{"id":44270,"date":"2012-11-30T17:30:15","date_gmt":"2012-11-30T16:30:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=44270"},"modified":"2013-01-02T00:18:11","modified_gmt":"2013-01-01T23:18:11","slug":"unidivers-fr-paul-jorion-mettre-fin-a-laristocratie-de-largent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/11\/30\/unidivers-fr-paul-jorion-mettre-fin-a-laristocratie-de-largent\/","title":{"rendered":"<b>UNIDIVERS.fr, Paul Jorion : Mettre fin \u00e0 l\u2019aristocratie de l\u2019argent !<\/b>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Mon entretien avec Nicolas Roberti <a href=\"http:\/\/www.unidivers.fr\/paul-jorion\/\" target=\"_blank\">sur Unidivers<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Paul Jorion est chercheur en sciences sociales. Il occupe depuis 2012 la chaire <em>Stewardship of Finance<\/em>\u00a0(la finance au service de la communaut\u00e9) \u00e0 la Vrije Universiteit de Bruxelles. Ses travaux ont gagn\u00e9 en popularit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 son ouvrage intitul\u00e9\u00a0<em>Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain<\/em>\u00a0qui pr\u00e9voyait la crise des subprimes de 2007 et le risque de r\u00e9cession mondiale inh\u00e9rent. Il est l\u2019invit\u00e9 des<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=44151\" target=\"_blank\"> Champs libres \u00e0 Rennes le samedi 1<sup>er<\/sup>\u00a0d\u00e9cembre \u00e0 15h30<\/a>. Entretien avec le cr\u00e9ateur d\u2019un blog de r\u00e9flexion dont le slogan est\u2026\u00a0\u00ab Big Brother mangera son chapeau ! \u00bb<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>Unidivers Mag<\/strong>\u00a0\u2013 \u00c9l\u00e8ve de l\u2019anthropologue Claude L\u00e9vi-Strauss et du math\u00e9maticien Georges-Th\u00e9odule Guilbaud, vous avez \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 appliquer des mod\u00e8les logico-math\u00e9matiques \u00e0 l\u2019anthropologie puis aux sciences cognitives et \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Il peut sembler d\u00e8s lors bon de commencer cet entretien en \u00e9voquant les travaux issus du groupe que vous avez fond\u00e9 en 1994,\u00a0<em>Th\u00e9orie et clinique des pathologies de la pens\u00e9e<\/em>. Apr\u00e8s vingt ans de recherche, quelle conception vous faites-vous de la conscience, de son intentionnalit\u00e9 et des possibilit\u00e9s de construire du sens r\u00e9fl\u00e9chi ou pr\u00e9-r\u00e9fl\u00e9chi par l\u2019individu dans son rapport \u00e0 lui-m\u00eame comme \u00e0 la communaut\u00e9\u00a0? Pour aller directement au c\u0153ur du propos, existe-t-il un libre-arbitre\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Je ne pense pas. \u00c0 mon sens, la conscience est un office d\u2019ent\u00e9rinement des actions et des pens\u00e9es que l\u2019individu se constate en train de produire. Il existe une dynamique d\u2019affects qui nous font r\u00e9agir aux situations au sein desquelles nous nous trouvons, situations qui sont constitu\u00e9es aussi bien des paroles que nous nous entendons prononcer que des interactions qui sont les n\u00f4tres avec le reste du monde.<\/p>\n<p><!--more-->Dans ce cadre, cette fen\u00eatre de la conscience a pour seule finalit\u00e9 la survie. Elle permet d\u2019enregistrer en m\u00e9moire les r\u00e9actions les plus adapt\u00e9es \u00e0 des situations potentiellement gratifiantes ou dangereuses. Cette aventure commence avec la naissance et se conclut par la mort. La s\u00e9quence nous appara\u00eet comme une saga dramatique, relativement passionnante, mais n\u2019est que le fruit d\u2019une reconstruction volontariste leurr\u00e9e dans son rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Nous ne sommes pas passifs au sens o\u00f9 nous \u00e9prouvons v\u00e9ritablement ces situations, mais notre degr\u00e9 de libert\u00e9, \u00e9tant ce que nous sommes, est nul\u00a0: il n\u2019y a aucune possibilit\u00e9 de jouer la pi\u00e8ce autrement.<\/p>\n<p><strong><\/strong><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Votre conception du r\u00e9el me semble faire \u00e9cho au perspectivisme de Nietzsche.