{"id":39742,"date":"2012-07-22T19:12:44","date_gmt":"2012-07-22T17:12:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=39742"},"modified":"2013-01-02T00:44:10","modified_gmt":"2013-01-01T23:44:10","slug":"libor-reduire-la-tentation-de-mentir-par-alain-monod-broca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/07\/22\/libor-reduire-la-tentation-de-mentir-par-alain-monod-broca\/","title":{"rendered":"<b>LIBOR : R\u00c9DUIRE LA TENTATION DE MENTIR<\/b>,  par Alain Monod-Broca"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le plus curieux dans le LIBOR c&rsquo;est sa nature m\u00eame. Pour d\u00e9terminer un taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de r\u00e9f\u00e9rence on a choisi une proc\u00e9dure d\u00e9clarative, alors que les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eats effectivement pratiqu\u00e9s entre les banques figurent dans la base de donn\u00e9es comptable de chacune des banques concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Il serait tr\u00e8s facile de demander \u00e0 chaque banque de faire la moyenne, \u00e9ch\u00e9ance par \u00e9ch\u00e9ance, des taux des pr\u00eats qu&rsquo;elle a souscrits aupr\u00e8s de ses confr\u00e8res. Il s&rsquo;agirait alors d&rsquo;une information comptable, donc g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9e comme tr\u00e8s fiable, et non d&rsquo;une d\u00e9claration dont on a d\u00e9couvert qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas toujours honn\u00eate.\u00a0<a title=\"\" href=\"#_edn1\">[i]<\/a><\/p>\n<p>Ce choix r\u00e9sulte sans doute de la culture de march\u00e9 londonienne. Il me rappelle toutefois une exp\u00e9rience personnelle.<\/p>\n<p>En 1992 je dirigeais SICOVAM SA, le d\u00e9positaire central des valeurs mobili\u00e8res fran\u00e7aises. Toutes les actions et obligations, toutes les parts d&rsquo;OPCVM circulant sur les march\u00e9s fran\u00e7ais, devaient y \u00eatre \u00ab\u00a0d\u00e9pos\u00e9es\u00a0\u00bb (en fait d\u00e9clar\u00e9es puisqu&rsquo;il n&rsquo;existait plus depuis 1984 de papier repr\u00e9sentant ces valeurs). Notre pr\u00e9sident, M. Andr\u00e9 Serre \u00e9tait un vieux routier du m\u00e9tier des titres auquel il avait consacr\u00e9 sa carri\u00e8re d\u00e9but\u00e9e 45 ans plus t\u00f4t.<\/p>\n<p><!--more-->A cette \u00e9poque l\u00e0 on commen\u00e7ait \u00e0 parler souvent autour de nous de titrisation. Il nous paraissait normal et conforme \u00e0 la vocation de notre entreprise que ces nouveaux instruments, comparables \u00e0 ceux que nous g\u00e9rions, fussent d\u00e9pos\u00e9s chez nous. Il entreprit donc de sonder les dirigeants de banques et de leur sugg\u00e9rer d&rsquo;inscrire les ABS, MBS et autres nouveaut\u00e9s dans les circuits bien rod\u00e9s dont nous disposions et que les banques utilisaient quotidiennement. Les r\u00e9ponses, unanimes furent tr\u00e8s nettes : \u00ab\u00a0Ne nous imposez pas votre comptabilit\u00e9 lourde et compliqu\u00e9e, laissez nous traiter ces nouveaux titres comme nous l&rsquo;entendons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je compris ce souhait d&rsquo;\u00eatre libre d&rsquo;agir \u00e0 leur guise comme une volont\u00e9 de pouvoir s&rsquo;adapter rapidement \u00e0 des m\u00e9thodes de travail encore fluctuantes \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 tout ce domaine \u00e9tait en effervescence. R\u00e9trospectivement ce souhait d&rsquo;\u00e9chapper au contr\u00f4le d&rsquo;un \u0153il ext\u00e9rieur et de conserver une grande \u00ab\u00a0souplesse\u00a0\u00bb d&rsquo;action m&rsquo;appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 comme une demande : laissez nous la possibilit\u00e9 de tricher&#8230;..<\/p>\n<p>Surtout l&rsquo;affaire du LIBOR montre une fois de plus que les dirigeants de banque ne sont pas plus que leurs subordonn\u00e9s au dessus de tout soup\u00e7on. Or la m\u00e9thode qui permet d&rsquo;obtenir un comportement honn\u00eate d&rsquo;individus qui sont, comme tous les hommes, faillibles et susceptibles de c\u00e9der \u00e0 la tentation est connue et pratiqu\u00e9e par toutes le banques du monde : s\u00e9parer celui qui agit de celui qui constate le r\u00e9sultat de l&rsquo;action c&rsquo;est \u00e0 dire s\u00e9parer le front office du back office. Cette m\u00e9thode est si efficace qu&rsquo;\u00e0 chaque scandale bancaire, de la faillite de la Barings \u00e0 l&rsquo;affaire Kerviel on constate une collusion entre ces deux services. Le trader de Singapour avait le contr\u00f4le de son back office et Kerviel qui y \u00e9tait pass\u00e9 avant de devenir trader avait conserv\u00e9 les moyens de le surveiller d&rsquo;assez pr\u00e8s pour d\u00e9samorcer les alarmes qui le concernaient.<\/p>\n<p>Pourquoi n\u2019appliquerait-on pas aux dirigeants de banque la m\u00eame r\u00e8gle de s\u00e9curit\u00e9. Est-il normal que les personnes responsables de la gestion de l&rsquo;\u00e9tablissement, mandataires sociaux et cadres dirigeants, aient un pouvoir hi\u00e9rarchique sur les services comptables et l&rsquo;ensemble du back office charg\u00e9s de rendre compte de leur gestion\u00a0?