\/em> de nous r\u00e9tablir dans l\u2019historicit\u00e9, de traduire l\u2019exigence de la <em>vie bonne<\/em> pour aujourd\u2019hui. On l\u2019aura compris\u00a0: ce r\u00e9tablissement ne pourra pas \u00eatre un retour \u00e0 l\u2019identique, l\u2019<em>altermodernit\u00e9<\/em> n\u2019est pas une <em>n\u00e9omodernit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Polanyi, en son temps, avait d\u00e9j\u00e0 mis en question la modernit\u00e9 lib\u00e9rale, d\u2019o\u00f9 \u00e9tait issue l\u2019\u00ab\u00a0<em>impasse fasciste\u00a0<\/em>\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>. Plus tard, il\u00a0a oppos\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019<em>habitation<\/em> raisonn\u00e9e du monde \u00e0 l\u2019<em>am\u00e9lioration<\/em> pourvoyeuse de profit<a title=\"\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>, intitulant un chapitre de la <em>Grande Transformation<\/em>, \u00ab\u00a0Le march\u00e9 et la nature\u00a0\u00bb, qui se finissait ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On ne peut s\u00e9parer nettement les dangers qui menacent l\u2019homme de ceux qui menacent la nature\u00a0<\/em>\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>. La crise de la modernit\u00e9 ne mettait donc pas en cause un seul projet <em>humain<\/em> (la d\u00e9mocratie sociale contre la soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9) mais, peut-\u00eatre, le <em>monde<\/em> lui-m\u00eame au-del\u00e0 de l\u2019homme\u00a0? La question ici n\u2019\u00e9tait plus de <em>vivre<\/em> mais de <em>survivre<\/em>, suite au productivisme impliqu\u00e9 par le Grand March\u00e9. Pr\u00e8s de cinquante ans apr\u00e8s la mort de Polanyi, ne serait-il pas temps de prendre au s\u00e9rieux ces questions, m\u00eame si, en Occident, nous avons cru, un peu vite, que notre vie postmoderne impliquait un mode de vie postindustriel<a title=\"\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>Jassans-Riottier, le 21 avril 2011<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[1]<\/a> <em>La Grande Transformation<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 238.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[2]<\/a> Il nous semble que l\u2019int\u00e9r\u00eat du travail de Polanyi soit \u00e0 chercher d\u2019abord \u00e0 ce niveau <em>g\u00e9n\u00e9ral<\/em>. <em>Cf.<\/em> G. Dale, <em>Karl Polanyi \u2013 The Limits of the Market<\/em>, Polity Press, 2010.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[3]<\/a> Voir N. Brisset, \u00ab\u00a0Une lecture performativiste de Karl Polanyi\u00a0\u00bb, XIII<sup>\u00e8me<\/sup> Colloque Charles Gide, 2010 et S. Plocinizcak, \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 d\u2019une certaine lecture standard de la Grande Transformation\u00a0\u00bb, <em>La Revue du MAUSS<\/em>, n\u00b0 29, 2007.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[4]<\/a> La conception de l\u2019\u00e9change comme \u00ab\u00a0forme d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb provient du chapitre premier du Capital\u00a0: M. Cangiani, \u00ab Karl Polanyi : une voix du si\u00e8cle pass\u00e9\u00a0? \u00bb, <em>Revue du MAUSS<\/em>, 2, n\u00b0 34, p. 2009, pp. 336-348.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[5]<\/a> Souvenons-nous, d\u2019ailleurs, que les lib\u00e9raux des ann\u00e9es 1930 avait d\u00e9j\u00e0 point\u00e9, dans le laxisme mon\u00e9taire, l\u2019origine de la crise de 1929.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[6]<\/a> Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que \u00ab <em>la part des revenus du travail dans la richesse mondiale tend \u00e0 se r\u00e9duire\u00a0<\/em>\u00bb, un ancien expert du patronat fran\u00e7ais \u00e9crit, avant la crise de 2008, \u00e0 propos de la \u00ab\u00a0<em>corporation des \u00e9conomistes m\u00e9diatis\u00e9s\u00a0<\/em>\u00bb, si silencieuse \u00e0 l\u2019\u00e9gard des politiques mon\u00e9taires expansionnistes et acharn\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre sans rel\u00e2che la mondialisation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La beaut\u00e9 id\u00e9ologique du projet n\u00e9cessite d\u2019ensevelir la question th\u00e9orique et pratique de la limite qu\u2019il conviendrait de poser \u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019emprunt croissante des m\u00e9nages occidentaux, capacit\u00e9 sans laquelle le processus serait vou\u00e9 \u00e0 s\u2019arr\u00eater\u00a0<\/em>\u00bb. <em>Cf.<\/em> J-L Gr\u00e9au, <em>La trahison des \u00e9conomistes<\/em>, Gallimard, 2008. Voir aussi l\u2019important travail de l\u2019<em>anthropologue<\/em> P. Jorion qui annonce, <em>d\u00e8s 2004<\/em>, le m\u00e9canisme de la crise (<em>La revue du MAUSS<\/em> publiant un extrait de ce livre en 2005).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[7]<\/a> Voir le chapitre 4 du pr\u00e9sent ouvrage et K. Polanyi, \u00ab\u00a0Le m\u00e9canisme de la crise \u00e9conomique mondiale\u00a0\u00bb, pp. 337-351, dans M. Cangiani, J. Maucourant dir., <em>Essais de Karl Polanyi<\/em>, Seuil, 2008.