{"id":43379,"date":"2012-11-08T18:22:13","date_gmt":"2012-11-08T17:22:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=43379"},"modified":"2013-01-02T00:19:51","modified_gmt":"2013-01-01T23:19:51","slug":"principes-des-systemes-intelligents-1989-chapitre-9-ii-reedition-en-librairie-le-23-novembre-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/11\/08\/principes-des-systemes-intelligents-1989-chapitre-9-ii-reedition-en-librairie-le-23-novembre-2\/","title":{"rendered":"<b>PRINCIPES DES SYST\u00c8MES INTELLIGENTS (1989), chapitre 9 (II)<\/b>, r\u00e9\u00e9dition en librairie le 23 novembre"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/PSI-couverture.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/PSI-couverture.png\" alt=\"\" title=\"PSI couverture\" width=\"160\" height=\"245\" class=\"alignleft size-full wp-image-43558\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Je poursuis la publication des chapitres de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Principes-syst%C3%A8mes-intelligents-Paul-Jorion\/dp\/2365120164\/ref=ntt_at_ep_dpt_2\" target=\"_blank\">Principes des syst\u00e8mes intelligents<\/a>. Je me moque ici gentiment de Noam Chomsky (ouh ! le garnement !) que je ne suis jamais parvenu \u00e0 prendre enti\u00e8rement au s\u00e9rieux, pas plus d&rsquo;ailleurs en tant que linguiste qu&rsquo;en tant que figure politique. Je d\u00e9roge tr\u00e8s partiellement \u00e0 la r\u00e8gle de vous \u00e9pargner les tonnes de notes qui se trouvent dans le livre.<\/p><\/blockquote>\n<h3>Encha\u00eenements associatifs s\u00e9mantiques<\/h3>\n<p>Aux <em>encha\u00eenements associatifs mat\u00e9riels <\/em>s\u2019opposent les <em>encha\u00eenements associatifs s\u00e9mantiques. <\/em>Le mot \u00ab s\u00e9mantique \u00bb renvoie malheureusement \u00e0 la notion de <em>signification <\/em>qui est en soi tr\u00e8s confuse. Plusieurs chapitres seront consacr\u00e9s \u00e0 la notion de signification, le mot \u00ab s\u00e9mantique \u00bb devra \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 r\u00e9trospectivement \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9claircissements qu\u2019ils apporteront.<\/p>\n<p><strong>La synonymie<\/strong><\/p>\n<p>La synonymie pose un probl\u00e8me particulier et tout sp\u00e9cialement important en IA, celui dit de l\u2019\u00ab \u00e9toile du soir \u00bb et de l\u2019\u00ab \u00e9toile du matin \u00bb, emprunt\u00e9 \u00e0 une r\u00e9flexion du philosophe-logicien Gottlob Frege (Frege 1971 [1892] : 108). Il est courant que l\u2019on \u00e9value un syst\u00e8me intelligent sur sa capacit\u00e9 \u00e0 traiter la synonymie d\u2019\u00ab \u00e9toile du soir \u00bb et d\u2019\u00ab \u00e9toile du matin \u00bb : comment le syst\u00e8me saura-t-il qu\u2019il s\u2019agit dans l\u2019un et l\u2019autre cas du m\u00eame corps c\u00e9leste, \u00e0 savoir la plan\u00e8te V\u00e9nus ? La r\u00e9ponse est si simple qu\u2019il faut imaginer que c\u2019est sa simplicit\u00e9 m\u00eame qui a d\u00fb jouer un r\u00f4le d\u2019obstacle \u00e0 sa solution. En effet, un syst\u00e8me ne peut savoir qu\u2019\u00ab \u00e9toile du soir \u00bb et \u00ab \u00e9toile du matin \u00bb sont synonymes que pour la m\u00eame raison exactement pour laquelle un \u00eatre humain le saura : parce qu\u2019on le lui aura appris. Il s\u2019agit l\u00e0 de la seule r\u00e9ponse possible. Si on lui a dit que les deux mots renvoient \u00e0 la m\u00eame chose, un syst\u00e8me pourra stocker les deux \u00ab \u00e9tiquettes \u00bb comme des alternatives, sinon, il devra les stocker de mani\u00e8re s\u00e9par\u00e9e. Et, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019un syst\u00e8me \u2013 comme un \u00eatre humain \u2013 pourra stocker le m\u00eame texte comme <em>mot phrase <\/em>ou comme mots distincts li\u00e9s par un encha\u00eenement associatif, un syst\u00e8me enregistrera des synonymes comme traces mn\u00e9siques alternatives ou comme traces mn\u00e9siques distinctes, selon la connaissance qu\u2019il a ou non de la synonymie.