{"id":4637,"date":"2009-11-05T15:09:36","date_gmt":"2009-11-05T14:09:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=4637"},"modified":"2009-11-05T15:09:36","modified_gmt":"2009-11-05T14:09:36","slug":"pires-que-des-sangsues-par-jean-pierre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/11\/05\/pires-que-des-sangsues-par-jean-pierre\/","title":{"rendered":"Pires que des sangsues, par Jean-Pierre"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. <\/p><\/blockquote>\n<p><strong>PIRE QUE DES SANGSUES<\/strong><\/p>\n<p>La politique mon\u00e9taire pratiqu\u00e9e par le monde occidental depuis l&rsquo;amorce de la crise bancaire en 2007 ne m\u00e8ne \u00e0 rien. \u00c0 peu pr\u00e8s tout le monde sur ce blog l&rsquo;admet. Les interventions de Paul Jorion et de Fran\u00e7ois Leclerc sur ce sujet nous le d\u00e9montrent. Les esquisses de solutions propos\u00e9es sont souvent pleines de bon sens et g\u00e9n\u00e9ralement faciles \u00e0 instaurer. \u00c0 se demander pourquoi personne parmi les responsables ne s&rsquo;y att\u00e8le.<\/p>\n<p>S&rsquo;il ne fait aucun doute que de nouvelles bulles sp\u00e9culatives sont en gestation actuellement, aliment\u00e9es par l&rsquo;argent facile et abondant distribu\u00e9 par les banques centrales occidentales, il y a un danger bien plus grand qui pointe lentement \u00e0 l&rsquo;horizon. Car s&rsquo;il est vrai que rien de ce qui a \u00e9t\u00e9 entrepris jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent ne r\u00e9sout la crise et ne consolide le syst\u00e8me bancaire, force est de constater que ce syst\u00e8me s&rsquo;en accommode parfaitement, voire le pr\u00e9conise. Il y trouve, en effet, tout b\u00e9n\u00e9fice. Consid\u00e9rons quelques faits.<\/p>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement de la crise en juillet 2007, les banques centrales ont rapidement compris l&rsquo;ampleur du d\u00e9sastre et ont ouvert leurs divers robinets de liquidit\u00e9s. La plupart d&rsquo;entre elles, pour ne pas dire toutes les banques centrales, avaient parfaitement conscience du danger. Depuis plusieurs ann\u00e9es, peut-\u00eatre m\u00eame avant la publication du livre pr\u00e9monitoire de Jorion, la BRI, la Banque des R\u00e8glements Internationaux, s&rsquo;alarmait de la propension incontr\u00f4l\u00e9e du cr\u00e9dit et des produits d\u00e9riv\u00e9s dans le monde (occidental). Elle a r\u00e9cemment r\u00e9it\u00e9r\u00e9 ses craintes apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que le volume des produits d\u00e9riv\u00e9s n\u00e9goci\u00e9s de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 \u00e9tait de nouveau en progression, alors que les contrats ant\u00e9rieurs posent encore toujours probl\u00e8me. Il est donc \u00e9vident que la crise n&rsquo;a d\u00fb surprendre personne en haut lieu.<\/p>\n<p><!--more-->Apr\u00e8s l&rsquo;intervention directe des banques centrales, c&rsquo;\u00e9tait au tour des gouvernements \u00e0 injecter des dizaines de milliards dans leur syst\u00e8me bancaire. Tout cet argent, tout comme celui des banques centrales, est issu de nulle part et gonfle l&rsquo;endettement g\u00e9n\u00e9ral. Pour obtenir les deniers de l&rsquo;\u00c9tat, les banques ont d\u00fb promettre de relancer le cr\u00e9dit destin\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s et aux m\u00e9nages. Toutes se sont pli\u00e9es \u00e0 cette exigence. Certes, elles se sont toutes empress\u00e9es d&rsquo;en durcir les conditions, de sorte \u00e0 ne rien \u00e0 avoir \u00e0 d\u00e9bourser. Bernant magistralement tous ces gouvernements.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, les banques ont utilis\u00e9 cet argent facile et quasiment gratuit pour renflouer tant soit peu leurs comptes. Comme cela ne suffisait pas, les instances comp\u00e9tentes leur ont facilit\u00e9 la t\u00e2che en adaptant les r\u00e8gles comptables. Dans le monde anglo-saxon, une perte ne devra dor\u00e9navant \u00eatre enregistr\u00e9e que si elle est r\u00e9ellement subie. Dans tous les autres cas de figure, la perte est ignor\u00e9e et l&rsquo;actif, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a plus aucune valeur marchande, restera r\u00e9pertori\u00e9 \u00e0 sa valeur d&rsquo;acquisition initiale. Les bilans bancaires ont depuis lors embelli comme par miracle.