{"id":4029,"date":"2009-08-04T23:45:02","date_gmt":"2009-08-04T21:45:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=4029"},"modified":"2009-08-05T23:28:58","modified_gmt":"2009-08-05T21:28:58","slug":"la-nuit-du-4-aout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/08\/04\/la-nuit-du-4-aout\/","title":{"rendered":"La nuit du 4 ao\u00fbt"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>In English <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog_en\/?p=185\">here<\/a>.<\/p>\n<p>Une chose est certaine, il y a deux cent-vingt ans exactement, durant la nuit du 4 ao\u00fbt 1789, il ne fut pas question de \u00ab risque syst\u00e9mique \u00bb. Et pourtant ! Durant cette nuit historique au cours de laquelle l\u2019Assembl\u00e9e nationale vota l\u2019abolition des privil\u00e8ges, la France, par la voie de ses repr\u00e9sentants, ent\u00e9rina la fin de la f\u00e9odalit\u00e9, victime du risque syst\u00e9mique.  <\/p>\n<p>Il faut y r\u00e9fl\u00e9chir aujourd\u2019hui et tout sp\u00e9cialement parce que nous n\u2019avons pas encore suffisamment pris conscience du fait que lorsqu\u2019on se mit \u00e0 \u00e9voquer en 2007 le \u00ab risque syst\u00e9mique \u00bb, il ne s\u2019agissait pas d\u2019une menace \u00e0 venir pour le capitalisme mais bien de ce qui venait de le blesser mortellement et sous nos propres yeux. On se penche maintenant sur lui, feignant de croire que ses jours ne sont pas en danger et des optimistes \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9 douteuse clament \u00e0 la cantonade qu\u2019on lui voit reprendre des couleurs. Il est en v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l\u2019agonie et rien ne pourra plus d\u00e9sormais le sauver. <\/p>\n<p>Une solution existait en principe, exploit\u00e9e <i>ad nauseam<\/i> lors des alertes pr\u00e9c\u00e9dentes, mais qui ne fut d\u2019aucun secours cette fois-ci, bien trop co\u00fbteuse dans un contexte o\u00f9 les \u00c9tats avaient cess\u00e9 de disposer de moyens de cet ordre de grandeur. La \u00ab privatisation des profits, socialisation des pertes \u00bb, formule classique en cas de crise du capitalisme, a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u2019application face \u00e0 l\u2019orgie d\u2019endettement \u00e0 laquelle la finance s\u2019est abandonn\u00e9e au cours des trente-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Les paradis fiscaux ont veill\u00e9 \u00e0 ce que seuls les pauvres paient encore des imp\u00f4ts, et les sommes d\u00e9risoires que ceux-ci parviennent \u00e0 rassembler et \u00e0 verser \u00e0 l\u2019\u00c9tat, ont fait de la socialisation des pertes encourues par la finance, un objectif d\u00e9sormais hors d\u2019atteinte.<\/p>\n<p>Alors on ferme les yeux et l\u2019on touche du bois ou bien l\u2019on prie. On dissimule la gravit\u00e9 de la crise, on dope les efforts de propagande en esp\u00e9rant que si le moral s\u2019am\u00e9liore, les choses iront peut-\u00eatre mieux assez longtemps pour que le syst\u00e8me tout entier se refasse une sant\u00e9. Ce faisant, des \u00eelots de prosp\u00e9rit\u00e9 se recr\u00e9ent, en particulier gr\u00e2ce aux commissions colossales que g\u00e9n\u00e8re la liquidation de l\u2019ancien syst\u00e8me, primes touch\u00e9es par ceux qui furent responsables de sa perte et qui apparaissent encore une fois r\u00e9compens\u00e9s, contre toute logique et contre toute justice.