{"id":4755,"date":"2009-11-09T06:54:08","date_gmt":"2009-11-09T05:54:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=4755"},"modified":"2009-11-09T15:06:00","modified_gmt":"2009-11-09T14:06:00","slug":"lactualite-de-la-crise-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2009\/11\/09\/lactualite-de-la-crise-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: l&rsquo;enjeu de la taxe financi\u00e8re, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>L&rsquo;ENJEU DE LA TAXE FINANCIERE<\/strong><\/p>\n<p>Le feuilleton de la taxation du syst\u00e8me financier ne fait que commencer, le d\u00e9bat venant d&rsquo;\u00eatre relanc\u00e9 par les Britanniques, \u00e0 l\u2019occasion du dernier G20 finances. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, deux rendez-vous institutionnels sont fix\u00e9s : le prochain G20 finances d\u2019avril et le sommet des chefs d\u2019Etat de juin prochain au Canada. Mais ceux-ci ne feront qu\u2019ent\u00e9riner des compromis gouvernementaux, dont le FMI cherche \u00e0 \u00eatre le ma\u00eetre d\u2019oeuvre (avec le clair danger que la montagne accouche d\u2019une souris), alors que l&rsquo;opinion publique pourrait d&rsquo;ici l\u00e0 imprimer sa marque et jouer les g\u00eaneurs, la <i>sortie de crise<\/i> toujours pas en vue. <\/p>\n<p>Ce dossier pr\u00e9sente toutefois une grande ambivalence. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, son \u00e9mergence au premier plan de l\u2019actualit\u00e9 refl\u00e8te une \u00e9vidence largement ressentie dans les opinions publiques\u00a0: les banques doivent payer pour leurs turpitudes. De l\u2019autre, elle sanctionne une terrible \u00e9vidence qu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire passer dans les esprits : puisqu\u2019il est acquis que la r\u00e9gulation sera tr\u00e8s limit\u00e9e et qu\u2019une autre crise financi\u00e8re majeure est donc in\u00e9luctable, il vaut mieux s\u2019y pr\u00e9parer des maintenant.  <\/p>\n<p>Dominique Strauss-Kahn n\u2019a pas \u00e9voqu\u00e9 autrement le projet sur lequel le FMI travaille. Un \u00ab\u00a0compromis\u00a0\u00bb selon ses propres termes, au cas o\u00f9 les gouvernements ne s\u2019engageraient pas dans une r\u00e9gulation efficace (en r\u00e9alit\u00e9 introuvable, vu les termes dans lesquelles elle est pos\u00e9e). Les partisans d\u2019une taxation, qui laissent la porte ouverte au choix de ses modalit\u00e9s et nous pr\u00e9parent ainsi \u00e0 ce que des choix \u00e0 la port\u00e9e symbolique restreinte soient finalement pris, n\u2019envisagent d\u2019ailleurs celle-ci que dans le cadre d\u2019un triptyque dont on risque de beaucoup entendre parler\u00a0: recapitalisation des banques, adoption de dispositions \u00ab\u00a0testamentaires\u00a0\u00bb pour leur \u00e9ventuel d\u00e9mant\u00e8lement et taxation (qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8rent appeler \u00ab\u00a0pr\u00e9l\u00e8vement\u00a0\u00bb, ou m\u00eame mieux \u00ab\u00a0auto-assurance\u00a0\u00bb, un terme qui a toutes les chances de faire flor\u00e8s). <\/p>\n<p>Il est \u00e0 craindre que chacun de ses trois volets, au terme de longues et discr\u00e8tes \u00e9laborations et de n\u00e9gociations, se r\u00e9duisent comme des peaux de chagrin et ne soient que des paravents destin\u00e9s \u00e0 masquer non pas la mis\u00e8re pour une fois, mais une richesse non partag\u00e9e.  Jusqu\u2019au jour o\u00f9&#8230; <\/p>\n<p>Si on les prend un par un, voila ce que cela donne. Premi\u00e8rement, le principe m\u00eame d\u2019une recapitalisation des banques qui ferait obstacle \u00e0 leur faillite se heurte \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 pratique de mesurer les risques financiers qu\u2019elles prennent, dans un monde domin\u00e9 par une tr\u00e8s grande opacit\u00e9. Des exigences drastiques sur la nature de ces fonds propres devraient \u00eatre adopt\u00e9es, cela n&rsquo;en prend pas n\u00e9cessairement le chemin, affaiblissant d&rsquo;autant la port\u00e9e de cette mesure. <\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, le \u00ab\u00a0testament\u00a0\u00bb que les banques doivent pr\u00e9parer <i>au cas o\u00f9<\/i> appara\u00eet comme une mesure un peu obscure, qui l\u2019est moins quand on voit comment la faillite de Lehman Brother est l\u00e0 pour pratiquement d\u00e9montrer qu\u2019il y a des \u00e9cheveaux financiers ind\u00e9m\u00ealables, en raison de la nature et de la complexit\u00e9 des produits \u00ab\u00a0structur\u00e9s\u00a0\u00bb, qui portent de ce point de vue tr\u00e8s mal leur nom. Cette mesure est \u00e9galement largement illusoire, car