{"id":44868,"date":"2012-12-18T15:58:38","date_gmt":"2012-12-18T14:58:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=44868"},"modified":"2013-01-02T00:16:50","modified_gmt":"2013-01-01T23:16:50","slug":"reve-divers-par-vice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2012\/12\/18\/reve-divers-par-vice\/","title":{"rendered":"<b>R\u00caVE DIVERS<\/b>, par Vic\u00e8"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c9tait-ce l\u2019un de ces r\u00eaves pr\u00e9monitoires, comme en faisait ma grand-tante apr\u00e8s les catastrophes\u00a0?<\/p>\n<p>Plut\u00f4t une variation cauchemardesque sur un \u00e9v\u00e9nement annonc\u00e9. \u2013 J\u2019emploi le terme d\u2019<i>\u00e9v\u00e9nement<\/i> (accent aigu de rigueur), bien qu\u2019il soit galvaud\u00e9, car il rend bien compte de l\u2019\u00e9tat d\u2019agitation extr\u00eame, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de suspicion qui r\u00e9gnait au bureau, ces derni\u00e8res semaines. \u2013 Du jour au lendemain, il semblait qu\u2019on se f\u00fbt avis\u00e9 que les poules pondaient des \u0153ufs, gr\u00e2ce aux coqs ou malgr\u00e9 eux, et que les fonctionnaires continuaient de s\u2019acquitter de leurs t\u00e2ches, plus ou moins bien, malgr\u00e9 la crise et tout l\u2019tintouin.<\/p>\n<p>Deux stagiaires de l\u2019ENA avaient \u00e9t\u00e9 missionn\u00e9s pour pr\u00e9parer le terrain, en jetant sur l\u2019activit\u00e9 de la pr\u00e9fecture leur regard neuf, impartial et \u00ab\u00a0hyper-comp\u00e9tent\u00a0\u00bb. \u00c0 titre indicatif, le cabinet d\u2019audit avait fourni des grilles d\u2019\u00e9valuation, sur des domaines pr\u00e9cis, ainsi que des fiches de proc\u00e9dure. Et l\u2019on imagine difficilement le caract\u00e8re pointilleux voire intrusif desdites fiches, qui ne laissent \u2013 pour peu qu\u2019elles soient appliqu\u00e9es \u00e0 la lettre, condition <i>sine qua non<\/i> \u00e0 l\u2019obtention du label convoit\u00e9 \u2013 \u00e0-peu-pr\u00e8s aucune libert\u00e9 de geste ou d\u2019esprit aux agents. Tout est pr\u00e9vu, m\u00eame la fa\u00e7on dont ils doivent s\u2019asseoir \u00e0 leur bureau ou ranger leurs affaires\u00a0: le moindre pas de c\u00f4t\u00e9 et tout le bel \u00e9difice serait ruin\u00e9. On s\u2019arrange donc pour qu\u2019ils la respectent, par tous moyens \u2013 en particulier, une <i>communication<\/i> qui tourne \u00e0 la propagande et au harc\u00e8lement mental, entretenant un climat\u2026 de r\u00e9volution ou de guerre permanentes, osons le mot, comme dans tout r\u00e9gime totalitaire (voyez <i>1984<\/i> d\u2019Orwell). Cela d\u00e9tourne des vraies pr\u00e9occupations, qui sont la baisse des effectifs, la d\u00e9gradation des conditions de travail et du pouvoir d\u2019achat, ainsi que la mise \u00e0 l\u2019encan des missions de Service Public.<\/p>\n<p><!--more-->L\u2019avant-veille du jour d\u2019audit (qui correspondrait \u00e0 la veille de No\u00ebl), j\u2019avais pris mon apr\u00e8s-midi\u00a0: la fatigue aidant, je fis une sieste apr\u00e8s d\u00e9jeuner, qui s\u2019enclencha sur des r\u00e9flexions d\u00e9pit\u00e9es, de plus en plus confuses, que je ruminai tout en dig\u00e9rant avec peine mon repas. Et, je ne sais trop comment, ces pens\u00e9es s\u2019abouch\u00e8rent entre elles, se grim\u00e8rent l\u2019exorde, se par\u00e8rent de faux culs et de perruques m\u00e9taphoriques qui tra\u00eenaient par l\u00e0, et se mirent \u00e0 me jouer la com\u00e9die. C\u2019est \u00e0 se demander, apr\u00e8s-coup, ce que j\u2019avais <i>vraiment <\/i>mang\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Le R\u00e9veillon promettait.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Tenez-vous bien\u00a0: il para\u00eetrait que d\u2019aucuns font une pause-pipi chaque matin, tandis que d\u2019autres profitent de ce quart d\u2019heure syndical sur le trottoir \u2013 non pas pour arrondir des fins de mois difficiles \u2013 mais pour \u00e9craser une clope entre copines.