<\/p>\n<p>Les plus faibles furent abandonn\u00e9s \u00e0 leur triste sort et les moyens dont on disposait furent mobilis\u00e9s pour mettre sous perfusion les rares survivants (aux \u00c9tats-Unis : Goldman Sachs, Morgan Stanley et J.P. Morgan Chase), confortant la th\u00e8se d\u2019une \u00ab oligarchie \u00bb faisant barrage \u00e0 une solution r\u00e9elle des probl\u00e8mes. Lorsqu\u2019on se retourne vers le pass\u00e9, ce sont eux du coup, ces gloutons pitoyables, incapables de se sevrer de leurs exc\u00e8s de table, qui semblent avoir r\u00e9gl\u00e9 la danse de toute \u00e9ternit\u00e9. Lehman Brothers, pass\u00e9 aux profits et pertes le 15 septembre de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, \u00e9tait un concurrent de Goldman Sachs et l\u2019on note alors avec un haussement d\u2019\u00e9paules : \u00ab Ne vous l\u2019avais-je pas dit : \u00ab\u00a0Government Sachs\u00a0\u00bb ! \u00bb <\/p>\n<p>Or durant les beaux jours une concurrence f\u00e9roce r\u00e9gnait entre les banques et la th\u00e8se de l\u2019inf\u00e9odation du capitalisme \u00e0 l\u2019\u00ab oligarchie \u00bb lui suppose a posteriori une robustesse mythique dont il ne reste en tout cas rien aujourd\u2019hui. \u00ab Les choses iraient bien \u00bb, affirme-t-on maintenant, \u00ab si les m\u00e9chants (lisez : le dernier carr\u00e9) n\u2019avaient pas kidnapp\u00e9 l\u2019h\u00e9riti\u00e8re ! Mettons-les \u00e0 l\u2019ombre et tout rentrera dans l\u2019ordre ! \u00bb Si cela \u00e9tait seulement possible ! On n\u2019assista pas, je l\u2019ai dit, \u00e0 un processus en deux temps o\u00f9, dans le premier, l\u2019on prenait conscience de l\u2019existence du risque syst\u00e9mique et dans le second, on en prenait avec effarement la juste mesure : on d\u00e9couvrit l\u2019existence du risque syst\u00e9mique lorsqu\u2019il avait fait son \u0153uvre et que le pot-au-lait \u00e9tait bris\u00e9. <\/p>\n<p>Les soubresauts du moribond se poursuivront quelques temps encore et sa survie assist\u00e9e nous convie, non plus dans la Wall Street florissante d\u2019autrefois mais dans son cadre en ruines, au spectacle renouvel\u00e9 de tous les exc\u00e8s pass\u00e9s : ceux d\u2019une aristocratie condamn\u00e9e \u00e0 terme, s\u2019accrochant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment aux derni\u00e8res bribes de son pouvoir et aux signes pass\u00e9s d\u2019un \u00c2ge d\u2019Or d\u00e9finitivement \u00e9teint. <\/p>\n<p>Quand aura succ\u00e9d\u00e9 au syst\u00e8me capitaliste celui destin\u00e9 \u00e0 prendre sa suite, la succession de l\u2019un par l\u2019autre n\u2019appara\u00eetra pas comme ce qu\u2019elle est pourtant : la substitution banale d\u2019un syst\u00e8me neuf \u00e0 un autre cass\u00e9, mais comme le triomphe de la Raison : l\u2019\u00e9vacuation sans gloire d\u2019une classe corrompue, terrass\u00e9e par ses propres outrances. <\/p>\n<blockquote><p><strong>(*) Un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb est libre de reproduction en tout ou en partie \u00e0 condition que le pr\u00e9sent alin\u00e9a soit reproduit \u00e0 sa suite. Paul Jorion est un \u00ab journaliste presslib\u2019 \u00bb qui vit exclusivement de ses droits d\u2019auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d\u2019\u00e9crire comme il le fait aujourd\u2019hui tant que vous l\u2019y aiderez. Votre soutien peut s\u2019exprimer <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?page_id=647\"><em>ici<\/em><\/a>.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p><strong>Ce texte est un \u00ab article presslib\u2019 \u00bb (*) <\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>In English <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog_en\/?p=185\">here<\/a>.<\/p>\n<p>Une chose est certaine, il y a deux cent-vingt ans exactement, durant la nuit du 4 ao\u00fbt 1789, il ne fut pas question de \u00ab risque syst\u00e9mique \u00bb. Et pourtant ! 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