<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Oui, dans la mesure o\u00f9 pour lui le sujet est \u00ab\u00a0agi\u00a0\u00bb bien davantage qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019agit\u00a0\u00bb. Il ne le dit pas le plus souvent sous une forme aussi explicite. Il a ce regard qu\u2019on appelle par tradition \u00ab\u00a0d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb mais qui ne l\u2019est pas v\u00e9ritablement, qui est simplement \u00ab\u00a0d\u00e9senchant\u00e9\u00a0\u00bb sur la r\u00e9alit\u00e9 humaine parce que Nietzsche appartient \u00e0 la famille des sceptiques.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Si ce n\u2019est que dans la vision de Nietzsche, une fois le constat arr\u00eat\u00e9, avec toute sa charge de d\u00e9senchantement, il s\u2019agit pour l\u2019homme de se fixer un but immanent qui se traduit par son propre d\u00e9passement. L\u2019\u00e9tat des lieux de la situation de la conscience que vous formulez autorise-t-il un basculement susceptible de reconstruire une histoire, individuelle ou communautaire, marqu\u00e9e du sceau du sens, de l\u2019esp\u00e9rance et de la r\u00e9alisation\u00a0? Ou bien, la conscience \u00e9tant intrins\u00e8quement leurre, tout regard projectif sur le monde ne peut \u00eatre que d\u00e9ceptif\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion \u2013\u00a0<\/strong>Non, parce que la pr\u00e9sence de l\u2019affect ouvre la voie \u00e0 une perspective esth\u00e9tique\u00a0: ce spectacle de la vie ne nous est offert qu\u2019une seule fois, notre souci int\u00e9rieur est qu\u2019il soit le plus beau possible. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019y trouver du sens, qui manque n\u00e9cessairement, nous pouvons y trouver de la beaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Votre conception de la conscience comme leurre postule que l\u2019intention est un artefact qui n\u2019appara\u00eet \u00e0 la conscience qu\u2019apr\u00e8s avoir pos\u00e9 l\u2019acte dont elle est cens\u00e9e \u00eatre \u00e0 l\u2019origine. Sans infirmer votre lecture, ne pourrait-on pas penser que la manifestation\u00a0<em>a posteriori<\/em>\u00a0traduit un ensemble de choix ou, tout au moins, de pr\u00e9choix, op\u00e9r\u00e9s en amont dans une dimension de la vie psychique qui pr\u00e9siderait aux pr\u00e9orientations de l\u2019individu dans son rapport au monde\u00a0? Ces pr\u00e9choix, origin\u00e9s dans un syst\u00e8me m\u00e9moriel mouvant, permettraient alors, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une intention autonome, des possibilit\u00e9s h\u00e9t\u00e9ronomiques qui se manifesteraient apr\u00e8s coup \u00e0 la conscience en un contenu de sens dot\u00e9 d\u2019une certitude latitude de variation.<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Je comprends votre point de vue, mais ne le partage pas. S\u2019il n\u2019y a pas de place pour un projet individuel, il y a cependant place pour un projet de l\u2019esp\u00e8ce, dans cette t\u00e2che g\u00e9n\u00e9rale de la production et de la perp\u00e9tuation de la vie. Il y a deux dimensions\u00a0: la survie individuelle et la reproduction de l\u2019esp\u00e8ce. La combinaison des deux g\u00e9n\u00e8re ce que les physiciens appellent \u00ab\u00a0un gradient\u00a0\u00bb\u00a0: une voie toute trac\u00e9e qui sera celle de notre comportement et que dessine la ligne de moindre r\u00e9sistance dans ce double syst\u00e8me de contraintes. Cette formulation prolonge du reste celle de Freud\u00a0: nous avons deux \u00ab\u00a0soucis\u00a0\u00bb, mais qui ne sont pas de l\u2019ordre de la \u00ab\u00a0cause efficiente\u00a0\u00bb, ce qui voudrait dire avec notre conscience dans un r\u00f4le directeur, mais au sens de la \u00ab\u00a0cause finale\u00a0\u00bb\u00a0: nous sommes entra\u00een\u00e9s dans un processus o\u00f9 nous sommes motiv\u00e9s \u00e0 survivre en tant qu\u2019individus et, de mani\u00e8re incidente mais li\u00e9e, \u00e0 assurer la continuit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce. Tout cela parce que la vie, le processus biologique, a \u00e9chou\u00e9 dans le cas de notre esp\u00e8ce \u00e0 r\u00e9aliser ce qui aurait pu \u00eatre l\u2019une de ses formes, celle\u00a0qui aurait rencontr\u00e9 les aspirations de l\u2019individu, \u00e0 savoir que l\u2019immortalit\u00e9 lui soit garantie.