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui est int\u00e9ressant, n\u2019est-ce pas\u00a0? En s\u2019installant, le matin, on peut ouvrir son tiroir pour en sortir ses affaires, avant d\u2019allumer le PC\u00a0; ou bien faire l\u2019inverse\u00a0; \u00e9crire au stylo noir ou bleu, r\u00e9pondre aux appels t\u00e9l\u00e9phoniques soit en d\u00e9clinant son identit\u00e9, l\u2019intitul\u00e9 de son employeur et de son service (du type\u00a0: Fran\u00e7ois Trucmuche, pr\u00e9fecture de Haute-Cocagne, service des d\u00e9tentions d\u2019armes), soit en inversant cet ordre, avec des variantes.<\/p>\n<p>Passionnant\u00a0! J\u2019ai aussi vu des coll\u00e8gues (mais chut\u2026\u00a0! hein\u00a0?) agrafer leurs dossiers en haut \u00e0 droite, tandis que la majorit\u00e9 le fait \u00e0 gauche\u2026 Inutile de parler des prises de bec quotidiennes qui r\u00e9sultent de ces pratiques individuelles. Certes\u00a0! Il devenait n\u00e9cessaire d\u2019ordonner le fatras, cet esp\u00e8ce de pr\u00e9cipit\u00e9 chimique, vaseux et bigarr\u00e9, rempli de doublons et d\u2019absurdit\u00e9s, fruit de la formation, de l\u2019exp\u00e9rience et du parcours singuliers de chaque agent. C\u2019est donc ce qu\u2019on fit, en vue de la certification AOP (Administration d\u2019Origine Prot\u00e9g\u00e9e), au cours de r\u00e9unions interminables pr\u00e9sid\u00e9es par le SG, avec un cahier des charges rigoureux \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Elles \u00e9taient anim\u00e9es par une \u00e9quipe de Managers (stagiaires de grandes \u00e9coles), d\u00fbment cravat\u00e9s et v\u00eatus d\u2019habits de deuil (mocassins \u00e0 pompons, costard-cravate de couleur anthracite et chemise blanche \u00e0 boutons de manchettes dor\u00e9s).<\/p>\n<p>Pour vous faire une id\u00e9e, permettez-moi d\u2019\u00e9voquer une r\u00e9union m\u00e9morable, dont vingt-cinq minutes de d\u00e9bats pied \u00e0 pied entre les adjoints et leur hi\u00e9rarchie furent consacr\u00e9es au \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb suivant\u00a0: doit-on donner la priorit\u00e9 aux femmes enceintes et aux personnes handicap\u00e9es\u00a0?<\/p>\n<p>\u00e2\u20ac\u2019 \u00c9videmment\u00a0! \u00e2\u20ac\u2019 Pas si s\u00fbr\u2026 C\u2019\u00e9tait sans compter sur l\u2019esprit soup\u00e7onneux et tatillon, qu\u2019aiguillonnaient dans leur mesquinerie les exhortations aux \u00e9conomies du Minist\u00e8re, desdits charg\u00e9s de mission\u00a0: en effet, l\u2019un d\u2019eux estima qu\u2019on pourrait gagner du temps en refusant ce pr\u00e9cieux coupe-file \u00e0 des usagers qui n\u2019en auraient pas <i>forc\u00e9ment <\/i>besoin. Cela me fit penser \u00e0 ces m\u00e9decins de famille qui ne consentent \u00e0 se d\u00e9placer que si l\u2019on jure d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019article de la mort.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une inspection-surprise, le mois pr\u00e9c\u00e9dent, dans le hall d\u2019accueil d\u2019une antenne de la CAF, un jeune dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019IEP de Paris (gage de bonne gestion) avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par l\u2019aspect quasi \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb de bon nombre de femmes enceintes. Quant \u00e0 la question du handicap, il proposa de fixer plusieurs \u00ab\u00a0paliers\u00a0\u00bb, bas\u00e9s sur le taux de handicap attest\u00e9 par la carte de la MDH (Maison D\u00e9partementale des Handicap\u00e9s), en-de\u00e7\u00e0 ou au-del\u00e0 desquels l\u2019usager b\u00e9n\u00e9ficierait d\u2019\u00e9ventuelles prestations d\u00e9rogatoires, qu\u2019il restait \u00e0 d\u00e9finir. Pour les femmes enceintes, on exigerait la production d\u2019une attestation r\u00e9cente de sage-femme ou de gyn\u00e9cologue-obst\u00e9tricien.