<\/p>\n<p>Toutes ces mesures et tous ces programmes ne visaient qu&rsquo;une seule chose : maintenir le syst\u00e8me \u00e0 flot. Les banques, surtout les ex-banques d&rsquo;affaires, ont tout mis en \u0153uvre pour nous persuader que ces rem\u00e8des portaient les fruits escompt\u00e9s, que tout rentrait dans l&rsquo;ordre. La performance boursi\u00e8re de ces derniers mois et les r\u00e9sultats plus que satisfaisants des banques et de certaines entreprises devaient nous en persuader. En y regardant de plus pr\u00e8s, on se rend compte que la plus grosse part de ces embellissements n&rsquo;est que du vent. Sauf pour les banques.<\/p>\n<p>Il y a deux mois environ, la Banque d&rsquo;Angleterre s&rsquo;\u00e9mouvait de constater que la masse mon\u00e9taire au sens large, le M4, qui comprend toutes les formes de cr\u00e9dits, n&rsquo;avait quasiment pas bronch\u00e9 depuis que la crise s\u00e9vissait. Comme si tous ces milliards de livres sterling que la Banque avait inject\u00e9s dans le syst\u00e8me avaient disparu, comme si les innombrables \u00e9missions d&#8217;emprunts d&rsquo;\u00e9tat et industriels n&rsquo;avaient aucune incidence sur cette masse. \u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence, il y avait autant d&rsquo;argent qui disparaissait en m\u00eame temps qu&rsquo;on en cr\u00e9ait. Il ne fallait pas chercher bien loin pour trouver cet annihilateur : les cr\u00e9dits bancaires.<\/p>\n<p>En fait, depuis que les banques ont stabilis\u00e9 leurs comptes, elles se sont toutes adonn\u00e9es \u00e0 leur sport favori : augmenter leurs profits tout en r\u00e9duisant les risques. Mais contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;elles pratiquaient pr\u00e9c\u00e9demment, \u00e0 savoir octroyer des cr\u00e9dits pour attiser la sp\u00e9culation op\u00e9r\u00e9e tant par elles que par des tiers, elles font aujourd&rsquo;hui fonction d&rsquo;interm\u00e9diaires incontournables aux industriels pour leur suppl\u00e9er l&rsquo;argent dont ils ont besoin. Non plus par la voie ordinaire du cr\u00e9dit bancaire, mais par celui des emprunts obligataires.<\/p>\n<p>Les industries ayant pignon sur rue sur les places financi\u00e8res n&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs plus d&rsquo;alternative. Le cr\u00e9dit bancaire traditionnel \u00e9tant inaccessible suite aux conditions draconiennes qu&rsquo;imposent les banques, il leur fallait bien recourir aux emprunts obligataires. Et seules les banques sont en mesure de les \u00e9laborer. Chose qu&rsquo;elles font tr\u00e8s bien d&rsquo;ailleurs et pour laquelle, on s&rsquo;en doute, elles encaissent de juteuses commissions. Ces m\u00eames banques se chargent ensuite du placement de ces emprunts. Assortis de coupons particuli\u00e8rement attrayants, ils trouvent rapidement preneurs aupr\u00e8s des petits \u00e9pargnants. Si bien m\u00eame que ces derniers en redemandent.<\/p>\n<p>Ces m\u00eames banques font aussi office de teneurs de march\u00e9. C&rsquo;est donc aupr\u00e8s d&rsquo;elles qu&rsquo;il faut s&rsquo;adresser pour obtenir les emprunts. C&rsquo;est aussi aupr\u00e8s d&rsquo;elles qu&rsquo;on n\u00e9gocie les actions. Et comme le monde occidental a adopt\u00e9 le syst\u00e8me de cotation anglo-saxon, les banques fixent le prix \u00e0 la t\u00eate du client. Aujourd&rsquo;hui, ce prix ne fait qu&rsquo;augmenter, tant pour les actions que pour les obligations. Chose impossible avant : quand la Bourse grimpait, cela se faisait presque toujours aux d\u00e9pens des obligations, et vice versa. Aujourd&rsquo;hui, tout monte de concert.