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Ceci, l\u2019individu le sait instinctivement, ce qui renforce sa participation \u00e0 la main secr\u00e8te de la nature qui pousse l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 se prolonger dans l\u2019histoire. Dans cette tension o\u00f9 aucun levier de transformation ne semble constituable, une \u00e9thique est-elle possible et laquelle\u00a0? Une conscientisation spinoziste, une m\u00e9ditation continue sur le non-agir\u00a0?\u2026<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Le donn\u00e9 de l\u2019humain est d\u2019appartenir \u00e0 une esp\u00e8ce sociale, il y a dans notre cas, existence d\u2019un\u00a0<em>zoon politikon<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0L\u2019homme est par nature un animal politique\u00a0\u00bb) qui a r\u00e9ussi, par le moyen de la technologie, \u00e0 prolonger la survie de l\u2019individu. Par l\u2019invention de la m\u00e9decine, et d\u2019autres techniques qui nous ont permis d\u2019am\u00e9liorer notre confort, nous avons trouv\u00e9 le moyen de prolonger la vie individuelle au-del\u00e0 de son donn\u00e9 naturel pur et simple. Cela est possible par la cr\u00e9ation de la culture qui n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019extension du processus biologique dans le cas d\u2019une esp\u00e8ce comme la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Dans ce cadre du <em>zoon politikon<\/em>\u00a0comme donn\u00e9, l\u2019\u00e9thique est le moyen, sans aucune transcendance, de nous constituer des environnements qui maximisent la dur\u00e9e possible de notre vie individuelle.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" id=\"il_fi\" title=\"Paul Jorion\" src=\"http:\/\/myboox.f6m.fr\/images\/livres\/reference\/0010\/07\/vers-la-crise-du-capitalisme-americain-paul-jorion-9782707150929.gif\" alt=\"Paul Jorion\" width=\"155\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Votre \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb prescrit donc, notamment au regard de la mort, une acceptation de la finitude humaine au profit d\u2019une am\u00e9lioration des environnements sociaux et vitaux\u2026<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Si ce n\u2019est que rien n\u2019exclut \u00e0 l\u2019avenir une perspective h\u00e9g\u00e9lienne du devenir\u00a0: le processus biologique que nous observons n\u2019est pas n\u00e9cessairement la forme de ses voies de transformation. Le physique a engendr\u00e9 le chimique qui a, \u00e0 son tour, engendr\u00e9 le biologique. Le processus biologique n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9ductible a priori du processus chimique, de la m\u00eame mani\u00e8re que le processus chimique n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9ductible a priori du processus physique. Nous ignorons s\u2019il n\u2019y aura pas une \u00e9tape ult\u00e9rieure, qui succ\u00e9dera au processus biologique. Des cultures, la n\u00f4tre en particulier, ont imagin\u00e9 des personnages d\u00e9miurgiques comme \u00e9tant la cause premi\u00e8re de notre pr\u00e9sence sur terre. Rien n\u2019atteste leur pr\u00e9sence mais rien n\u2019interdit non plus de penser que le biologique engendrera un jour \u00e0 son tour un processus qui se rapprocherait alors de ce que nous avions imagin\u00e9 comme le divin.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Sugg\u00e9rez-vous qu\u2019une fois \u00e9cart\u00e9e l\u2019acception de Dieu comme cause efficiente, Dieu pourrait se r\u00e9v\u00e9ler une forme de projection, comme une \u00ab\u00a0post-construction\u00a0\u00bb qui constituerait un nouveau stade de l\u2019humanit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 C\u2019est cela. De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 n\u2019existaient encore sur le globe terrestre que des acides amin\u00e9s, il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 raisonnable de pr\u00e9dire l\u2019apparition d\u2019une esp\u00e8ce telle que l\u2019esp\u00e8ce humaine, capable de prolonger par sa culture les processus naturels bien au-del\u00e0 de ce que sugg\u00e8re la simple physique. De la m\u00eame mani\u00e8re, on ne peut pas exclure que ce processus biologique produise lui aussi ult\u00e9rieurement, par \u00e9mergence, comme on peut constater celle-ci \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, un autre type de ph\u00e9nom\u00e8nes. Et que ce que nous avons imagin\u00e9 \u00e0 tort comme s\u2019\u00e9tant produit avant nous\u00a0: un Dieu d\u00e9miurge, n\u2019apparaisse en fait ult\u00e9rieurement. Autrement dit, que Dieu se r\u00e9v\u00e8le non pas comme la cause premi\u00e8re qu\u2019on avait imagin\u00e9 pour se rassurer, mais comme cause finale.