{"id":44345,"date":"2012-12-02T01:54:09","date_gmt":"2012-12-02T00:54:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=44345"},"modified":"2013-01-02T00:18:09","modified_gmt":"2013-01-01T23:18:09","slug":"une-crise-peut-en-cacher-une-autre-par-michel-leis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/12\/02\/une-crise-peut-en-cacher-une-autre-par-michel-leis\/","title":{"rendered":"<b>UNE CRISE PEUT EN CACHER UNE AUTRE<\/b>, par Michel Leis"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Les chiffres communiqu\u00e9s dans l\u2019excellent <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=44121\">billet de FOD<\/a> illustrent bien la contradiction entre le discours port\u00e9 par les instances patronales et la r\u00e9alit\u00e9 des chiffres. Mais comme toujours, au-del\u00e0 des statistiques, il y a plusieurs r\u00e9alit\u00e9s superpos\u00e9es et le renvoi \u00e0 l\u2019article d\u2019Arnaud Parienty ne peut tenir lieu de seule explication, d\u2019o\u00f9 les quelques r\u00e9flexions qui suivent.<\/p>\n<p>R\u00e9duit \u00e0 la seule dimension de la comp\u00e9titivit\u00e9, le d\u00e9bat actuel est un malentendu de plus entre le monde \u00e9conomique et le monde politique sur les objectifs de ces \u00ab\u00a0indispensables\u00a0\u00bb r\u00e9formes. Le monde \u00e9conomique pense avant tout au retour d\u2019une rentabilit\u00e9 mise \u00e0 mal, alors que les attentes de profits ne se sont pas ajust\u00e9es \u00e0 la baisse<a title=\"\" href=\"#_edn1\">[i]<\/a> lors de la derni\u00e8re crise. Pour le monde politique, les objectifs affich\u00e9s ne refl\u00e8tent que tr\u00e8s partiellement les attentes r\u00e9elles. Le discours sur l\u2019emploi et la croissance retrouv\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 ne peut que laisser sceptique, surtout quand l\u2019on cite en exemple la \u00ab\u00a0vertueuse\u00a0\u00bb Allemagne<a title=\"\" href=\"#_edn2\">[ii]<\/a>. Cela fait bien longtemps que la croissance peine \u00e0 cr\u00e9er des emplois. Imaginer le retour au niveau de ch\u00f4mage qui pr\u00e9valait il y a quarante ans semble\u00a0hors de port\u00e9e des pays d\u00e9velopp\u00e9s. L\u2019accumulation de cadeaux fiscaux qui ont pris le relais des baisses substantielles de l\u2019imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s<a title=\"\" href=\"#_edn3\">[iii]<\/a> ne permet pas non plus d\u2019envisager un comblement des d\u00e9ficits par le retour de la croissance. La vraie pr\u00e9occupation du monde politique, ce sont les d\u00e9ficits commerciaux et les besoins de financement ext\u00e9rieur qui lui sont associ\u00e9s dans le contexte d\u2019une dette publique et priv\u00e9e de plus en plus difficile \u00e0 financer.<\/p>\n<p>Dans ce jeu de dupe, la position des uns et des autres est loin d\u2019\u00eatre \u00e9quilibr\u00e9e. Le ratio entre les dividendes distribu\u00e9s et les rentr\u00e9es fiscales pr\u00e9sent\u00e9 dans le billet de FOD illustre parfaitement le rapport de force entre le monde politique et le monde \u00e9conomique que j\u2019\u00e9voquais dans un <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=42278\">pr\u00e9c\u00e9dent billet<\/a>. Toutefois, restreindre les tensions \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u00e0 cette seule dimension est bien insuffisant. Dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, les rapports de force ont toujours caract\u00e9ris\u00e9 les relations entre les acteurs. Ce qui est nouveau, ce sont les changements op\u00e9r\u00e9s \u00e0 la fin des 30 Glorieuses qui ont accentu\u00e9 les tensions, jusqu\u2019\u00e0 les rendre potentiellement destructrices pour les \u00e9conomies nationales. En ce sens, analyser les acteurs de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 comme une seule entit\u00e9 donne une image fauss\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 plus complexe.<\/p>\n<p><!--more-->Je voudrais rappeler<a title=\"\" href=\"#_edn4\">[iv]<\/a> encore une fois la nature de ces changements. \u00c0 partir du milieu des ann\u00e9es 60, pour d\u00e9passer l\u2019\u00e9puisement de la consommation de masse, le monde \u00e9conomique a d\u00e9velopp\u00e9 une strat\u00e9gie reposant sur la cr\u00e9ation de valeur en essayant d\u2019apporter une plus-value d\u2019image aux objets. Recherche et d\u00e9veloppement, incorporation des nouvelles technologies, cycle de vie volontairement raccourci, la commercialisation sous une forme \u00e9largie a pris une part croissante dans la cha\u00eene de valeur.