<\/p>\n<p>Levant le doigt, je proposai avec entrain qu\u2019on distingu\u00e2t, parmi les handicap\u00e9s, entre\u00a0: les \u00ab\u00a0ambulants\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0en-fauteuil\u00a0\u00bb, les para- et les t\u00e9trapl\u00e9giques, les mono-canne et les multi-cannes (les \u00e9tay\u00e9s et les moins-\u00e9tay\u00e9s)\u00a0; pour faire court, il s\u2019agissait de trier les \u00ab\u00a0suspects\u00a0\u00bb d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les \u00ab\u00a0doux agneaux\u00a0\u00bb de l\u2019autre. Quant aux handicap\u00e9s mentaux, il n\u2019en \u00e9tait pas m\u00eame question.<\/p>\n<p>\u00c0 ce propos, compte tenu de la recrudescence de faux documents, il \u00e9tait envisag\u00e9 de prendre leur carte de la MDH, \u00e0 l\u2019accueil, et de la faire authentifier par qui de droit. Apr\u00e8s \u2013 et seulement apr\u00e8s, on acc\u00e9derait \u00e0 leur demande. Mais cela signifiait une demi-heure d\u2019attente, au moins, et l\u2019on n\u2019avait pas assez de place pour faire patienter tout le monde. Qu\u2019importe\u00a0! En apart\u00e9, j\u2019insistai sur l\u2019effet dilatoire (et donc dissuasif) du dispositif envers des usagers <i>fant\u00f4mes<\/i> sinon <i>parasites<\/i>, impr\u00e9visibles et difficiles \u00e0 comptabiliser dans les statistiques de fr\u00e9quentation, car dispens\u00e9s de ticket. (Rendez donc de mauvais chiffres, et les cr\u00e9dits du Minist\u00e8re baissent d\u2019autant, au profit d\u2019autres pr\u00e9fectures.) Stagiaires et SG eurent un sourire en coin, mais cela fut <i>act\u00e9<\/i>.<\/p>\n<p>Pour en revenir aux femmes enceintes \u2013 poursuivit un stagiaire, mis en verve par ce z\u00e8le \u00ab\u00a0venant de la base\u00a0\u00bb \u2013 on s\u2019en remettrait \u00e0 l\u2019\u0153il exerc\u00e9 des agents (et surtout des agent<i>es<\/i>)\u00a0: un petit ventre bomb\u00e9 ne suffirait \u00e9videmment pas\u2026 L\u00e0, je repris la parole, le doigt lev\u00e9, avec une nouvelle motion\u00a0: on s\u2019assurerait au moins que la femme concern\u00e9e perde les eaux, l\u2019\u00e9vidence <i>mat\u00e9rielle<\/i>, \u00e9cartant tout risque d\u2019erreur ou d\u2019abus.<\/p>\n<p>(Je vous promets que cela est authentique et que le SG, qui opinait gravement du chef, fut tout interdit, d\u00e9stabilis\u00e9 et frustr\u00e9 dans sa b\u00eatise, quand une coll\u00e8gue indign\u00e9e, qui souffrait d\u2019ob\u00e9sit\u00e9, lui dit qu\u2019\u00e0 la veille m\u00eame de son propre accouchement, vu son embonpoint, rien n\u2019en paraissait.)<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Il \u00e9tait deux heures moins le quart\u00a0: je me r\u00e9veillai en sursaut. J\u2019\u00e9tais chez moi, dans mon petit village de l\u2019arri\u00e8re-pays de M***, au chaud. Mon ventre gargouillait terriblement, j\u2019avais la naus\u00e9e et, dans mon esprit embrum\u00e9, la vague impression d\u2019\u00eatre en retard\u2026 Mais non, j\u2019avais pris ma demi-journ\u00e9e de RTT, me repris-je alors. Incroyablement fatigu\u00e9, je refermai les yeux, avec l\u2019intention de me reposer encore un quart d\u2019heure. Mais je resongeai au bureau\u2026<\/p>\n<p>Le matin m\u00eame, l\u2019on s\u2019\u00e9tait encore f\u00e9licit\u00e9 sur les progr\u00e8s accomplis en deux mois, juste \u00e0 temps pour l\u2019audit\u2026 M\u2019enfin, m\u2019interrompis-je avec un hoquet, perdant le fil\u2026 Cette fatigue qui m\u2019\u00e9crasait, soudain, \u00e9tait bizarre et m\u00eame inqui\u00e9tante\u00a0: \u00e9tait-ce d\u00fb au pot de faisselle Bio, au lait cru que j\u2019avais achet\u00e9 en route par gourmandise\u00a0? La date de p\u00e9remption \u00e9tait-elle pass\u00e9e (genre de choses auxquelles je ne prends jamais garde, dans les magasins\u2026) ? Devais-je incriminer mes \u0153ufs \u00e0 la coque (labellis\u00e9s Terr\u2019ater, autrement dit\u00a0: \u00ab\u00a0plus que Bio\u00a0\u00bb), d\u00e9gust\u00e9s tr\u00e8s cr\u00e9meux il est vrai\u00a0?