<\/p>\n<p><!--more-->La raison pour laquelle cette r\u00e9ponse n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 aper\u00e7ue est la suivante : les auteurs qui traitent le probl\u00e8me dit de l\u2019\u00e9toile du soir et l\u2019\u00e9toile du matin ont en g\u00e9n\u00e9ral confondu les aspects de la question qui sont \u00e0 proprement parler linguistiques et ceux qui rel\u00e8vent de la mod\u00e9lisation du monde physique. Autrement dit, ils ne distinguent pas comme il le faudrait la constitution du lexique d\u2019une langue et les probl\u00e8mes que pose la description du monde \u00e0 l\u2019aide de cette langue, au sein de discours. Il faut d\u00e9velopper ce point, la question est fondamentale car une grande partie des difficult\u00e9s de l\u2019IA contemporaine en d\u00e9coule.<\/p>\n<p><strong>Aspects linguistique\u2028 et de mod\u00e9lisation physique de l\u2019encha\u00eenement associatif<\/strong><\/p>\n<p>On peut dire que \u00ab la langue sert aux hommes \u00e0 parler, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 encha\u00eener des mots \u00bb. Une caract\u00e9ristique de cette d\u00e9finition, c\u2019est que, malgr\u00e9 son flou, elle demeure essentiellement linguistique. Pourtant, bien des sp\u00e9cialistes de l\u2019IA qui travaillent sur les langues naturelles ont une conception de la langue enti\u00e8rement diff\u00e9rente : \u00ab La langue sert \u00e0 d\u00e9crire le monde tel qu\u2019il est. \u00bb Pour eux, le monde est d\u2019une certaine mani\u00e8re et la langue est faite pour le d\u00e9crire : ils envisagent la langue dans une perspective instrumentaliste, et \u2013 comme on l\u2019a vu \u00e0 propos des \u00ab pens\u00e9es \u00bb et des \u00ab id\u00e9es \u00bb \u2013 il ne faudrait pas les pousser beaucoup pour qu\u2019ils affirment que la t\u00e2che \u00e0 laquelle la langue est appel\u00e9e, elle ne la remplit pas tr\u00e8s bien : que les mots faillissent \u00e0 d\u00e9crire ad\u00e9quatement et compl\u00e9tement le monde tel qu\u2019il est. Celui qui dit que \u00ab la langue sert \u00e0 parler \u00bb place l\u2019accent ailleurs que celui qui dit que \u00ab la langue sert \u00e0 d\u00e9crire le monde \u00bb et qui affirme ainsi de mani\u00e8re instrumentale que la finalit\u00e9 de la langue est de construire une <em>physique <\/em>du monde, m\u00eame s\u2019il n\u2019est question que d\u2019une physique tr\u00e8s simpliste, comme dans la phrase \u00ab Coco est un perroquet \u00bb.<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un qui dit \u00ab Coco est un perroquet \u00bb a une id\u00e9e derri\u00e8re la t\u00eate. On ne dit pas \u00ab Coco est un perroquet \u00bb pour d\u00e9crire le monde tel qu\u2019il est, mais pour rappeler par exemple \u00e0 celui qui s\u2019est fait traiter de \u00ab gros plein de soupe ! \u00bb que Coco n\u2019est qu\u2019un animal et qu\u2019il ne pense pas vraiment ce qu\u2019il dit. Si \u00ab Coco est un perroquet \u00bb \u00e9tait un moyen de d\u00e9crire le monde, alors \u00ab Coco est un psittacid\u00e9 \u00bb serait un autre moyen de dire la m\u00eame chose, et l\u2019on pourrait dire indiff\u00e9remment \u00ab Coco est un perroquet \u00bb et \u00ab Coco est un psittacid\u00e9 \u00bb, ce qui n\u2019est pas le cas : celui qui dit \u00ab Coco est un perroquet \u00bb est un ami des b\u00eates alors que celui qui dit \u00ab Coco est un psittacid\u00e9 \u00bb est un p\u00e9dant.