{"id":43784,"date":"2012-11-19T14:24:47","date_gmt":"2012-11-19T13:24:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=43784"},"modified":"2013-01-02T00:19:11","modified_gmt":"2013-01-01T23:19:11","slug":"le-monde-economie-le-choix-du-defaut-lundi-19-mardi-20-novembre-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/11\/19\/le-monde-economie-le-choix-du-defaut-lundi-19-mardi-20-novembre-2012\/","title":{"rendered":"<b>LE MONDE-\u00c9CONOMIE, Le choix du d\u00e9faut, lundi 19 \u2013 mardi 20 novembre 2012<\/b>"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2012\/11\/19\/le-choix-du-defaut_1792624_3234.html\">Le choix du d\u00e9faut.<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ais et Belges se sont mis d\u2019accord le 8 novembre pour recapitaliser Dexia de 5,5 milliards d\u2019euros, en sus des 6,5 procur\u00e9s en 2011. Pendant ce temps-l\u00e0 l\u2019Europe a pris la d\u00e9cision d\u2019abandonner d\u00e9finitivement en 2014 le Programme Europ\u00e9en d\u2019Aide aux Plus D\u00e9munis, dont le budget annuel est de 500 millions.<\/p>\n<p>Le rapprochement est bien entendu choquant. Creusons cependant. Le fait que la somme ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9gag\u00e9e <em>rapidement<\/em> pour Dexia, ne signifie pas pour autant qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e <em>ais\u00e9ment<\/em>. Cela ne signifie pas non plus qu\u2019il soit <em>beaucoup plus facile<\/em> de d\u00e9gager 5,5 milliards pour la finance que 500 millions pour les plus d\u00e9munis, c\u2019est que, dans le cas de ceux-ci, nos gouvernants estiment avoir encore le choix des sommes \u00e0 allouer, alors qu\u2019avec Dexia nous n\u2019avons pas le choix. Un rapide calcul pour le pays le plus expos\u00e9 des deux explique pourquoi. La Belgique vient d\u2019avancer 2,915 milliards d\u2019euros. En l\u2019absence d\u2019une telle d\u00e9cision, Dexia aurait fait faillite, les garanties de la France et de la Belgique auraient \u00e9t\u00e9 activ\u00e9es, dont co\u00fbt \u00e9ventuel pour cette derni\u00e8re\u00a0: 54 milliards d&rsquo;euros, soit un gonflement de sa dette publique de 15 %, entra\u00eenant une d\u00e9gradation de sa notation de cr\u00e9dit, laquelle impliquerait une hausse du coupon r\u00e9clam\u00e9 par le march\u00e9 des capitaux sur les emprunts qu\u2019elle \u00e9met.<\/p>\n<p>Absence de v\u00e9ritable choix donc. Si l\u2019on cesse de venir en aide \u00e0 Dexia, le risque syst\u00e9mique est imm\u00e9diatement lisible en surface\u00a0; si l\u2019on cesse d\u2019aider les plus d\u00e9munis, un risque syst\u00e9mique est l\u00e0 aussi pr\u00e9sent, mais moins automatique, plus difficile \u00e0 \u00e9valuer\u00a0: plus souterrain, plus obscur. Il n\u2019emp\u00eache\u00a0: c\u2019est bien la crainte d\u2019un risque syst\u00e9mique de cet ordre qui avait conduit Bismarck \u00e0 poser les premiers jalons de l\u2019\u00c9tat-providence\u00a0: assurance maladie-invalidit\u00e9 et syst\u00e8me de retraites.<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e9quation \u00ab\u00a05,5 milliards pour Dexia\u00a0= indispensable\u00a0; 500 millions aux plus d\u00e9munis \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne\u00a0= impensable\u00a0\u00bb semble aujourd\u2019hui aller de soi, il arrivera bient\u00f4t qu\u2019iront \u00e9galement de soi\u00a0: 5,5 milliards <em>indispensables<\/em> pour la banque Trucmuche\u00a0\u2026 ou pour la banque Duschnock ou pour la banque\u2026\u00a0; tandis que 500 millions sont <em>impensables<\/em> pour les classes de rattrapage \u2026 ou pour la m\u00e9decine pr\u00e9ventive\u2026 ou pour l\u2019aide aux handicap\u00e9s\u2026 la liste est longue\u00a0! On aura not\u00e9 que dans le climat actuel, je me suis abstenu de mentionner de v\u00e9ritables noms de banques, de peur de provoquer une panique bancaire.<\/p>\n<p>S\u2019agit-il l\u00e0 d\u2019hypoth\u00e8ses\u00a0? H\u00e9las non\u00a0: la Tro\u00efka (Union Europ\u00e9enne, Banque Centrale Europ\u00e9enne, Fonds Mon\u00e9taire International), impose aujourd\u2019hui \u00e0 la Gr\u00e8ce \u2013 pr\u00e9tendument en notre nom \u00e0 tous \u2013 de telles mesures dont on a pu constater dans les pays o\u00f9 elles furent mises en vigueur au cours des soixante derni\u00e8res ann\u00e9es, qu\u2019elles font baisser le niveau d\u2019\u00e9ducation ainsi que l\u2019esp\u00e9rance de vie.