{"id":413,"date":"2008-02-18T19:05:27","date_gmt":"2008-02-18T18:05:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=413"},"modified":"2008-03-15T21:42:51","modified_gmt":"2008-03-15T20:42:51","slug":"alain-robbe-grillet-1922-%e2%80%93-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/02\/18\/alain-robbe-grillet-1922-%e2%80%93-2008\/","title":{"rendered":"Alain Robbe-Grillet (1922 \u2013 2008)"},"content":{"rendered":"<p>Alain Robbe-Grillet, quand je vous ai d\u00e9couvert, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 lu une infinit\u00e9 de romans mais surtout ceux qu\u2019on m\u2019avait dit de lire. Quand j\u2019ai eu douze ans, une fille, une \u00ab grande \u00bb qui en avait treize, m\u2019avait gliss\u00e9, comme un de ces secrets \u00e9rotiques que l\u2019on chuchote dans les secondes qui suivent le moment o\u00f9 les parents s\u2019absentent un court instant de la pi\u00e8ce : \u00ab Lis <em>La naus\u00e9e<\/em>, <em>Vip\u00e8re au poing<\/em>\u2026 <em>L\u2019\u00e9tranger<\/em> ! \u00bb. Je l\u2019avais fait, et j\u2019avais grandi d\u2019un seul coup : j\u2019avais soudain acc\u00e9d\u00e9 au monde des grandes personnes, des adultes de ma propre \u00e9poque, pas celui, splendide mais surann\u00e9 de <em>Salammb\u00f4<\/em>, ni celui apprivois\u00e9, des <em>Hommes de bonne volont\u00e9 <\/em>\u2013 dont j\u2019avais pourtant d\u00e9vor\u00e9 les vingt\u2013sept volumes.<\/p>\n<p>Alain Robbe\u2013Grillet, \u00e0 quinze ans je suis all\u00e9 voir <em>L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad <\/em>et dans ces interminables couloirs sur les moulures desquels glissait majestueusement la cam\u00e9ra de Sacha Vierny, j\u2019ai entendu votre voix et les cieux se sont entr\u2019ouverts : Julien Green m\u2019avait fait deviner qu\u2019un tel monde existait peut\u2013\u00eatre et le rideau se levait triomphalement et ce monde \u00e9tait l\u00e0, devant moi : la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, telle que je l\u2019esp\u00e9rais secr\u00e8tement : au carr\u00e9 ou au cube ! J\u2019ai alors tout lu : tout ce que vous aviez \u00e9crit : l\u2019errance des <em>Gommes<\/em>, l\u2019anneau de fer du <em>Voyeur<\/em>, la lumi\u00e8re qui perce \u00e0 travers <em>La jalousie<\/em>, le sang qui perle dans <em>La maison de rendez\u2013vous<\/em>. A l\u2019ath\u00e9n\u00e9e \u2013 comme on appelle le lyc\u00e9e en Belgique \u2013 mon professeur de fran\u00e7ais avait la d\u00e9licatesse de me demander de dresser moi\u2013m\u00eame la liste des livres que j\u2019emporterais quand le prix me serait d\u00e9cern\u00e9 en fin d\u2019ann\u00e9e. Et je repartais avec ces volumes de Robbe\u2013Grillet, de Claude Simon ou de Robert Pinget, \u00e0 qui j\u2019offrais l\u2019occasion d\u2019une br\u00e8ve incursion annuelle dans un univers qui ne savait sinon rien d\u2019eux.<\/p>\n<p>Vous \u00e9tiez aussi pleinement de votre temps : vous avez accept\u00e9 le principe de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise \u2013 et en effet, pourquoi pas ? \u2013 mais vous en avez rejet\u00e9 le style convenu et vous \u00eates mort dans ses limbes. N\u2019oublions pas non plus que durant des ann\u00e9es tr\u00e8s noires, vous avez sign\u00e9 <em>Le Manifeste des 121 <\/em>qui se termine par ces mots : \u00ab La cause du peuple alg\u00e9rien, qui contribue de fa\u00e7on d\u00e9cisive \u00e0 ruiner le syst\u00e8me colonial, est la cause de tous les hommes libres \u00bb.    <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;<br \/>\nCe texte a \u00e9t\u00e9 repris sur le site <a href=\"http:\/\/www.causeur.fr\/alain-robbe-grillet\">Causeur<\/a>. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alain Robbe-Grillet, quand je vous ai d\u00e9couvert, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 lu une infinit\u00e9 de romans mais surtout ceux qu\u2019on m\u2019avait dit de lire. 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