<\/p>\n<p>La fatigue\u2026 Le stress\u2026 La routine\u2026 avaient-ils leur r\u00f4le\u00a0?<\/p>\n<p>C\u0153ur, poumons, syst\u00e8mes nerveux et digestif, habitu\u00e9s \u00e0 leur bain journalier d\u2019air carbon\u00e9, de bruits urbains et de bousculades dans le m\u00e9tro, certes, sont d\u00e9sorient\u00e9s quand, tout \u00e0 coup, les choses ralentissent, qu\u2019on s\u2019entend enfin respirer\u00a0: les petits zoziaux p\u00e9pient dans les buissons, la ros\u00e9e scintille au soleil, une puissante odeur de terre et de foin humides vous chatouille le nez. Pour un peu, on en aurait\u2026 les larmes aux yeux\u00a0? Peut-\u00eatre\u2026 Moi, j\u2019en avais la naus\u00e9e. J\u2019aurais tout sacrifi\u00e9 pour deux ou trois bouff\u00e9es de gaz d\u2019\u00e9chappement, ou quelque r\u00e9union idiote et interminable sur l\u2019utilisation norm\u00e9e des encres rouge et noire sur les formulaires Cerfa\u2026<\/p>\n<p>Car on s\u2019accoutume \u00e0 tout, m\u00eame au stress et \u00e0 l\u2019incertitude pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019audit \u2013 sauf qu\u2019\u00e0 ce stade, tous chantaient d\u00e9j\u00e0 victoire. On \u00e9tait para\u00eet-il fin pr\u00eats pour la certification AOP. Le pr\u00e9fet voulait l\u2019offrir \u00e0 ses services pour No\u00ebl (\u00ab\u00a0gage de reconnaissance, aux yeux de tous, de l\u2019exemplarit\u00e9 et du professionnalisme des fonctionnaires d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb), et, par l\u00e0-m\u00eame, s\u2019arroger une substantielle prime <i>ad hoc<\/i>.<\/p>\n<p>Mais attention\u00a0! Comme disait Abraham Lincoln, \u00ab\u00a0les poules font preuve d\u2019une grande sagesse, qui ne font <i>cot\u00a0! cot\u00a0!<\/i> qu\u2019apr\u00e8s avoir pondu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans mon r\u00eave, je me rendais au travail en TER\u00a0: dehors, les prairies pr\u00e9sentaient un aspect inhabituel. Des charolaises paissaient certes paisiblement, mais on leur avait fix\u00e9 un tuyau flexible dans l\u2019anus, reli\u00e9 \u00e0 un immense ballon qui grossissait \u00e0 vue d\u2019\u0153il et se vidait r\u00e9guli\u00e8rement, par pipe-line, dans une centrale qu\u2019on apercevait en arri\u00e8re-fond et dont on voyait les chemin\u00e9es cracher une vapeur translucide. D\u2019apr\u00e8s ce que je compris, il s\u2019agissait de capter le m\u00e9thane \u00e9mis par les bovins, qu\u2019on avait accus\u00e9s d\u2019aggraver l\u2019effet de serre, et dont on tirait d\u00e9sormais profit. Les coop\u00e9ratives laiti\u00e8res et les usines de transformation, r\u00e9unies dans des complexes industriels int\u00e9gr\u00e9s (selon la strat\u00e9gie fordiste de la \u00ab\u00a0concentration verticale\u00a0\u00bb), \u00e9taient aliment\u00e9es en \u00e9lectricit\u00e9 et en mati\u00e8re premi\u00e8re par ces troupeaux, qui de plus fertilisaient les champs de fourrage environnants (bl\u00e9s, orge, avoine), gr\u00e2ce \u00e0 leurs bouses.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais un p\u00e8re de famille digne du <i>Petit Nicolas<\/i>, sauf qu\u2019au lieu d\u2019un, j\u2019avais deux mioches r\u00e9pondant au type de la \u00ab\u00a0famille id\u00e9ale\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019a\u00een\u00e9 et la cadette, Nicolas et Marie-Edwige. C\u2019\u00e9tait le seul point commun, sur le plan <i>factuel<\/i>, avec le p\u00e8re imagin\u00e9 par Goscinny. Par contre, mon autoportrait r\u00eav\u00e9 en p\u00e8re et le p\u00e8re du <i>Petit Nicolas<\/i>, moralement, se rejoignaient par leur b\u00eatise vaniteuse et satisfaite, compliqu\u00e9e d\u2019hypocrisie.