<\/p>\n<p>Disons les choses autrement : quelqu\u2019un qui dirait par exemple, \u00ab la phrase \u201cCoco est un perroquet\u201d est la concat\u00e9nation de quatre mots \u00bb, fait de la linguistique, de m\u00eame, pour prendre un exemple moins simpliste, celui qui construirait une <em>grammaire transformationnelle <\/em>permettant de g\u00e9n\u00e9rer cette phrase. Quelqu\u2019un qui dirait que la m\u00eame phrase \u00ab d\u00e9note l\u2019appartenance du singulier \u201cCoco\u201d dans la classe \u201cperroquet\u201d \u00bb ferait de la logique. Mais quelqu\u2019un qui dit qu\u2019il existe entre \u00ab Coco \u00bb et \u00ab perroquet \u00bb la relation \u00ab est un \u00bb, celui-l\u00e0 fait de la physique, au sens strict o\u00f9 <em>physis <\/em>veut dire \u00ab nature \u00bb. Il fait de la physique, parce qu\u2019au contraire du linguiste et du logicien, il ne peut dire cela dans la perspective instrumentaliste qui est la sienne, qu\u2019en observant le monde tel qu\u2019il est et en d\u00e9couvrant que Coco est bien un perroquet, et qu\u2019en cons\u00e9quence, \u00ab est un \u00bb est effectivement la relation qui associe Coco \u00e0 perroquet.<\/p>\n<p>La preuve que celui-l\u00e0 fait de la physique et non de la linguistique est qu\u2019il sera bien ennuy\u00e9 si on lui dit que \u00ab Coco est une chrysoprase \u00bb. L\u2019observation du monde lui r\u00e9v\u00e9lant que Coco n\u2019est pas une chrysoprase, il sera tent\u00e9 de dire que la phrase n\u2019est <em>pas bien form\u00e9e <\/em>ou est <em>non grammaticale, <\/em>et il trouvera comme pr\u00e9texte par exemple que \u00ab chrysoprase \u00bb renvoie \u00e0 une cat\u00e9gorie de choses inanim\u00e9es, alors que Coco est un \u00eatre vivant. Mais cela, ce n\u2019est pas de la <em>linguistique, <\/em>ou si l\u2019on veut, de la grammaire, c\u2019est de la <em>physique <\/em>ou si l\u2019on veut, de la biologie pour Coco et de la p\u00e9trographie pour la chrysoprase. C\u2019est \u00e0 cette difficult\u00e9 que Chomsky s\u2019est heurt\u00e9 lorsqu\u2019il pr\u00e9tendit que la phrase \u00ab <em>Colourless green ideas sleep furiously <\/em>\u00bb n\u2019\u00e9tait <em>pas bien form\u00e9e, <\/em>n\u2019\u00e9tait pas grammaticalement valide. Qu\u2019une chose quelconque ne puisse pas \u00eatre \u00e0 la fois verte et incolore, voil\u00e0 qui rel\u00e8ve de la linguistique, plus particuli\u00e8rement de la s\u00e9mantique : il existe des \u00ab paradigmes \u00bb (en anglais, <em>contrast sets<\/em>) qui sont des collections de mots constituant des alternatives strictes, l\u2019un excluant automatiquement par sa pr\u00e9sence l\u2019ensemble des autres ; une chose sera, <em>ou <\/em>un v\u00e9lo <em>ou <\/em>une voiture, <em>ou <\/em>un lac <em>ou <\/em>un oc\u00e9an, et non les deux \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019une id\u00e9e ne puisse dormir furieusement ou paisiblement, il faut aller voir dans le monde pour le savoir, et l\u2019on pourra scruter la phrase qui l\u2019affirme ind\u00e9finiment, sans pouvoir faire avancer les choses.