{"id":48504,"date":"2013-01-04T11:43:11","date_gmt":"2013-01-04T10:43:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=48504"},"modified":"2013-01-04T12:40:52","modified_gmt":"2013-01-04T11:40:52","slug":"la-protodemocratie-athenienne-par-bertrand-rouzies-leonardi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2013\/01\/04\/la-protodemocratie-athenienne-par-bertrand-rouzies-leonardi\/","title":{"rendered":"<b>LA PROTOD\u00c9MOCRATIE ATH\u00c9NIENNE<\/b>, par Bertrand Rouzi\u00e8s-L\u00e9onardi"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>La protod\u00e9mocratie ath\u00e9nienne (bien connue en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 Aristote) reposait sur un principe intangible, qu&rsquo;illustre parfaitement la formule de Lincoln : \u00ab le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple \u00bb. Le peuple \u00e9tait toujours \u00e0 la man\u0153uvre et ne d\u00e9l\u00e9guait \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cutif que les t\u00e2ches qu&rsquo;il ne pouvait effectuer lui-m\u00eame. Ce principe \u00e9tait garanti par l&rsquo;<i>isonomia,<\/i>\u00a0l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 devant la loi, l&rsquo;<i>isokratia,<\/i>\u00a0l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des pouvoirs, et l&rsquo;<i>is\u00eagoria,<\/i>\u00a0l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de la parole. \u00c9tait citoyen tout homme libre \u00e2g\u00e9 de plus de vingt ans.<\/p>\n<p>On estime le nombre des citoyens \u00e0 30.000, 60.000 au pic de peuplement. Les femmes, les enfants, les m\u00e9t\u00e8ques et les esclaves \u00e9taient exclus de l&rsquo;activit\u00e9 politique. Cette quadruple exclusive est \u00e0 replacer dans son contexte historique.<\/p>\n<p><!--more-->L&rsquo;<i>Ekklesia,<\/i>\u00a0l&rsquo;assembl\u00e9e d\u00e9mocratique, exigeait un quorum de 6.000 citoyens, mais ils pouvaient \u00eatre plus nombreux. Elle se r\u00e9unissait tous les neuf jours en moyenne (la fr\u00e9quence des s\u00e9ances augmentait en cas de crise) sur la colline du Pnyx, o\u00f9 l&rsquo;on avait am\u00e9nag\u00e9 une tribune semi-circulaire. L&rsquo;<i>Ekklesia<\/i>\u00a0n&rsquo;\u00e9tait pas une p\u00e9taudi\u00e8re. Elle suivait un ordre du jour strict \u00e9labor\u00e9 par le Conseil des Cinq-cents (la\u00a0<i>Boul\u00ea<\/i>), mais elle pouvait obliger celui-ci \u00e0 ins\u00e9rer une affaire particuli\u00e8re dans l&rsquo;ordre du jour de la s\u00e9ance suivante. Tout citoyen, quel que f\u00fbt son rang, avait droit \u00e0 la parole et \u00e9tait \u00e9cout\u00e9 attentivement. Le vote s&rsquo;effectuait \u00e0 main lev\u00e9e, un homme, une voix. La mission de la\u00a0<i>Boul\u00ea<\/i>\u00a0ne se bornait pas \u00e0 encadrer les s\u00e9ances de l&rsquo;<i>Ekklesia<\/i>\u00a0et \u00e0 en \u00e9tablir l&rsquo;ordre du jour. Elle r\u00e9digeait aussi les propositions de d\u00e9cret ou de loi, et contr\u00f4lait \u00e9troitement le travail des autres magistrats civils et militaires (droit d&rsquo;inventaire).<\/p>\n<p>Les cinq cent bouleutes, cinquante par tribu, \u00e9taient tir\u00e9s au sort \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une machine, le\u00a0<i>kl\u00ear\u00f4t\u00earion<\/i>,parmi les citoyens volontaires. La machine se composait d\u2019un bloc de pierre rectangulaire dot\u00e9 de dix colonnes verticales et de nombreuses rang\u00e9es horizontales de fentes minuscules dans lesquelles venaient s\u2019ins\u00e9rer des plaques [les\u00a0<i>pinakioi<\/i>]. Cette grille s\u2019accompagnait d\u2019un tube de bronze muni d\u2019un entonnoir \u00e0 une extr\u00e9mit\u00e9 et d\u2019un crochet \u00e0 l\u2019autre. [Pour la d\u00e9signation des jur\u00e9s du tribunal du peuple,] [l]es plaques de la premi\u00e8re tribu \u00e9taient plac\u00e9es dans la premi\u00e8re colonne. Celles de la seconde s\u2019ins\u00e9raient dans la seconde, etc. Un nombre de boules blanches, \u00e9gal \u00e0 un dixi\u00e8me du nombre de jur\u00e9s requis, \u00e9tait m\u00e9lang\u00e9 avec des boules noires jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obtention d\u2019un nombre de boules correspondant au total des rang\u00e9es horizontales compl\u00e8tes. Ces boules \u00e9taient ensuite vers\u00e9es dans l\u2019entonnoir. Le magistrat les lib\u00e9rait l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre \u00e0 l\u2019aide du crochet. Si la premi\u00e8re boule \u00e0 sortir \u00e9tait blanche, on s\u00e9lectionnait la premi\u00e8re rang\u00e9e de plaques, une dans chaque colonne. Si elle \u00e9tait noire, les candidats repr\u00e9sent\u00e9s par les plaques de la premi\u00e8re rang\u00e9e \u00e9taient rejet\u00e9s. Le crochet \u00e9tait alors tourn\u00e9 pour la seconde rang\u00e9e et le processus r\u00e9p\u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que le nombre de jur\u00e9s requis ait \u00e9t\u00e9 atteint. Les tribus \u00e9taient ainsi \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9es dans tous les jurys.