<\/p>\n<p>Encro\u00fbt\u00e9 dans le sch\u00e9ma hi\u00e9rarchique du <i>paterfamilias<\/i> napol\u00e9onien (avec des nuances), bien que mon r\u00eave f\u00fbt situ\u00e9 dix ans dans le futur, je ne cessais de houspiller mon fils, qui perdait son temps \u00e0 d\u2019inutiles labeurs\u00a0: apprendre ses cours (par c\u0153ur), faire des exercices et lire des manuels de classe\u2026 \u00c0 quoi bon ? lui r\u00e9p\u00e9tais-je, impatient\u00e9. Avec les NTIC, tout est dans la bo\u00eete\u00a0: moteur de recherche, encyclop\u00e9die participative et calculatrice int\u00e9gr\u00e9s. Plus n\u2019\u00e9tait donc besoin de s\u2019user les neurones\u2026 (Le d\u00e9fi majeur du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne sera-t-il pas de trouver \u00e0 s\u2019occuper ladite cervelle\u00a0? C\u2019est-\u00e0-dire de vaincre l\u2019ennui profond et morbide, qui accable les populations des pays d\u00e9velopp\u00e9s, notamment quand elles sont frustr\u00e9es de <i>consommation<\/i>.)<\/p>\n<p>Au bureau, c\u2019\u00e9tait pareil, d\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019en disais \u00e0 mon \u00e9pouse, avec l\u2019aplomb de celui qui s\u2019arroge le beau r\u00f4le\u00a0: en tant que chef de service, je tan\u00e7ais mes adjoints qui s\u2019\u00e9chinaient \u00e0 rester \u00e0 jour dans leurs dossiers (c\u2019est-\u00e0-dire, le c\u0153ur de leur m\u00e9tier). Or, ce qu\u2019on leur demandait, en fait, c\u2019\u00e9tait de compl\u00e9ter des tableaux de statistiques (une dizaine), cens\u00e9s mesurer fid\u00e8lement un travail dont, du coup, ils n\u2019avaient plus le loisir de s\u2019acquitter, ce qui leur valait d\u2019ailleurs moins de reproches que si c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 l\u2019inverse. Quant \u00e0 l\u2019image de marque du service, que des retards excessifs risquaient d\u2019\u00e9corner, on la r\u00e9tablirait en maquillant les chiffres, en haut lieu, et en supprimant les primes de No\u00ebl sous pr\u00e9texte de crise. Un communiqu\u00e9 de presse dans la canard local ferait l\u2019affaire.<\/p>\n<p>La veille des jours d\u2019audit, on s\u2019arrangeait pour recruter une cohorte de suppl\u00e9tifs \u00e0 titre b\u00e9n\u00e9vole\u00a0: des stagiaires d\u2019\u00e9coles de secr\u00e9tariat, qu\u2019on chargeait de faire baisser les stocks (pour ne pas dire <i>b\u00e2cler<\/i>) d\u2019ici au jour J.<\/p>\n<p>En somme, le chef de famille que j\u2019\u00e9tais se comportait \u00e0-peu-pr\u00e8s comme une personne seule, au ch\u00f4mage, qui, ayant \u00e0 peine de quoi vivre, consacrerait ses maigres ressources \u00e0 l\u2019achat d\u2019articles de luxe, au lieu de s\u2019acquitter de son loyer, de ses factures d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, et de se nourrir sainement. Comme quelqu\u2019un d\u2019irrationnel \u2013 ou dont le syst\u00e8me de valeurs aurait \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9 \u00e2\u20ac\u2019 pour qui le <i>superflu<\/i> serait le <i>n\u00e9cessaire<\/i> et pour qui les produits de <i>luxe<\/i> supplanteraient les biens <i>vitaux<\/i>. Voil\u00e0 donc pourquoi je punissais mon fils dans ce r\u00eave absurde\u00a0!<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Le lendemain matin, toujours dans mon r\u00eave, en revenant du distributeur de caf\u00e9, j\u2019eus la surprise de constater qu\u2019on avait install\u00e9, en toute h\u00e2te semblait-il, quatre autres machines, en lieu et place des guichets, align\u00e9es face \u00e0 la salle d\u2019attente. Les usagers, qui patientaient sur des chaises de m\u00e9tal galvanis\u00e9, anguleuses et sans dossier (cela, \u00e7a n\u2019avait pas chang\u00e9, quoiqu\u2019on e\u00fbt pos\u00e9 dans un coin une urne transparente avec des formulaires de r\u00e9clamation), regardaient avec des yeux ronds lesdites machines, en se demandant o\u00f9 se trouvaient les agents.