<\/p>\n<p>On peut r\u00e9pondre \u00e0 cette question en imaginant le m\u00eame processus \u00e0 une \u00e9chelle humaine : supposons que vous confiiez vos avoirs \u00e0 un ami, celui ci s&rsquo;engageant \u00e0 vous adresser une fois par mois un \u00e9tat de l&rsquo;utilisation qu&rsquo;il a fait de votre argent. Combien de temps faudrait-il, quelle que soit la confiance qu&rsquo;il vous inspire, pour qu&rsquo;un doute s&rsquo;insinue en vous : les compte rendu mensuels qu&rsquo;ils m&rsquo;envoient sont-ils exacts et sinc\u00e8res\u00a0? Vous souhaiteriez alors qu&rsquo;une tierce partie non li\u00e9e \u00e0 votre ami \u00e9dite ces \u00e9tats et en soit responsable.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est ce que pr\u00e9voit la loi : le m\u00e9tier de g\u00e9rant ind\u00e9pendant existe mais ceux qui l&rsquo;exercent ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 recevoir des d\u00e9p\u00f4ts de leur client\u00e8le. De m\u00eame les soci\u00e9t\u00e9s qui g\u00e8rent des OPCVM ne re\u00e7oivent pas elles m\u00eames les fonds et ne sont pas d\u00e9positaires des titres qu&rsquo;elles acqui\u00e8rent pour le compte de ces organismes. Elles ont l&rsquo;obligation d&rsquo;utiliser les services d&rsquo;un d\u00e9positaire ind\u00e9pendant. Cette s\u00e9paration est parfois assez formelle : SGAM, le gestionnaire de fond de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale utilise une autre filiale de cette banque comme d\u00e9positaire.<\/p>\n<p>Il serait donc tout \u00e0 fait raisonnable de demander aux banques d&rsquo;externaliser leurs services de comptabilit\u00e9 et de back office. Et pour que cette externalisation permette le contr\u00f4le efficace de son activit\u00e9 l&rsquo;entreprise qui se chargerait de ce service devrait \u00e9chapper totalement au pouvoir des dirigeants de la banque :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0aucun administrateur commun<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0interdiction de toute participation capitalistique de quelque nature que ce soit; je pense m\u00eame qu&rsquo;il faudrait r\u00e9server les actions de ces soci\u00e9t\u00e9s de back office \u00e0 des particuliers non investis de responsabilit\u00e9 bancaire pour bien garantir l&rsquo;ind\u00e9pendance de la firme.<\/p>\n<p>Enfin ces entreprises seraient responsables devant les clients et cr\u00e9anciers de la banque de l&rsquo;exactitude des informations fournies.<\/p>\n<p>Il y a un long chemin \u00e0 faire. R\u00e9cemment un article du Monde pr\u00e9sentait les r\u00e9formes en cours \u00e0 la City. Un organisme unique sera charg\u00e9 du contr\u00f4le g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9tablissements de cr\u00e9dit, tandis qu&rsquo;un autre sera charg\u00e9 de faire la police et d&rsquo;intervenir lorsque une fraude appara\u00eetrait. Cette dichotomie refl\u00e8te l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a d&rsquo;une part un courant normal des affaires dans lequel le contr\u00f4le s&rsquo;effectue en se basant sur les informations apport\u00e9es par les dirigeants de la banque (suppos\u00e9s honn\u00eates) et d&rsquo;autre part des incidents dus \u00e0 quelques personnages ind\u00e9licats : quelques pommes pourries dans un panier de fruits sains. Or c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette vision qui para\u00eet aujourd&rsquo;hui erron\u00e9e&#8230;..<\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref1\">[i]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 Le taux qui serait ainsi calcul\u00e9 ne serait pas un \u00ab\u00a0LIBOR\u00a0\u00bb, taux <em>propos\u00e9 (offered), <\/em>mais un \u00ab\u00a0LIBAR\u00a0\u00bb: le London Inter Bank <em>Actual<\/em> Rate c&rsquo;est \u00e0 dire le taux effectivement constat\u00e9 dans les plus r\u00e9cents pr\u00eats conclus. On retrouve l\u00e0 la vieille querelle entre les march\u00e9s dirig\u00e9s par les prix organis\u00e9s par les Faiseurs de March\u00e9 \u00e0 la mode londonienne et les march\u00e9s centralis\u00e9s dirig\u00e9s par les ordres \u00e0 la mode de la Bourse de Paris et du New York stock exchange. Dans le premier cas on consid\u00e8re que le valeur d&rsquo;une action est celle \u00e0 laquelle elle trouverait preneur si elle \u00e9tait mise sur le march\u00e9 \u00e0 cet instant, dans le second cette valeur est le dernier prix auquel une transaction a \u00e9t\u00e9 conclue.<\/p>\n<p>D\u2019innombrables arguments ont \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9s pour d\u00e9montrer la sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;un mod\u00e8le sur l&rsquo;autre. Constatons qu&rsquo;ils fonctionnent tous les deux; et lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de se donner une r\u00e9f\u00e9rence, n\u00e9cessairement un peu arbitraire en choisir une qui se calcule rigoureusement me para\u00eet pr\u00e9f\u00e9rable.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plus curieux dans le LIBOR c&rsquo;est sa nature m\u00eame. 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