\u00a0\u00bb P. Connoly &amp; H. Dodge,\u00a0<i>La vie dans les cit\u00e9s antiques,\u00a0<\/i>Cologne, K\u00f6nemann, 1998, p. 30.<\/p>\n<p>Un comit\u00e9 v\u00e9rifiait les aptitudes (proc\u00e9dure de la <i>docimasie<\/i>) de ces derniers. Les recal\u00e9s pouvaient faire appel de la d\u00e9cision aupr\u00e8s du tribunal du peuple. Le bouleute \u00e9tait nomm\u00e9 pour un an. Un citoyen ne pouvait \u00eatre mandat\u00e9 plus de deux fois et jamais deux ann\u00e9es cons\u00e9cutives. Pendant son temps de service, le bouleute \u00e9tait r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 (rien de mirobolant) et nourri aux d\u00e9pens du contribuable.<\/p>\n<p>Il y avait une pr\u00e9sidence de l&rsquo;\u00c9tat ath\u00e9nien, qui durait vingt-quatre heures. Le pr\u00e9sident ou <i>\u00e9pistate<\/i> \u00e9tait tir\u00e9 au sort parmi les cinquante <i>prytanes<\/i> du groupe tribal entr\u00e9 en fonction (un groupe relayait l&rsquo;autre tous les trente-six jours). Chaque citoyen \u00e9tait susceptible de devenir un jour pr\u00e9sident. Les membres du tribunal du peuple, l&rsquo;<i>H\u00e9li\u00e9e<\/i>, se recrutaient \u00e9galement par tirage au sort, toujours parmi des volontaires.<\/p>\n<p>Les trois pouvoirs, le pouvoir l\u00e9gislatif (l&rsquo;<i>Ekklesia<\/i>), le pouvoir ex\u00e9cutif (la\u00a0<i>Boul\u00ea)<\/i>\u00a0et le pouvoir judiciaire (l&rsquo;<i>H\u00e9li\u00e9e<\/i>), \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s. Montesquieu s&rsquo;en est souvenu dans\u00a0<i>L&rsquo;Esprit des lois<\/i>\u00a0(1748). La cooptation de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre \u00e9tait rendue impossible par le tirage au sort. Les Ath\u00e9niens \u00e9taient des hommes pragmatiques. Ils ne croyaient pas \u00e0 la bont\u00e9 naturelle de l&rsquo;homme. Ils avaient compris qu&rsquo;un type qui se sent la \u00ab\u00a0vocation\u00a0\u00bb de gouverner est pr\u00e9cis\u00e9ment la derni\u00e8re personne \u00e0 qui l&rsquo;on devrait confier le pouvoir. M\u00eame les plus vertueux succombent \u00e0 son attrait. Ils invent\u00e8rent donc, pour les pouvoirs ex\u00e9cutif et judiciaire, un syst\u00e8me de s\u00e9lection proc\u00e9durier, bas\u00e9 sur des examens pr\u00e9alables et, \u00e0 certains niveaux, le hasard contr\u00f4l\u00e9 (stochocratie partielle), et l&rsquo;assortirent d&rsquo;une clause de non-cumul et de non-renouvellement des mandats. Les anciens Grecs estimaient qu\u2019un jet de d\u00e9s \u00e9tait plus d\u00e9cisif que les choix humains, car il exprimait, selon eux, la volont\u00e9 des dieux, qui savent a priori ce qu\u2019ils font.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne encourageait l&rsquo;amateurisme et se donnait les moyens de le conserver. La proc\u00e9dure de l&rsquo;ostracisme (d\u2019apr\u00e8s le morceau de poterie, l\u2019<i>ostrakon<\/i>, sur lequel on inscrivait le nom du citoyen \u00e0 exiler) \u00e9tait lanc\u00e9e d\u00e8s lors qu&rsquo;un citoyen soup\u00e7onnait un autre citoyen riche et charismatique de vouloir tirer avantage de sa position pour tenter un coup de force. La formule combine plusieurs modes de fonctionnement, mais ne les multiplie pas non plus \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s. Elle est relativement bien balanc\u00e9e. Il serait int\u00e9ressant de la r\u00e9\u00e9valuer \u00e0 l&rsquo;aune des exp\u00e9riences de la d\u00e9mocratie associative.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La protod\u00e9mocratie ath\u00e9nienne (bien connue en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 Aristote) reposait sur un principe intangible, qu&rsquo;illustre parfaitement la formule de Lincoln : \u00ab le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple \u00bb. Le peuple \u00e9tait toujours \u00e0 la man\u0153uvre et ne d\u00e9l\u00e9guait \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cutif que les t\u00e2ches qu&rsquo;il ne pouvait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,6],"tags":[],"class_list":["post-48504","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-politique","category-questions-essentielles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48504","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48504"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48504\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48512,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48504\/revisions\/48512"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48504"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48504"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48504"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}