<\/p>\n<p><strong>Encha\u00eenements associatifs et logique<\/strong><\/p>\n<p>La relation de synonymie s\u2019exprime dans la langue par la <em>copule <\/em>\u00ab \u00eatre \u00bb : \u00ab un voleur est un bandit \u00bb, \u00ab l\u2019\u00e9toile du soir est l\u2019\u00e9toile du matin \u00bb. D\u2019autres types d\u2019encha\u00eenements associatifs peuvent \u00e9galement s\u2019exprimer par la copule, la traduction par exemple : \u00ab \u201ca stamp\u201d est un timbre \u00bb, et \u00e9galement <em>l\u2019inclusion <\/em>et les deux types <em>d\u2019attribution. <\/em>Comme on l\u2019aura not\u00e9, les distinctions \u00e9tablies par Aristote ont \u00e9t\u00e9 purement et simplement conserv\u00e9es, aux d\u00e9pens de cat\u00e9gorisations plus modernes fond\u00e9es sur des propri\u00e9t\u00e9s logiques. La raison de ce choix est simple : les distinctions aristot\u00e9liciennes \u00ab collent \u00bb v\u00e9ritablement \u00e0 la langue, elles refl\u00e8tent l\u2019encha\u00eenement effectif des mots dans le discours. L\u2019id\u00e9e que des distinctions d\u2019ordre logique seraient mieux fond\u00e9es accompagne une repr\u00e9sentation \u00ab substantialis\u00e9e \u00bb de la logique : elle n\u2019est envisageable que si l\u2019on imagine que la logique renvoie \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 plus <em>dure <\/em>que celle de la langue, or c\u2019est l\u2019inverse qui est le cas : la r\u00e9alit\u00e9 de la langue est bien mieux \u00e9tablie que celle de la logique. Il faudra revenir sur ce point plus loin (<em>cf. <\/em>chapitre 18), il faut cependant souligner ici que la logique formelle est l\u2019aboutissement d\u2019une formalisation qui couvre deux p\u00e9riodes.<\/p>\n<p>Au cours de la premi\u00e8re (d\u2019Aristote \u00e0 Boole), l\u2019observation de r\u00e9gularit\u00e9s dans le d\u00e9roulement du discours a conduit \u00e0 la formulation de r\u00e8gles, celles-ci \u00e9tant con\u00e7ues de telle fa\u00e7on que le d\u00e9roulement spontan\u00e9 du discours puisse \u00eatre simul\u00e9 de mani\u00e8re satisfaisante par une application syst\u00e9matique de ces r\u00e8gles. Au cours de la deuxi\u00e8me p\u00e9riode (dont on peut dater le d\u00e9but de la parution de <em>The Mathematical Analysis of Logic <\/em>[Boole 1847]), ce syst\u00e8me de r\u00e8gles fut \u00ab forc\u00e9 \u00bb sur un objet math\u00e9matique quasi isomorphe (une \u00ab alg\u00e8bre \u00bb),<\/p>\n<p>On comprend alors pourquoi il n\u2019est pas possible de cat\u00e9goriser les encha\u00eenements associatifs en termes logiques. La logique r\u00e9sulte de \u00ab raffinages \u00bb successifs op\u00e9r\u00e9s sur la langue dans son fonctionnement spontan\u00e9, chacun de ceux-ci \u00e9tant accompagn\u00e9 d\u2019une d\u00e9perdition : la premi\u00e8re d\u00e9perdition est ce que la traduction en r\u00e8gles manque \u00e0 capturer du m\u00e9canisme des encha\u00eenements spontan\u00e9s (*), la seconde r\u00e9sulte du for\u00e7age du syst\u00e8me de r\u00e8gles sur une alg\u00e8bre. Dans ces conditions, utiliser le produit fini qu\u2019est la logique comme l\u2019\u00e9talon qui permet d\u2019\u00e9valuer la langue \u2013 qui n\u2019est autre que le produit brut dont la logique elle-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 abstraite par des op\u00e9rations successives \u2013 constitue une monstruosit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique qu\u2019il convient de rejeter absolument.