{"id":3956,"date":"2009-07-31T11:34:08","date_gmt":"2009-07-31T09:34:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3956"},"modified":"2009-07-31T20:26:43","modified_gmt":"2009-07-31T18:26:43","slug":"le-temps-qu%e2%80%99il-fait-le-31-juillet-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/07\/31\/le-temps-qu%e2%80%99il-fait-le-31-juillet-2009\/","title":{"rendered":"Le temps qu\u2019il fait, le 31 juillet 2009"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><object width='435' height='355'><param name='movie' value='http:\/\/video.seesmic.com\/embeds\/wrapper.swf'\/><param name='bgcolor' value='#666666'\/><param name='allowFullScreen' value='true'\/><param name='allowScriptAccess' value='always'\/><param name='flashVars' value='video=nfrZOZwRys&amp;version=threadedplayer'\/><embed src='http:\/\/video.seesmic.com\/embeds\/wrapper.swf' type='application\/x-shockwave-flash' flashVars='video=nfrZOZwRys&amp;version=threadedplayer' allowFullScreen='true' bgcolor='#666666' allowScriptAccess='always' width='435' height='355'><\/embed><\/object><\/p>\n<p>Comme je l\u2019explique dans la vid\u00e9o tr\u00e8s courte qui se trouve ci-dessus, des difficult\u00e9s techniques du c\u00f4t\u00e9 de Seesmic m\u2019ont emp\u00each\u00e9 de t\u00e9l\u00e9charger la vid\u00e9o de 12 minutes que j\u2019avais enregistr\u00e9e. Je vais donc reconstituer par \u00e9crit ce que j\u2019avais tent\u00e9 de vous dire.<\/p>\n<p>Dans ma chronique du mois de juin dans Le Monde, reproduite dans mon billet <strong>Le Monde &#8211; \u00c9conomie, lundi 29 \u2013 mardi 30 juin <\/strong>: <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=3493\">Etats-Unis : de bien curieux remboursements<\/a>, j\u2019essayais de comprendre pourquoi un certain nombre de banques am\u00e9ricaines avaient voulu rembourser de mani\u00e8re anticip\u00e9e les fonds qui leur avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s dans le cadre du TARP (le <i>Troubled Asset Relief Program<\/i>), le programme mis en place pour leur permettre de se recapitaliser et de proc\u00e9der \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019allocation de cr\u00e9dits. Je rappelle que le TARP avait \u00e9t\u00e9 mis en place une fois qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e la formule envisag\u00e9e en premier : celle d\u2019une \u00ab bad bank \u00bb, d\u2019une banque de d\u00e9faisance, o\u00f9 seraient mis en quarantaine les produits financiers d\u00e9valoris\u00e9s : les <i>Residential Mortgage-Backed Securities<\/i> d\u00e9valu\u00e9s en raison des d\u00e9fauts des emprunteurs, en particulier dans le secteur \u00ab  subprime \u00bb, celui qui regroupe les m\u00e9nages les moins nantis.<\/p>\n<p>Je dressais un parall\u00e8le entre ce comportement des banques \u00e9chappant au carcan du TARP et ce que j\u2019avais pu personnellement observer \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 j\u2019\u00e9tais cadre chez Countrywide, le principal \u00e9tablissement financier am\u00e9ricain dans le domaine des cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires. \u00c0 une s\u00e9rie de rumeurs tr\u00e8s favorables \u00e0 la firme \u2013 et dont on affirmait parmi les cadres qu\u2019elles \u00e9manaient probablement de la direction \u2013 succ\u00e9dait la vente par ses dirigeants de la quasi-totalit\u00e9 de leurs actions. Op\u00e9ration que l\u2019on pouvait r\u00e9sumer de la mani\u00e8re suivante : vider la caisse avant de s\u2019\u00e9clipser.<\/p>\n<p>Alors que le remboursement des sommes avanc\u00e9es dans le cadre du TARP par, en particulier, Goldman Sachs, JP Morgan Chase et Morgan Stanley, apparaissait aux yeux du public comme un signe de bonne sant\u00e9 de la finance, je me demandais s\u2019il ne fallait pas y lire au contraire le signe d\u2019une aggravation de la situation : le signe d\u2019une d\u00e9sesp\u00e9rance de la part de leurs dirigeants, d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 tirer le maximum d\u2019argent de leurs op\u00e9rations avant que celles-ci ne doivent s\u2019interrompre une fois pour toutes.<\/p>\n<p><!