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Vous convergez alors avec les conceptions transhumaines\u2026<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Vous faites allusion \u00e0 la reformulation par Teilhard de Chardin de cette conception h\u00e9g\u00e9lienne\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Pourquoi pas, mais, au-del\u00e0, au mouvement futurologique.<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Cela ne m\u2019est pas familier. Pouvez-vous m\u2019\u00e9clairer ?<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 En quelques mots, le transhumanisme pr\u00f4ne l\u2019usage des techniques afin d\u2019am\u00e9liorer les caract\u00e9ristiques physiques et mentales des \u00eatres humains. M\u00eame s\u2019il comprend de nombreuses sensibilit\u00e9s, son principal objectif poursuit la production d\u2019une posthumanit\u00e9 o\u00f9 les \u00eatres humains seraient dot\u00e9s de pouvoirs nouveaux, voire acc\u00e9deraient \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Cela para\u00eet tr\u00e8s int\u00e9ressant, je ne manquerai pas de me renseigner.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Une fois le cadre anthropologique et t\u00e9l\u00e9ologique pos\u00e9, nous pouvons converger vers la d\u00e9clinaison du champ \u00e9conomique. Il y a chez vous une critique de la formulation m\u00eame de ce qu\u2019est la science \u00e9conomique. Dans\u00a0<em>Mis\u00e8re de la pens\u00e9e \u00e9conomique\u00a0<\/em>notamment, vous vous \u00e9levez contre l\u2019influence conformiste, notamment anglo-saxonne, dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une science \u00e9conomique, autrement dit d\u2019un ensemble de moyens d\u2019analyse, prospective ou non, de ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques. Comment vos travaux s\u2019emploient-ils \u00e0 subvertir ce conformisme institutionnalis\u00e9 et \u00e0 participer au renouvellement d\u2019une science \u00e9conomique plus adapt\u00e9e au r\u00e9el et \u00e0 l\u2019id\u00e9e que vous vous en faites\u00a0?<\/p>\n<p><strong><\/strong><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 A mon sens, une science \u00e9conomique a bel et bien exist\u00e9, il s\u2019agit de l\u2019\u00e9conomie politique. H\u00e9las, elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment torpill\u00e9e \u00e0 l\u2019instigation des milieux financiers qui n\u2019ont pu tol\u00e9rer son existence et ont encourag\u00e9 \u00e0 sa place la formulation d\u2019un autre type de discours. Cette r\u00e9action ne date pas de la\u00a0<em>Critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em>\u00a0par Marx, mais prend place d\u00e8s la formulation par David Ricardo d\u2019une th\u00e9orie de la valeur fond\u00e9e sur le travail uniquement, impliquant que toute redistribution de la valeur cr\u00e9\u00e9e qui n\u2019est pas justifi\u00e9e par un travail produit, suppose une spoliation. Cette proposition est de nature scientifique \u2013 quand bien m\u00eame sa forme m\u2019appara\u00eet insuffisante, car il convient de prendre en compte tous les \u00e9l\u00e9ments que Proudhon appelait \u00ab\u00a0d\u2019aubaine\u00a0\u00bb qui font qu\u2019 une catalyse mutuelle s\u2019observe entre l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il faut rassembler pour manufacturer une marchandise.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, il y avait l\u00e0 chez Ricardo, reprise ensuite par Marx, une hypoth\u00e8se scientifique dont il convenait de d\u00e9terminer la validit\u00e9. \u00c0 la place, a \u00e9t\u00e9 produit un discours con\u00e7u au simple usage des financiers dans leur dialogue avec les politiques. Ce discours a ainsi pour fonction de masquer la r\u00e9alit\u00e9 qui serait d\u00e9crite dans une argumentation de type scientifique.