<\/p>\n<p><strong>L\u2019attribution<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p>La distinction entre \u00ab attribution essentielle \u00bb et \u00ab attribution accidentelle \u00bb est importante en repr\u00e9sentation des connaissances pour une raison bien connue : parce que les deux types se comportent diff\u00e9remment vis-\u00e0-vis de <em>l\u2019h\u00e9ritage des propri\u00e9t\u00e9s, <\/em>l\u2019attribution essentielle s\u2019h\u00e9rite en descendant la cha\u00eene des inclusions, l\u2019attribution accidentelle non ; l\u2019h\u00e9ritage multiple peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de conflits (Touretzky 1986: 7-11). \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019attribution accidentelle peut \u00e9ventuellement remonter la cha\u00eene des inclusions, \u00e0 condition qu\u2019il soit v\u00e9rifi\u00e9 qu\u2019elle vaut effectivement pour toutes les instanciations des classes rencontr\u00e9es lors de la \u00ab remont\u00e9e \u00bb, c\u2019est l\u00e0 un des aspects de la tr\u00e8s vaste question de <em>l\u2019induction <\/em>(Rolland, Holyoak, Nisbett &amp; Thagard 1986 : chapitre 8).<\/p>\n<p><strong>L\u2019encha\u00eenement associatif \u00ab autobiographique \u00bb<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p>Il faut mentionner que l\u2019attribution accidentelle, comme dans les exemples \u00ab p\u00e8re \u00bb\/\u00ab ivre \u00bb, ou \u00ab piano \u00bb\/\u00ab horrible \u00bb est g\u00e9n\u00e9ralement trait\u00e9e aujourd\u2019hui comme un probl\u00e8me relevant de ce qu\u2019on appelle la \u00abm\u00e9moire autobiographique\u00bb. Un ouvrage r\u00e9cent, \u00a0<em>Autobiographical Memory<\/em> (Cambridge 1986) traite tr\u00e8s compl\u00e9tement de la question, mais les auteurs r\u00e9unis par D. Rubin se fourvoient quand ils s\u2019efforcent de distinguer une <em>m\u00e9moire autobiographique <\/em>d\u2019une autre m\u00e9moire qui ne serait pas autobiographique. Parmi eux, Brewer, qui distingue, m\u00e9moire personnelle, faits autobiographiques, m\u00e9moire personnelle g\u00e9n\u00e9rique, m\u00e9moire s\u00e9mantique et m\u00e9moire perceptuelle g\u00e9n\u00e9rique (Brewer 1986). Peut-\u00eatre faudrait-il rappeler \u00e0 ces auteurs les vertus du \u00ab rasoir d\u2019Ockham \u00bb qui recommande de ne pas mobiliser plus de concepts qu\u2019il n\u2019est utile. On verra que la notion de <em>r\u00e9seau mn\u00e9sique <\/em>\u2013 qu\u2019il s\u2019agisse de celui d\u2019un \u00eatre humain ou d\u2019un syst\u00e8me intelligent \u2013 implique que toute m\u00e9moire est n\u00e9cessairement autobiographique : on ne peut imaginer de mod\u00e8le de r\u00e9seau mn\u00e9sique r\u00e9ellement dynamique sans que sa constitution soit automatiquement \u00e0 la fois historique et idiosyncrasique, du fait que le contenu des inscriptions successives et leur chronologie d\u00e9finissent de mani\u00e8re univoque la structure du r\u00e9seau. Ceci dit \u2013 et c\u2019est \u00e0 cela que renvoie maladroitement la notion de \u00ab m\u00e9moire autobiographique \u00bb \u2013 tout encha\u00eenement associatif n\u2019est pas n\u00e9cessairement <em>culturellement partag\u00e9 : <\/em>la patiente de Jung qui r\u00e9pond \u00ab ivre \u00bb quand on lui dit le mot \u00ab p\u00e8re \u00bb produit une association strictement \u00ab idiosyncrasique \u00bb, personnelle ; celui qui dit \u00ab bleu \u00bb quand on lui dit \u00ab ciel \u00bb produit au contraire une association culturellement partag\u00e9e. Ce qui constitue le culturel, c\u2019est \u00e0 la fois ce qui est <em>appartient <\/em>\u00e0 la langue comme son <em>lexique <\/em>et que les philosophes appellent \u2013 \u00e0 la suite de Kant \u2013 l\u2019ensemble des \u00ab v\u00e9rit\u00e9s analytiques \u00bb, c\u2019est aussi ce qui fait partie des ces <em>mod\u00e9lisations partag\u00e9es <\/em>que les philosophes appellent les \u00ab v\u00e9rit\u00e9s synth\u00e9tiques \u00bb (Kant 1889 [1783] : 14 ; Quine 1976 [1972] : 51-52 ; voir note 2 du chapitre 19), ce bagage culturel \u00e9tant typiquement ce qui