<\/p>\n<p>Enfin, 8h45 sonn\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9glise du quartier et l\u2019on ouvrit\u00a0: un grondement soudain, un bruit de t\u00f4le qu\u2019on remue, des chuchotements confus, se firent entendre, provenant des machines. Deux hommes, avec une pointe d\u2019audace, s\u2019approch\u00e8rent de celles-ci, une pi\u00e8ce de 2 euros dans la main, afin de boire un expresso, sans trop comprendre o\u00f9 l\u2019on avait mis les guichets ni s\u2019ils attendaient au bon endroit. Alors qu\u2019il cherchait la fente o\u00f9 glisser sa pi\u00e8ce, l\u2019un d\u2019eux fit un bond en arri\u00e8re. Une voix \u00e9lectronique, comme celle des t\u00e9moignages crypt\u00e9s, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 (seul manquait le visage \u00ab\u00a0flout\u00e9\u00a0\u00bb), sortit de la machine, qui demandait \u00e0 l\u2019usager quel \u00e9tait l\u2019objet de sa demande, selon la phrase-type \u00ab\u00a0labellis\u00e9e AOP, act\u00e9e en r\u00e9union par le SG\u00a0\u00bb, obligatoire.<\/p>\n<p>Les formulaires, labellis\u00e9s aussi AOP, \u00e9taient fabriqu\u00e9s sur place avec du papier recycl\u00e9 issu des d\u00e9chetteries d\u00e9partementales\u00a0: dans la p\u00e2te grossi\u00e8re, on reconnaissait des fibres de couleurs, qui correspondaient \u00e0 diff\u00e9rents types de d\u00e9tritus. Un prospectus sur papier glac\u00e9 (tout ce qui participait de la Com\u2019 externe, devait \u00eatre \u00ab\u00a0glossy\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0high-tech\u00a0\u00bb, pour l\u2019image de marque) expliquait le concept \u00e0 l\u2019usager, qui pouvait ainsi se f\u00e9liciter du bon emploi des deniers publics. De m\u00eame, les agents \u00e9taient affubl\u00e9s de badges nominatifs, qui comportaient leur lieu de naissance\u00a0: certains administr\u00e9s du sud de la France, para\u00eet-il, se rendaient \u00e0 Lille (ou l\u2019une des sous-pr\u00e9fectures du Nord) afin d\u2019\u00eatre servis par des Ch\u2019tis authentiques, avec l\u2019accent assorti. Les agents \u00ab\u00a0moins typiques\u00a0\u00bb \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-guichet. Dans la pr\u00e9fecture du Midi, o\u00f9 j\u2019exer\u00e7ais, ces derniers \u00e9taient cantonn\u00e9s aux automates (voir ci-dessus)\u00a0: mais ceux tr\u00e8s estim\u00e9s, qui pronon\u00e7aient \u00ab\u00a0peuch\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0soixante-et-treize\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0je n\u2019en ai poii\u00eeng\u00a0\u00bb \u00e9taient affect\u00e9s \u00e0 l\u2019accueil et \u00e0 l\u2019orientation du public, dans la salle. Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, on pr\u00e9voyait de leur faire distribuer aux enfants des abricots Bio issus des jardins de la pr\u00e9fecture et des sachets de lavande \u00e0 ces messieurs-dames.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Plus tard dans la matin\u00e9e (et plus tard dans mon r\u00eave, qui tournait \u00e0 l\u2019aigre), vint un usager rep\u00e9rable \u00e0 des kilom\u00e8tres, avec ses lunettes teint\u00e9es et son imperm\u00e9able beige, petit homme sec \u00e0 tournure de \u00ab\u00a0client banalis\u00e9\u00a0\u00bb (de m\u00eame qu\u2019on aurait, lors de la permanence t\u00e9l\u00e9phonique, des \u00ab\u00a0appels-myst\u00e8res\u00a0\u00bb). Il se pr\u00e9senta devant le faux automate, en examina la fa\u00e7ade et pressa le bouton <i>Autres d\u00e9marches<\/i>. Le faux haut-parleur en forme d\u2019hygiaphone (ou l\u2019inverse), gr\u00e9sillant, \u00e9mit cette phrase d\u2019accueil h\u00e9sitante\u00a0: \u00ab\u00a0Pr\u00e9fecture de\u2026, Maryse \u00e0 votre service\u2026\u00a0\u00bb. L\u00e0-dessus, un chuchotis entrem\u00eal\u00e9 de petits \u00e9clats de voix t\u00e9moigna de l\u2019intervention d\u2019un tiers, et la voix \u00e9lectronis\u00e9e reprit vite\u00a0: \u00ab\u00a0Maryse, \u00e0 votre service, bonj\u2026 <i>(tout bas)<\/i> Merde\u00a0!