--more-->Un autre \u00e9l\u00e9ment vient confirmer cette interpr\u00e9tation, un indice utilis\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement comme barom\u00e8tre d\u2019une reprise \u00e9conomique \u00e9ventuelle : l\u2019achat d\u2019actions de leur propre firme par les dirigeants d\u2019entreprises. Or cet indice demeure en baisse : profitant d\u2019un rebond boursier favoris\u00e9 par le rel\u00e2chement des r\u00e8gles comptables relatives \u00e0 la valorisation des produits financiers, les patrons continuent de vendre les actions de leur compagnie et n\u2019en rach\u00e8tent toujours pas. Si l\u2019on r\u00e9p\u00e8te partout que les choses vont mieux, une chose est s\u00fbre en tout cas : les chefs d\u2019entreprise n\u2019en sont pas eux persuad\u00e9s.<\/p>\n<p>Autre indice, allant lui aussi dans le m\u00eame sens, des chiffres disponibles depuis hier, r\u00e9v\u00e9l\u00e9s dans un rapport diffus\u00e9 par Andrew Cuomo, l\u2019Avocat G\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00c9tat de New York : sur les 175 milliards de dollars distribu\u00e9s dans le cadre du TARP, 36,2 milliards, soit 18,6 % de la somme furent imm\u00e9diatement redistribu\u00e9s en bonus aux dirigeants de ces entreprises, mieux, si l\u2019on concentre son attention sur les trois principales banques qui rembours\u00e8rent les fonds obtenus dans le cadre du TARP : JP Morgan Chase, Goldman Sachs et Morgan Stanley, la somme distribu\u00e9e en bonus atteint 18 milliards de dollars, \u00e0 comparer aux 45 milliards re\u00e7us, soit 40 % du total.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ces trois banques ont rembours\u00e9 les fonds obtenus, mais s\u2019agissait-il d\u2019une v\u00e9ritable prouesse quand les 60 % restants, les 27 milliards, ont pu \u00eatre utilis\u00e9s pour la sp\u00e9culation dans un univers de concurrence d\u00e9cim\u00e9 ? Ces firmes continuaient aussi de b\u00e9n\u00e9ficier de la garantie du gouvernement am\u00e9ricain dans leurs op\u00e9rations, et avaient toujours acc\u00e8s aux fonds procur\u00e9s par la Federal Reserve \u00e0 un taux extr\u00eamement bas.<\/p>\n<p>Pourquoi cette prodigalit\u00e9 choquante alors que les chiffres seraient n\u00e9cessairement connus ? Les montants des bonus apparaissent en effet au bilan, la presse am\u00e9ricaine et les blogueurs sont par ailleurs extr\u00eamement curieux et, dans le monde du travail am\u00e9ricain o\u00f9 les licenciements sont extr\u00eamement ais\u00e9s et ne requi\u00e8rent aucune justification, les employ\u00e9s \u00e9prouvant du ressentiment envers leur firme pr\u00e9sente ou pass\u00e9e sont extr\u00eamement nombreux et toujours dispos\u00e9s \u00e0 vendre la m\u00e8che.<\/p>\n<p>Sans doute parce que la p\u00e9riode o\u00f9 ce partage des restes demeure possible pr\u00e9sente un cr\u00e9neau de tr\u00e8s courte dur\u00e9e, obligeant du coup \u00e0 agir dans la pr\u00e9cipitation. Ces dirigeants envisageraient-ils m\u00eame qu\u2019ils puissent \u00eatre arr\u00eat\u00e9s et punis, agir au plus vite leur permet de mettre les sommes soustraites \u00e0 l\u2019abri d\u2019une confiscation \u00e9ventuelle, tactique utilis\u00e9e par des gangsters sachant d\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils seront pris mais prenant toutes les pr\u00e9cautions n\u00e9cessaires pour pouvoir r\u00e9cup\u00e9rer le plus gros des sommes vol\u00e9es \u00e0 leur sortie de prison. <\/p>\n<p>Si donc ces dirigeants d\u2019entreprise et moi pensons \u2013 au contraire du public \u2013 que la situation continue inexorablement de se d\u00e9grader, partagent-ils avec moi le sentiment que l\u2019on observe ici les signes de la fin du capitalisme ? Probablement non : leur attitude r\u00e9v\u00e8le sans doute qu\u2019ils consid\u00e8rent la crise comme beaucoup plus s\u00e9v\u00e8re que celles qui furent observ\u00e9es dans les ann\u00e9es r\u00e9centes, mais le fait qu\u2019ils tentent de constituer des r\u00e9serves dans la pr\u00e9cipitation et en se souciant peu que ce soit au vu de tous, sugg\u00e8re qu\u2019ils envisagent un \u00ab come-back \u00bb futur dans un cadre identique \u00e0 celui qui existait auparavant.