<\/p>\n<p>Les gains de productivit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans l\u2019industrie ont servi de socle \u00e0 la flexibilisation des lignes de production. L\u2019objectif \u00e9tait de fabriquer des s\u00e9ries plus courtes (\u00e0 sp\u00e9cification identique) de produits vendus plus chers, sans d\u00e9grader le prix de revient unitaire. Progressivement, nous avons quitt\u00e9 la logique Fordiste mais les grandes unit\u00e9s de production ne disparaissent pas totalement du paysage. L\u2019automation croissante des processus de production a longtemps occup\u00e9 le devant de la sc\u00e8ne, occultant une nouvelle approche de la division du travail. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, une partie des t\u00e2ches simples qui r\u00e9sistent parfois \u00e0 l\u2019automation sont confi\u00e9es \u00e0 des sous-traitants dont la principale qualit\u00e9 est de produire une pi\u00e8ce banale \u00e0 bon march\u00e9. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019ultra-sp\u00e9cialisation sur un cr\u00e9neau technique permet \u00e0 certains sous-traitants de justifier des prix \u00e9lev\u00e9s (les fabricants de processeurs par exemple). Les modules et composants sont livr\u00e9s juste \u00e0 temps, pr\u00eats \u00e0 \u00eatre assembl\u00e9s dans le produit fini. L\u2019organisation de la ligne de production et de la logistique est tr\u00e8s complexe, car deux produits qui se suivent sur la ligne ne sont pas forc\u00e9ment identiques, ce qui implique des temps de montage parfois l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents. Le <em>takt<a title=\"\" href=\"#_edn5\">[v]<\/a> time<\/em> qui r\u00e9git l\u2019organisation de la production doit prendre en compte cette sp\u00e9cificit\u00e9. Le facteur cl\u00e9 de succ\u00e8s est celui de la planification de la production et de la cha\u00eene logistique qui lui est associ\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, il est difficile d\u2019appr\u00e9hender la part r\u00e9elle du co\u00fbt du travail dans le produit. Les fonctions de recherche et commerciale sont par essence partag\u00e9es, \u00e9tablir une cl\u00e9 de r\u00e9partition par produit est un exercice p\u00e9rilleux. La main-d\u2019\u0153uvre qui proc\u00e8de \u00e0 l\u2019assemblage final ne refl\u00e8te que partiellement la quantit\u00e9 de travail n\u00e9cessaire \u00e0 la production. Une part croissante de celui-ci est r\u00e9alis\u00e9e par la sous-traitance. L\u2019achat se substitue au co\u00fbt de la main-d\u2019\u0153uvre. Pour pr\u00e9ciser cette id\u00e9e, dans les grandes usines automobiles, la part de la main d\u2019\u0153uvre dans le co\u00fbt de production est de l\u2019ordre de 10%, mais ce chiffre est loin de refl\u00e9ter la masse de travail r\u00e9ellement incorpor\u00e9e dans le produit fini. L\u2019une des fonctions dominantes de l\u2019industrie aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019achat. La fixation des prix y rel\u00e8ve avant tout d\u2019un rapport de force, expression ultime du statut \u00e9voqu\u00e9 par Paul Jorion<a title=\"\" href=\"#_edn6\">[vi]<\/a> dans son essai sur le prix.<\/p>\n<p>Dans son rapport sur la comp\u00e9titivit\u00e9, c\u2019est quand il \u00e9voque une n\u00e9cessaire solidarit\u00e9 de fili\u00e8re que Mr. Gallois est le plus pertinent. L\u2019existence ou non de cette solidarit\u00e9 conditionne en partie la fixation des prix entre les acteurs. Cette solidarit\u00e9 ne s\u2019exprime pas de la m\u00eame mani\u00e8re suivant le positionnement du produit. Dans les segments du haut de gamme, les attentes de qualit\u00e9 sont \u00e9lev\u00e9es, ce qui donne un statut diff\u00e9rent au sous-traitant et l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de la demande par rapport au prix est faible, ce qui permettait (j\u2019y reviendrai) d\u2019att\u00e9nuer les tensions. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, quand l\u2019acteur dominant dans la cha\u00eene de valeur se situe du c\u00f4t\u00e9 de la distribution et que le produit est plus banalis\u00e9, l\u2019achat a toujours eu une part pr\u00e9pond\u00e9rante et les tensions y sont plus accentu\u00e9es. La sp\u00e9cialisation relative des grands industriels fran\u00e7ais dans le \u00ab\u00a0mainstream\u00a0\u00bb du march\u00e9 et le poids important de la grande distribution dans l\u2019\u00e9conomie fran\u00e7aise explique en partie la polarisation de l\u2019industrie fran\u00e7aise entre quelques entreprises extr\u00eamement rentables et un tissu de petites entreprises qui sont dans le domaine de la survie. Il semble pourtant que les r\u00e9flexes de solidarit\u00e9 patronale prennent le dessus sur une analyse objective des faiblesses de leur statut dans la cha\u00eene de valeur. Au-del\u00e0 de cette sp\u00e9cificit\u00e9 qui n\u2019est pas uniquement franco-fran\u00e7aise, cette \u00e9volution de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle porte en son sein un certain nombre de contradictions mises \u00e0 nu par la crise. Ce sont ces contradictions qui expliquent la d\u00e9bandade soudaine de quelques grands groupes industriels.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, l\u2019organisation actuelle de la production est extr\u00eamement sensible au retournement de conjoncture. Le processus de fabrication reste pour l\u2019essentiel un cycle long, entre les fournitures de mati\u00e8re premi\u00e8re, la commande et l\u2019achat aux sous-traitants. Pour rester dans des d\u00e9lais de livraison raisonnables, les industriels sont oblig\u00e9s d\u2019anticiper la demande et de planifier leurs productions futures, le tout en \u00e9vitant le plus possible la constitution de stock puisque la logique d\u2019ensemble est fond\u00e9e sur un renouvellement constant des gammes. Le diff\u00e9rentiel entre les pr\u00e9visions de production et la demande cr\u00e9e lors du retournement de conjoncture un stock dont l\u2019obsolescence est rapide, sans compter des capacit\u00e9s de stockage souvent limit\u00e9es. L\u2019effet d\u2019inertie joue \u00e0 plein et une variation somme toute assez faible de la demande entra\u00eene un arr\u00eat de la production quand on arrive au bout du cycle des approvisionnements. Cela donne lieu \u00e0 ces op\u00e9rations de d\u00e9stockage commerciales qui pourraient faire croire \u00e0 un ajustement de la demande par les prix, alors que l\u2019objectif principal est d\u2019abord l\u2019\u00e9limination du stock d\u00e9j\u00e0 produit.<\/p>\n<p>On peut ajouter \u00e0 ce premier aspect purement conjoncturel la complexit\u00e9 du processus de production. Il est extr\u00eamement difficile de ralentir les cadences d\u2019une ligne de montage. Outre les implications sur la cha\u00eene logistique, les variations du <em>takt<\/em> time se r\u00e9percutent ipso facto sur la productivit\u00e9 et compromettent la rentabilit\u00e9 d\u2019une s\u00e9rie. Si l\u2019utilisation des capacit\u00e9s d\u00e9termine l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la norme de profit, au-del\u00e0 d\u2019une certaine variation de l\u2019output, il devient n\u00e9cessaire de r\u00e9organiser les lignes ou d\u2019ajuster les capacit\u00e9s de production \u00e0 la baisse, autrement dit de cr\u00e9er du ch\u00f4mage.<\/p>\n<p>La r\u00e9sistance relative de l\u2019Allemagne et le positionnement sp\u00e9cifique de nombre de ses entreprises dans les segments premium renvoient \u00e0 cette autre tarte \u00e0 la cr\u00e8me du d\u00e9bat : la n\u00e9cessaire mont\u00e9e en gamme et l\u2019innovation technologique constante. R\u00e9p\u00e9tons-le, la sp\u00e9cialisation dans le haut de gamme ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. C\u2019est une strat\u00e9gie de longue haleine alors que le potentiel de clients est par nature limit\u00e9. De plus l\u2019innovation continue induit une obsolescence encore plus rapide et renforce cette logique de s\u00e9rie courte dont je viens de d\u00e9crire les effets pervers. Mais cette question en renvoie une autre, celle de l\u2019ad\u00e9quation entre l\u2019offre et la demande.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 de l\u2019industrie \u00e0 cr\u00e9er son propre march\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des donn\u00e9es essentielles des p\u00e9riodes de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique. Dans l\u2019entre-deux guerres appara\u00eet le \u00ab\u00a0welfare\u00a0\u00bb capitalisme. L\u2019industrie cr\u00e9e sa propre demande en payant mieux ses ouvriers. Lors des 30 Glorieuses, la raret\u00e9 relative de la main-d\u2019\u0153uvre conjugu\u00e9e \u00e0 des syndicats puissants a contribu\u00e9 \u00e0 la hausse continue du pouvoir d\u2019achat. La nouvelle norme de production a aussi nourri sa propre demande. La complexit\u00e9 accrue des processus de production, la part croissante du marketing et de la R&amp;D, cr\u00e9e d\u2019\u00e9normes besoins en personnes qualifi\u00e9es. Dans leur besoin de reconnaissance, celles-ci ont consomm\u00e9 massivement ces produits cens\u00e9s leur apporter une plus-value d\u2019image. C\u2019est cette capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un march\u00e9 qui est mis \u00e0 mal en Occident, alors que la Chine est en train de conna\u00eetre le ph\u00e9nom\u00e8ne inverse, devenant le nouveau mirage des industriels.