<\/p>\n<p>D\u00e9voy\u00e9 en discours dogmatique, il est fond\u00e9 sur des postulats impossibles \u00e0 tester qui oblit\u00e8rent les questions capitales, notamment la redistribution de la richesse cr\u00e9\u00e9e, les formes de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, les rapports de force existant au sein de l\u2019\u00e9conomie, etc. C\u2019est donc bien logiquement que ce discours de substitution n\u2019a pas su anticiper une crise de l\u2019ampleur de celle des\u00a0<em>subprimes<\/em>\u00a0qui a d\u00e9marr\u00e9 en 2007. Pire, une fois celle-ci \u00e9clat\u00e9e, les outils manquant pour la d\u00e9crire, aucune directive micro- ou macro-\u00e9conomique n\u2019a pu \u00eatre formul\u00e9e pour y rem\u00e9dier.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Je vous sens d\u2019une fibre plus anarchiste que marxiste. Vous sentez-vous plus proche des marxistes h\u00e9t\u00e9rodoxes ou des socialistes utopiques\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Des seconds assur\u00e9ment, notamment Sismondi, Proudhon, Owen en Grande-Bretagne, Thoreau aux \u00c9tats-Unis. S\u2019il fallait absolument choisir entre ces deux termes, ma fibre serait davantage socialiste ou anarchiste dans la mesure o\u00f9 ma r\u00e9flexion est non-dogmatique alors que le marxisme a sombr\u00e9 bien vite dans le dogmatisme, avec la personne de Marx lui-m\u00eame d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Le monde lib\u00e9ral a, selon vous, produit un discours marchand qui favorise les int\u00e9r\u00eats du capital au d\u00e9triment d\u2019une science \u00e0 vocation universelle de compr\u00e9hension objective de ph\u00e9nom\u00e8nes. Alors, que faire pour restaurer la possibilit\u00e9 d\u2019une science \u00e9conomique un tant soit peu objective et r\u00e9aliste\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Il faut reconstruire une \u00e9conomie politique\u00a0: il faut produire maintenant les instruments d\u2019analyse qui font encore d\u00e9faut. Le point de d\u00e9part consiste \u00e0 se resituer dans les ann\u00e9es 1870 o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie politique a \u00e9t\u00e9 jugul\u00e9e et poursuivre la r\u00e9flexion telle qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 produite jusque-l\u00e0 afin, car des fondations solides avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies. Produire de nouveaux outils, c\u2019est ce que j\u2019ai essay\u00e9 de faire, par exemple en proposant un mod\u00e8le du m\u00e9canisme de la formation des prix. La voie \u00e0 emprunter est celle d\u2019une anthropologie \u00e9conomique qui s\u2019attache \u00e0 concevoir une \u00e9conomie non coup\u00e9e ni du politique ni du social, mais sertie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019ensemble commun. C\u2019\u00e9tait le projet de Karl Polanyi, l\u2019un des fondateurs avec Marcel Mauss de l\u2019anthropologie \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Et, cette t\u00e2che n\u2019est pas n\u00e9cessairement complexe. La complication de la \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb \u00e9conomique dominante n\u2019est pas le reflet de la complexit\u00e9 intrins\u00e8que des questions \u00e9conomiques\u00a0: la complication des explications participe de la dimension id\u00e9ologique du discours \u00e9conomique au service d\u2019un obscurcissement volontaire de la r\u00e9alit\u00e9. Une v\u00e9ritable science \u00e9conomique doit par exemple \u00eatre bien davantage qualitative que quantitative.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le de mes efforts, un certain nombre de physiciens analysent depuis quelques ann\u00e9es les questions d\u2019\u00e9conomie en ext\u00e9riorit\u00e9 [non-align\u00e9s sur le discours ambiant] et op\u00e8rent des progr\u00e8s constants. Des laboratoires d\u2019intelligence artificielle r\u00e9alisent ainsi des simulations \u00e0 partir d\u2019hypoth\u00e8ses vari\u00e9es fond\u00e9es sur une lecture objective des fonctionnements \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Permettez-moi d\u2019\u00eatre un soup\u00e7on provocateur. La red\u00e9finition d\u2019un vocabulaire et d\u2019une grammaire simplifi\u00e9es susceptibles de d\u00e9signer une pratique du r\u00e9el qui engloberait l\u2019\u00e9conomie, le politique et le social ne risque-t-elle pas d\u2019endiguer le pluralisme de l\u2019interpr\u00e9tation, la diversit\u00e9 des points de vue, la multiplicit\u00e9 des voies r\u00e9elles ou prospectives qui pr\u00e9sident \u00e0 la cr\u00e9ation de la valeur (originale) dans le logiciel lib\u00e9ral\u00a0? Autrement dit, une description du r\u00e9el par cette \u00e9conomie politique que vous appeler de vos voeux ne risque-t-elle pas de devenir \u00e0 son tour doctrinale et attenter aux aspirations de libert\u00e9 cr\u00e9atrice qui est aussi un fondement du lib\u00e9ralisme\u00a0?