\u00a0\u00bb Sous les yeux \u00e9tonn\u00e9s du client-myst\u00e8re, qui s\u2019impatientait \u2013 ou plut\u00f4t entamait la sayn\u00e8te de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nervement\u00a0\u00bb, le doigt appuy\u00e9 sur le bouton, le capot de t\u00f4le bleu-blanc-rouge se mit \u00e0 trembler, accompagn\u00e9 d\u2019un hurlement\u2026 Et puis plus rien. Le chef de bureau, qui surveillait ses agents, anxieux d\u2019obtenir sa prime li\u00e9e \u00e0 l\u2019obtention du label, s\u2019\u00e9nervait car l\u2019agent en question n\u2019arrivait pas \u00e0 se rappeler l\u2019ordre exact de la formule d\u2019accueil.<\/p>\n<p>On sembla se calmer, l\u00e0-derri\u00e8re, avec un bruit de chaises, et quand le bonhomme en imper rappuya sur le bouton, celui-ci se coin\u00e7a\u00a0: il resta press\u00e9 dans le capot, avec la diode rouge allum\u00e9e, et, au bout de quelques secondes, un sifflement suraigu jaillit, contraignant le public \u00e0 se boucher les oreilles, auquel se joignit le cri d\u2019angoisse de l\u2019h\u00f4tesse (pr\u00e9nomm\u00e9e Maryse), qui se mit \u00e0 frapper des poings sur la t\u00f4le.<\/p>\n<p>Ladite Maryse (avec deux autres coll\u00e8gues), des suites de\u2026 parlons franchement\u00a0: de la course au label AOP, fit une d\u00e9pression nerveuse et obtint trois semaines d\u2019arr\u00eat, ce qui d\u00e9grada un peu plus les conditions d\u2019accueil du public, faute d\u2019effectif.<\/p>\n<p>Deux guichets plus loin, un jeune homme barbu, v\u00eatu d\u2019un jean et d\u2019une veste \u00e0 treillis de l\u2019arm\u00e9e, d\u2019agacement, faisait claquer les talons de ses santiag sur le simili-marbre\u00a0: en face de lui, la machine r\u00e9p\u00e9tait, non sans bafouiller et se reprendre, des formules-types puis\u00e9es dans un r\u00e9pertoire restreint, certifi\u00e9 AOP (en moyenne, elles ne s\u2019av\u00e9raient pertinentes qu\u2019une fois sur trois). En effet, la pauvre coll\u00e8gue dans sa bo\u00eete, par les trous d\u2019a\u00e9ration lat\u00e9raux, avait tout vu de l\u2019incident d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, avec le \u00ab\u00a0client-banalis\u00e9\u00a0\u00bb. Tr\u00e8s disciplin\u00e9e, \u00e0 la fois par \u00e9ducation et par r\u00e9v\u00e9rence na\u00efve envers la hi\u00e9rarchie, elle \u00e9tait angoiss\u00e9e par l\u2019omnipr\u00e9sence du chef de bureau, ce jour-l\u00e0 (ce dernier profitait de l\u2019occasion pour dresser une liste provisoire des b\u00e9n\u00e9ficiaires de la prime de No\u00ebl). Elle s\u2019en tenait donc \u00e0 son \u00ab\u00a0Guide d\u2019accueil du Public\u00a0\u00bb, gracieusement mis \u00e0 disposition par le cabinet d\u2019audit priv\u00e9. Elle tenait un guichet depuis plus de vingt ans, ballott\u00e9e de poste ingrat en poste ingrat, comme nombre de ses semblables, auxquelles s\u2019ajoutaient p\u00e9riodiquement les nouvelles recrues. L\u2019usager, quant \u00e0 lui, s\u2019agitait, mena\u00e7ant de son poing le faux automate (<i>alias<\/i> Christine), qu\u2019il prenait pour un robot mais qui n\u2019en b\u00e9gayait pas moins. Quoi de plus aga\u00e7ant qu\u2019une machine qui dysfonctionne\u00a0!<\/p>\n<p>Le soir, Christine se sentait la t\u00eate vide. En payant sa baguette, elle gratifia la boulang\u00e8re surprise d\u2019une des formules-types AOP\u00a0: \u00ab\u00a0Madame, bonjour. Je vous informe qu\u2019une borne Internet en libre-service est \u00e0 votre disposition \u00e0 l\u2019accueil g\u00e9n\u00e9r\u2026\u00a0\u00bb Elle ne faisait pas le genre de travail qui vous \u00e9panouit, tant s\u2019en faut\u00a0!<\/p>\n<p>Sur ces songeries d\u00e9sabus\u00e9es, vers la fin d\u2019apr\u00e8s-midi, je replongeai dans un sommeil agit\u00e9, o\u00f9 le r\u00eave, maintes fois interrompu, ne tarda pas \u00e0 se finir, avec l\u2019implacable coh\u00e9rence du <i>vrai cauchemar<\/i>.