<\/p>\n<p>Par ce stratag\u00e8me, les banques font d&rsquo;une pierre trois coups. Tout d&rsquo;abord, elles encaissent les commissions sur chaque emprunt \u00e9mis et n\u00e9goci\u00e9 par leur entremise par apr\u00e8s, confortant par cons\u00e9quent le r\u00e9sultat de leurs bilans. Ensuite, en soutenant volontairement le cours tant des actions que des obligations, elles renforcent non seulement la valeur de certains actifs qu&rsquo;elles poss\u00e8dent encore et confortent davantage leur bilan, mais elles convainquent investisseurs et entrepreneurs de l&rsquo;utilit\u00e9, voire l&rsquo;opportunit\u00e9, de ces emprunts. Leur valeur ne faisant qu&rsquo;augmenter, la charge des \u00e9missions futures fl\u00e9chira proportionnellement, incitant de plus en plus d&rsquo;entreprises \u00e0 opter pour cette forme de financement. Au mois d&rsquo;ao\u00fbt de cette ann\u00e9e, le volume des nouvelles \u00e9missions industrielles d\u00e9passait d\u00e9j\u00e0 celui de toute l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente et avoisinait les 1,000 milliards de dollars. <\/p>\n<p>Les investisseurs, pour leur part, y gagnent actuellement, r\u00e9alisant de substantielles plus-values. Certains emprunts affichent des plus-values de l&rsquo;ordre de 30% en quelques mois, ce qui, sur base annuelle donne des retours atteignant des 200% ou plus. Le produit est devenu tellement irr\u00e9sistible que les nouvelles \u00e9missions s&rsquo;\u00e9coulent en quelques heures et que bon nombre d&rsquo;\u00e9metteurs sont en mesure d&rsquo;en relever le montant initial parfois de plusieurs multiples (la firme pharmaceutique belge UCB lan\u00e7ait il y a quinze jours pour 150 millions d&rsquo;euros pour, en moins d&rsquo;un jour, r\u00e9colter cinq fois plus !)<\/p>\n<p>Enfin, agissant de la sorte, les banques \u00e9vitent le risque cr\u00e9diteur assorti \u00e0 chaque emprunt. Aujourd&rsquo;hui, ce sont les porteurs obligataires qui l&rsquo;assument int\u00e9gralement. Les banques, qui d&rsquo;ordinaire octroient un cr\u00e9dit appropri\u00e9 aux industries, en partageaient le risque. Cela faisait \u2013 et fait toujours \u2013 partie de leurs pr\u00e9rogatives \u00e9conomiques. Si l&rsquo;entreprise rencontrait quelques difficult\u00e9s de tr\u00e9sorerie, elle \u00e9tait toujours en mesure de reconsid\u00e9rer avec son banquier les conditions des cr\u00e9dits obtenus, lui permettant d&rsquo;enjamber plus facilement cette mauvaise passe. La chose est quasiment impossible lorsqu&rsquo;on a affaire \u00e0 un emprunt obligataire. <\/p>\n<p>Dans un tel cas, d\u00e8s que les porteurs percevront le danger, ils se d\u00e9barrasseront de l&#8217;emprunt. Des r\u00e9trogradations de la note de l&rsquo;\u00e9metteur attiseront le probl\u00e8me. Sa solvabilit\u00e9 en sera affect\u00e9e, compliquant derechef le probl\u00e8me. En clair, un cercle vicieux s&rsquo;installera \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;entreprise en question, tout en dupant les porteurs d&rsquo;obligations qui resteront la plupart du temps impuissants face \u00e0 ce type de probl\u00e8me. Et pendant tout ce temps, les banques n&rsquo;assumeront aucun risque, mieux : elles continueront de soutirer de l&rsquo;argent en poursuivant le n\u00e9goce de ces obligations d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9es. Sans reprise effective, il est fort probable que dans ces conditions le d\u00e9clin conjoncturel s&rsquo;accentuera. L&rsquo;endettement outrancier n&rsquo;est pas une panac\u00e9e !<\/p>\n<p>Et nos dirigeants, tr\u00e8s avis\u00e9s et responsables, laissent faire sans broncher.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. <\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>PIRE QUE DES SANGSUES<\/strong><\/p>\n<p>La politique mon\u00e9taire pratiqu\u00e9e par le monde occidental depuis l&rsquo;amorce de la crise bancaire en 2007 ne m\u00e8ne \u00e0 rien. \u00c0 peu pr\u00e8s tout le monde sur ce blog l&rsquo;admet. Les interventions de Paul Jorion et de Fran\u00e7ois Leclerc sur ce sujet nous le d\u00e9montrent. 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