elle bute tout aussi bien sur l&rsquo;absence de transparence du syst\u00e8me financier, dont le caract\u00e8re \u00ab\u00a0fant\u00f4me\u00a0\u00bb n\u2019est pas accessoire mais au coeur m\u00eame de son fonctionnement. <\/p>\n<p>Troisi\u00e8me volet, la taxe. Tout est possible dans ce dossier, mais il est d\u00e9j\u00e0 clair que son rendement ne pourra pas \u00eatre, telle qu\u2019elle est envisag\u00e9e, \u00e0 la hauteur des enjeux auxquels elle pr\u00e9tend faire face. L\u2019adoption d\u2019un tel dispositif, dans son principe, aurait pour origine une v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019est impos\u00e9e\u00a0au cours de cette crise\u00a0: le sauvetage du syst\u00e8me financier n\u2019est plus dans les moyens des Etats, vu son ampleur. Les programmes que ceux-ci ont engag\u00e9s avec le concours des banques centrales, \u00e0 qui l\u2019on fait jouer un r\u00f4le d\u00e9passant totalement leurs pr\u00e9rogatives, d\u00e9s\u00e9quilibrent d\u00e9j\u00e0 totalement les finances des Etats et pourraient demain en faire autant des banques centrales, dont les bilans enflent d\u00e9mesur\u00e9ment sous le poids des actifs \u00e0 la valeur douteuse qu\u2019elles acceptent, devenues de \u00ab\u00a0bad banks\u00a0\u00bb (des structures de d\u00e9faisance) par d\u00e9faut, sans le reconna\u00eetre. Mais les taux qui sont \u00e9voqu\u00e9s, s\u2019il devait s\u2019agir d\u2019une taxe sur les transactions financi\u00e8res, sont d\u00e9risoires\u00a0: on parle de 0,005% (la taxe Tobin \u00e9tait de 0,1 \u00e0 0,25%).  Il est par ailleurs bien peu probable que ce type de taxe sur les transactions, sans m\u00eame parler de son rendement, soit adopt\u00e9e. Et l\u2019on va voir fleurir des \u00ab\u00a0pr\u00e9l\u00e8vements\u00a0\u00bb reposant sur des assiettes plus ou moins clarifi\u00e9es, avec le danger m\u00eame qu\u2019un <i>one shot<\/i> (un pr\u00e9l\u00e8vement une fois pour toutes) soit au bout du compte d\u00e9cid\u00e9. Dans tous les cas, les \u00ab\u00a0r\u00e9serves\u00a0\u00bb que l\u2019on pr\u00e9tendra ainsi constituer ne seront pas \u00e0 la hauteur des montants dont on sait qu&rsquo;ils seront n\u00e9cessaires pour financer la crise de demain. <\/p>\n<p>A ce stade, un parall\u00e8le s\u2019impose entre ce dossier et le projet de loi actuellement en discussion aux Etats-Unis \u00e0 propos du financement par le syst\u00e8me bancaire de ses propres d\u00e9faillances. Les dispositions qui sont propos\u00e9es ont toutes les chances d&rsquo;induire l&rsquo;obligation de rajouter au pot, le moment venu, en puisant dans les fonds publics, le \u00ab\u00a0fonds\u00a0\u00bb d\u00e9cid\u00e9 par la loi ne pouvant suffire \u00e0 la t\u00e2che. La formule des garanties publiques, largement utilis\u00e9e au cours de cette crise et toujours en vigueur, sera difficilement \u00e9vitable, a minima, reposant le probl\u00e8me de la surface financi\u00e8re insuffisante de ceux qui l&rsquo;accordent, s&rsquo;il arrivait malheur. <\/p>\n<p>Toutes ces \u00e9chappatoires, et d\u2019autres encore certainement, ne feront au final qu\u2019accro\u00eetre un risque\u00a0: celui que les mesures adopt\u00e9es, \u00e0 force que leur port\u00e9e soit amoindrie, ne remplissent pas vis \u00e0 vis des opinions publiques leur r\u00f4le, \u00e0 savoir faire avaler la pilule d\u2019une r\u00e9gulation qui n&rsquo;en est pas une. L\u00e0 est le v\u00e9ritable enjeu de ce d\u00e9bat au sommet et de son \u00e9ventuelle appropriation par les opinions publiques. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>L&rsquo;ENJEU DE LA TAXE FINANCIERE<\/strong><\/p>\n<p>Le feuilleton de la taxation du syst\u00e8me financier ne fait que commencer, le d\u00e9bat venant d&rsquo;\u00eatre relanc\u00e9 par les Britanniques, \u00e0 l\u2019occasion du dernier G20 finances. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, deux rendez-vous institutionnels sont fix\u00e9s : le prochain G20 finances d\u2019avril et le sommet des chefs d\u2019Etat de juin [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":37,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,18],"tags":[108],"class_list":["post-4755","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-monde-financier","tag-taxe-financiere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/37"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4755"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4755\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4775,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4755\/revisions\/4775"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}