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Je me r\u00e9veillai t\u00f4t, le lendemain, apr\u00e8s une nuit d\u2019insomnie, avec le mal de cr\u00e2ne, comme apr\u00e8s une cuite. Les \u00e9motions de la veille avaient eu raison de moi. Pensez-donc\u00a0: l\u2019octroi de la prime annuelle (la fameuse \u00ab\u00a0prime de No\u00ebl\u00a0\u00bb, attribu\u00e9e au m\u00e9rite, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la t\u00eate du client), \u00e9tait encore conditionn\u00e9e par l\u2019obtention du label AOP, en sus du d\u00e9j\u00e0 fameux \u00ab\u00a0Quali-Perf\u00a0\u00bb. En effet, telle pr\u00e9fecture avait lanc\u00e9 la mode des certifications multiples\u00a0: d\u2019habitude, ce genre de psychoses durait un ou deux ans, apr\u00e8s quoi tout \u00e9tait remis\u00e9, d\u2019autant plus que l\u2019incessant jeu de chaises musicales dont le corps pr\u00e9fectoral fait l\u2019objet soumettait la mesure du pr\u00e9d\u00e9cesseur au bon vouloir du suivant, qui tenait toujours \u00e0 se d\u00e9marquer. Mais, depuis la pr\u00e9sidence de M. Sarkozy, notamment, on \u00e9tait entr\u00e9 de plain-pied dans l\u2019\u00e8re du Management administratif, calqu\u00e9 sur les grandes entreprises du secteur priv\u00e9. La course \u00e0 l\u2019\u00e9chalote pouvait se poursuivre.<\/p>\n<p>Une semaine plus tard, au terme d\u2019une longue s\u00e9ance de \u00ab\u00a0d\u00e9briefing\u00a0\u00bb, o\u00f9 les moindres imperfections furent relev\u00e9es, le directeur conclut d\u2019un ton jubilatoire que la pr\u00e9fecture\u2026 avait obtenu le label AOP, au titre de l\u2019ann\u00e9e 2013\u00a0! D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, on pouvait rel\u00e2cher la pression. Tel un vieux dignitaire de l\u2019arm\u00e9e, ob\u00e8se et cacochyme, dont l\u2019uniforme dispara\u00eetrait sous les m\u00e9dailles militaires, dues aux faits d\u2019armes de ses simples soldats, la pr\u00e9fecture se parerait du pr\u00e9cieux encart. Quant \u00e0 ce qu\u2019il recouvrait\u2026 Au quotidien, on n\u2019aurait ni le temps, ni les moyens d\u2019y pourvoir. Et puis, tyranniser le personnel trois mois durant, pour le plier \u00e0 des exigences absurdes, avait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement p\u00e9nible pour une hi\u00e9rarchie aussi veule qu\u2019hypocrite. (De ces petits chefs qui font mine d\u2019\u00e9couter les plaintes de la base, tout en s\u2019aplatissant devant les dignitaires d\u2019un temps, qui n\u2019en ont que faire.)<\/p>\n<p>Accabl\u00e9 par tant de b\u00eatise, assis sur ma chaise vis-\u00e0-vis du directeur, qui mettait un terme \u00e0 la r\u00e9union, je croyais revivre mon r\u00eave \u2013 ou plut\u00f4t mon cauchemar, de la semaine pr\u00e9c\u00e9dente. Moi qui l\u2019avais cru sombre et caricatural \u00e0 l\u2019exc\u00e8s\u2026 tout au plus futuriste\u00a0!<\/p>\n<p>Voil\u00e0 bien la premi\u00e8re fois qu\u2019un de mes r\u00eaves se voyait, <i>a posteriori<\/i>, labellis\u00e9 AOP\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9tait-ce l\u2019un de ces r\u00eaves pr\u00e9monitoires, comme en faisait ma grand-tante apr\u00e8s les catastrophes\u00a0?<\/p>\n<p>Plut\u00f4t une variation cauchemardesque sur un \u00e9v\u00e9nement annonc\u00e9. \u2013 J\u2019emploi le terme d\u2019<i>\u00e9v\u00e9nement<\/i> (accent aigu de rigueur), bien qu\u2019il soit galvaud\u00e9, car il rend bien compte de l\u2019\u00e9tat d\u2019agitation extr\u00eame, d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de suspicion qui r\u00e9gnait au bureau, ces [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[833,102],"tags":[],"class_list":["post-44868","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-vie-de-tous-les-jours","category-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44868","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44868"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44868\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45416,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44868\/revisions\/45416"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44868"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44868"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44868"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}