<\/p>\n<p>Le premier aspect de l\u2019\u00e9puisement de la demande est la d\u00e9solvabilisation rampante des individus d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e dans un de <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38818\">mes pr\u00e9c\u00e9dents billets<\/a>. Elle aboutit \u00e0 cette r\u00e9vision continue de la norme de consommation, elle-m\u00eame facteur de variation plus importante de la demande dans certains secteurs, avec tous les effets pervers que j\u2019\u00e9voquais au d\u00e9but de ce billet.<\/p>\n<p>Ensuite, l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la norme de profit<a title=\"\" href=\"#_edn7\">[vii]<\/a> d\u00e9tourne une partie des gains de productivit\u00e9 vers la distribution de dividendes. Elle oblige les entreprises \u00e0 recourir au cr\u00e9dit pour financer les investissements n\u00e9cessaires au maintien de la norme de consommation. Elle donne un caract\u00e8re extr\u00eamement violent aux rapports de force qui pr\u00e9valent au sein d\u2019une fili\u00e8re, en particulier quand la pression sur les prix et les profits se fait trop forte. La banalisation des savoir-faire techniques et le meilleur contr\u00f4le \u00e0 distance des processus de production complexe gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019informatisation permettent d\u2019exporter une part croissante de la sous-traitance. Pour le dire abruptement, l\u2019occident a perdu son monopole des savoir-faire techniques, pour le plus grand b\u00e9n\u00e9fice des pays \u00e9mergents. \u00c0 la d\u00e9localisation des fabrications les plus simples s\u2019ajoute aujourd\u2019hui la sous-traitance des pi\u00e8ces et des modules les plus complexes. La \u00ab\u00a0vertueuse\u00a0\u00bb Allemagne, si elle est rentr\u00e9e tardivement dans cette logique n\u2019est pas la derni\u00e8re \u00e0 y participer. Les pays de l\u2019Est sont devenus son arri\u00e8re-cour industrielle o\u00f9 se produisent les modules les plus complexes. Je rappelle que l\u2019emploi dans l\u2019industrie manufacturi\u00e8re allemande a baiss\u00e9 de 500\u00a0000 personnes entre 2002 et 2009 alors que sa balance commerciale est chroniquement d\u00e9ficitaire vis-\u00e0-vis de la plupart des pays de l\u2019ancien bloc de l\u2019Est. Tout cela n\u2019emp\u00eache pas une ma\u00eetrise de la qualit\u00e9 bien en ligne avec le positionnement de l\u2019industrie allemande. La solidarit\u00e9 de fili\u00e8re ch\u00e8re au rapport Gallois ne se joue pas forc\u00e9ment au sein des \u00c9tats Nations.<\/p>\n<p>La disparition du travail en Occident qu\u2019\u00e9voquait Paul Jorion dans l\u2019un de ces <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=42344\">interviews<\/a> continue \u00e0 \u00eatre une tendance de fond. Au bout de cette logique se profile un mod\u00e8le o\u00f9 seuls le commerce et le marketing restent localis\u00e9s en Occident tandis que la production dispara\u00eet du paysage industriel, sans que les profits g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ne b\u00e9n\u00e9ficient aux \u00c9tats.<\/p>\n<p>Si l\u2019une des d\u00e9finitions classiques de la comp\u00e9titivit\u00e9 est la capacit\u00e9 d\u2019une entreprise \u00e0 vendre de mani\u00e8re durable un produit sur un march\u00e9 concurrenc\u00e9, la baisse de comp\u00e9titivit\u00e9 peut signifier tout autant une d\u00e9gradation de la position concurrentielle que l\u2019\u00e9puisement des march\u00e9s auxquelles s\u2019adressent les entreprises. C\u2019est bien ce dont il est question aujourd\u2019hui. On voudrait nous faire croire que la baisse du co\u00fbt du travail est une alternative aux ajustements de capacit\u00e9s. Au contraire, elle ne peut que contribuer \u00e0 cette baisse de la demande globale avec ces effets induits, entre autres de nouvelles r\u00e9organisations dans l\u2019outil de travail et d\u2019autres ajustements de capacit\u00e9s. Les entreprises dominantes vont vouloir restaurer leurs marges et vont accentuer les tensions dans la cha\u00eene de valeur sous pr\u00e9texte d\u2019un co\u00fbt du travail en baisse. Il n\u2019est pas s\u00fbr que ces tensions accrues ne donnent pas lieu \u00e0 une nouvelle vague de d\u00e9localisation.