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Mis\u00e8re de la pens\u00e9e \u00e9conomique, Paul Jorion\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Mis%C3%A8re-Couverture.png\" alt=\"Mis\u00e8re de la pens\u00e9e \u00e9conomique, Paul Jorion\" width=\"160\" height=\"245\" \/><\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 J\u2019entends votre question. Mais la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est que nous sommes dans une situation \u00e9conomique et financi\u00e8re qui est \u00e0 ce point d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e que c\u2019est la survie m\u00eame de l\u2019esp\u00e8ce qui est d\u00e9sormais en cause\u00a0: l\u2019\u00e9mergence que nous avons \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment d\u2019un apr\u00e8s-le-biologique est peut-\u00eatre d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 exclue, car nous nous sommes enferr\u00e9s dans des voies de garage quant \u00e0 la relation entre notre esp\u00e8ce et la plan\u00e8te qui l\u2019accueille, et nous persistons \u00e0 chercher des solutions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre devenu parfaitement inappropri\u00e9. Aussi il est un luxe qu\u2019on ne peut plus se permettre dans l\u2019urgence pr\u00e9sente : se poser trop de questions sur les implications possibles des approches v\u00e9ritablement neuves.<\/p>\n<p>Certes, il y a des dangers parce que nous savons qu\u2019en situation de crise fleurissent les tentations, notamment l\u2019embrigadement qu\u2019on observe dans le fascisme, qui travaillent \u00e0 orienter le destin humain vers celui d\u2019autres esp\u00e8ces animales sociales au comportement proprement \u00ab\u00a0machinique\u00a0\u00bb, comme la ruche ou la fourmili\u00e8re, o\u00f9 le sacrifice total de l\u2019individu est le prix \u00e0 payer. Orwell a d\u00e9crit cela dans <em>1984<\/em> ou Huxley dans le <em>Meilleur des mondes<\/em>, quand les imp\u00e9ratifs de la machine sociale \u00e9liminent toute possibilit\u00e9 pour l\u2019individu d\u2019exister encore en tant que tel. Nous avons eu la malchance d\u2019en voir un \u00e9chantillonnage au cours du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tant dit, les cons\u00e9quences ultimes du lib\u00e9ralisme promettent de conduire \u00e9galement \u00e0 cet \u00e9cueil quand bien m\u00eame son intention \u00e9tait tout autre. Le fait que Hayek ou Friedman en soient venus \u00e0 soutenir la dictature militaire de\u00a0Pinochet nous rappelle \u00e0 quel point l\u2019enfer peut \u00eatre pav\u00e9 de bonnes intentions\u2026 Ces deux parangons du lib\u00e9ralisme qui pr\u00e9tendaient nous prot\u00e9ger de tout \u00e9l\u00e9ment de totalitarisme qui pourrait \u00eatre implicite \u00e0 une rationalisation plus pouss\u00e9e de nos comportements, ont finalement vers\u00e9 dans ce qu\u2019ils d\u00e9non\u00e7aient.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, notre grand Foucault national a applaudi en 1978 \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de Khomeyni et de sa \u00ab\u00a0spiritualit\u00e9 politique\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Oui, mais Foucault \u00e9tait au final du m\u00eame bois qu\u2019Hayek et c\u2019est cela qui l\u2019a conduit \u00e0 se fourvoyer de la m\u00eame mani\u00e8re exactement. C\u2019est au nom du lib\u00e9ralisme qu\u2019il s\u2019est retrouv\u00e9 dans le m\u00eame type d\u2019impasse, \u00e0 cautionner ce type de r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Dans la revendication absolue de la libert\u00e9 individuelle pour tous qu\u2019on trouve \u00e0 l\u2019origine au XIXe chez Stirner et ses \u00e9pigones, on constate un ent\u00e9rinement de l\u2019ordre social donn\u00e9. C\u2019est la cons\u00e9quence logique de ce principe de libert\u00e9 absolue\u00a0: cautionnant les rapports de force existants, il confirme in fine la domination exerc\u00e9e par l\u2019aristocratie fond\u00e9e sur l\u2019argent.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Comment d\u00e8s lors distribuer \u00e9quitablement les richesses cr\u00e9\u00e9es ?