<\/p>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 la question essentielle que Dexia oblige \u00e0 poser\u00a0: jusqu\u2019o\u00f9 ira-t-on dans de telles d\u00e9cisions \u00ab\u00a0pragmatiques\u00a0\u00bb qui, si elles apparaissent de simple bon sens en termes de comptabilit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire, n\u2019en minent pas moins, peut-\u00eatre irr\u00e9m\u00e9diablement, nos choix de soci\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Il est cependant possible de faire pr\u00e9valoir les choix de soci\u00e9t\u00e9, sans m\u00eame sortir pour cela du cadre capitaliste \u2013 si tant est qu\u2019une telle condition doive \u00eatre remplie imp\u00e9rativement.<\/p>\n<p>Dans leur ouvrage <em>Cette fois, c\u2019est diff\u00e9rent<\/em> (\u00b0), Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont \u00e9tabli le catalogue de 750 ans de d\u00e9fauts sur la dette souveraine. Ils y notent que \u00ab\u00a0la p\u00e9riode de calme r\u00e9cente (2003 \u2013 2008), durant laquelle les gouvernements ont en g\u00e9n\u00e9ral honor\u00e9 leur dette, est tr\u00e8s loin de constituer la norme\u00a0\u00bb (p. xxxi).<\/p>\n<p>L\u2019opprobre qui couvre la nation qui se d\u00e9clare en d\u00e9faut sur sa dette constitue le seul obstacle \u00e0 ce rem\u00e8de pourtant tr\u00e8s habituel. Le cas de Dexia souligne toutefois qu\u2019il est temps d\u2019y penser s\u00e9rieusement, pas seulement pour la Gr\u00e8ce mais pour l\u2019ensemble des pays membres de la zone euro, aucun d\u2019entre eux ne se portant \u00e0 moyen terme significativement mieux que la nation hell\u00e8ne. Un d\u00e9faut simultan\u00e9 de l\u2019ensemble de ces pays, accompagn\u00e9 d\u2019une mutualisation instantan\u00e9e de leur dette, permettrait de remettre l\u2019Europe sur pied, tout en sauvant nos choix de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rem\u00e8de de cheval\u00a0\u00bb, dira-t-on. Sans doute, mais pr\u00e9f\u00e8re-t-on assister au d\u00e9faut l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre de chacun des pays de la zone, sc\u00e9nario vers lequel nous nous acheminons en ce moment\u00a0? La France ne cause-t-elle, dit-on aujourd\u2019hui, bien du souci \u00e0 l\u2019Allemagne\u00a0?<\/p>\n<p>Le moment de la purge pass\u00e9, un syst\u00e8me robuste, pr\u00e9venant l\u2019\u00e9ternel retour du d\u00e9faut sur la dette souveraine, devra \u00eatre mis en place. Si l\u2019on en croit l\u2019enqu\u00eate de Reinhart et Rogoff, le capitalisme \u2013 sous aucun des visages en tout cas qu\u2019il a pris au cours des 750 ann\u00e9es r\u00e9centes \u2013 ne constitue un candidat s\u00e9rieux. Le moment est venu, mais il faut aller vite, d\u2019offrir une seconde chance au projet d\u2019une \u00e9conomie mondiale pacifi\u00e9e d\u00e9fendu sans succ\u00e8s par Keynes en 1944 \u00e0 Bretton Woods.<\/p>\n<p>======================================<\/p>\n<p>(\u00b0) Carmen Reinhart &amp; Kenneth Rogoff, <em>Cette fois, c\u2019est diff\u00e9rent. Huit si\u00e8cles de folie financi\u00e8re<\/em>, Pearson, 2010<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2012\/11\/19\/le-choix-du-defaut_1792624_3234.html\">Le choix du d\u00e9faut.<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ais et Belges se sont mis d\u2019accord le 8 novembre pour recapitaliser Dexia de 5,5 milliards d\u2019euros, en sus des 6,5 procur\u00e9s en 2011. Pendant ce temps-l\u00e0 l\u2019Europe a pris la d\u00e9cision d\u2019abandonner d\u00e9finitivement en 2014 le Programme Europ\u00e9en d\u2019Aide aux Plus D\u00e9munis, dont le budget annuel est de 500 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,204],"tags":[1436,434,243],"class_list":["post-43784","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-europe","tag-defaut","tag-dexia","tag-zone-euro"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43784","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=43784"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43784\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45516,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43784\/revisions\/45516"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=43784"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=43784"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=43784"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}