<\/p>\n<p>Si d\u2019un coup de baguette magique, on effa\u00e7ait les dettes souveraines et l\u2019on recapitalisait les banques, aucune des tendances \u00e9voqu\u00e9es dans cette longue digression ne dispara\u00eetrait. L\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle est malade, bien au-del\u00e0 des dommages collat\u00e9raux de la crise actuelle. La norme de profit continue \u00e0 exercer une pression potentiellement destructrice sur les entreprises. La distribution de dividendes rend n\u00e9cessaire le recours au cr\u00e9dit pour financer les investissements n\u00e9cessaires requis pour maintenir l\u2019outil de production en phase avec la norme de consommation. Pour les individus, dans un contexte de partage de la valeur ajout\u00e9e qui leur est fonci\u00e8rement d\u00e9favorable, le recours au cr\u00e9dit reste la seule solution pour maintenir leur consommation d\u2019image. Le ch\u00f4mage continue \u00e0 s\u2019accro\u00eetre, accentuant les menaces sur les principaux budgets sociaux. Les d\u00e9ficits commerciaux se creusent dans la plupart des pays europ\u00e9ens. Face aux besoins de financement r\u00e9currents n\u00e9s de la conjonction de ces facteurs, il ne faudrait pas 10 ans pour que se recr\u00e9e une nouvelle bulle financi\u00e8re. Une crise peut en cacher une autre.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[i]<\/a> Comme le <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/BFod-5.png\">montre le graphique 6 du billet de FOD<\/a>, la distribution de dividendes a repris de plus belle apr\u00e8s la diminution qui a suivi la crise<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[ii]<\/a> Voir l\u2019un de mes pr\u00e9c\u00e9dents billets sur <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38550\">l\u2019illusion allemande<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[iii]<\/a> Dans le billet de FOD, le focus sur la p\u00e9riode 1993 \u2013 2011 du graphique 4 ne refl\u00e8te pas l\u2019ampleur des baisses d\u2019imp\u00f4ts qui sont intervenues \u00e0 partir des ann\u00e9es 80.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[iv]<\/a> Les lecteurs de mes diff\u00e9rents billets et de <a href=\"http:\/\/www.editionsducygne.com\/editions-du-cygne-crises-economiques-regulations-collectives.html\">mon livre<\/a> savent que c\u2019est l\u2019un de mes sujets de pr\u00e9dilection<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[v]<\/a> Le temps pass\u00e9 par le produit en cours de fabrication sur chaque poste de travail<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[vi]<\/a> Cf l\u2019essai de Paul Jorion, <a href=\"http:\/\/atheles.org\/editionsducroquant\/dynamiquessocioeconomiques\/leprix\/\">\u00ab\u00a0Le prix\u00a0\u00bb<\/a> aux \u00e9ditions du Croquant<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ednref\">[vii]<\/a> En tant qu\u2019attente des investisseurs sur le retour sur investissements. La norme de profit s\u2019\u00e9l\u00e8ve, en particulier avec la diminution de la pression fiscale sur les entreprises. Je renvoie le lecteur \u00e0 un autre de mes billets, <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=38550\">ascenseur pour l\u2019\u00e9chafaud<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les chiffres communiqu\u00e9s dans l\u2019excellent <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=44121\">billet de FOD<\/a> illustrent bien la contradiction entre le discours port\u00e9 par les instances patronales et la r\u00e9alit\u00e9 des chiffres. Mais comme toujours, au-del\u00e0 des statistiques, il y a plusieurs r\u00e9alit\u00e9s superpos\u00e9es et le renvoi \u00e0 l\u2019article d\u2019Arnaud Parienty ne peut tenir lieu de seule explication, d\u2019o\u00f9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":38,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[1937,2195],"class_list":["post-44345","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-competitivite","tag-gallois"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/38"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44345"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44345\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45468,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44345\/revisions\/45468"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}