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[8]<\/a> \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019\u00e9conomiste h\u00e9t\u00e9rodoxe doute du caract\u00e8re autor\u00e9gulateur du march\u00e9 et de la capacit\u00e9 suppos\u00e9e des forces de celui-ci \u00e0 promouvoir efficacement et spontan\u00e9ment les institutions n\u00e9cessaires \u00e0 la\u00a0 reproduction sociale. Celle-ci s\u2019organise depuis 2009\u00a0: http:\/\/www.assoeconomiepolitique.org\/<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[9]<\/a> Il ne s\u2019agit pas d\u2019affirmer que la fonction de l\u2019\u00e9conomiste soit de pr\u00e9dire la crise\u00a0: on pourra objecter que l\u2019annonce journali\u00e8re d\u2019un effondrement a toujours quelque chance d\u2019\u00eatre confirm\u00e9 par les faits \u2026Mais, sauf \u00e0 sombrer dans l\u2019insignifiance, la \u00ab\u00a0science \u00e9conomique\u00a0\u00bb, qui se veut la reine des sciences sociales, se doit de mettre en lumi\u00e8re ce \u00e0 quoi nous expose le mode d\u2019accumulation financi\u00e8re. Il ne s\u2019agit pas, comme peut le soutenir une certaine \u00e9pist\u00e9mologie de la physique, d\u2019exiger des exp\u00e9riences ou des conjectures cruciales permettant la r\u00e9futation d\u2019une th\u00e9orie, mais bien de demander, \u00e0 une science <em>empirique<\/em>, qu\u2019elle jette de la lumi\u00e8re sur les processus <em>et<\/em> les structures de son objet, de fa\u00e7on \u00e0 penser les modes de reproductions <em>et<\/em> de ruptures. De ce point de vue, l\u2019\u00e9conomie encore dominante est plus un discours normatif qu\u2019une science empirique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[10]<\/a> Toutefois, dans le cadre de l\u2019approche \u00e9conomique, il y a eu des progr\u00e8s notables, comme en t\u00e9moigne cette suggestion d\u2019ajouter une forme d\u2019int\u00e9gration \u00e0 la probl\u00e9matique polanyienne\u00a0: M. Vahabi, \u00ab\u00a0Ordres contradictoires et coordination destructive\u00a0: le malaise iranien\u00a0\u00bb, <em>Revue canadienne d\u2019\u00e9tudes du d\u00e9veloppement<\/em> (30), n\u00b0 3-4,<em> <\/em>pp. 361-392, 2009.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[11]<\/a> Nous nous inspirons ici de l\u2019analyse de A. Bugra, \u00ab\u00a0Karl Polanyi et la s\u00e9paration institutionnelle entre politique et \u00e9conomie\u00a0\u00bb, <em>Raisons politiques \u2013 \u00e9tudes de pens\u00e9e politique<\/em>, 20, 2005, pp. 37-55.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[12]<\/a> F. Jameson, <em>Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif<\/em>, Ecole sup\u00e9rieure nationale des Beaux-Arts de Paris, 2007, p. 62.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[13]<\/a> Nicolas Bourriaud, <em>Radicant \u2013 pour une esth\u00e9tique de la globalisation<\/em>, Deno\u00ebl, 2009.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[14]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 215. La r\u00e9f\u00e9rence botanique aux radicants \u00ab\u00a0<em>qui font pousser leur racine au fur et \u00e0 mesure de leur avanc\u00e9e\u00a0<\/em>\u00bb (p. 58) est essentielle\u00a0: le sujet contemporain est ici \u00ab\u00a0<em>tenaill\u00e9 entre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un lien \u00e0 son environnement et les\u00a0 forces du d\u00e9racinement, entre la globalisation et la singularit\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[15]<\/a> K. Polanyi, \u00ab\u00a0L\u2019essence du fascisme\u00a0\u00bb, pp. 369-395, dans M. Cangiani, J. Maucourant dir., <em>op. cit.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[16]<\/a> \u00ab\u00a0Habitation contre am\u00e9lioration\u00a0\u00bb est le sous-titre du chapitre 3 de <em>La Grande Transformation.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[17]<\/a> K. Polanyi, <em>La Grande Transformation<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 253<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\">[18]<\/a> La mondialisation est accumulation du capital \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, avec une division du travail telle que se pose avec moins de vigueur la question de la production industrielle en Occident, la baisse de son co\u00fbt relatif aidant \u00e0 cette n\u00e9gligence. Mais, la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9mondialisation, en temps \u00e9cologiquement difficiles, et d\u2019une r\u00e9industrialisation non productiviste peut rebattre les termes de la question industrielle. Il faut noter qu\u2019une d\u00e9mondialisation de l\u2019\u00e9conomie ne signifie pas n\u00e9cessairement la d\u00e9mondialisation culturelle port\u00e9e, entre autres, par les flux d\u2019information.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Le hasard fait parfois bien les choses. Alors que j&rsquo;achevais la lecture du livre <em>\u00ab\u00a0Avez-vous lu Polanyi ?\u00a0\u00bb<\/em> par J\u00e9r\u00f4me Maucourant et m&rsquo;appr\u00eatais \u00e0 en faire un billet, Timiota, un intervenant r\u00e9gulier du blog, nous faisait suivre une proposition de publication de la postface du livre, agr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;auteur lui-m\u00eame. La postface publi\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[1953],"class_list":["post-38587","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-polanyi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38587","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=38587"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38587\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46213,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/38587\/revisions\/46213"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=38587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=38587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=38587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}