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 Il y a deux voies possibles. Soit un syst\u00e8me qui conjugue dans chaque individu les trois grandes fonctions de la division sociale du travail, \u00e0 l\u2019image de celui imagin\u00e9 par la participation gaullienne, o\u00f9 chacun se retrouve \u00e0 la fois capitaliste, patron et salari\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire le principe \u00e0 la base de la coop\u00e9rative, pr\u00f4n\u00e9 par socialistes et anarchistes. Le probl\u00e8me de l\u2019antagonisme entre ces fonctions cesse alors de se poser pour avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0dilu\u00e9\u00a0\u00bb. Soit un processus de type marxiste, passant par une prise de conscience des cons\u00e9quences in\u00e9vitables de la division sociale du travail, et d\u00e9bouchant sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019abolir l\u2019impact politique des classes qui d\u00e9coulent de cette division. Autrement dit, il convient de briser la machine \u00e0 concentrer la richesse que nous avons tol\u00e9r\u00e9e dans chacune des formes de nos soci\u00e9t\u00e9s \u2013 que son moteur soit la rente dans le cas des soci\u00e9t\u00e9s fond\u00e9es sur la propri\u00e9t\u00e9 terrienne ou sur l\u2019int\u00e9r\u00eat pour celles fond\u00e9es sur l\u2019argent. Sans cela, il n\u2019est pas de sortie possible de ces syst\u00e8mes \u00e9conomiques qui se grippent p\u00e9riodiquement.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Si Marx a vaticin\u00e9 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration fatale des crises du capitalisme, une essentielle plasticit\u00e9 du capitalisme conjugu\u00e9e au lib\u00e9ralisme politique retarde depuis des ann\u00e9es cette sombre perspective\u2026<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 C\u2019est vrai, mais cela est d\u00fb au fait que Marx a voulu abstraire (par distraction ou n\u00e9gligence\u00a0?) du cadre historique de la lutte des classes, ces param\u00e8tres capitaux que sont la formation des prix et la d\u00e9termination du niveau des salaires. Il s\u2019est ainsi priv\u00e9 du moyen de pr\u00e9voir quels seraient les facteurs qui d\u00e9termineraient v\u00e9ritablement la fin du syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n<p><strong>Nicolas Roberti<\/strong>\u00a0\u2013 Certains pr\u00e9conisent la prohibition de l\u2019h\u00e9ritage. Qu\u2019en pensez-vous\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Paul Jorion<\/strong>\u00a0\u2013 C\u2019est effectivement l\u2019un des moyens. Tout ce qui ossifie les configurations d\u2019avantages acquis favorise bien entendu la concentration du patrimoine. L\u2019interdiction de l\u2019h\u00e9ritage est en effet l\u2019un des premiers moyens pr\u00f4n\u00e9s par les socialistes utopiques pour pr\u00e9venir celle-ci. Reste qu\u2019il est impossible d\u2019y avoir recours hors d\u2019une r\u00e9flexion g\u00e9n\u00e9rale sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Mon entretien avec Nicolas Roberti <a href=\"http:\/\/www.unidivers.fr\/paul-jorion\/\" target=\"_blank\">sur Unidivers<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Paul Jorion est chercheur en sciences sociales. Il occupe depuis 2012 la chaire <em>Stewardship of Finance<\/em>\u00a0(la finance au service de la communaut\u00e9) \u00e0 la Vrije Universiteit de Bruxelles. Ses travaux ont gagn\u00e9 en popularit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 son ouvrage intitul\u00e9\u00a0<em>Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain<\/em>\u00a0qui pr\u00e9voyait la [&hellip;]<\/strong><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,6],"tags":[],"class_list":["post-44270","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-questions-essentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44270","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44270"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44270\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45472,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44270\/revisions\/45472"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44270"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44270"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44270"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}