s\u2019apprend \u00e0 l\u2019\u00e9cole. L\u2019inscription de l\u2019association \u00ab deux et deux \u00bb \u00e0 \u00ab quatre \u00bb dans un r\u00e9seau mn\u00e9sique est tout aussi \u00ab autobiographique \u00bb que celle qui conduit quelqu\u2019un \u00e0 associer \u00ab piano \u00bb \u00e0 \u00ab horrible \u00bb : le moment de l\u2019inscription \u00e9tant datable exactement de la m\u00eame mani\u00e8re. La diff\u00e9rence majeure entre les deux est ailleurs, elle r\u00e9side dans le fait que l\u2019horreur du piano ne pourra pas \u00eatre offerte automatiquement comme <em>savoir partag\u00e9 <\/em>dans un contexte de conversation, et elle aura donc un tout autre statut par rapport \u00e0 la <em>v\u00e9rit\u00e9 <\/em>d\u2019une conversation que \u00ab deux et deux font quatre \u00bb, que tout interlocuteur peut proposer comme \u00e9l\u00e9ment de savoir partag\u00e9 en toute s\u00e9curit\u00e9 (ces points sont repris au chapitre 20).<\/p>\n<p>(\u00e0 suivre&#8230; il y aura 3 parties au chapitre 9).<\/p>\n<p>===============================<br \/>\n(*) Ryle a consacr\u00e9 un commentaire amusant \u00e0 cette d\u00e9perdition particuli\u00e8re : \u00ab Le \u201cet\u201d, le \u201cne&#8230; pas&#8230; \u201d, le \u201ctout\u201d, le \u201cquelque\u201d, et les autres du logicien ne sont pas nos termes civils familiers ; ils sont des termes conscrits, en uniforme et soumis \u00e0 la discipline militaire, ils conservent sans doute le souvenir de leur vie civile ant\u00e9rieure plus libre, mais cette vie-l\u00e0, ils ne la vivent plus. Deux cas suffiront Si vous apprenez de source s\u00fbre qu\u2019elle prit de l\u2019arsenic et tomba malade, vous rejetterez la rumeur qu\u2019elle tomba malade et prit de l\u2019arsenic. L\u2019usage familier de \u201cet\u201d suppose la connotation temporelle qu\u2019exprime \u201cet ensuite\u201d et m\u00eame la connotation causale de \u201cet en cons\u00e9quence\u201d. Le \u201cet\u201d conscrit du logicien ne fait que son devoir un devoir pour lequel \u201celle prit de l\u2019arsenic et tomba malade\u201d est une paraphrase stricte de \u201celle tomba malade et prit de l\u2019arsenic\u201d. \u00bb (Ryle 1954 : 117-118.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/PSI-couverture.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/PSI-couverture.png\" alt=\"\" title=\"PSI couverture\" width=\"160\" height=\"245\" class=\"alignleft size-full wp-image-43558\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote>\n<p>Je poursuis la publication des chapitres de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Principes-syst%C3%A8mes-intelligents-Paul-Jorion\/dp\/2365120164\/ref=ntt_at_ep_dpt_2\" target=\"_blank\">Principes des syst\u00e8mes intelligents<\/a>. Je me moque ici gentiment de Noam Chomsky (ouh ! le garnement !) que je ne suis jamais parvenu \u00e0 prendre enti\u00e8rement au s\u00e9rieux, pas plus d&rsquo;ailleurs en tant que [&hellip;]<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13,2138],"tags":[941],"class_list":["post-43379","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-intelligence-artificielle","category-linguistique-2","tag-principes-des-systemes-intelligents"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=43379"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45558,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43379\/revisions\/45558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=43379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=43379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=43379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}