<\/p>\n<p>Si l\u2019on parle en effet beaucoup d\u2019inflation, voire m\u00eame d\u2019hyperinflation, \u00e0 venir, en raison des sommes \u00e9normes inject\u00e9es depuis deux ans par les autorit\u00e9s mon\u00e9taires, le fait est que ces fonds sont en r\u00e9alit\u00e9 indisponibles, une portion importante en \u00e9tant plac\u00e9e par les \u00e9tablissements financiers aupr\u00e8s de leur banque centrale, ou bien \u00e9tant, comme on vient de le voir, directement redistribu\u00e9e entre dirigeants d\u2019entreprises. Ces fonds sont donc, de fait, gel\u00e9s sous la forme de r\u00e9serves et, ne circulant pas, ne g\u00e9n\u00e8rent aucune pression inflationniste. Rien ne vient du coup contrer les tendances d\u00e9flationnistes que constituent de leur c\u00f4t\u00e9 la r\u00e9cession et les pertes d\u2019emplois. Lorsque les prix seront tomb\u00e9s au plus bas, les sommes que l\u2019on voit rafl\u00e9es en ce moment pourront sortir de leur cachette et racheter \u00e0 bas prix les biens d\u00e9valoris\u00e9s.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9rouleront-ils selon ce sc\u00e9nario ? Je ne le pense pas personnellement, et ceci, pour deux raisons. La premi\u00e8re est que les sommes perdues cette fois-ci sont beaucoup plus consid\u00e9rables que lors de crises pr\u00e9c\u00e9dentes : la taille des dettes accumul\u00e9es est cette fois disproportionn\u00e9e par rapport aux richesses cr\u00e9\u00e9es entretemps, trait qui a emp\u00each\u00e9 que le recours \u00e0 la formule bien rod\u00e9e de la \u00ab privatisation des profits, socialisation des pertes \u00bb ait pu constituer cette fois la r\u00e9ponse appropri\u00e9e : la socialisation des pertes ne suffit plus \u00e0 la t\u00e2che, le corps social \u00e9tant incapable cette fois de l\u2019absorber. On a vu Mr. Alan Grayson, parlementaire am\u00e9ricain, ironiser sur le fait que le pr\u00eat de la Federal Reserve \u00e0 la banque centrale n\u00e9o-z\u00e9landaise repr\u00e9sente 33.000 dollars par m\u00e9nage de ce petit pays, soulignant la disproportion que j\u2019\u00e9voque.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me raison, c\u2019est l\u2019horizon de la plan\u00e8te elle-m\u00eame : le fait que l\u2019orgie productive que lui ont permis au cours des deux derniers si\u00e8cles les \u00e9nergies fossiles arrive \u00e0 sa fin et que le r\u00e9chauffement de la plan\u00e8te \u2013 le fait que ce soient les hommes qui en soient responsables ou non \u00e9tant indiff\u00e9rent \u2013 nous obligera d\u00e9sormais de vivre dans un monde beaucoup moins accueillant \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. Votre soutien peut s\u2019exprimer <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?page_id=647\"><em>ici<\/em><\/a>.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><object width='435' height='355'><param name='movie' value='http:\/\/video.seesmic.com\/embeds\/wrapper.swf'\/><param name='bgcolor' value='#666666'\/><param name='allowFullScreen' value='true'\/><param name='allowScriptAccess' value='always'\/><param name='flashVars' value='video=nfrZOZwRys&amp;version=threadedplayer'\/><embed src='http:\/\/video.seesmic.com\/embeds\/wrapper.swf' type='application\/x-shockwave-flash' flashVars='video=nfrZOZwRys&amp;version=threadedplayer' allowFullScreen='true' bgcolor='#666666' allowScriptAccess='always' width='435' height='355'\/><\/object><\/p>\n<p>Comme je l\u2019explique dans la vid\u00e9o tr\u00e8s courte qui se trouve ci-dessus, des difficult\u00e9s techniques du c\u00f4t\u00e9 de Seesmic m\u2019ont emp\u00each\u00e9 de t\u00e9l\u00e9charger la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[22,1,18],"tags":[],"class_list":["post-3956","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecologie","category-economie","category-monde-financier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3956","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3956"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3956\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3970,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3956\/revisions\/3970"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3956"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3956"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3956"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}